‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 69 sur 254 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

permet de réunir la direction réfléchie et dirigeante de l'un à l'extrême lucidité concentrée de l'autre. Il en résulte, simultanément, une logique d'investigations et une finesse de perceptions que ne sauraient jamais posséder à la fois ni l'homme endormi ni l'homme éveillé. De là une perspicacité extraordinaire, soit pour découvrir le siège et la nature de certaines lésions internes encore inappréciables à l'état de veille, soit pour prévoir par voie d'inductions et à l'aide de raisonnements instinctifs d'une grande justesse, certains événements futurs qui existent déjà pour ainsi dire en germe, et dont l'accomplissement ne sera que le développement d'une série de faits conséquents les uns des autres. Mais, au point de vue pathologique, pour que cette lucidité soit rationnelle et sérieuse, il est bien entendu que le dormeur devra l'exercer sur son propre organisme et non sur celui d'autrui, auquel cas je n'y aurais plus la moindre confiance. Je n'aborderai point, du reste, la discussion de ce genre de faits; elle me conduirait en dehors du domaine de mes observations personnelles, dans lequel je désire me renfermer.

Nous avons vu plus haut que Moreau (de la Sarthe) entendait faire des hallucinations un phénomène à part. Celles qu'il attribue aux cataleptiques lui suggèrent l'idée d'une nouvelle distinction physiologique. Pour moi qui n'étudierai

point ces états anormaux dans leur cause morbide, prenant seulement le mot hallucination dans le sens générique de toute illusion qui ne procède pas du sommeil naturel, je me contenterai de remarquer que ce phénomène ne diffère nullement dans ses résultats du rêve ordinaire, s'il est comme lui la représentation aux yeux de V esprit de V objet qui occupe la pensée, alors quil y a isolement complet du monde extérieur. La différence entre l'hallucination et le rêve pourra donc exister dans les conditions physiques qui préparent la vision, mais non point dans le caractère de cette vision considéré en lui-même. Que ce soit le sommeil naturel qui, par l'engourdissement du corps, nous fasse perdre le sentiment de la réalité ambiante et permette à l'esprit de concentrer sur une idée toute sa puissance imaginative, ou bien que le même effet soit amené par quelque perturbation matérielle de notre organisme, le résultat final n'en sera pas moins identique. Il faut la suppression de toute lumière du dehors pour que les tableaux de la lanterne magique se montrent nets et colorés sur le rideau où leur image se projette; mais que cette condition se trouve remplie par le retour de la nuit naturelle, ou bien par une clôture hermétique en plein jour, le caractère du phénomène n'est aucunement modifié pour cela. Esquirol n'hésite pas à écrire : « Les prétendues

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