DEUXIÈME PARTIE
sensations des hallucinés sont les images de leurs idées, reproduites par la mémoire, associées par l'imagination et personnifiées par l'habitude. L'homme rêve alors tout éveillé. »
C'est aussi l'opinion de MM. Roubaud-Luce et Fodéré.
Nous arrivons aux contemporains, dont je n'ai point la prétention de passer tous les écrits en revue, d'autant qu'on y rencontre bien rarement des considérations nouvelles, au point de vue surtout de l'analyse raisonnée des phénomènes du rêve. Maine de Biran s'est fait l'adversaire de Jouffroy. M. Lélut s'est attaché à tenir la balance entre ces deux auteurs. Rattier émet à peu près les mêmes idées que Dugald-Stewart, combattant l'opinion de la suspension de l'attention professée par Moreau (de la Sarthe), à laquelle il oppose cet argument :
« Le sommeil ne suspend pas l'activité de l'âme, mais seulement l'empire de la volonté, soit sur les organes corporels, soit sur l'ordre et le cours de nos pensées : l'esprit conservant même la faculté de donner son attention aux suites d'idées ou de conceptions qui se succèdent en lui, puisque autrement il serait impossible d'expliquer comment l'âme, au moment du réveil, conserve le souvenir de ses songes, car il est bien certain que nous ne nous rappelons et que nous ne pouvons nous rap-
peler que les choses qui ont été l'objet de notre attention *. »
Dans sa Physiologie de l'homme, le docteur Adelon admet la possibilité du sommeil sans rêves, comme plusieurs de ses devanciers ; mais telle est la force de la vérité, qu'il est entraîné par la logique à se contredire lui-même sur ce point si important et si controversé, quand il écrit : « Selon que le sommeil est plus ou moins profond, on conserve ou non le souvenir de ses rêves. »
Et il sera contredit formellement aussi par Brière de Boismont qui, d'accord avec Jouffroy, posera hautement ces conclusions précises : « On a objecté contre le rêve, justement nommé le repos de l'esprit, qu'il manquait très-souvent et qu'une foule de personnes se réveillaient sans avoir rêvé. Cette objection n'est pas fondée. Une expérience décisive ne laisse aucun doute à cet égard. Si vous êtes entouré d'individus qui dorment, et si le sommeil ne peut approcher de vos paupières, vous serez témoin de gestes, de paroles, d'actes qui sont autant d'indices révélateurs des rêves, et il suffira de les rappeler à ceux qui prétendent n'avoir rien rêvé pour les mettre sur la voie. Cet oubli du rêve après le sommeil n'est pas plus extraordi-
1. Cours complet de philosophie, par M. Rattier , t. II, p. f*22.