DEUXIEME PARTIE
se puisse remémorer le parfum d'une fleur ou la saveur d'un mets.
Une autre observation, qui découle de celle-ci, semblerait d'ailleurs de nature à la confirmer : c'est que l'imagination qui compose des formes et des airs, ne saurait mentalement, de la même façon, inventer une saveur ni une senteur1. Les créations de l'imagination n'étant, à proprement parler, que des combinaisons nouvelles formées par elle avec des matériaux tirés des magasins de la mémoire, la cause de son impuissance pourrait procéder dans ce cas de l'impuissance même où serait la mémoire de fournir, à sa sollicitation, les premiers éléments de composition,
Je dis à sa sollicitation, pour n'appliquer cette remarque qu'au fait de la réminiscence volontaire ; car si rares qu'elles puissent être, il est incontestable que nous avons parfois en rêve des réminiscences spontanées du goût et de l'odorat de la plus exquise finesse.
Poursuivons nos observations à l'égard des
i . Il ne faudrait pas objecter qu'un cuisinier ou un parfumeur peuvent inventer des sauces et des bouquets. Le fait est très -différent. Ceux qui composent ainsi ne goûtent pas et ne dégustent pas à l'avance , par la pensée , ces mélanges qui ne sont que le produit d'un raisonnement. Autre chose est imaginer une cause de sensation, autre chose est s'en imaginer mentalement le résultat , c'est-à-dire la sensation elle-même.
deux sens dont il est question, en examinant la part d'activité qu'ils conservent et l'influence particulière qu'ils peuvent exercer sur le cours de nos idées pendant le sommeil. Nous insisterons d'abord sur ce que ce serait une très-grande erreur de croire, avec Montfalcon, « que les organes du goût et de l'odorat tombent dans une inaction complète aussitôt que le sommeil est profond. » Si le goût ne transmet guère de sensations au dormeur, cela s'explique par la disposition même de ses organes qui sont à l'abri de toute impression fortuite; mais excitez le palais d'un homme endormi et vous constaterez facilement qu'il n'est pas engourdi plus profondément que son oreille. En ce qui concerne le sens de l'odorat, je le considère précisément comme le plus apte peut-être à continuer de percevoir, durant le sommeil, des sensations extrêmement délicates; mais je signale sur sa façon d'influencer les songes une particularité singulière que l'expérience pratique m'a permis plusieurs fois de constater : qu'un bruit inopiné vient à frapper l'oreille du vrêveur, sans l'éveiller, mais assez sensiblement pour introduire dans son rêve une idée nouvelle ; qu'un contact agisse de même sur quelque partie de son corps, soit qu'il en résulte une simple modification dans les tableaux qui se déroulent aux yeux de son esprit, soit qu'il s'y accomplisse un revirement subit et