A MADAME LA MARQUISE DE
Balzac a dit, dans la Physiologie du Mariage^ que les livres naissaient mystérieusement dans le cerveau des auteurs comme les truffes dans les plaines parfumées du Périgord* Cette vérité est un titre que pourraient invoquer tous les maladroits qui tiennent une plume pour se dispenser d'expliquer le motif, la cause ou le prétexte des créations qu'ils ont l'audace
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de livrer à la publicité. Parfois cependant, l'esprit obéit à des provocations tellement bizarres, qu'il est bon de signaler ces particularités aux psychologistes qui recherchent encore la solution de ce problème qui consiste à savoir si nos idéessont le résultat de nos sensations, ou si nos sensations sont le résultat de nos idées.
Je vous veux trop de bien, madame, et je suis trop persuadé que vous dormez assez pour continuer longtemps sur ce ton-là; aussi je m'empresse de vous raconter comment l'idée me vint de brûler tant d'encens en l'honneur des cheveux blonds.
J'étais un certain jour chez un coiffeur trèscélèbre de la rue de la Paix, qui voulait me persuader que Vhuile d'Âlcibiade était une essence préférable à Veau athénienne, et tandis que je flétrissais autant qu'elle le mérite une telle hérésie, je vis entrer une jeune fille pâle, triste, fatiguée, mais néanmoins fort belle. Elle venait proposer au coiffeur de lui vendre l'épaisse forêt de cheveux blonds qui couronnait le sommet de sa tète» En même temps elle dénoua son bonnet, retira son peigne et laissa tomber une cascade de cheveux blonds cendrés.
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Le coiffeur, avec eette insensibilité commerciale inventée dans leurs comptoirs par les Carthaginois, lai répondit que les cheveux blonds n'avaient au* cune valeur, que l'Alsace et la Bretagne fournissaient et au delà au* besoins de la consommation, et qu'en conséquence, il ne pouvait payer ses cheveux plus de dix francs.
Ce mot fit fuir la jeune fille.
Je sortis furieux, bien décidé à la suivre, mais elle marchait si vite qu'il me fut impossible de l'aborder. Je perdis sa trace sur la place Vendôme.
Trois jours après, je ne pensais plus à cette jeune fille, ni à ses cbeveuxfni à l'insensibilité du coiffeur» et il est probable que je n'y aurais jamais songé davantage sans une rencontre tout à fait fortuite.
Un jeudi, aux Italiens, on jouait le Barbier de Sévitte. Pendant l'entr'acte, je promenais ma lorgnette sur ces groupes de jolies femmes constellées de diamants, <jui, trois fois par semaine» viennent» alora qu'il neige, fleurir sur le devant des loges. Mes yeux s'arrêtèrent sur une jeune dame» belle, noble et gracieuse, dont le visage rayonnait comme une lie
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de fleuis an milieu d'un torrent de cheveux blonds. Je quittai ma stalle pour la voir de plus prèst et eu passant près de sa loge» je la vis causant avec des lions, n était précisément question de ses cheveux. Elle avouait naïvement qu'ils ne lui appartenaient pas, et qu'elle les avait achetés moyennant dix francs, à une pauvre fille, par l'entremise de sa femme de chambre.
Cet aveu, bit avec une franchise dépourvue de toute coquetterie, me fit pardonner à ce charmant petit geai de s'être paré des plumes du paon. Je passai brusquement et je regagnai ma stalle. Mais au lieu de prêter une oreille attentive aux notes harmonieuses de Rossini, je me rappelai ma pauvre fille aux cheveux blonds, et je changeai de sentiment.
Alors, me tournant du cAté de la dame, je me dis à part moi: « Tandis que tu t'épanouis avec tant de complaisance sous les regards de tes admirateurs, il y a dans quelque mansarde une pauvre fille qui porte le deuil de sa chevelure, et qui, pour cacher la profanation qu'elle a osé exercer contre elle, s'est sans doute appliqué sur la tête un bonnet aussi affreux
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