‹ Les révoltées: comédie en un acteChapitre 3 sur 26 · DAR6IS · texte numérisé non relu

DAR6IS

Alors, on capitule; Plaider avec sa femme est toujours ridicule.

Si Claire était ici> nous aurions pu traiter , Mais elle a pris un tiers pour la représenter; Voulez-vous que je tombe aux pieds de son notaire?

DARGIS.

Non* Je vous dérendrai.

BRION

Bien, philosophe auslère.

DARGIS.

Mais vous resterez sage, au moins, triple étourdi.

(il Ta à son bureao mais ne s'assied pas.) BRION.

Sage? comptez sur moi, je le serai lundi.

Que direz-vous, Dargis?

(Il s'assied.) DARGIS, s*ammaot.

Je dirai les tendresses, Le charme du foyer et ses chastes ivresses. .

BRION

Oh! n'exagérez rien.

DARGIS, conliaoant.

Le bonheur de Tépoux...

BRION, rinterrompant.

Non, si les juges sont mariés comme nous.

Gela leur paraîtrait peut-être invraisemblable.

DARGIS^ avec reproche.

Brion I

Prouvez qu'en droit je suis irréprochable.

Ai-je adoré quelqu^un sous le toit conjugal?... Non. Tout est là.

DARGI3.

Si c'est ailleurs?

SCÈiNE 1 û

onioN.

' Est-ce illégal?...

Non. Que faut-il de plus? — Un seul détail me pèee ;

(Il 80 lève.)

Dans ma maison, Cité d*Anlin, numéro treize.

Je conserve, à mes frais, une dame.

DAHGlSy s'asseyaot.

Gomment?

BRION

ÀdoruLIel

DARGIS.

Chez vous? dans votre appartement?

BRlON.

Mais mon toit conjugal est sur le quai Voltaire.

OARGIS.

Vous avez un sang-froid candide qui m*attère. Deux ménages de front, au grand jour, ce n'est rien ?

Êtes- vous Tavocat de ma femme, ou le mien?

DARGlS.

Le\ôlre. '

BRION

Eh bien, alors, prouvez mon innocence.

DARGIS.

Renvoyez cette dame.

BRION, indigné.

Hein! renvoyer Laurence?

DARGIS.

Vous romprez poliment ; faites les premiers pas. ^

BRION, gravement* Non, il est des devoirs qu*on ne discute pas. Madame de Saint-Preuil est baronne, elle est blonde. Elle est belle, elle est jeune et veuve, seule au monde. Sa passion pour moi, qui n*a rien éc<)uté, Creuse un abimc enlrc elle et la société.

Je lui dois bicn^ au nu^in-, ma tendresse assoupie. Une faute so paip, iiii ir.omphe s'expie.

DARGIS, 80 levant et ihangMot de ton.

C'est différent, Brion.

BUJON.

Vous m'avez approuvé.

DARGIS^ gravement et arec conviction.

Je sais à quelle chaîne on se trouve rivé,

(Passant devant loi *.) Malgré soi, trop souvent, et comme une imprudence Peut lourdement peser sur toute une existence. Mais votre affaire est grave.

BBION.

Otil rien n*a transpira Laurence a pour son nom un culte exagéré, Qui naet une sourdine à ma bonne fortune :

Je ne suis pjs admis les soirs de clair de lune ; On ne peut me surprendre.

DARGIS.

En èles-vous certain ?

BRION

Je ne mets plus les pieds dans la cité d'Antio^ Depuis que ma vertu privée est en litige.

La baronne me croit a Florence. On m'oblige A mentir.

DARGIS.

Gardez donc madame de Sainl-Preuil S'il le faut, mais ailleurs, n'importe où.

BRION

Son orgueil N'aurait jamais souffert qu*on lui payât son terme. Elle habite au premier : c'est là qu'elle s'enferme. Elle a pris le second pour le monde^ un matin, Et du rez-de-chaussée elle a fait un jardin.

J'ai réservé pour moi tout le troisième étage.

DARGlS.

C'est la maison entière.

Eh! oui, rien n'est plus sage ; N'ayant pas de voisins je n'ai pas d'espions. Autrefois^ j'aurais pris moins de précautions; Un garçon se défend, il marchande, il lésine.

(Avec on soupir.) Mais je suis marié. — Ma femme me ruine.

DARGIS.

On vous condamnerait sur ce simple entretien.

BRION

Êles-vous l'avocat de ma femme ou le mien ?

" Brion, Dargis .

scÈ^îEllI 7

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