BRION, SUZANNE
SUZANNE
J’ai vu monsieur Dargis sortir tout affairé.
C’est qu’alors il s’obstine à plaider votre cause?
BRION
Dargis fait son métier; il me défend.
SUZANNE
Il l’ose!
II fallait ce procès pour qu’il se démasquât.
Oh! c’est un ami sûr pour vous.
BRION
Un avocat
Se donne à tout le monde et ne reste à personne.
SUZANNE
Non. il a vos penchants.
BRION
• Dargis?
SUZANNE
Je lui pardonne.
* Suzanne, Brion,
SGÈiNÜ V 2i
11 suivra le sentier où le plaisir verdit.
Quoi de plus naturel ? Claire me l’a bien dit : c Ma chère, faites-vous aux mœurs de notre époque,
» On nous trompe, on s’en van teà grand bruil.Qui s’en choque? > Les gens très-scrupuleux disent : Péchés mignons I » Et l’on rit aux éclats, quand nous nous indignons. »
BRION
Comment?
SUZANNE
Je m’indignais aussi : j’étais novice.
BRION
Mais, madame...
SUZANNE
Âvôuez qu’il est votre complice.
BRION
Luil c’est un saint omis dans le calendrier.
SUZANNE
Pour vivre ainsi, mieux vaut ne pas se marier.
(Elle Ta s’asseoir au barean.J BRION.
Madame, j’atteindrais, sans peine, le lyrisme.
Pour peindre la vertu, que dis-je, l’héroïsme De ce parfait mari que vous trouvez si mal ;
Mais je n’ai pas le temps, je vais au tribunal.
SUZANNE
Vous y trouverez Claire.
BRION
Hein?-— Obi rien ne l’arrête.
Elle est là?
SUZANNE
Sous un voile épais que je lui prête.
Elle veut voir comment on défend l’accusé.
BRION
S’il l’aperçoit, Dargis sera paralysé.
SUZANNE
Vous le pensez, monsieur; nous ne l’espérions guère.
Que cherchez- vous?
BRION, rivement.
Rien, rien, oh ! c’est de bonne guerre; Et j’admets que chacun combatte à sa façon.
SUZANNE
Votre femme nous donne une grande leçon.
a LES RÉVOLTÉES
Un grand exemple à suivre. Elle ose entrer en lutte, . Vous prenez le pouvoir, souffrez qu’on le discute.
Vous vous réservez tout, les plaisirs, la gailé,
La force, la raison, le bruit, la liberté.
Mais toutes les vertus restent à notre usage.
Nous pouvons exploiter la douceur, sans partage,
Avec le dévoùment, la candeur, la bonté,
Et tous les attributs de la naïveté.
On nous épouse un jour, comme on monte sa garde,
Par pur amour de l’ordre, et pourvu qu’on nous garde Les signes apparents d’un facile respect,
Tout est bien, il suffit d’ètre un mari correct.
(So levant.)
Claire a raison, monsieur, il est temps qu’on s’explique. Il faut l’égalité .civile et domestique.
Et nous aurons aussi notre quatre-vingt-neuf.
' BRION
Permettez...
SUZANNE
Vous, nmnsieur, vous allez être veuf.
BRION
Qui? moi l
SUZANNE
Vous serez libre, aujourd’hui, dans uno hetirc.
BRION
Oli ! laissez-moi penser que ma cause est meilleure.
SUZANNE
Dormez en paix, cela ne vous regarde plus.
BRION
Mais si.
SUZANNE
Pourquoi chercher des regrets superflus?
Vous perdez votre femme avant de la comprendre. Vous n’avez pas laissé sa tendresse s’épandre ;
El vous n’avez pas vu, vous qui raillez nos pleurs. Ce qno son ironie étouffait de douleurs.
Quand on le méconnaît, notre amour se déguise ; Quand on l'outrage, il meurt. Vivez à votre guise, Maintenant, sans souci du bonjieur envolé.
BRION *
Elle m’aimait!
* Btion, Suzanile .
SCÈiXE V
SUZA.N.NK.
Pardon, vous clicrcliiez?.,.
BltlON, élODrJimcDt, monlraat lo secrétaire.
Une clé
Elle m’aimail! voilà pourquoi ma femme plaide? suzanm:.
Vous cherchez une clé, Eouffrez que je vous aide.
(Kilo romouic.)
Bnio.y *.
Voyez comme d’un mol tout s’csl vile éclairci ;
On m’aime 1 si Dargis le savait l SUZANNE^ qui a trouvé la clé en soulevant nno enveloppe de lettre dans une coupe sur la cLcmiuée.
La voici.
Vous cherchez mal, monsieur, quelque chose vous IroubJ»^ snioN.
Madame, excusez-moi, mon angoisse redouble.
SUZANNE
Voulez-vous un conseil?
BRION, tendant la niain pour avoir la clé, avec douleur.
J’arriverai trop tard.
SUZANNE, sans le remarquer, jouant arec la clé.
Croyez-moi, subissez votre échec à l’écart ,
Restez,
BRION, tendant toujours la main.
Dargis est seul.
SUZANNE, de même.
• Faut-il donc qu’on l’assiste?
BRION
Il plaide ce procès étrange, à l’improviste.
SUZANNE
Étrange! vous trouvez?
BRION
Inutile, plutôt.
(s’apprêtant A recevoir la clé.)
Nos femmes ont toujours plus d’esprit qu’il n’en faut Pour nous metlro à leurs pieds, en s’en donnant la peine. SUZANNE, se posant devant Ini.
Quoil monsieur? c’est à nous de forger noire chaîne?
BRION
Non, non, mais je voudrais cette clé.
* Suiaune, Briou.
SUZANNE
Cel!e-ci ?
(Faisant quelques pas.)
. C’est jastej il faut ouvrir ce meuble.
BDION^ virement *.
Ohl non, merci.
SUZANNE, étonnée.
J'ai cru qu’il s’y trouvait quelque argument suprême. Pourquoi cherchez-vous donc la clé?
BRION
Pour elle-même.
SUZANNE
AhI c’est beaucoup de soin.
BRION
De l’ordre; je l’attends.
SUZANNE, lo regardant avec étonnement.
Pour l’emporter alors ?
BRION
S’il en est encor temps.
SUZANNE
Vous y tenez beaucoup ?
BRION, embarraisé.
Beaucoup? non ; c’est bizarre, Rien n’inquiète autant qu’un objet qui s’égaro.
Je tiens à rassurer...
SUZANNE, k regardant ûxement.
Votre avocat ?
BRION
Tout mon secret.
C’est là
SUZANNE, elle prend vivement nne. autre clé dam ii poche et
lui donne.
Alors, monsieur, emporlez-la.
BRION, en sortant précipitamment.
Surtout n’oubliez point que Dargis est un ange.
SUZANNE, seule, ouvrant le secrétaire.
Je le saurai.
(Elle fonille le tiroir, trouve un paquet cacheté et lit ;)
a Fragile. > — Oh! la main me démange.
(Elle brise le cachet, pousse un cri et rejette le paquet dans le tiroir.) AhI
(Elle relerme Tivomeat en voyant arriver Claire.)
* Brioa, Siuaane.