EXEMPLES
SanOf saint.
Sano -f mee, la santé.
Sano + inoOf sanitairemcnt.
Sano + faa, commencer à être bien portant.
Sano + fee, rendre bien portant.
Sano -f fii, être bien portant.
Sano + foo , devenir bien portant.
Sano + fuu , cesser d'être bien portant.
Etc....
Viro + kaa, commencer à être homme.
Viro + kee, rendre homme.
' Viro + kii , être homme.
Viro 4- roee, rhumanité.
Viro + moo, humainement.
EitC..*». ^
li'Ours le mieux léeiié.
Quand nous disons le mieux léché, nous sommes un peu indulgent. Le système de langue universelle de M. A. Grosselin n'est pas précisément un chef-d'œuvre de clarté et de simplicité. Ainsi, pour donner une idée du peu d'esprit pratique qui règne dans toutes ces productions, M. Grosselin peint sa langue par des caractères sténographiques, au lieu d'employer l'Alphabet rqmain.
Toutefois, je dois dire que l'idée des racines et des dérivations au moyen de lettres et de syllabes affixes prend chez M. Grosselin une précision qu'elle n'a chez aucun autre inventeur de langue universelle. Comme il devait arriver nécessairement, l'idée naît, ou du moins se formule plus exactement ici, de combiner la langue déjà universelle des chiffres avec les mots de la langue nouvelle.
M. Grosselin propose quinze cents racines combinées d'après un système sériaire. Ces racines sont rangées en plusieurs colonnes. Dans la pre mièi*e colonne sont les mot^ de nombre, de modfioation etc., tels que un, peu, sur, avec, etc. la
seconde colonne est consacrée à l'anatomie, la troisième aux animaux, la quatrième aux parties des végétaux, aux arbres, aux plantes et aux fleurs, la cinquième aux fruits et à tout ce qui sert à la nourriture de l'homme. Puis viennent les colonnes des vêtements, de l'habitation, des jeux, des verbes, etc. Devant chaque mot radical , est écrit un chiffre, depuis 1 jusqu'à 1,500, ainsi :
1 un
2 deux
3 trois
4 quatre
10 dix
11 chaque
12 quelques 15 même 14 tel
21 tour
22 beaucoup
101 téta
102 face 105 traits
104 cerveau
105 cheveux
201 homme
202 singe
205 cheval 204 àne
arbre plante
amande
noix
noisette.
temps année
ville boulevart
robe maillot
toupie
801 machine
802 corda
901 nature
902 substance
musique
gaze
pieux vertueux
matériel
aimer
bâiller
ensevelir
Comment se servir de ce tableau? Voici :
Vous êtes Anglais, Français, Italien, n'importe! Vous voulez traduire cheval, vous allez à la colonne des animaux, et au n** 203 vous trouvez chevai
D'après M. Grosselin cheval se dit from. Vous ne voulez pas seulement cheval, vous voulez : de cheval. C'est ici que M. Grosselin rentre dans la donnée de Y Encyclopédie^ qui consiste à combiner les mots avec eux-mêmes pour en varier, en diminuer, en augmenter la valeur et la signification. D'après certaines règles, dont la nomenclature ne nous a pas paru d'une clarté éblouissante, voici comment M. Grosselin travaille, et fait en quelque façon, suer le mot chevaly c'est-à-dire, dans sa langue à lui, le mot from :
11 fait /romî; de cheval ; /curmou: aller à cheval ; firmeuo : palefrenier ; fromia : écurie; fromeu : à la manière d'un cheval ; firmou : cavalier; fromouzeu : cavalièrement ; feurmeo : aimer les chevaux ; fromaa : troupeau de chevaux ; fromeai : équitation ; fromaei ; bon écuyer; frorhoiai : hennissement; fromoia : maquignonnage; fromeiai : coup de pied de cheval.
Ici, j'arrêterai M. Grosselin, et je lui dirai : pourquoi from? Pourquoi ne pas simplifier, en , prenant simplement, pour la langue universelle, le nom donné au cheval dans une de nos langues européennes? Si vous preniez l'anglais horse, vous auriez également horsi^ horsou^ horseuo, horsia, horseu^ horsouzeu^ horseo, horsaa^ horseai, horsdei, horsoiaiy horsoia, horseiai.
Faites mieux. Tenez-vous-en au français. Pourquoi ne dirait-on pas pour traduire cheval : cheval: de cheval : chevali; aller à cheval : chevalou; palefrenier : chevaleuo: écurie : chevalia; chevalier: chirvalou; troupeau de chevaux : chovalaa; hennissement : chevaloiai; maquignonnage : chovaloia; coup de pied de cheval : chovaleiai ?
D'après l'exemple tiré par moi de cheval , aussi bien que d'après les exemples tirés par vous de from, « on peut juger, comme vous dites, Monsieur Grosselin, de la richesse de cette nouvelle langue qui, non seulement, fournit des équivalents à tous les mots composés et dérivés des autres langues, mais exprime, en un seul mot, un nombre infini d'idées, que les langues les plus riches ne rendent qu'au moyen de circonlocutions. »
Ii'Ours oriental.
J'aurais été bien étonné si je n'avais pas rencontré les Juifs sur mon chemin.
En fait de langage, les Juifs sont ce que vous les connaissez en tout : il n'y a place que pour eux (3).
De même que cette petite horde était le seul
peuple, de même qu'un lac ridicule de leur pays, le lac de Génésareth, était la grande mer de Cinnéreth, de lîiême que leur loi était la seule et unique loi, de même que leur livre est le seul livre (Biblos), de même leur langue est la seule lan^ gue^ la langue-mère, la langue divine.
Conséquence : pourquoi né reviendrait-on pas à l'hébreu comme langue universelle?
Vous croyez que je plaisante, ô mon lecteur !
C'est que vous ne connaissez pas cette race-là (*)•
Je n'ai que fort peu et fort mal étudié l'hébreu; mais je possède cependant une idée suffisante des langues orientales , pour pcfllvoir dire que si l'on avait à choisir comme modèle de perfection ujoe langue de l'Asie, ce ne serait pas à l'hébreu qu'il faudrait s'adresser.
Les langues, suivant la belle et profonde théorie de Condillac, sont des méthodes analytiques, qui sont parties du cri simple pour arriver aux merveilleuses combinaisons que nous, admirons dans les idiomes des différents peuples (1). Le signe suprême qui mai'que le plus ou moins grand degré de perfec-
(*) Je n*en tends pas attaquer ici de. très honorables sarants qui trouvent Tbébreu très simple et qui croient conscieâcieasemeot qu'on pourrait Tutiliser; je respecte toujours les personnes; c*est i*esprit d'exclusion que non seulement je blâme, mais que j*exècre.
tion d'une langue, c'est son caractère analytique, exprimé par son Alphabet. Or, je le demande, peut-on établir la moindre comparaison sous ce rapport entre l'hébreu et le sanscrit, par exemple, le sanscrit, une merveille philosophique (*), et l'hébreu, un jargon vague, qui ne précise nullement la pensée, et qui n'a que les os de l'Alphabet, je veux dire les consonnes, pareil, d'ailleurs, en tout le reste, au langage de l'enfant qui émet les mots sans les tisser ensemble, qui garrule, et ne parle pas.
Le monde civilisé n'a rien à démêler avec les langues sémitiques. Le sanscrit lui-même, malgré sa perfection alphabétique, se présente avec des conditions telles, en fait de syntaxe, en fait d'harmonie, que nous ne pouvons faire qu'une chose : c'est d'y prendre, comme objet d'imitation, l'utite procédé de représenter tous les sons par des signes spéciaux. Du reste, la complication des caractères, un certain manque de lucidité dans le génie de la langue, rendent ce bel idiome bien inférieur aux langues japhétiques, au point de vue des nécessités du progrès. L'Orient est fini pour ses langues comme pour sa vie intellectuelle. L'esprit net et
Voir ce que nous avons dit du sanscrit dans les notes du chapitre intitulé VAlpkabet universel, note i^.
positif des nations européennes l'a définitiveraent vaincu, et il l'absorbera un jour.
Certes, j'appelle, quant à moi, ce résultat de toute l'énergie de mes désirs. L'Orient, c'est rem* thousiasme faux, s'est l'absence de vigueur dans la pensée, c'est l'exagération universelle, c'est, en un mot, la fausseté du jugement. « Un antique préjugé, comme dit le savant Volney, vante vainement la littérature orientale : le bon goût et la raison attestent qu'aucun fonds d'instruction solide ni de science positive n'existe en ses produc*lions. L'histoire n'y récite que des fables, la poésie que des hyperboles; la philosophie n'y professe que des sophismes, la médecine que des recettes, la métaphysique que des absurdités; l'histoire naturelle, la physique, la chimie, les hautes mathématiques y ont à peine des noms; l'esprit d'un Européen ne peut que se rétrécir à cette école : c'est aux Orientaux de venir à celle de l'Occident moderne. »
C'est là, en effet, une loi visible de l'histoire. Le bon sens occidental prend de plus en plus lé dessus sur l'illuminisme asiatique. Le moment n'est pas loin où, contrairement à ce qui a été fait au moyen-âge , on assimilera définitivement et sympathiquement à nos nationalités, ce qui reste de la face chaldéo-méditerranéenne tout en repu-
diant d'une manière absolue ce que nous tenons d'elle au point de vue religieux. Cette race pleine de ténacité, de concert avec sa sœur légitime, la philosophie platonicienne, a horriblement dévoyé l'esprit humain. Démocrite, Épicure, et vous, Celse, Lucien, hommes de calme intelligence, qui, au déclin de la puissance romaine, avez vu, avec tant de tristesse, l'âme humaine envahie par toutes les insanités du platonisme, du philonisme, du plotinisme, de l'helléno-judaïsme en délire, vous vous réjouirez dans vos tombeaux maintenant inconnus : Alexandrie -là - Folle laissera la place à Athènes- la -Savante; les statues sacrées, si respectables sous leurs voiles, seront mises à nu, et, voyant combien elles sont vermoulues , le monde en détournera sa face, et il se jettera dans les bras de la grande Déesse occidentale , la Déesse née vers les régions qu'éclaire le soleil du Nord et que battent les flots de rOcéan, la Raison !
En
Si j'exclus de la discussion, comme un pur système d'érudit, l'idée d'universaliser l'hébreu ou telle autre langue orientale, je me trousse en pré-
sence de plusieurs projets qui, plus ou moins explicitement, se résument à ces deux points :
1® Faire des séries des objets de la langue, et prendre les têtes de séries pour en composer des mots radicaux. On recourrait à ces racines au moyen des chiffres, auxiliaires nés de la langue universelle ;
2** A l'aide de règles simples, faire sortir les dérivés des radicaux^ de manière à exprimer en un seul mot augmentatif, diminutif, actif, pasâif, local, philosophique, etc. , toute la gamme des idées et des sensations humaines.
En deux mots :
Série, aidée des nombres;
Combinaisons de lettres et de syllabes affixes , finales ou intercalaires, sur le fond des radicaux.
Voilà la donnée de la langue universelle.
Qu'en penser?
Nous allons faire une confession au lecteur.
Nous avons commencé ces études avec la^pensée qu'une langue universelle faite à priori était une idée folle. Nous étions tout disposé à dire avec tout le monde : « De quel droit ces bons-
— 2il —
hommes font-ils des langues dans leur cabirtet ? Qui voudra jamais de leur charabias? Est-ce qu'une langue ainsi morte avant sa naissance pourra jamais s'imposer? Restez tranquilles, pauvres rêveurs : la seule langue universelle possible, c'est une langue vivante et conquérante. La langue universelle, ce sera le français I »
Voilà ce que je me proposais de dire^ et en disant cela, j'aurais fait plaisir à plusieurs de mes amis qui sont dans ce sentiment.
Eh bien ! l'évidence me presse ; moi aussi, je suis pris par cette idée magique d'une langue universelle faite à priori, et pouvant, dans un temps prochain, faciliter les rapports internationaux. Je ne dirai donc pas aux bonshommes et aiix rêveurs dô se retirer et de se taire ; ma conscience ne me le permet pas : Non possumm l
IHsttiictliiÉi Importàttite.
A supposer que telle langue européenne actuelle, et ce serait nécessairement le françiàis, doive se généraliser dans l'avenir et passer à l'état dé langue universelle, ce résultat ne sera pas obtenu de longtemps.
Les avocats du français font beaucoup sonner . ce fait , certainement considérable , que la diplomatie parle déjà notre langue. Mais qu'est-ce que la diplomatie dans le monde?
En attendant, il pèse sur les nations européennes l'obligation véritablement insupportable d'apprendre trois ou quatre idiomes au moins , pour orga- . niser convenablement leurs rapports commerciaux et autres.
En attendant, nous sommes obligés de faire passer un temps considérable à nos enfants pour apprendre l'anglais, l'allemand, l'espagnol.
L'étude des instruments de communication est et reste un obstacle perpétuel. Un Européen ne peut pas bouger de sa contrée sans se munir d'une malle de dictionnaires et de grammaires. Les douanes mises par Lhomond à la pensée , sont pour le moins aussi désastreuses que ces douanes matérielles , objet d'horreur pour les malheureux qui s'arrêtent à Valenciennes et à Quiévrain, ou qui débarquent à Douvres et à Calais.
Les communications intellectuelles sont à peu près nulles. Les plus beaux travaux de l'Allemagne philosophique nous restent inconnus, en France, des temps infinis. Le progrès de la pensée se fait sans accord; il est facilité ou arrêté,, suivant le bon plaisir d'un traducteur plus ou moins pressé,
plus OU moins traître. Quand on saurait l'allemand, et que Ton pourrait lire Fuerbach, on ne sait pas l'anglais pour lire Calisle ; on ne sait pas l'italien, on ne sait pas l'espagnol. Et si l'ouvrage important qui se publie en Allemagne est traduit pour la France, il n'est pas traduit pour les autres peuples. Ainsi la pensée européenne se traîne en boîtant, et ce qui pourrait se faire en un an demaiide un demi-siècle. Voltaire a dit vrai : c'est un des grands fléaux de la vie.
De tout cela je conclus qu'il y a urgence d'organiser un instrument provisoire (5). Il y a dans la donnée des radicaux indiqués par la numération, et des dérivés se formant par des règles faciles, une idée que je crois féconde. Si, dans cette voie, on venait à rencontrer une langue très siihple, aussi facile à apprendre, par exemple, que celle des chiffres, ou bien encore que celle des chimistes, avec laquelle elle aurait plus d'une analo- . gie, je dis. que ce serait une obligation morale pour tout homme de progrès de pousser à l'adoption de ce projet'par les savants ; je dis que les gouvernements, entraînés par l'opinion publique, arriveraient nécessairement à mettre cette langue dans les programmes d'enseignement, au même titre qu'ils y mettent, presque tous aujourd'hui, l'algèbre et le système métrique.
Je crois donc, de la manière la plus ferme, que la question d'une langue universelle très simple, où tous les intérêts seraient ménagés, où toutes les facilités seraient combinées, est et demeure encore au concours pour les hommes qui pensent. Celui qui la trouvera aura trouvé le plus utile instrument de civilisation, le chemin de fer des âmes, le télégraphe électrique de la pensée !
Ii'uiilié dans la ▼atiété.
J'ai rencontré beaucoup de gens qui m'ont dit : Mais avec votre langue universelle, vous tuez les génies nationaux, vous tuez les littératures spéciales.
Vous voyez bien que non. Qu'est-ce que je vous propose, au contraire? Je vous propose de maintenir la variété tout en faisant l'unité. Je vous propose de laisser au Français son génie lucide secondé par sa langue précise. Je vous propose de laisser à l'Allemand, avec sa nature rêveuse et élégiaque, sa langue richement nuancée et un peu brumeuse. Je vous propose de laisser à l'Anglais son humour souvent naïve, avec sa langue qui a des notes enfantines malgré son élévation, et qui con-
serve, jusque dans les vers du grand Byron, je ne sais quoi de candide qui n'exclut ni la hardiesse ni la profondeur. Et puis, pour servir de point de repère aux esprits si divers de ces différents peuples, je vous propose une langue abrégée, une langue piathématique en quelque sorte, qui joue, dans le domaine de la pensée, le rôle que jouent, dans le domaine des calculs, les chiffres arabes, et que vont jouer tout à l'heure la numération décimale et le système métrique.
Je répète ce que je disais tout à l'heure : cet instrument de langage commun est de première nécessité, et c'est véritablement une des plus grandes barbaries de ce temps, qu'il ne soit pas pratiqué, ni même trouvé encore.
Arc À deiuL eanles.
Je veux faire comme font les hommes prudents ; je veux mettre deux cordes à mon arc.
Je ne suis pas de la secte des infaillibles, moi, pas plus en grammaire qu'en philosophie; je suis de la seule secte qui ait jamais servi utilement l'humanité, h secte des chercheurs.
11 est possible après tout, que je me trompe; il est possible qu' une langue à priori ne soit pas possible pour l'ensemble des communications humaines, comme elle est possible pour la chimie, comme elle est possible pour la numération ; il est possible que la solution de Vunius labii antique soit dans la fatalité historique et non dans la déduction d'un philosophe solitaire; il est possible (et mon patriotisme en éprouverait une vive joie) que le mot de cette énigme à déchiffrer : la langue universelle, ce soit cette chose tant prédite, l'uNi-