LA LANGUE UNIVERSELLE
La diversité des langues est fatale au génie et au progrès.
(LlIBIlJTZ.)
La chute de l'empire romain a produit plus de confusion et plus de langues nouvelles que la chute de la tour de Babel. Depuis le règne d'Auguste, jusque vers le temps des Attila, des Clodvic, des Gondehaud, pendant dix siècles, tirra «rat osios LABii , la terre connue était b'ohx sxuli lahqoi. On parlait latin de i'Euphrate au mont Atlas. Les lois sous lesquelles vivaient ces nations , étaient en latin , et le grec servait d'amusement ; le jargon barbare de chaque province n'était que pour la populace. On parlait latin dans les tribunaux d'Afrique comme à Rome. Un habitant de Comouailles partait pour l'Asie-Mineure , sûr d'être entendu partout sur la route. C'était du moins un bien que la rapacité des Romains avait fait aux hommes. On se trouvait citoyen de toutes les villes, sur le Danube comme sur le Guadalquivir. Aujourd'hui un Bergamesque, qui voyage dans les petits cantons suisses, dont, il n'est séparé que par une montagne, a besoin d'interprète comme s'il était è la Chine. G'ist dn
DIS PLUS GRANDS tlikOX Dl LA Vil.
(VOLTAïai).
lie point de départ.
Pourquoi certains bommes, en assez grand nombfe, se sont-ils occupés de composer une langue nouvelle destinée, dans leur pensée, à devenir langue universelle (1) ?
Quelle serait, dans leur intention à tous, la donnée générale de cette langue ?
En réponse à cette double question, je trouve ce qui suit en tête d'un projet de langue rationnelle présenté en 1794 à la Convention, par un citoye^i Delormel :
'« En un mot, dit cet auteur, les langues n'ont jamais eu que des principes établis après coup, et sur lesquels elles n'ont pu ensuite se réformer; elles ne sont composées que de mots pris au hasard (2) , et ont, par ces deux raisons, des irrégularités sans nombre qui les rendent longues et pénibles à apprendre.
« Il est donc un moyen unique qui n'a pas encore été employé. On n'a point imaginé une langue d'après un tableau réfléchi des connaissances humaines; on n'en a point imaginé une dont les expressions eussent entre elles toutes un caractère capable de rappeler ces connaissances et de les distribuer en des classes qui rappelassent ellesmêmes les expressions ; enfin, avec des chiffres on a le secret d'exprimer les nombres dans toutes les langues, mais seulement jps nombres ; de même, avec les lettres de l'Alphabet, former une gangue très simple et ennemie des exception?, qui soit, ainsi que la numération, fondée sur des séries, par
conséquent assez facile, et par là même assez attrayante pour que les peuples se portent à rapprendre, et puissent, sans même cesser de parler la leur, aisément parvenir à s'entendre sur toutes les matières"^ : voilà quel est mon projet. »
Ainsi, tel est le point de départ : ^
1° Difficultés inhérentes à nos langues faites de pièces et de morceaux par la foule grossière.
2* Constitution, par un homme logique, d'une langue parfaitement régulière et rationnelle qui s'apprendrait avec une extrême facilité, et qui deviendrait un instrument très commode des relations internationales.
Voilà le thème constant de tous les projets de la langue universelle. J'en ai là vingt sur ma table ; depuis le plus petit jusqu'au plus gros, tous disent la même chose, tous insistent sur la difficulté de ce que nous avons, et tous nous apportent un système éblouissant de simplicité. Conséquence : prenez mon ours !
Preneas nioit Ours.
Je me suis dit :
Voyons ces ours. Une fois que nous les aurons passés en revue, nous discuterons, nous nous for-
merons une opinion, tant sur la théorie elle-iiiême de la langue universelle, que sur le mérite des systèmes proposés jusqu'ici.
Entrons donc dans la ménagerie, et examinons.
Le premier ours qui se présente, c'est celui de Y Encyclopédie.
Celui-là prétend simplifier les substantifs de la manière suivai(ite : — Il retranche l'article, et il a un procédé qui tient de la déclinaison le^tine. Soit par exemple l'idée maison. La maison se dit ; manou; de la maison : manous; à la maisoQ ; bu manou; aux maisons : bu manous; de la m^à^oii : dtC manou; des maisons : de manous.
Franchement, je trouve que cela ne simplifié pas grand'chose.
L'Encyclopédie a une idée que nous retrouvons dans la plupart des systèmes : c'est celle d'imiter la langue italienne et d'user des formes augmentatives et diminutives. Pour les augmentatifs on ajouterait lé; pour les diminutifs, li. Exemples :
Maison, mançu; grande maison, manoulé; petite maison, manouli; garçon, filio ; grand garçon, filiolé; petit garçon, filioli.
Pour les verbes, voici deux exemples de ce que propose Y Encyclopédie :
VERBK I>ONNER