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Les révolutionnaires du Rouergue

Dans l'allée méridionale du cimetière de Riom, en suivant la ligne de mausolées rangés contre le mur d'enceinte, on rencontre, vers le milieu, sur un petit rectangle embroussaillé, une colonne ronde surmontée d'une urne funéraire qui laisse échapper une draperie de pierre.

Ce carré long que ne protège aucune grille, que n'égaie aucune fleur, est l'image de l'oubli au sein du temple des souvenirs ; — oubli absolu, immense, implacable.

On sent que jamais une larme n'est venu féconder cette parcelle de terre, que jamais un cœur ami n'a laissé déborder là un regret, un mot d'adieu, une prière.

Il est mort deux fois celui dont la dépouille repose sous ce linceul ignoré.

La colonne en pierre noire de Volvic, amincie vers le faite, que la mousse a envahie par plaques comme une rouille sépulcrale, ne porte que deux mots, un prénom et un nom :

Simon CAMBOLAS

Demandez à la foule qui passe quel fut ce Cambolas qui dort là-bas son dernier sommeil, et personne ne saura vous répondre.

Riom ne fut pas son berceau. Il fournit un asile à sa "vieillesse, une tombe à son cadavre. Mais l'oiseau qui traverse les airs laisse autant de traces que sa mémoire en a laissé sur la terre hospitalière d'Auvergne.

Et cependant cet homme eut son heure de gloire !

Il fut un des membres de cette Convention qui, de 1792 à 1796, — trois siècles — régna sur la France. On le compta au nombre des 750 réformateurs qui, dans une crise d'affolement, rêvèrent une reconstitution sociale par le carnage, fondant la fraternité sur l'oppression, l'égalité sur l'abaissement, la liberté sur la mort.

Rentré dans une obscurité bien méritée, odieux aux autres et à lui-même, n'étant plus rien après avoir été tout, il vint cacher sa vieillesse infirme et humiliée loin de ceux qui, à l'heure des surprises, avaient proclamé son nom et l'avaient fait leur mandataire. Le front dénué de toute auréole, l'existence minée par les infortunes privées et par la pauvreté, réfugié dans un travail mercenaire comme dans une retraite qui le faisait échapper à ses propres souvenirs, à ses remords, il finit misérablement une vie misérable.

Le ciseau du sculpteur chargé d'étiqueter le monument érigé par la commisération publique lui fit subir ce dernier affront d'ignorer même son nom exact et de ne transmettre à l'indifférence générale qu'une appellation tronquée.

On a beaucoup écrit sur les membres de la Convention Nationale. Les fractions les plus en vue de ce corps politique ont inspiré tour à tour diatribes et apologies. La Gironde a eu ses poètes, la Montagne ses historiens, mais on a trop

négligé, il nous semble, l'étude analytique du Marais, de ce Ventre, dominateur par ses votes dans l'assemblée régicide et qui en fut l'appareil de vie s'il n'en fut pas les parties nobles.

Le Marais constitua la majorité, souvent inconsciente mais toujours compacte, plus spécialement responsable des drames révolutionnaires. Quoique effacés, ses traits sont la véritable caractéristique de l'époque.

Comment n'appellerait-elle pas l'attention de l'écrivain cette majorité, mélange d'honnêteté banale, d'aspirations indéfinies vers un idéal moins défini encore, au jugement faussé par les meneurs, aux passions surchauffées par les clubs, par les sonorités oratoires aussi creuses que patriotiques, jouant aux Lycurgue et aux Brutus sans en avoir le souffle puissant, ayant des colères d'emprunt, des attendrissements suggérés, défendant avec une conviction ardente des théories qu'elle ne connaissait pas la veille, prête à subir tous les despotismes comme elle était prête à les imposer.

A côté des ardeurs furibondes et grandioses dans leur folie de la Montagne, à côté des générosités infécondes et des talents improductifs delà Gironde, il est intéressant de souligner, par quelques aperçus rapides, les incohérences, les tergiversations, l'insignifiance relative des hommes de la Plaine.

Les majorités violentes ne sont généralement que des majorités de médiocrité. Et l'histoire des médiocrités est, il faut bien en convenir, celle des Feuillants de la Convention.

Le côté droit et le côté gauche de l'assemblée comptèrent des hommes restés fameux par leur éloquence, leur audace, leurs forfaits ou leur mort. Le centre ne contint guère que des pygmées, à l'intelligence moyenne, oiseaux de proie à

courte envergure, dont la vie n'eut le plus souvent que deux guides : l'ambition et la peur.

CAMBOULAS, et non Cambolas comme le porte le registre tumulaire, fut un des illustres inconnus qui constituèrent le Marais à la Convention.

En traçant sa silhouette, commune à tous les représentants qui siégèrent sur les mêmes bancs et qui semble avoir été tirée à cinq ou six cents exemplaires, nous avons cru ajouter un médaillon inédit à la galerie historique de cette époque troublée.

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