LA RÉVOLUTION FRANÇAISE EN ITAUE
gue même, calquée sur l’imitation latine, étrangère au monde moderne, semble une langue morte dans laquelle on essaye de traduire les passions et l’esprit des vivants.
Alfieri et Botta, se vengeant sur l’humanité tout en* tière, paraissent chercher le salut dans un grand suicide. Il semble, en les lisant, que l’Ilalie tient encore les clefs de l’abîme, qu’il dépend d’elle de l’ouvrir ou de le fermer. Vous diriez qu’elle garde dans ses mains de sublimes otages; que si le monde la presse, elle peut les faire disparaître en une nuit et continuer de combattre au milieu des ténèbres; souvent elles ont été le salut de l’esclave.
Une idée semblable s’est rencontrée chez les hommes d’action. J’ai entendu dire que dans l une des dernières guerres de ce siècle, quelques-uns avaient proposé de faire sauter, si l’ennemi avançait, le Vatican avec les murs sacrés par les chefs-d’œuvre de tous les âges. Les assiégeants n’eussent pu monter sur la brèche qu’en foulant sous leurs pieds Michel-Ange et Raphaël. Dans la postérité, ils eussent été perdus comme les déprédateurs du genre humain. I.a poudre manqua, dit-on; sans doute aussi l’audace. On eut peur de se déshonorer en déshonorant les vainqueurs.
Assaillie par tant de mains, esUil sût que l’Italie ne s’entourera pas, à la fin, de ses tableaux, de ses statues, comme d’un boulevard inexpugnable ? Gdiui qui viendrait l’étouffer à travers cette muraille immortelle serait obligé d’abord de ruiner tout ce qui honore legénie de l’homme.' Ce n’est qu’après avoir anéanti les œuvres les plus divines que la main de l’étranger arriverait jusqu’où elle.
Dernières ressources du désespoir! Le grand bâdier que Savon arole voulait faire des œuvres de la Renaissance, peut-être s’allumera-t-il un jour pour brûler la main des barbares; et de ces flammes sacrées surgira l’ânie d’un peuple. Si l’Italie doit mourir à chaque siècle
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NAPOLÉON ET LITALIE. 4M
pour ramuscmcrit des autres, qui jurerait qu’elle ne léguera pas comme Sardanapale, aux envahisseurs, des centlres au lieu des délices qu’ils attendent?
11 est véritablement trop aisé de l’accabler et de se rassasier sans rien faire, des beautés qui sont ses œuvres. Ce. qu’elle a fait nous appartient à tous, disent-ils. Peut-être si elle ne peut les arrêter, les attristerait-elle, en leur étant l’occasion de posséder ce qu’ils sont incapables de produire.