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ruine de la nation. La religion catiiolique s’est hâtée de donner raison à ces principes. Par la loi même de l’histoire, Pie IX a été contraint de livrer l’Italie,
Les étrangers ont reparu de nos jours comme au seizième siècle de l’autre coté des Alpes et avec les mêmes visages. Chez les Allemands, même assurance du inaître, même sentiment traditionnel des droits de César; chez les Français, même ignorance, même insouciance de tout droit ; suspects au prince qu’ils assistent, odiettx au peuple qu’ils trahissent; également incapables, comme par le passé, de s’assurer leurs conquêtes ou d’en sortir sans opprobre. Les Italiens seuls ont montré en de nombreuses occasions des hommes nouveaux ; car ils ont fait paraître à Milan, à Brescia, à Venise, à Rome, des vertus publiques depuis longtemps inconnues de leurs pères et dont ils semblent avoir dépouillé leurs vainqueurs.
Après avoir employé une partie de ma vie à m’occuper du passé et du présent de Pltalie (et cet ouvrage publié ù divers intervalles, mais commencé au moins depuis dix ans, porte bien faiblement le témoignage d’une si longue intimité), après avoir, dis-je, donné aux affaires italiennes une si grande part dans ma j)ensée, je devais me trouver dans deux assemblées destinées, la première par incapacité, la seconde par perfidie, à préparer, tramer la destruction de cette nationalité. Je devais assister aux conseils, aux délibérations publiques ou privées, aux pièges, aux embûches, aux machinations dans lesquelles a été consommée la ruine de cette seconde patrie dont la renaissance m’avait toujours paru être le présage de la résurrection de tous les peuples tombés.
Assurément, je fus de ceux qui souffrirent* le plus tant
‘ Voyez la Croisade contre la République romaine, cl deux discours pi-o-
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que l'existence du peuple italien resta en litige. La connaissance que j’avais des lois de l’iiistoire italienne ne me servait qu’à voir d’avance la conclusion. Car les Français inetlenl tant de bonne grâce dans la perfidie; ils ont l’art de dissimuler le coup qu’ils veulent frapper, sous tant de questions de formes, de préliminaires innocents, de paroles caressantes, que le peuple italien ne pouvait manquer d’être étouffé avant que son nom fût prononcé dans la discussion. Je découvris là que la pratique du fond des choses est absolument inutile avec la méthode qui consiste à consumer le temps dans les questions accessoires et à luer en un clin-d’œil, quand on s’aperçoit que l’attention est distraite ou épuisée. Avec la précaution d’écarter la pensée capitale, le mot important, les Français d’aujourd’hui étouffent la vérité sons la parole, comme d’autres sous le silence.
Cet art de se servir du discours pour masquer l’action, est une chose que je n’aurais jamais cru possible dans une grande assemblée, si je n’en eusse été témoin. Mais tout le monde sembla s’y complaire; le plus grand nombre sachant ce qu’ils faisaient' quelques-uns seulement dupes de leur propre éloquence. Ils n’avaient pas encore achevé ici la question de priorité, que là-bas la tragédie était finie. J’appris là que les plus grandes affaires et les plus injustes peuvent se consommer dans le retentissement des débats publics, sans que la parole qui contient toute la situation s’échappe de la bouche de personne. Il .semble que lorsque certains événements doivent s’accomplir contre la conscience du genre humain, une force supérieure enchaîne ou embarra-sse les langues les mieux
nonci's, l'iiii, le 1" décembre 1848, ilans l'Assemblée eonslitiwnle, l’anlre, le 7 août 1849, d.ins l’Assemblée léfrisl.alive.
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faites pour tout dire. Les pierres crient, les hommes balbutient et se taisent.
On put juger en ces jours, combien le caractère de la nation française a été altéré par l’hypocrisie religieuse qui se glisse chez elle depuis la souillure des invasions de 1814 et 1815. La langue avait encore gardé des habitudes de franchise qui contrastaient avec la perfidie récente. Ce mélange d’expansion libérale, de bonhomie révolutionnaire dans les formes et de mensonge calculé dans la pensée, parut quelque chose de nouveau. L’esprit français qui se met à ramper produit un effet monstrueux; c’est l’aigle qui se fait serpent.
Quand la taciturnité cache la trahison, il semble au moins que la crainte de parler atteste un reste de respect pour la conscience ; mais quand c’est la rhétorique qui prend le rôle de la perfidie, le cynisme paraît s’ajouter à la duplicité. Une assemblée française qui ment par six ou sept cents bouches, du haut de la tribune, prostitue, non pas une nation seulement, mais la nature humaine tout entière.
On s’étonna de voir des vieillards dont la vie s’était passée à provoquer les peuples à la rébellion, user du premier essai qu’ils faisaient du pouvoir, pour solliciter le châtiment des peuples qui les avaient écoutés. J’ai été témoin, dans ma vie, d’injustices et de violences nombreuses; du moins celles-là étaient ouvertes et attendues. Mais le spectacle de ces vieillards libéraux qui se prenaient à ramentevoir, en cheveux blancs, leurs anciennes phrases de tribune pour enchaîner le monde, et qui venaient, à leur tour de parole, mettre leurs béquilles au service de l’inquisition, fit horreur.
Jusqu’ici les dernières années de l’homme se marquaient par une obstination croissante, une sorte d’en-
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(lurcis.sement dans la pensée de l’âge mûr. Pour nous, au contraire, nous donnons à la vieillesse, à la caducité la versatilité, l’air inconséquent de la jeunesse; et il ne faut pas s’étonner si nous méprisons ce que la nature a rendu le plus respectahle, puisque nous commençons par changer et bouleverser la nature. Elle avait fait de la vieillesse une couronne, conrirmation de l’existence; nous en avons fait une apostasie.
Quand on sort d’une monarchie corrompue, ce qui rend particulièrement difficile rétablissement de la République, c’est que les hommes démêlent fort bien (jne, dans le nouveau régime, il y a un réveil de la conscience; cette idée leur fait peur. Car la conscience est pour eux le plus insup- • . portable de tous les gouvernements, puisqu’il les poursuit jusqu’au dedans d’eux-mômes; et il leur est véritablement odieux de revenir si vite à la vérité, après un si long commerce avec le mensonge.
J’ai vu des hommes que la pensée seule de l’obligation d’être désormais gens de bien pour être quelque chose, mettait véritahlement au désespoir. Avec quelle ingénuité ils s’exprimaient devant moi sur l’impossibilité où ils étaient de se brouiller avec leurs vices, sur la cruauté qu’il y aurait de l’espérer! On aurait dit qu’il s'agissait de leurs plus chers amis, de leurs plus proches parents dont ils étaient menacés d’être séparés par l’exil ; la torture morale était chez eux si naïve, que j’avais toutes les peines du monde de ne pas en être touché.
Il paraît, en effet, que celte brusque nécessité de rentrer dans la droiture après que l’âme s’est engourdie dans l’injustice, est tout ce qu’il y a de plus douloureux, de plus cuisant pour Tbommo. Le méchant lié à la justice, c’est, au moral, le supplice de la roue. J’en ai connu qui, plutôt que de s’y soumettre, ont préféré se jeter dans les
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hasards les plus périlleux. Les lâches mêmes devenaient braves un moment, quand il s’agissait de se débarrasser enfin de la tyrannie de la conscience.
Entre la perfidie savante des uns et la naïveté systématique des autres, il y avait d’ailleurs tant de distance, que nulle lumière véritable ne pouvait sortir de la discussion. Au moment où l’affaire se consommait, je me hasardai à dire à l’un des républicains expérimentés du comité des affaires étrangères, que l’armée française marchait contre la République, non contre l’Autriche. « Ah! me dit-il, je ne croirai jamais à une si grande perfidie de la nature humaine! »
beaucoup de républicains imaginent que c’est un acte civique de ne jamais pressentir le mal chez leur adversaire. Le mot de J. -J. Rousseau : «Tout est bien sortant des mains de l’auteur des choses » est leur philosophie. Innocence admirable, si c’était celle d’Eden; mais elle est de convention. On se fait une vertu de voir faux, un point d’honneur de la duperie. Dans une époque corrompue, on néglige comme une quantité insignifiante tous les vices. Cela fait, il serait bien de ne témoigner nulle surprise quand les vices oubliés réclament leurs droits et se chargent de corriger les erreurs du calcul.
Il ne faut pas oublier que ce sont les républicains modérés qui ont pris l’initiative de l’expédition française en Italie. Ce sont eux qui l’ont voulue, proposée, pressée. Mais en meme temps qu’ils y mettaient cette hâte, ils prenaient si bien leurs mesures, que cette expédition devait nécessairement s’accomplir contre eux et les détruire.
Le champ de bataille de la France contre les Impériaux a été et sera toujours la haute Italie. Pour que l’armée française rencontrât l’Autriche, il aurait fallu qu’elle abordât dans le Piémont, à Nice ou à Gênes sur le flanc des
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Autrichiens, Dès que les républicains l’envoyaient euxmêmes à Cività-Vecchia où ils n’avaient pas d’ennemis, il était de toute évidence qu’elle ne trouverait rien à détruire que la République romaine, et par suite celle de France. Je m’écriai dans l’Assemblée, que, puisqu’il en ~ était ainsi, notre expédition était une expédition autrichienne.
Nos adversaires politiques dans la Législature ne pouvalent supposer chez nous une si extraordinaire simplicité; ils soupçonnèrent d’abord un piège et refusèrent. Je les entendis demander la non-intervention. Nous prîmes nous-mêmes le tranchant du fer; après l’avoir aiguisé, nous le mîmes entre leurs mains. Voyant enfin qu’il n’y avait rien de caché sous cette innocence, et que c’était bien notre intention de nous détruire , ils acceptèrent l’arme qu’on leur tendait. Sans plus délibérer, en gens avisés, ils frappèrent au cœur ceux qui la leur avaient donnée.
C’est dans cette question qu’il fut visible que notre nation a perdu en partie ses instincts les plus vifs ; car tout le monde y semblait égaré. On voulait d’abord protéger l’Italie, puis garantir la liberté particulière du peuple romain, lui restituer sa pleine indépendance, puis, pour conclusion, l’enchaîner et l’étouffer dans les liens du saint-office. La langue française a peine à suivre le chemin tortueux que parcourut l’esprit français à la solde du mensonge religieux. Les républicains modérés se contentaient de protéger la personne du pape; leur pensée ne s’étendait pas plus loin. Mais ils commencèrent par choi.sir pour diriger l’expédition les hommes qu’auraient choisis leurs ennemis les plus acharnés. Ainsi, dès les premiers pas, l’entreprise n’appartenait plus à ceux qui la faisaient ; ils touchaient un monde qu’ils ne connais-
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saient pas, et perdaient à la fois les libertés de la France • et celles de l’Italie.
Quant aux républicains démocrates, il sembla que le nom de la papauté avait suffi pour déconcerter leur audace. Au lieu d'accepter l’émancipation italienne avec toutes ses conséquences, ils parurent plaider pour des coupables! « Ce n’était pas, dieu merci, la liberté de conscience, ni une réforme religieuse que réclamait l’Italie. Loin de là, elle ne prétendait porter aucune atteinte à l’autorité illimitée, absolue du chef spirituel. Les républicains de France se faisaient les garants de l’orthodoxie, de la soumission, de l’esclavage intellectuel des républicains de Rome et d’Italie. Une si extraordinaire prétention que celle d’échapper à l’Eglise du moyen âge, n’était pas entrée dans leurs esprits; c’était calomnie de le supposer. Les peuples ne demandaient que quelques changements dans l’ordre temporel, sachant assez qu’il serait criminel de prétendre penser par eux-mêmes ! »
Parlaient-ils ainsi dans la peur de se brouiller avec l’ignorance et les superstitions du peuple? Peut-être. Car on ne peut supposer la foi. Dans tous les cas, on remarqua, chez les uns, comme chez les autres, la même complaisance à flatter ce qu’on craignait le plus.
Sitôt que la question fut posée dans ces termes, il demeura évident qu’elle était perdue. L’esprit français, désarmé au milieu d’une révolution, reculait en deçà de toutes les libertés acquises par le dernier siècle. Ce fut le signal pour les ennemis de se déchaîner; ils sentirent qu’on leur donnait la victoire; ils la reçurent sans combat.
Si la Révolution française, dans sa dernière phase, avait une mission, c’était d’affranchir le monde de l’esprit du moyen âge. Dès qu’au milieu de son triomphe, elle s’excusa comme d’un attentat, d’oser limiter la do-
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minalion suprême de cet esprit, on peut dire qu'à ce nionienl elle rendit les armes.
La nature des choses voulait que le catholicisme ou la Révolution française se ruinassent, I nn ou l’autre. Le jour où les révolutionnaires se mirent dans l’esprit de capituler avec leur éternel ennemi, ils se livrèrent.
La destruction de la République romaine par la République française fut loin de produire dans le peuple l’impression qu’on en attendait. Nul siynede remords. Rien ne témoigna que cette nation eût le sentiment profond de ce. qui venait de s’accomplir en son nom. Il ne put échapper à ceux qui l’ob-servaient, que le cœur commençait à s’engourdir. Liiez beaucoup, la superstition on le respect empêchèrent tout ressentiment; quelques-uns s’indignèrent, le plus grand nombre resta indilTérenl. Dès ce jour, les ambitieux purent se dire que la nation était mûre pour la servitude.
On vit sous le peuple nouveau reparaître un reste de l’ancien peu|)le. I]elui qui a fait la guerre des Albigeois, la Saint-Rartbélemy, la Révocation de l’édit de Nantes, la guerre des Cévennes, est peut-être le seul en Europe qui eût le droit de faire sans s’étonner, une guerre religieuse au milieu du dix-neuvième siècle.
Dès que la démocratie française se fut prosternée aux pieds de l’esprit du moyen âge, il arriva une chose merveilleuse et qui dépassa toute la science des politiques. C’est que les forces vitales, produites par la Révolution française, se trouvèrent soudainement enchaînées au service de la contre-révolution. Le lion qu’on disait rugissant, se réveilla attelé au char de la vieille Cybèle.
Tout ce qui avait été créé pour l’innovation et la liberté tourna au profit de la servitude. On vit dans le monde une démocratie triomphante, ardente d’avenir, s’arrêter
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j)Ouc rebâtir ce qu’elle avait détruit. Le poids de la France nouvelle passa tout entier et sans effort du côté du passé; la balance du monde en fut rompue. L’avenir que l’on croyait saisir sembla s’enfuir et disparaître en un clin d’œil à l’extrémité des temps.
Une chose dut frapper les hommes qui réfléchissent sur les événements accomplis sous leurs yeux.
A peine les chefs de la République française l’eurent placée sous l’empire du principe catholique, elle leur échappa, pour se précipiter, en aveugle, dans les formes des républiques italiennes; elle parcourut, en peu de mois, le cercle stérile où s’étaient agitées pendant des siècles les petites sociétés dont nous venons de suivre l’histoire. Nous revîmes en un moment la bataille entre le peuple gras et le peuple maigre; les Ciompi avec leur ancienne crédulité; l’intolérance religieuse servant d’appui à l’intolérance politique; tous les préjugés de l’Eglise survivant aux croyances, même chez les plus affranchis; dès lors les partis incapables ni de se convertir ni de vivre en présence les uns des autres; la République catholique devenant une république j)rincière, la république princière une principauté absolue; de nouveau les proscriptions en masse guelfes ou gibelines; enfin la société désespérant de la liberté, se précipitant les yeux fermés sous les pieds d’un maître. Ce passé de plusieurs siècles que nous avons parcouru en esprit dans les petites cités italiennes, il nous a été accordé de le faire revivre en quelques mois; et nos yeux ont pu voir le grand travail d’un peuple incapable de franchir l’enceinte de la religion du moyen âge, aboutir aux institutions politiques de Buénos-Ayres, du Paraguay et du Mexique.
Maîtrisée par la religion du moyen âge, la Révolution française se perd dans une Seigneurie, de la même ma-
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nière que nous avons vu la République de Florence se démettre sous un duc d’Athènes, Bologne sous un Bentivoglio, Mantoue sous un Gonzague, Milan sous un Sforza, Pérouse sous un Baglione, Padoue sous un Fzzelin, la Romagne sous le duc de Valentinois; et, dans l’autre hémisphère catholique, le Mexique sous Santa-Anna, le Paraguay sous Francia, la République argentine sous Rosas, Ainsi la France, dans son caractère d’universalité, représente, avec éclat, un monde entier de servitude volontaire. Elle s’est chargée de donner la plus puissante démonstration des lois de l’histoire, en résumant la vie des sociétés qui s’étant proposé d’abord de concilier le catholicisme avec la liberté, puis voyant que ce problème est insoluble et se trouvant acculées à l’impossible, se sont volontairement anéanties dans un suicide national.
Nous avons vu aussi, grâce à Dieu, reparaître et se confirmer cette grande loi qui veut que toujours 1e monde servile frappe d’abord son libérateur, non par malice assurément, mais parce que ses yeux sont aveugles. En 1799, le peuple napolitain égorge ceux qui lui donnent la liberté. En 1846, meme expérience dans la Gallicie; les paysans mettent à mort quiconque veut les aider à sortir du servage, Et il ne faut pas refuser à notre pays l’honneur d’avoir donné sa confirmation à cette règle. Seulement, avec la douceur particulière à nos mœurs, le peuple français s’est contenté de frapper par son vote tous ceux qui lui ont conquis le droit de voter.
Ainsi, les lois qui ne semblaient qu’une abstraction sont désormais des vérités palpables; et avant que j’aie terminé ce livre, les événements ont montré à tous les yeux ce qu’à grand’peine je m’elTorçais de discerner dans le passé : la monarchie tombée pour avoir trop méprisé le peuple; la République pour l’avoir trop estimé. Tout
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peuple catholique est un peuple enfant éternellement en tutelle. Il cherche un maître. Si vous ne le lui donnez, il vous l’impose.
Par là se confirme ce qui a été dit au commencement de ce livre; que l’histoire italienne est une histoire prophétique où peuvent lire leur destinée les peuples qui sont restés attachés au catholicisme romain.
D’autres temps viendront, d’autres cœurs s’ouvriront à d’immenses espérances. Mais il est à craindre que la loi réalisée jusqu’à ce jour dans nos affaires, ne reparaisse, tant que le principe meme n’en aura pas été effacé; et après tant de ressemblances avec l’Italie, peut-être ne faudra-t-il pas trop accuser le sort, si la dernière nous est épargnée; je veux dire si après avoir perdu la liberté, nous gardons au moins sain et sauf le corps entier de la nationalité et de la patrie!
Pour moi, ce que je m’étais proposé, c’était de montrer, par l’expérience d’un peuple, comment le principe catholique est incompatible avec la liberté moderne. Par une faveur inattendue de la Providence, les événements les plus éclatants, ayant donné à ma pensée la lumière ot le secours de la foudre, je crois pouvoir terminer ici cet ouvrage, attendant que le moment vienne où les hommes tireront la conclusion pratique d’une vérité que j’ai longtemps poursuivie et qu’il m’est permis de considérer désormais comme une des évidences du genre humain
En sentant ces vérités pénétrer dans la poitrine, moi aussi, je suis tenté de dire : cela ne fait point de mal.
Est-ce un monde que j’ai vu s’écrouler derrière moi?
Suis-je seul au bord d’un gouffre? Non, tu n’es pas seul ;
* Voyez Révolution religieuse au dix-neuvième siècle. Inlroductioii aux œuvres de Marnix. Bruxelles, 1857,
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lu es en compagnie du droit. Tu n’as rien vu que ce que tu avais annoncé toi-même dans tes formules de l’histoire italienne. Pourquoi t’étonner, pourquoi murmurer?
Voulais-tu que tes paroles fussent vides? ne les avais-tu pas pesées avant de les prononcer? Ou faisais-tu comme les enfants qui menacent du tonnerre et qui pleurent quand ils l’entendent?
Les lois que lu as établies dans tout le cours de cet ouvrage s’accomplissent. Est-ce là ce qui t’afflige?
Mais il est dur, il est cruel de voir se consommer les choses que l’on redoutait même en les annonçant.
Ainsi lu voudrais que la vérité ne fût qu’une théorie; tu la repousses dès qu’elle le blesse? Non, ta pensée est plus sérieuse que tu ne l’imaginais loi-même. Tu as interrogé riiisloire; elle t’a répondu. Accepte sa réponse.
Tu survis à un monde. Prends les pensées qui conviennent à ceux qui survivent. Avant que l’histoire se fût consommée suivant les règles que lu as loi-même marquées, tu étais plein d’amertume et de colère. Tu espérais réveiller par les morsures les consciences qui s’engourdissent dans le froid du tombeau. Aujourd’hui, t’ abaisserais-tu à la colère? A-l-on de la colère contre la poussière des ossements?
L’homme sage espère que le souffle d’en haut les réchauffera et les ressuscitera. Il appelle sur eux cette haleine invisible qui fait revivre; il ne dispute pas contre les morts.
Il sait qu’il est des temps où des millions d’hommes pèsent moins que la conscience d’un seul.
Il garde sa conscience comme un temple; il n’en laisse approcher ni la colère, ni la douleur, à peine le dédain. Et pourquoi même le dédain? C’est la pitié qu’il fallait dire.
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J’ai commencé ce livre et je l’achève en le dédiant à l’exilé italien, précurseur de tous les exilés de la terre.
Celui-là est en exil qui est condamné à vivre hors du droit.
Celui-là est en exil qui est emprisonné dans la maison de l’injustice.
Le banni est celui qui, dans son champ paternel, à son foyer, se sent proscrit par la conscience des hommes de bien.
Mais toi, tu habites avec le droit. Partout où tu es, si tu restes fidèle à toi-même, tu es dans le pays de ton père. Ils ne t’enlèveront pas la cité de la conscience. Réchauffetoi à la flamme de la justice; te croiras-tu alors absent de ton foyer?
• Si la patrie se meurt, deviens toi-même l’idéal de la nouvelle patrie. Pour refaire un monde, que faut-il? Un grain de sable, un point fixe, pur, lumineux. Travaille à devenir ce point incorruptible.
.Sois une conscience. Un nouvel univers n’attend pour se former que de rencontrer dans le vide des cieux déserts un atome moral.