A LA BELGIQUE
Son hAta
F. D. Bancbl.
Je dédie ce livre à la Belgique. Cependant il est plein du souvenir de la France.
Celle-ci a été le but constant et invariable de mes vœux, de mes travaux, de mes espérances.
Mais les paroles que, par le malheur des temps, je n’ai pu prononcer chez moi, la Belgique m’a permis de les prononcer chez elle. L’asile accordé à la personne du proscrit, elle ne l’a pas refusé à sa pensée ; et c’est l’hospitalité véritable.
La fin de mon exil ne m’a point ôté la mémoire. Je me souviens que, sous l’égide des lois d’un peuple libre, j’ai pu,
pendant dix années et devant un auditoire sans cesse grandissant, parler de droit, d’égalité, de progrès, d’humanité, d’honneur; d’où il m’est permis de conclure que ces principes sont, en effet, gravés dans le camr des Belges.
Qu’ils les conservent à jamais, et qu’ils les considèrent comme le plus sûr garant de leur indépendance!
Immortels, ces principes n’appartiennent en propre à aucun peuple, ni à aucune date spéciale de l’histoire. — Le grand dix-huitième siècle les emptrunte au seizième, qui les tenait de l’antiquité; et, si mon pays a été leur terre nourricière, on peut dire qu’ils germaient dans la conscience universelle.
Us ne tarderont pas d’ailleurs à refleurir sur le sol de la Frawe. L’étoile du matin retrouvera sa clarté qtii manque au monde. L’avenir ne nous trahira pas, comme a fait le piossé. Chassés, ptour un jour, de l’héritage des aïeux, les petits-fils y rentreront en maîtres.
Rien ne prévaudra contre l’esprit de la Révolution.
Uruxellos, janvier
F. D. Bancel.