DON LUCAS A LA M AN
lin en fui rien.
Le gouvernement de Santa Anna, semblable au prodigue et au dissipateur qui dilapide un riche héritage, semblable encore an riche mal aisé qui contracte des emprunts onéreux, fruits de son désordre, tolérait encore parfois le commerce interlope, selon les offres qui lui étaient faites. Tuxpam alors, comme un \olcan mal éteint, vomissait sur le littoral des milliers de ballots de coton , que des muletiers apostés enlevaient pendant la nuit, tandis que les goélettes qui les avaient apportés, ne paraissaient plus à l'horizon que comme une bande d'oiseaux qui s'envolent. Le résultat de celte tolérance coupable fut de placer, tant à Mexico qu'cà Orizaba et partout, les industriels découragés dans une situation désastreuse. La filature d'Orizaba fut la première à ressentir les effets de cette concurrence des États-Unis, et cette société dont Alanian était chef fut obligée de suspendre les paiements des nombreux effets mis en circulation, pour représenter les capitaux nécessaires à son exploitation. Celte somme s'élevait à 1,200,000 piastres, soit 7,000,000 de francs. La faillite d'Alaman jeta la consternation dans le commerce mexicain, elles journaux d'Europe s'en préoccupèrent en lui donnant le nom de Cockerill^ de l'Amérique. Il supporta cette po-
' Fameux ljaaf|ueroutier anglais.
sition fâcheuse avec un sang-froid et une indifférence qui lui firent peu d'honneur dans l'esprit public. Les arrangements furent ruineux pour les créanciers. La cession de ses biens une fois faite, Alaman ne s'occupa plus de cette affaire.
Il n'est plus aujourd'hui que simple administrateur des biens du duc de Monteleone. Santa Anna, qui cependant n'ignore pas qu' Alaman l'eût fait fusiller sans pitié s'il ayait pu mettre la main sur lui, aux jours de sa puissance, n'a gardé, ayec sa bénignité accoutumée, aucun ressentiment de ses terribles intentions; il le consulte même souvent, et il n'j aurait rien d'étonnant à ce que, par ses conseils, il eût procédé aux incroyables mesures fiscales qu'il prit, et qui semblaient le prélude d'une expulsion générale des étrangers, des Français surtout.
En terminant, disons qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître, dans l'homme dont nous venons d'esquisser la vie à grands traits, des talents politiques de premier ordre, une capacité d'homme d'Etat peu ordinaire, une incroyable activité au travail. On doit regretter pour lui que la nature ne l'ait pas jeté dans un moule plus héroïque ou qu'elle ne fait point fait naître dans une société plus civilisée où la force du corps ne fasse pas pour ainsi dire, tout le mérite: il aurait pu, au besoin, exécuter les armes à la main ses
DON LUCAS ALAMAN. i>o5
savantes combinaisons de cabinet. Le [Mexique n'en serait pas aujourd'hui réduit à l'état de caducité précoce où il est tombé. Au reste, le principal défaut du parti qu'Alaman représente a été de n'avoir pu trouver un général capable de commander avec fruit les forces militaires mises à sa disposition, et cette pénurie d'hommes de guerre a été bien fatale au pays. La politique d'Alaman ne s'est jamais non plus distinguée par sa droiture, et on ne peut manquer, en la comparant à sa con îuite dans les affaires commerciales, de faire la réflexion que l'improbité politique marche plus souvent qu'on ne pense de front avec l'improbité privée !