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AU MEXIQUE

Dans la courbe gigantesque que décrit le golfe du Mexique, à quelques lieues de Tembouchure de la rivière de Santander qui se jette dans l'Océan, et à trente -cinq de Tampico, il est une plage d'un aspect triste et morne : son nom est Soto-la-Marina. La nature si pittoresque, si variée au nouveau monde est dans ces parages uniforme et sans accidents. Ce sont de grands terrains plats et solitaires, des petits marais qui les coupent çà et là j des dunes de sable qui les hérissent et en rompent à peine la monotonie.

A droite de ces terrains la rivière de Santander qui étend dans une tranquille inclolenceses eaux azurées, vient baigner capricieusement le rivage. Les vaisseaux remontent rarement cette partie de la rivière; entravée à son embouchure déjà étroite par une barre qui empêche de passer les navires tirant plus de six pieds d'eau, elle s'élargit d'abord, puis se resserre graduellement jusqu'à la ville de Soto-la-Marina ; elle n'est navigable alors que pour les bâtiments qu ont pu franchir la barre.

Cependant le 11 avril 1817 un petit navire venait de surgir à l'horizon, et glissant sur l'eau avec autaut de grâce que d'agilité, il remontait rapidement la rivière.

Il y avait dans l'aspect de ce visiteur quelque chose qui devait augmenter la surprise causée d'abord par son apparition: contre tout usage il ne portait pas de pavillon. C'était unbrigantin fin et bien voilé dont les mâts élancés soutenaient des vergues légères; la vivacité et la sûreté de ses allures prouvaient qu'une main expérimentée le dirigeait. Lorsqu'il fut environ à une lieue de la ville de Soto-la-3Iarina, il vira de bord, cargua ses voiles et jeta l'ancre. Un coup de mousquet partit du pont; un second répondit immédiatement, mais ce dernier partait de terre.

Aussitôt une embarcation se détacha du briganlii] ,

une troupe d'hommes assez nombreuse la montaiL Un d'eux qui paraissait être leur chef, une longue \ue à la main, inspectait la terre avec une vive attention. L'embarcation s'avançait à coups de rame pressés et mesurés vers le rivage ; après l'avoir côtoyé quelque temps pour chercher un endroit favorable, elle atteignit une crique où le débarquement pouvait s'effectuer sans danger, et que le jeune homme à la longue vue avait désignée.

A peine fut-elle amarrée que ce dernier s'élança à terre. Deux hommes apparurent avec précaution à quelques pas de lui : la présence de ces deux nouveaux venus, dont la figure bronzée avait un caractère particulier d'énergique rudesse et de résolution ne sembla pas le surprendre. Leur aspect cependant n'avait rien de rassurant : de larges chapeaux de paille de maïs ombrageaient leur tète à la chevelure épaisse et noire, un zarape aux couleurs sombres jeté sur leurs épaules était drapé d'une façon pittoresque et laissait voir leur ceinture de crêpe de Chine bourrée d'armes. L'un d'eux tenait encore un mousquet dans sa main droite .

Le jeune homme que l'embarcation venait d'amener, également pourvu d'armes, laissant derrière lui ses compagnons, s'avança à la rencontre des deux inconnus sans hésitation.

— Quelle terre ces eaux arrosent-elles? demandat-il d'une voix ferme et mâle.

— Une terre qui pour fructifier, veut l'indépendance et la liberté î répondit celui qui tenait le mousquet, et qui semblait s'attendre à cette question.

— Yous êtes bien ceux que je cherche : je viens vers vous pour vous aider à les conquérir!

— Hurrah Mexico! independancia I s'écria l'inconnu !

Le premier, qui jusqu'alors avait suivi l'entretien sans placer un mot, se retournant dans la direction des terres jeta un cri qui imitait à s'y méprendre le cri de l'oiseau moqueur.

A ce signal une cinquantaine d'hommes, que les dunes de sable dérobaient à la vue, accoururent : la plupart n'étaient pas armés, les autres ne l'étaient que d'une manière incomplète.

— Yenez amis, voilà un libérateur qui vient à notre aide pour secouer le joug qui pèse sur nous, fit celui qui avait poussé le signal, en désignant d'un geste énergique le jeune homme.

— A bas l'Espagne ! s'écrièrent-ils tous.

— Braves Mexicains, dit ce dernier en tirant son épée, je n'attendais pas moins de vous; je vous apporte des armes, et je viens vaincre ou mourir ensemble pour faire triompher vos droits !

De nouvelles acclamations saluèrent ces paroles. Pendant cette scène ceux qui montaient l'embarcation avaient mis pied à terre, et avaient débarqué des armes telles que fusils, carabines rayées ou épées qu'ils déposèrent sur le sable.

— Tenez compagnons, fit le jeune homme en étendant la main vers ces faisceaux qui étincelaient aux rayons du soleil, voilà des instruments de délivrance, recevez-les de Mina !

Chacun aussitôt se précipite sur les armes et prend celle qui lui convient le mieux; tous en un clind'œil en sont munis, et alors les brandissant dans Tair, ils font retentir les échos de ces cris répétés : — Mort aux Espagnols! Vive Mina notre chef !

Celui qui débarquait ainsi sur la grève de Soto-la- Marina était en effet Xavier Mina , que les historiens mexicains n'appellent que le héros. Il était neveu de cet Espoz y Mina, que sa cruauté et son habileté ont rendu si fameux sous Ferdinand YII. Imagination romanesque, tête brûlante, àme enthousiaste, il avait toutes les passions du ciel méridional qui le vit naître

52 LES nÉVOLUTIONS DU MEXIQUE.

en 1 789. Jusqu'à ce jour où il mettait le pied sur le sol mexicain, son existence n'avait été qu'une suite d'événements et d'aventures hors de la sphère commune : il étudiait la théologie au séminaire de Saragosse lorsque les Français envahirent l'Espagne. Ce fut avec une indignation profonde qu'il vit cette irruption injuste qui était un outrage pour son pays: animé de cet esprit d'indépendance qui l'entraîna toute sa vie à offrir son bras et son courage aux causes opprimées ; enflam.mé d'ailleurs par le goût des armes, il n'hésita pas à laisser la théologie pour l'épée et à abandonner ses études pour voler à la défense de la patrie . Suivi dans ses desseins par une poignée de ses camarades qui partageaient ses idées, il forma une guerrilla, à laquelle vinrent se joindre quelques bandes éparses dans les montagnes.

Brave, infatigable, et doué d'une présence d'esprit merveilleuse, il devint bientôt le fléau des Français el: de leurs partisans; il se distingua par l'audace de ses entreprises , et avec tant d'habileté qu'il ne fut jamais surpris: quand il était serré de trop près, ses guerrilleros se dispersaient pour se rassembler quelques heures plus tard, et tomber comme la foudre sur les petits corps ennemis. Une catastrophe à laquelle il devait s'attendre arrêta le cours de ses exploits, il fut fait prisonnier, amené eu France, et

EXPÉDITION DE XAVIER MINA. o3

enfermé au donjon de Vincenncs. Cette infortune n'éteignit pas son ardeur.

A peine rendu libre par la chute de Napoléon, et rentré en Espagne il se jette de nouveau dans les aventures: Espoz y Mina, son oncle, était résolu de rétablir la constitution de 1812, il s'adjoint à lui pour l'exécution de ce plan; il rassemble ses bandes, et marche au mois de septembre 1814, contre Pampeluno où des intelligences étaient ménagées. Mais la lâcheté de ses compagnons fait échouer le projet; et ce n'est qu'au milieu des plus grands dangers qu'il peut fuir en France, tandis que son oncle se fait arrêter !

De là, Xavier Mina passe en Angleterre.

La vue d'un peuple libre jouissant de la plénitude de ses droits vient exalter ses aspirations, et les fixer plus que jamais. C'est cette condition qu'il envie pour sa patrie : voyant cependant qu'il lui est impossible, pour longtemps du moins, de l'y réaliser , il se prend à songer qu'il est une terre où il aurait plus de chance pour combattre les tendances rétrogrades du gouvernement espagnol, et qui, par les événements qui s'y passent, acceptera avec enthousiasme ses plans d'indépendance et de liberté : cette terre c'est le Mexique en révolution depuis 1810!!

Aussitôt un projet hardi entre dans sa pensée; il

veut venir en aide à ce peuple écrasé de trois cents ans de tyrannie et d'esclavage, qui lutte maintenant contre l'Espagne. Avec une merveilleuse activité, il rassemble un petit nombre d'aventuriers intrépides, que plusieurs de ses anciens partisans viennent grossir; il se fournit d armes, de munitions, et s'embarque sur la Cléopâtre qui cinglait vers le nouveau monde ! ^

Les intelligences que Mina s'était ménagées à Sotola-Marina, et plus que cela les dispositions favorables des habitants, l'y firent recevoir avec des transports de joie et de reconnaissance. Les principaux du pays l'accueillirent comme un libérateur; un grand nombre de Mexicains demandèrent à augmenter ses rangs et à le seconder dans son entreprise. Devant cet enthousiasme, les quelques Espagnols qui formaient la garnison, effrayés de leur infériorité numérique, évacuèrentprécipitamment la ville, en laissant der-

* Mina ne débarqua pas de suite au Mexique ; il s'arrêta quelque temps aux Etats-Unis, notamment à Baltimore et à la Nouvelle-Orléans, où il compléta son petit armement et acheva de prendre les mesures qui devaient assurer la réussite de son projet.

rière eux des vivres et des armes au pouvoir des nouveaux arrivés.

Mina, maître de Soto sans effusion de sang, s'empressa de la fortifier, et résolut d'en faire la base de ses opérations. Avant de le suivre dans les diverses aventures qui succédèrent à cet heureux débarquement, il n'est pas inutile de tracer ici le tableau de la situation de l'indépendance mexicaine en 1817.

La mort de l'héroïque Morelos et de ses dignes lieutenants Galeana et Matamoros avait clos cette première période de l'insurrection qu'on peut appeler la période chevaleresque. Dès lors elle n'avait plus eu ce caractère d'enthousiasme et de loyauté, de grandeur désintéressée qui en marque le début j l'ambition égoïste de quelques généraux en avait changé la cause et lui avait fait perdre de sa dignité morale.

Le général D. Manuel Terran inaugura cette nouvelle période.

La perte du curé de Caracuaro ^ changea la face des affaires des patriotes: des dissensions éclatèrent, ils se brouillèrent entre eux. Terran qui se targuait de s:s services, et dont les idées politiques se ressentaient de la fougue de son âge, avait des vues ambitieuses que les brouilles de ses compagnons d'armes

* Morelos, avant d'être géiiérulissime des indépendants avait été curé de Caracuaro, petit village près de Yalladolid.

vinrent augmenter. Tout, d'ailleurs, était dans un état de désorganisation propice à ses desseins.

Le congrès qui avait la prétention de représenter le pouvoir civil, au sein de l'insurrection, n'en était que le simulacre dérisoire. C'était une réunion d'avocats, de bacheliers, de prêtres et de muletiers, bavards ridicules et ineptes, qui s'intitulaient pompeusement députés delà nation mexicaine, mais qui, en réalité , s'étaient nommés pour la plupart eux-mêmes. Ce congrès, sans dignité et sans discipline, courait à l'aventure, par monts et par vaux^ il transportait ses séances partout où il se trouvait, soit dans les bois ou aux bords des rivières, soit dans les plaines ou sur les montagnes. Suivant à la piste les généraux indépendants, il avait été plus souvent un obstacle qu'un aide; il promulguait une foule de décretsdont l'inopportunité entravait les opérations militaires, et qui, s'il faut tout dire, avait causé déjà en partie la perte de Morelos. C'était alors vers Terran qui guerroyait dans la province de Oajaca, que le congrès était accouru: selon son usage il le harcelait et semait la division .

Le général lassé résolut de le dissoudre et de constituer un autre congrès : il ne tarda pas à exécuter ce dessein j les députés furent tous arrêtés , et remplacés par une commission iniitulùc Directoire exécutif , com-

posée de trois membres, dont Terran était le principal ou pour mieux dire Tunique. Tl s'entoura de représentation extérieure, il se fit donner le titre d^altesse, quand le directoire siégeait, et celui (ï'eœcellentissime en dehors des sessions. Les autres chefs patriotes, Guerrero, Yittoria, Osourno etD. Ignacio Rayon refusèrent de reconnaître le nouveau directoire et, affranchis désormais de tout contrôle, ils exercèrent le règne du sabre: Terran dans le district de Théhuacan, Yittoria à la Vera-Gruz, Osourno à Papautla, et Eayondans la province de Yalladolid. Terran, malgré son ambition avait à cœur la cause de l'indépendance; il forma un projet qui devait lui assurer de grands avantages : c'était de prendre Tampico, et, par la possession de cette place, de fournir aux patriotes un débouché pour le commerce avec les Etats-Unis. Il entreprit de réaliser ce projet, mais trop faible pour résister aux forces royalistes, il se replia sur Téhiiacan, et proposa aux généraux Yittoria et Osourno de joindre leurs troupes aux siennes pour agir de concert. Ces derniers repoussèrent cette proposition , aimant mieux perdre tous les fruits d'une entreprise utile que de s'unir avec lui. Le vice-roi profita de cette mésintelligence, fit investir Téhuacan, contraignit Terran à capituler et à se rendre prisonnier.

Ces événements se passaient dans les provinces du sud, c'est-à-dire celles qui avoisinent l'Océan.

Mais bientôt le prêtre D. Antonio José Tonnés se fit reconnaître dans les provinces de l'ouest et de l'est, où il avait acquis une grande influence comme généralissime des patriotes. Voulant rendre son autorité plus durable, il créa un semblant de gouvernement, et le composa d'un président, de deux membres et d'un secrétaire de la guerre. La réalité du pouvoir tout entier reposait dans les mains de Tonnés: le congrès ne faisait que sanctionner aveuglément toutes les volontés qu'il lui imposait; ses créatures remplissaient tous les districts ou commandacias qui s'étendaient sous sa domination. C'étaient pour la plupart des petits tyrans qui, écrasant de vexations et de mesures arbitraires ceux qu'ils devaient protéger, faisaient maudire le nom de l'indépendance, tandis que leur chef, enfermé dans une forteresse formidable, exerçait de son côté, sans crainte de représailles les actes les plus despotiques. Tel était l'état de la cause dégénérée de l'insurrection lorsque Mina parut au Mexique, et vint la ranimer d'un souffle d'héroïsme.

Après riieureux débarquement à Soto-la-Marina, le but de Mina était de se joindre, à la tête de sa petite troupe, aux patriotes des provinces de l'intérieur qui occupaient autour de Yalladolid et de Guanajuto de \astes portions de territoire et plusieurs forteresses. Une immense distance l'en séparait; pour y atteindre il lui fallait traverser les états de Tamaulipas, de San Luis de Potosi et une partie de celui de Zacatécas. L'ennemi occupait presque toutes les routes: Mina devait donc tantôt le surprendre par la hardiesse de ses attaques, tantôt lui échapper par la rapidité de ses marches. Il n'hésita pas devant les difficultés de cette entreprise. Avant son départ pour les provinces de l'intérieur, son courage eut l'occasion de se signaler: le général royaliste Arrédondo, à la tête de quinze cents hommes, vint l'attaquer près de Santander. La mêlée était au mo ment de s'engager, lorsque le général sortant des rangs offrit amnistie à quiconque déposerait les armes.

— Amisî s'écrie Mina, en se retournant vers ses soldats, cet homme nous insulte : montrons-lui notre réponse. — Tous se précipitent sur les Espagnols

avec une irrésistible impétuosité, jettent la confusion dans leurs lignes et les obligent à la retraite.

Le 24 mai 1817, Mina se mit en marche avec trois cent ludl hommes, un guide les précédait. On s'engagea d'abord dans un chemin qui serpentait au milieu de coteaux couverts de bois épais, et qui ne semblait accessible qu'aux Indiens, tant la végétation l'obstruait de toutes parts. Souvent la hache dut intervenir pour frayer le passage : des fourrés inextricables où depuis bien des années peut-être l'homme n'avait pénétré, arrêtaient à chaque instant les pas. Ce premier jour de marche commencé au soleil levant fut pénible: les soldats souffrirent de la soif, car jusqu'à la fin du jour, quand ils eurent dépassé les bois, ils demeurèrent exposés aux atteintes d'une chaleur dévorante, sans que le moindre souffle d'air ou la moindre goutte d'eau vînt les rafraîchir. Vers le soir, au moment où Ton atteignait la lisière d'une forêt sombre et épaisse, une source entourée de verdure se découvrit à leurs yeux ; chacun poussa un cri de joie, et courut s'abreuver dans la fraîcheur de ses eaux.

Après une halte de quelques minutes on se remit en route.

Au bout de trois jours, Mina et sa petite armée arrivèrent en vue de la ville de Eorcasitas^ située sur les bords de la rivière de Altamira^ dont le passage

offrit quelque danger; un officier qui s'éloigna du guet, fut emporté par le courant et se noya. Parvenus dans une plaine, et non loin d'une hacienda abandonnée, un immense nuage de poussière qui accourait de l'horizon et qui semblait soulevé par une multitude vint exciter leur inquiétude ; mais bientôt le tourbillon se rapprocha, et l'on vit un troupeau de sept cents chevaux environ, renâclant et soufflant. Ils avaient été rassemblés pour les besoins de l'ennemi; la chasse leur fut donnée : on s'empara d'une partie. On continua demarcherainsipendant plusieurs jours. La route qui s'étendait devant eux était si étroite qu'elle paraissait moins faite pour des hommes que pour des bêtes fauves : des montagnes couronnées de forêts au feuillage touffu la plongeaient dans des ombres presque crépusculaires, et venaient éveiller dans l'àme un effroi involontaire. Cependant la distance qui les séparait de Valle del Maïz, une des étapes de leur itinéraire s'abrégeait.

Le mouvement de Mina vers les provinces de l'intérieur avait excité l'alarme des troupes royalistes, incertaines s'il allait prendre la voie à'^Altamira ou de Tampico j elles étaient obligées d'occuper ces deux positions : mais dès qu'on apprit qu'il se dirigeait de Horcasitas vers Valle delMaïz, on résolut qu'un corps

de cavalerie lui donnerait la chasse.

Le 8 juin au matin, un paysan qui avait des intelligences avec les patriotes arrive en toute hâte annoncer qu'un grand nombre de cavaliers se sont portés en avant de Yalle dcl Maïz, et sont décidés à la dernière résistance. Cette nouvelle enflamme le courage de Mina qui, désireux plus que jamais de se mesurer avec l'ennemi, accélère sa marche. Vers midi on l'aperçoit : ses forces consistaient en quatre cents cavaliers avantageusement placés sur une hauteur de la grande route, à trois lieues de la ville.

Comprenant à Fardeur des siens qu'il peut attaquer de suite, Mina prend aussitôt ses dispositions, met son infanterie en réserve, choisit les meilleurs tireurs, et les embusque derrière un taillis à gauche des royalistes avec ordre de les déloger. Dès que ceux-ci ont " déchargé quelques coups de feu, une surprise profonde les saisit en voyant leurs adversaires se débander précipitamment, et gagner leur centre. Mina s'aperçoit de ce désordre, fait avancer sa réserve, tombe sur eux et achève de les disperser; puis avec trente-deux chevaux il se lance à la poursuite des fuyards. Alors commence une course furieuse, haletante. Comme ces tourbillons soulevés par le vent d'hiver. Mina et les siens penchés sur leurs montures, dont ils déchirent les flancs à coups d'éperons, volent, font jaillir des cailloux de la route mille étin-

celles. Malheur à ceux qui tombent à la portée de leur arme! ils sont renyersés, foulés aux pieds et massacrés : ils arrivent ainsi jusqu'aux portes de la ville, la traversent, et emportés par l'ardeur du combat, continuent encore celte charge trois lieues au-delà.

La petite armée trouva à Yalle del Maïz le meilleur gîte qu'elle eut rencontré depuis son départ. Cette ville, agréablement située sur les bords de la rivière de Panûco, abondait en magasins, en vivres et en armes : Mina, avec une délicatesse à laquelle les habitants n'avaient pas été accoutumés par les Espagnols, ne prit que l'indispensable.

Dans la journée du 9, il reçut avis que le commandant Arniman, à la tête de sept cents hommes et d'un corps de cavalerie était à sa poursuite ; cette annonce ne causa aucune inquiétude à ses soldats qui, enflés de leur précédente victoire, voulaient au contraire retourner sur leurs pas pour attaquer l'ennemi; mais Mina ne perdant pas de vue son objet principal, c'està-dire sa jonction avec les patriotes des provinces de l'intérieur, résolut de quitter aussitôt Valle del Maïz.

Le 10 on se remit en marche, et deux jours après on arrivait à un ranch^ abandonné. Là, on apprit une particularité qu'il fallut bien prendre en considération : Arniman, dont les forces s'étaient encore aug-

mentées d'une division de cavalerie, n'était plus qu'à quelques lieues en arrière. 3Iina et les siens quittent le rancho; les marches forcées succèdent aux marches ordinaires, et le 14 au soir, accablés de chaleur et de soif, ils arrivent à l'hacienda de Petotillos.

Quelques heures de sommeil les avaient à peine remis de leurs fatigues quand le lendemain au point du jour, les sentinelles firent entendre ce cri:

— Alerte! l'avant -garde de Tennemi n'est plus qu'à deux mille.

Aussitôt le tambour résonne j les hommes s'élancent sur leurs armes ; Mina sans perdre son sang-froid ordonne à cent soixante-deux des siens de gravir une éminence contigiië à l'hacienda d'où la vue embrasse un vaste horizon de plaines couvertes de blés. Une chaleur dévorante pesait déjà lourdement; un profond silence permettait d'entendre les moindres rumeurs. Bientôt on aperçut l'avant -garde espagnole : elle s'avançait en courbant les hautes tiges des épis, et le soleil qui se brisait en mille rayons sur ses armes lui donnait alors l'apparence d'un serpent aux écailles luisantes se déroulant au milieu des moissons.

Mina voit qu'un engagement est inévitable : battre en retraite avec des soldats harassés, c'est une destruction certaine j s'enfermer dans l'hacienda et soutenir un siège, c'est une lente extermination.

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Une détermination hardie, dont la réussite peut seule le sauver traverse son esprit.

S'adressant aux siens, il s'écrie:

— Amis ! dispersons ces hommes avant que leurs compagnons les rejoignent : suivez-moi!

Aussitôt telle qu'un torrent la petite armée se précipite du mamelon, bondit dans la plaine, et pénétrant tumultueusement dans les rangs des Espagnols déconcertés de la brusquerie de l'attaque, les presse avec vigueur; ceux-ci commencent déjà à plier et à se débander, lorsque tout à coup leur réserve apparaît sur le champ de bataille, les fuyards s'y rallient et Mina et ses soldats se trouvent alors en présence d'un ennemi plus de trois fois supérieur K

1] y eut un moment de poignante hésitation parmi ces cent soixante-deux hommes ; mais la résolution de vendre chèrement leur vie est bientôt la seule pensée qui domine leur âme. Mina arrachant le fourreau de son épée qui pendait à sa ceinture le jette au loin.

— Je ne veux pour fourreau que la poitrine des Espagnols^ dit-il.

Ces mots, l'air enthousiaste dont ils sont prononcés

i A la bataille de Petotillos, Mina attaqua sept cents soldats d'Arniman avec cent soixante-deux liomrres seulement; le reste de sa petite armée était restée à la ^arde de l'hacienda, et ne prit point part au combat. Voir l'historien anglais Davis Robinsou,

achèvent de ranimer les siens ; ils mettent la baïonnette au bout de leurs fusils, et, avec une nouvelle énergie ils s'élancent une seconde fois contre les Espagnols.

On vit alors ce que peut la valeur contre le nombre j cette centaine d'hommes, barrasses par une première lutte en mirent en déroute plus d un millier.

Demeurée maîtresse du passage qu'elle avait si vaillamment conquis, la petite armée de Mina se remit en marche. Bientôt on toucha la frontière du territoire que les patriotes occupaient, et on se disposa à attaquer une vaste hacienda, appelée Spiritu SantOy fortifiée par sa position naturelle, et munie d'une garnison assez forte : mais les Espagnols ne jugeant pas à propos de la défendre, l'évacuèrent, emmenant avec eux tous les paysans des environs. Alors une procession étrange vint à la rencontre de Mina : elle était composée de femmes chantant des cantiques et portant une bannière où était brodée l'image de la Vierge. Elles laissaient échapper des marques d'effroi, redoutant les violences des nouveaux venus qu'elles s'efforçaient de désarmer par ces démonstrations religieuses, mais les procédés de ces derniers ne tardèrent pas à les rassurer entièrement.

Cependant les fatigues et les dangers ne touchaient pas encore à leur fin.

Arrivé devant la ville de Real del Pinôs, dans l'in-

tendance de Zacatécas, Mina la somma de se rendre mais elle refusa. Il résolut de s'en emparer de force.

Real del Pinôs était posée sur le penchant d'une colline, protégée au nord par un ravin profond, et au sud où les habitations étaient fort basses, par des murs qui barricadaient les rues. Cette situation inspira à Mina un dessein hardi : dans une nuit obscure et orageuse où le ciel sans lune et sans étoiles épaississait encore les ombres, il fait tenter une attaque du côté du nord.

Pendant que l'ennemi concentre son attention sur ce point, quinze hommes courent vers le sud; avec une agilité merveilleuse; à l'aide de leur zarape \ ils atteignent les azoteas (terrasses) des maisons élevées seulement de quelques mètres au-dessus du sol, dans cette partie de la ville. Les pieds nus, Toreille tendue, favorisés par les ténèbres, ils se glissent de terrasse en terrasse, de maison en maison jusqu'à l'endroit où les royalistes se défendent contre l'attaque de Mina. Ils se laissent tomber à terre, toujours à l'aide de leur zarape; puis ils bondissent comme des démons, l'épée à la main au milieu des Espagnols terrifiés àl'aspect de ces ennemis qui semblent surgir du

1 On appelle zarape, une couverture que les Mexicains de toutes les classes portent habituellement, et qui leur sert à une

sol. La nuit qui en dissimule le petit nombre leur fait croire qu'ils sont en forces supérieures; craignant d'être pris entre deux feux ils commencent à Lattre en retraite. Les quinze hommes les poursuiyent yaillamment, et permettent à Mina de faire irruption dans la ville K Les soldats espagnols s'enfuirent dans les montagnes. Real del Pinôs, ayant refusé de se rendre, fut pillée; mais les citoyens furent respectés dans leurs personnes. Un butin considérable récompensa la petite armée de ses fatigues.

En quittant Real del Pinôs % Mina et les siens pensaient que cette jonction ardemment désirée avec les patriotes de l'intérieur ne tarderait pas à s'eJQTectuer : la route qu'ils prirent s'étendait au milieu des plaines de Zacatécas.

Ce sont d'immenses solitudes, sans verdure, aux horizons reculés, aux landes sablonneuses hérissées de dunes qui semblent autant de vagues immobiles dans un océan de sable. Quelques buissons de bois de fer et quelques gommiers rabougris forment la seule végétation; un air brûlant, un soleil de feu, destour-

1 Voir l'historien anglais Robinson.

2 Les soldats de Mina firent à Real del Pinôs, un butin si considérable, que presque tous en quittant cette ville, avaient sur les épaules, outre une foule d'objets précieux, un de ces riches manteaux mexicains , brodés d'or, de la valeur de cent à deux cents dollars.

billons de poussière asphyxiante, telles sont les tortures continuelles qui attendent Mina ! Malheur àceux que leur mauvais destin égare dans ces parages désolés.

Depuis trois jours on est en marche, la petite armée n a encore rencontré aucune trace d'hommes ou de bêtes, cependant depuis quelque temps des vestiges informes qu'elle finit par reconnaître pour être des débris de vêtements jonchent le sol, et des ossements humains épars çà et là, blanchis par le soleil, lui attestent que les ravages de la guerre se sont étendus jusque dans ces lieux. L'âme péniblement affectée de cette vue, Mina reçoit une nouvelle impression d'alarme : le guide déclare qu'il ne reconnaît plus sa route I

Que faire? Si l'on poursuit en avant, n'achèverat-on pas de s'égarer? et ne perd-t-on pas un temps précieux si l'on s'arrête?

Ce dernier parti paraît le plus prudent. Un petit détachement composé de quelques cavaliers est envoyé à la découverte. Il n'avait encore fait que peu de chemin lorsqu'un bruit de pas de chevaux vint frapper son oreille, et une troupe d'hommes se montre bientôt, accourant au-devant de lui.

La présence des nouveaux venus, leur aspect étrange avaient de quoi exciter Tinquiétude : celui

qui paraissait être leur chef était vêtu d'une veste brune brodée de dentelle d'argent fanée; des calzofieras de velours vert, un gilet d'un rouge éclatant, des bottes à larges éperons, une coiffure affectant la forme de kolbacli où était incrustée une image de la vierge de Guadalupe complétaient son costume. Il montait un cheval bai à l'allure fougueuse et tenait une longue lance à la main.

Tous ses hommes, à peu de chose près, étaient équipés comme lui. C'était un corps de cavaliers patriotes en reconnaissance : ils n'avaient aucun avis de l'arrivée de Mina. Le colonel D. Cristobal Naba, leur chef, se joignit au détachement, et l'on se dirigea vers le campement du reste de la petite armée.

Mina l'accueillit comme un sauveur et apprit qu'il n'était plus qu'tà neuf lieues de la forteresse de Sombrero occupée par les indépendants; on continua la marche, et le 24 juin l'héroïque Guerrillero de la Navarre entrait dans Sombrero: la jonction était opérée! Il fut accueilli avec l'enthousiasme que devaient exciter son nom et ses actions : En un mois il avait fait deux cent cinquante lieues dans un pays ennemi, livré trois batailles et perdu seulement quarante hommes!

La garnison des indépendants qui occupait le fort de Sombrero, était commandée par D. Pedro Morena: abdiquant toute autorité, pour donner l'exemple, il se mit sous les ordres de Mina.

Quatre jours à peine venaient de s'écouler, employés à un repos indispensable que déjà l'activité du jeune général s'impatientait ; elle ne tarda pas à trouver une nouvelle occasion de s'excercer. Le 28 juin un corps d'Espagnols, au nombre de sept cents, conduits par le colonel Castanôs, fit un mouvement dans la direction de Sombrero. Castanôs était un des plus braves officiers royalistes j il en était aussi un des plus cruels et des plus féroces. Emule de Calleja, le boucher d'hommes, il avait rempli tous les lieux où il passait de terreur, de larmes et de sang. Ses victoires, ses marches rapides et imprévues, ses attaques au milieu de la nuit en avaient fait un objet d'effroi pour les patriotes; leur esprit superstitieux grossissait encore sa renommée de toute l'épouvante qu'il inspirait. Ces divers motifs donnèrent le désir à Mina de l'attaquer et de faire tomber ce prestige; il se porta à sa

rencontre et le joignit à San Juan de los Lanon: il n'avait avec lui que deux cents hommes d'infanterie et quelques chevaux.

Il engagea la latte avec sa vigueur et sa ])ravoure habituelles aux cris répétés de Hurra ! Mejico ! Inde pendancial!

Les Espagnols se défendirent vaillamment: au premier rang combattait le fougueux Castanôs. Vint le moment où la mitraille leur manqua; les artilleurs allaient interrompre le feu de leurs pièces, quand tout à coup, pris d'une inspiration soudaine.

— Enfants! s'écria Castanôs, apportez la caisse de l'armée, si nous n'avons plus de mitraille, nous avons des dollars ! ^

Aussitôt les coffres jetés à terre sont défoncés, et l'on bourre les canons de dollars. Malgré cette prodigalité les Espagnols furent défaits, et les premières ombres du soir virent le redoutable Castanôs couché sans vie sur le sol avec près de cinq cents des siens ! Le lendemain les soldats indépendants trouvèrent leur paie sur le lieu du combat en ramassant les piastres qui y étaient éparses.

Une autre bonne fortune était réservée à Mina ^ : la

1 Voir l'historien Anglais Davis Robinson, — They fired dollars from Artillery, — we présume this arose from want of grape-shot.

prise de F hacienda de Jaral lui valut un butin d'un million ^

Il était parvenu à l'apogée de son entreprise; ses ressources lui avaient donné les moyens de mieux équiper sa petite armée, de faire des achats d'armes, et d'envoyer à Mexico ainsi que dans d'autres villes des agents munis de fonds, qui devaient lui gagner des partisans; il était à la tête de vaillants soldats qui, enflammés de leurs victoires , ne demandaient qu'à marcher en avant. Avec ces éléments de succès, si les chefs de l'insurrection eussent été animés d'un vérible amour de la patrie, convaincus de ses intérêts, s'ils eussent loyalement mis à la disposition de Mina leurs divers moyens d'action, et joint leurs forces aux siennes, les Espagnols pouvaient être expulsés du Mexique, l'indépendance établie, et les drapeaux de la révolution flotter sur les murs de Mexico !

La fatalité ne voulut pas que ce grand dessein pût être encore accompli! Les chefs patriotes, dominés par la présomption et la jalousie, bien loin de seconder le célèbre Guerrillero, ne virent enlui^ dans leur ambition égoïste, qu'un rival qui devait les absorber. Méditant dès lors sa chute, ils résolurent d'op-

i L'hacienda de Jaral était à vingt lieues au nord de Guanajuato ; elle appartenait au marquis de Moncade,le plus riche propriétaire de la Nouvelle-Espagne.

poser à ses demandes le mauvais vouloir, de lui créer secrètement des difficultés, et de l'entraver dans tous ses plans. Ces divisions, encore plus que leurs armes, devaient singulièrement favoriser la fortune des Espagnols. Mina ne tarda pas à démêler cette antipathie et résolut, autant que possible, de compter sur lui seul. L'affaire de San Juan de Lanos et la prise de l'hacienda de Jaral marquèrent les dernières prospérités de l'expédition; bientôt commença la période des revers ^ . Un échec essuyé devant la ville de Léon fut le premier avertissement de la fortune pâlissante de Mina!

Dans cette attaque stérile cent de ses plus braves aventuriers perdirent la vie.

Les Espagnols qui occupaient Léon au nombre de quatre mille, enhardis par cette défaite, résolurent de venir l'attaquer dans sa forteresse. Mina, averti, prit à la hâte quelques mesures , et le 30 juillet les vedettes signalèrent l'ennemi dans la plaine de Sombrero. Le fort de Sombrero était situé sur un énorme mamelon, surplombant la montagne de Comanja, et dominait comme une sentinelle vigilante, toute la plaine de mille pieds. Les hauteurs de la montagne, coupées de précipices béants, le défendaient du côté du nord;

1 La forteresse de Sombrero n'était éloignée de Léon que de neuf lieues.

à l'est, un gouffre, dont les vapeurs bleuâtres ne permettaient pas à rœil d'en mesurer la profondeur, le protégeait d'une manière efficace. Une rampe escarpée était du côté du sud le seul chemin qui y donnât accès. En un mot, ces défenses naturelles rendaient le Sombrero imprenable par la force des armes: mais il avait un grand inconvénient, Feau y manquait absolument. Pour s'en procurer la garnison devait aller puiser dans un torrent qui coulait au fond d'un ravin, à huit cents pas environ du fort.

Ce fut sur un mamelon de moindre hauteur que celui de Sombrero que Don Pasquale Linan, commandant de l'armée espagnole, plaça son quartier général. Ses forces comptaient trois mille cinq cent quaranteun hommes, deux obusiers et dix pièces d artillerie. C'est contre un tel nombre que Mina devait se défendre n'ayant que son courage, quelques mauvais canons bossues et peu de munitions I La garnison qu'il commandait, ne dépassant pas neuf cents personnes avec les paysans et les femmes qui s'y étaient joints précipitamment, jura de s'ensevelir sous les ruines de Sombrero.

A peine les premiers rayons du soleil ont-ils éclairé la journée du 31 juillet que le bombardement du fort commence ; les boulets, les obus tombent avec fracas et font retentir les échos de la montagne deComanja.

A ce tonnerre qui dure tout le jour, les assiégés ne répondent que par intervalles : ils ménagent leurs munitions, leurs pièces au reste ne fonctionnent qu'avec difficulté.

Pendant trois jours ce bombardement continua sans relâche ; le à août les Espagnols tentèrent un assaut simultané sur trois points différents : sur le rempart où l'attaque était plus acharnée, Mina, une longue lance à la main, faisait des prodiges de valeur. Il reçut une blessure, mais l'ennemi fut repoussé avec perte.

Au bombardement, aux attaques, aux surprises de guerre, vient bientôt se joindre un fléau terrible : la soif! La petite provision d'eau, recueillie à la hâte avant l'arrivée des royalistes, est déjà tarie ; la communication avec le ravin où les soldats allaient en chercher, est coupée par l'ennemi, fortement posté en cet endroit : et même durant la nuit des sentinelles défendent son approche.

Précédemment Mina avait eu la pensée, pour amener l'eau dans l'intérieur du fort, de faire creuser des citernes ; mais la saison des pluies, où l'on entrait, avait fait différer ce projet. On eut bientôt consommé les eaux stagnantes, puisées au fond des rochers : les angoisses de la soif commencèrent ; quatre jours s'écoulèrent sans qu'une goutte d'eau vînt

abreuyer la mallicureuse garnison. Quelques-uns ne pouvant résister à cettetorture, s'échappèrent, au péril de leur vie, sous les balles des Espagnols, pour cueillir des pieds de céleri sauvage qui croissaient autour du fort. La situation devenait de plus en plus intolérable; d'une heure à une autre les soldats épuisés de souffrances ne pouvaient plus faire leur service ; les cris déchirants des enfants qui demandaient à boire à leurs mères éplorées, et la douleur de celles-ci qui se traduisait en longs sanglots, ajoutaient à ces scènes de désolation une horreur particulière! La contenance de Mina montrait combien il ressentait les maux de ses compagnons; il essayait de les soutenir par l'espérance que le Dieu de la ' ature ne les abandonnerait pas; il leur désignait les gros nuages qui commençaient à charger l'atmosphère, et à courir dans le ciel, comme la source d'où le secours devait tomber ! L'exemple et l'observation de Mina leur rendirent un peu d'espoir, et inspirèrent à chacun le désir de se montrer supérieur à la rigueur de la fortune. Dans une attente anxieuse ils observent l'approche des gros nuages noirs qui s'avancent; tous les vases, tous les tonneaux sont préparéspour recevoir cette pluie bienfaisante; les femmes invoquent avec ardeur les images des Saints. Les nuages se rapprochent, planent audessus du fort, aucun bruit ne se fait entendre au mi-

lieu de l'anxiété générale de la garnison : les tonnerres de l'artillerie de l'armée espagnole, les hurlements sauvages des soldats qui se préparent peut-être à l'assaut, rompent seuls le silence. Les nuages errants paraissent s'arrêter au-dessus des assiégés : c'est la réalisation de cette attente si ardemment désirée j quelques gouttes de pluie tombent : l'anxiété est à son dernier point. . . . Mais bientôt les nuages passent et Yont se résoudre en pluie abondante sur le camp royaliste !

Le langage humain est impuissant à rendre le désespoir et la douleur de la malheureuse garnison!

Cependant au bout de quatre jours une pluie assez forte tomba dans Sombrero; en dépit du feu incessant de l'ennemi on put recueillir assez d'eau pour se désaltérer et en faire proyision.

Le généralissime des patriotes D. Antonio Torrès qui occupait la forteresse de Los-Remedios à peu de lieues de là, fît une tentative pour venir au secours des assiégés; il se mit en marche avec un corps de troupes et des vivres, mais animé d'un mauvais vouloir contre Mina, dont il craignait la supériorité, il s'y prit d'une telle manière qu'il tomba dans une embuscade près de Silao: ses soldats furent battus, et les Espagnols s'emparèrent des vivres. Sans rien tenter davantage, quoiqu'il en eût encore le pouvoir,

Torrès retourna précipitament à Los-Remedios, satisfait d'abandonner à une perte certaine celui qu'il re< gardait comme un rival, avec l'apparence cependant d'être Tenu à son secours !

Mina et les siens étaient donc bien livrés à eux seuls ! Les royalistes, malgré leur supériorité, n'osaient plus renouveler un autre assaut: ils employèrent tous leurs efforts à réduire la place par la famine. Des détachements de cavalerie furent placés nuit et jour dans les défilés de la montagne de Comanja; des tirailleurs postés sur les hauteurs qui dominaient Sombrero inquiétèrent cruellement les assiégés.

Ceux-ci eurent bientôt épuisé leur provision d'eau: aux horreurs de la soif ne tardèrent pas à se joindre celles de la faim !

Les mulets, les ânes et les chiens avaient été précédemment abattus pour les besoins de l'alimentation; un grand nombre de ces animaux étaient morts de maladie, et comme on n'avait pu les enterrer, leurs cadavres gisaient épars çà et là, répandant une odeur infecte : des bandes de grands vautours noirs, attirés par cette curée, tournoyaient au-dessus du fort. -

Mina, en proie aux pensées les plus poignantes, vit que la chute de Sombrero était inévitable, si un secours n'arrivait pas du dehors ( privé de communications, il ignorait la tentative avortée de Torrès). fi

résolut en conséquence de l'aller chercher. Au milieu d'une nuit épaisse, suivi de trois aides-de-camp, il s'engagea dans un défilé, et trompant la vigilance de l'ennemi il parvint à s'échapper sain et sauf. Il eut bientôt la déception d'apprendre l'entreprise infructueuse deTorrès; le mauvais vouloir des chefs patriotes se manifestait de toute part : aucun corps de troupes n'était concentré dans le voisinage, prêt à porter un prompt secours aux assiégés, et nul convoi de vivres ne prenait la route de Sombrero. Rempli d*amertume à la vue de l'hostilité flagrante que lui opposaient ccuxmêmes pour lesquels il s'était engagé dans tant de périls. Mina envoya au colonel Young qui commandait en son absence à Sombrero, un message portant l'ordre d'obtenir une capitulation aussi avantageuse que possible des Espagnols.

Il était temps ! la malheureuse garnison avait atteint la dernière limite de ses souffrances, chez quelques-" uns l'excès des maux avait égaré la raison. La plus crueUe torture venait toujours du manque d'eau: plusieurs soldats suçaient du plomb, demandant au métal une passagère sensation de fraîcheur!

On capitula. Le général Linan avait promis expressément la vie sauve.

Ce fut une triste journée que celle du 18 août; les compagnons de Minajdbnt les traits contractes laissent

lire les privations qu'ils ont endurées, imposent silence à leurs souffrances pour ne pas trembler devant Tcnnemi et sortent en bon ordre; ceux qui ne peuvent se tramer qu'avec peine s'appuient contre les plus forts: ils défilent lentement devant les Espagnols. Tout à coup ceux-ci rompant leurs rangs, se précipitent sur eux, le sabre haut. Affaiblis comme ils le sont les yialheureux assiégés se défendent peu: on les massacre impitoyablement. Quelques-uns qui s'échappent dans les défilés sont poursuivis, repris et tombent percés de coups, d'autres plus heureux parviennent à fuir!

La férocité des Espagnols n'épargna même pas les blessés demeurés dans l'ambulance; au mépris de tous les sentiments humains, il les achevèrent sur leur lit de douleur 1!

Le désastre de Sombrero affligea Mina, mais n'anéantit pas sa vigueur d'àme. Quelques-uns de ses malheureux compagnons, échappés au massacre, le rejoignirent à grand'peine à Los Remédies, où luimême s'était réfugié.

Brûlant de venger sa défaite, il somma le généra-

lissime Terres de lai fournir les forces qu'il lui avait promises po jr reprendre la campagne. ïorrès, qui jusque-là avait toujours reculé raccomplissementde sa promesse, s'exécuta enfin. Mais sa duplicité trouva encore mojen de nuire à celui qu'il regardait comme un rival. Après avoir rassemblé huit ou neuf cents hommes, il lui en confia le commandement et exigea en retour que les officiers revenus de Sombrero seraient laissés à Los Remédies pour l'aider, disait-il, à fortifier davantage cette place en prévision d'une attaque prochaine. Mina, contraint par la nécessité dut se séparer à regret de ceux qui avaient été les compagnons de ses périls. Les nouvelles troupes placée;; sous ses ordres différaient étrangement de celles qu'il avaient perdues; c'étaient moins des soldats qu'une multitude confuse, mal armée, embarrassée de femmes. La subordination j était inconnue j chacun avait plus ou moins la prétention d'être chef : quiconque commandait une cinquantaine d'hommes s'intitulait colonel, et un simple détachement comptait jusqu'à dix -huit capitaines dans ses rangs.

Pour aguerrir cette multitude et pouvoir la rendre propre à la campagne de guerrillas qu'il allait entreprendre, il eut fallu à Mina le secours des officiers qui avaient appartenu à sa première armée, mais Torrès lui avait enlevé à dessein cette ressource.

11 partit le 1'" septembre de Los Ecmedios : il ne devait plus songer à marcher sur Mexico, dans le présent du moins; le but de ses opérations était donc désormais de tenir la campagne, de s'emparer des territoires occupés par les Espagnols et de les chasser graduellement des provinces de l'est.

Le Bajio était le théâtre où ce plan devait s'exécuter : on appelle ainsi un bassin de quatre-vingts lieues de circonférence, borné par la CordiUière du côté de Guanajuto.

Après s'être emparé du rancho de Bîsochio et de la ville de San-Luz de La Paz, ]\Iina résolut de venir attaquer le général royaliste Orrantia, fortement retranché à la Caxa, Cette hacienda posée sur une colline, dominait une vaste plaine : garnie de m^eurtrières et de créneaux elle présentait l'aspect d'une construction du moyen âge.

Une nombreuse garnison la défendait. Les bandes de Mina échouèrent dans leur attaque : accablées par les balles des ennemis embusqués derrière les créneaux elles plièrent promptement, et ne tardèrent pas à s'enfuir de toutes parts, en dépit des efforts que faisait l'héroïque guerrillero pour les rallier. Ce n'était plus à ses braves aventuriers américains qu'il avait affaire, mais à une canaille mexicaine, la pire de toutes.

Cet échec lui démontra la nécessité, pour le succès de sa campagne, de posséder une place forte dont il ferait le centre de ses opérations, où il trouverait un refuge assuré en cas de poursuite; dans ce dessein il jeta les yeux sur la ville de Guanajuto. Solidement fortifiée, pourvue de vivres et de munitions, offrant par ses mines d'argent de grandes richesses, elle réalisait les avantages qu'il cherchait; il voulut tenter de la prendre.

Guanajuto est entourée de hautes montagnes sur la pente desquelles on Fa bâtie; le Cerro del Gigante (le Pic du Géant^ en est le plus élevé. La route principale qui conduit à la ville serpente à travers un ravin d'une interminable longueur, nommé Canada de Marfil. Du côté des montagnes, des défilés étroits et presque inaccessibles, conduisent jusqu'aux faubourgs. Pour s'emparer régulièrement d'une telle position il aurait fallu une puissante artillerie, I^lina en manquait absolument : apprenant bientôt que le général Orrantia, encouragé par sa victoire précé" dente, s'était mis à sa poursuite, il résolut de précipiter son projet, et de suppléer par la hardiesse d'une brusque attaque aux moyens matériels qui lui faisaient défaut.

Le 23 octobre, h onze heures du soir. Mina suivi de ses troupes se mit en mouvement; la nuit était froide

et humide, la lime voilée par le brouillard ne jetait que des lueurs indécises.

A mesure qu'on avançait les ténèbres semblaient devenir plus épaisses; les hommes marchaient en silence, et à l'exception de quelque cours d eau qui bouillonnait contre les pierres, de l'oiseau moqueur qui de temps à autre jetait ses cris plaintifs, ou du corbeau qui déchirait l'air de ses croassements, rien ne troublait la solennité de la nature. Bientôt on s'engagea dans des défilés si étroits qu'on ne pouvait passer qu'un de front.

Mina avec son avant-garde et quelques éclaireurs arriva le premier à l'entrée des faubourgs de Guanajuto; il attendit pendant plus d'une heure, en proie cà toutes les anxiétés, le reste de sa petite armée que l'obscurité et les difiicultés de la route retardaient.

Quand tout le monde fut enfin réuni, on pénétra dans le principal faubourg plongé alors dans le plus profond silence ; à peine avait-on fait quelques centaines de pas que tout à coup se montrèrent des soldats espagnols qui poussaient une reconnaissance, et la lueur des torches laissant apercevoir les nouveaux venus, ils marchèrent droit à eux. En se voyant subitement découverts il j eut parmi ceux-ci un moment d'hésitation, mais Mina comprenant qu'il fallait empêcher ce détachement peut-être isolé, de donner

86 LES RÉVOLUTrONS DU MEXIQrE.

l'éveil général, ordonna aux siens de fondre dessus. Une courte et terrible lutte s'engagea à la baïonnette: la plupart des soldats royalistes furent massacrés.

Après ce premier exploit les hommes de Mina, dans leur hâte de parvenir au cœur de la ville avaut d'être découverts de nouveau, continuent leur course avec célérité. Il est trop tard ! quelques soldats ennemis, échappés à leurs coups, ont été répandre l'alarme : à peine ont-ils atteint l'extrémité du faubourg que le canon commence à tonner de la forteresse de Guanajuto, les habitants s'éveillent, toute la place est pleine de rumeurs. Des détachements espagnols surgissent de tous côtés pour repousser les assaillants. A la vue de l'ennemi en force si supérieure, une panique s'empare des patriotes : dès les premiers coups de fusil ils rompent leurs rangs et remontent dans le faubourg pour gagner les défilés.

Mina désespéré cherche à les rallier; il les supplie de revenir au combat, mais c'est en vain : sa voix est méconnue. Entouré lui-même d'Espagnols le guerrillero Navarrais se défend en lion : entraîné par quelques-uns de ses olïiciers, c'est en frémissant qu'il abandonne le lieu de la lutte. Les royalistes n'osent poursuivre les fuyards dans les ténèbres de crainte de tomber au milieu de quelque embûche. Cependant l'effroi qui avait saisi les lâches soldats de Mina

était tel que ne s'apercevant pas qu'on ne songeait nullement à les inquiéter dans leur fuite, ils se précipitent en désordre vers les défilés. Là, il y eut une horrible confusion. Dans ces sentiers tortueux qui ne permettaient qu'à un seul homme de passer de front, tous voulurent s'élancer les premiers 5 un grand nombre d'entre eux périrent ainsi étouffés.

Revenu enfin à son campement de San-Luis de la Paz, 3Iina fut accablé d'un nouveau surcroît d'alarme . il apprit que le général Orrantia n'était plus qu'à quelques lieues de lui .

Il passa le reste de la nuit dans une poignante inquiétude ; découragé par ses revers, saisi de cette lassitude douloureuse qu'éprouvent ceux dont la fatalité a déjoué successivement tous les efforts, sans projet immédiat, il résolut de licencier ses bandes. La prudence au reste exigeait cette détermination : attendre Orrantia avec des soldats abattus comme les siens, c'eût été courir à une perte certaine, mieux valait donner le change à l'ennemi.

Le jour venu, il leur fit part de son dessein et donna ordre à chaque détache nent de regagner son district par une roule différente.

De son côté il se disposa à se rendre au rancho de Venadito, appartenant à un de ses amis le docteur Herrera, où il devait trouver un refuge sûr.

Après avoir assisté ai dispersement des siens, avec trente cavaliers, et avec quarante hommes de pied qu'il avait gardés. Mina à son tour prit en toute hâte le chemin de Venadito. Pour achever de dépister entièrement les Espagnols, il suivit des chemins détournés; il arriva avec sa petite troupe dans un puehlo de peu d'importance qui se trouvait sur son itinéraire.

C'était un dimanche. Vnpadre qui venait de Sîlao y oflBcier toutes les semaines, finissait ses devoirs religieux lorsque Mina entra. Le padre accourut sur son passage et lui offrit ses respects et ses services avec cette flagornerie et cette feinte humilité qui sont souvent les indices de la dissimulation.

Mina, suivant sa coutume envers les gens de sa sorte, le traita avec bienveillance, mais se tint sur ses gardes. En effet il y avait chez les indépendants un usage aussi pernicieux qu'impolitique : c'était de permettre aux prêtres de quitter les villes royalistes et de venir se mêler à eux. Parmi ces hommes se trouvaient souvent des espions: ils prenaient des renseignements, des informations qu'ils rapportaient aux

Espagnols. Quoi qu'il en fût du padre, il sut bientôt ou devina vers quel refuge Mina se dirigeait, et à peine ce dernier était sorti du village qu'il se hâta de monter sur sa mule et disparut. Il regagna Silao qui est à quelques lieues de là. Le général Orrantia occupait en ce moment cette ville avec ses troupes : dérouté par le dispersement subit de la petite armée de Mina, il avait complètement perdu sa trace et celle de son chef.

Il s'entretenait de cette étrange disparition avec ses officiers, lorqu'on vint lui annoncer qu'un prêtre demandait à l'entretenir pour lui apprendre une nouvelle de la plus haute importance : il ordonna qu'on l'introduisît. Le padre lui déclara alors que dans le pueblo où il avait l'habitude d'officier toutes les semaines. Mina venait de passer avec quelques-uns des siens, se dirigeant vers le rancho de Yenadito.

Orrantia reçut cette nouvelle avec une joie extrême. Sans laissera ses soldats le temps de se reposer davantage, il donna l'ordre de sauter en selle, et de marcher toute la nuit pour étreàl'aurore au Venadito.

Cependant Mina, poursuivant sa route, était bientôt arrivé au rancho du docteur Herrera^, son ami. Il fut accueilli cordialement.

^ Le docteur Herrera était un créole mexicain que Mina avait connu à la Nouvelle-Orléans.

Le Venadito, composé de quelques maisons, était situé près d''une barranca de forme circulaire, devant laquelle s'étendait une plaine; des taillis épais, entremêlés d'énormes quartiers de roc s'étageaient au-dessus de la barranca. La seule route qui conduisît de Silao au Venadito serpentait à travers un ravin étroit : le rancho offrait donc une retraite sûre.

Herrera apprit à 3Iina que le général Orrantia était revenu à Silao, et que très-probablement ilavait perdu ses traces. Rassuré, il prit quelques dispositions, et lit camper devant le rancho son petit corps de cavalerie avec ordre de ne pas s'en écarter durant la nuit. Épuisé de fatigue par les veilles et les dangers qu'il avait essuvés depuis quelques jours, il se retira pour se livrer au sommeil dans un appartement préparé au fond d'un bâtiment de derrière.

Orrantia, parti le soir de Silao dévorait la distance qui sépare cette ville du Yenadito : aux premiers rayons de l'aurore il y arriva. Pour s'emparer plus aisément de Mina il plaça ses dragons en embuscade: dérobés par un accideiit de terrain, les Espagnols, les armes à la main, se tinrent prêts à l'attaque. Les cavaliers de l'escorte de Mina avaient dessellé leurs chevaux j rassurés par l'aspect tranquille des alentours, ils se livraient cà difTércutes occupations. Les royalistes ont bientôt remarqué cette attitude désar-

mée, et, à un signal de leur chef, ils s'élancent avec la rapidité de l'éclair sur ceux qu'ils veulent surprendre. Terrifiés de celte agression soudaine, les hommes de Mina, loin de se rallier, et d'opposer quelque résistance, se dispersent cherchant à fuir dans toutes les directions ; les dragons espagnols les poursuivirent et en tuèrent plusieurs.

Réveillé cependant par ce tumulte dont il ignore encore la cause. Mina sort de son appartement, sans prendre une arme, et accourt sur le lieu de la lutte. Le spectacle qui s'offre à sa vue lui révèle retendue du danger : un grand nombre des siens sont déjà couchés sans vie sur la plaine, les autres s'enfuient vers les taillis et les rochers. De la voix et du geste il s'efforce de rappeler ces derniers, aucun ne paraît l'entendre!

De son côté Orrantia a aperçu son adversaire:

— Sus! Sus! au traître, cric-t-il à ses cavaliers, qu'on s'empare de lui!!

Aussitôt Mina est environné, saisi, garrotté, tandis qu'à quelques pas de lui llerrera, qui accourait au secours de son ami, tombe égorgé par un dragon!

Le noble guérillero était désormais entre les mains de ses implacables ennemis î

Il fut conduit d'abord et jeté dans les fers k Silao, on le traîna ensuite à Ira puato, puis dans les quartiers du général Linan, prèsde Tépéaca, non loin de Los-Eemediosl

Le vice -roi Informé de la capture de Mina envoya aussitôt l'ordre de l'exécuter. L'héroïque gnerrillero reçut cette nouvelle sans aucune émotion. Les Espagnols désiraient connaître en détail tous ses plans: il résista aux interrogations, aux insinuations qui avaient pour but de lui faire dévoiler ses desseins ultérieurs* Aucune plainte ne lui échappa contre la destinée; il regretta seulement de n'avoir pas débarqué un an plus tôt à Mexico, où ses services auraient été plus efficaces; il regretta aussi de mourir sans pouvoir s'acquitter envers certaines personnes qui l'avaient généreusement aidé dans son entreprise. Le 11 novembre 181 7, — un peu plus de six mois après son débarquement , — il fut conduit au lieu désigné pour l'exécution par un détachement du régiment de Saragosse. La dernière scène de la vie de Mina ne contredit point son caractère et ses antécédents. Il marcha

d'un pas ferme vers l'endroit fatal, il recoTninanda aux soldats de bien viser :

— Ne me faites pas souffrir! ajouta-t-il.

L officier donna le signal accoutumé, et Mina tomba à terre* percé de balles 1!

Ainsi finit le noble guérillero, jeune encore: il n'avait que vingt-huit ans! Sa courte mais brillante carrière suffit pour lui donner une place distinguée dans cette liste de héros qui ont payé de leur sang de généreux efforts pour abattre la tyrannie et répandre sur le genre humain les bienfaits de la liberté ! I

1 Le Gouvernement du vice- roi était si désireux d'avoir la certitude de la mort de Mina, que le général Linan eut ordre de faire assister à son exécution tous les médecins des régiments européens. Ceux-ci durent constater par un procès-verbal l'exécution de Mina, le nombre des balles qui avaient pénétré dans son corps, et de celles qui avaient déterminé la moit!

La Gazette de Mexico publia ce singulier document.

EL PADRE TORRÊS

Entre toutes les provinces du Mexique, la province de Yalladolid fut celle qui, dès le principe, montra le plus de ferveur pour la cause de l'indépendance. Aussi les Espagnols concentrèrent-ils sur son territoire un grand nombre de troupes: ses villes reçurent de fortes garnisons; les haciendas, quelque peu considérables furent occupées, et il n'y eut pas jusqu'au moindre pueblo (village) qui ne reçut quelque détachement. Les royalistes, au reste, ne cherchèrent point à affermir sa fidélité par des voies de douceur: les soldats, se guidant sur l'exemple de leurs chefs, s'y compor-

talent comme en pays conquis; ils commettaient des excès, des violences qui exaspérant les habitants, fournissaient de nouveaux défenseurs à la cause de Tindépendance.

Dans le courant du mois de février 1817, un détachement espagnol, sous la conduite d'un capitaine, entrait à Cuchilinga, petit village de la province de Yalladolid , soupçonné à tort ou à raison d'avoir servi de refuge à quelques chefs insurgés, on avait décidé son occupation. Cependant l'accueil empressé du curé, les démonstrations bienveillantes des habitants, semblaient donner peu de réalité à ces soupçons.

Les soldats en parurent médiocrement touchés, ils ne mirent pas moins d'insolence dans leurs procédés, et exigèrent de ceux chez qui ils étaient descendus de fortes rations pour eux, pour leui^s montures, et du mescal en abondance.

Depuis quelques heures déjà ils se livraient à de copieuses libations, lorsque la tête échauffée, l'esprit exalté, ils commencèrent à se répandre dans les rues, à faire des dégâts et à molester les habitants. Ceux-ci ne répondirent point àleurs provocations, sachant bien que le moindre retour de leur part serait suivi d'un redoublement de violences: ils attendirent que l'ivresse vînt les terrasser. Les Espagnols, devant cette attitude pacifique, se lassèrent et retournèrent au

mescal : bientôt un lourd sommeil s'emparait d'eux.

Le presbytère, où le padre avait reçu le capitaine et une partie de ses soldats, avait été également le théâtre de désordres: les nouveaux hôtes, bien loin d'être contenus par la sainteté du lieu, s'étaient laissés aller, vers la fin du repas, à proférer de grossiers propos contre celui qui les avait accueillis; puis, sous l'excitation toujours croissante de l'ivresse, ils avaient brisé les meubles, et jeté par les fenêtres une partie des effets du padre: ce dernier avait dû se retirer et chercher un refuge dans son église.

Sur ces entrefaites le soir était venu: la cloche appela alors à la prière les fidèles encore émus de cette orageuse journée. Quelques cierges éclairaient faiblement l'intérieur de l'église et en laissaient les profondeurs ensevelies dans l'obscurité. Les habitants prirent place autour d'une petite chaire qui se dressait au centre; le padre qui s'y trouvait déjà, à la suite des événements que nous venons de raconter, vint l'occuper.

C'était un homme qui n'avait pas encore atteint la maturité; sa haute taille, ses larges épaules accusaient une constitution robuste; ses traits bruns et accentués dénotaient l'énergie. Il s'appelait D. José Antonio Torrès : sa physionomie reflétait en ce moment une forte pensée de résolution.

Il récita d'abord la prière.

A la prière succédait habituellement la lecture d'un passage de l'Ancien Testament dont il développait le sens h ses auditeurs: ce soir là il ouvrit le livre saint à cet endroit où il est dit que Sisara, général des Moabites réfugié dans la tente d'Aber, fut mis à mort par Jahel, qui voulait venger Israël.

Il lut tout ce passage d'une voix pénétrée, et les fidèles parurent en recevoir une impression plus forte que de coutume.

« Mes frères, dit -il après s'être un instant recueilli, je ne vous expliquerai pas ce passage, car vous n'êtes pas de ceux qui, selon la parole de l'Evangile, ont des oreilles pour ne pas entendre et des yeux pour ne pas voir I Moins heureux que le peuple d'Israël, nous n'avons pu nous défendre des souillures des Moabites; depuis longtemps ils foulent notre terre: notre faiblesse et nos malheurs ont été leur seule force. Leur insolence est parvenue à son comble; ils veulent nous écraser comme la paille des champs sous les pieds des chevaux! Aujourd'hui encore vous avez été abreuvés de leurs outrages et la violence a répondu à notre hospitalité !

« L'âme de quelques- uns de nous cependant s'est révoltée, la haine de Jahel pour l'étranger a guidé leurs bras ! De l'Orient, ils ont poussé des cris de dé-

livrance; ils ont appelé à leur aide les forts et les opprimés. Frères, mon àme indignée a entendu cet appel; je Yais vous quitter cette nuit même : je pars pour rejoindre l'insigne Morelos à Acapulco ! »

U il frémissement d'émotion interrompit lepadre qui continua son allocution, excitant dans ses auditeurs la haine de l'étranger par le tableau de ses violences; éveillant des désirs de vengeance par le souvenir des outrages récents ; peignant comme devoir l'union avec ceux qui avaient déjà secoué le joug, s'offrant lui-même enfin comme exemple de l'obéissance à ce devoir!

Le discours du padre avait remué toutes les passions des fidèles : le ressentiment des brutalités commises à leur égard, ces perspectives de délivrance offertes à leur esprit les avaient animés à un tel point que, lorsque Torrès descendit de la chaire, plusieurs s'approchèrent de lui, et, avec cette spontanéité de résolution que donner enthousiasme, lui déclarèrent qu'il ne partirait pas seul de Cuchilinga ; qu'ils étaient décidés à fuir avec lui la violence des Gachupines ^ .

Deux mules sellées etl^ridées attendaient à la porte de l'Eglise: l'une était destinée au padre, l'autre à sa sœur, qui le suivait également. A cette heure tout le village était plongé dans l'obscurité; le presbytère,

* Gachupines, uom que les Mexicains doDuaient aux i^iiropéens.

voisin de l'église, faisait seul exception: ses fenêtres -vivement éclairées projetaient aux alentours de brillantes lueurs; mais le silence qui avait remplacé le tumulte et la confus ion dont il retentissait naguère, indiquait suffisamment que la plus profonde ivresse avait terrassé les Espagnols. Cette vue fut le premier objet qui frappa les fidèles à la sortie de l'église: dans leur situation présente elle leur parut comme un nouveau défi de leurs oppresseurs. Une idée subite de vengeance envahit alors le cœur de ces hommes dont quelques uns allaient abandonner leurs fovers, et leur colère demanda une sati.ifaction contre ceux qui les réduisaient à cette extrémité. Plusieurs coururent s'emparer des cierges de l'autel, tandis que d'autres amassaient contre la porte du presbytère des bottes de paille sèche : le feu en f lit appproché, et une immense flamme s'éleva de la base au sommet de l'édifice. Le padre Torrès monté sur sa mule s'était mis en marche, et ceux qui avaient voulu l'accompagner le suivaient silencieusement ; au bout d'une heure de route la petite troupe -s'arrêta sur une légère éminence et porta ses regards dans la direction de Cuchilinga. Un nuage aux reflets sanglants s'y détachait dans l'obscurité de la nuit, attestant la violence de l'incendie du presb^'tère, dont probablement les soldats espagnols avaient été victimes !

FL r.VDRE TORRÈS. 103

Nous retrouYons le padre Torrès à Acapulco dans 1 armée de Morelos qui alors (cela peut paraître étrange mais r histoire l'atteste) comptait dans ses rangs plus d'une recrue de ce genre!

Ceux qui l'avaient suivi dans sa fuite de Cuchilinga furent les premiers soldats dont il eut le commande mentj diverses actions d'éclat le firent monter en grade; lorsque le curé de Caracuaro fut fusillé, il était maréchal de camp. Dans l'armée indépendante la hiérarchie était aussi soigneusement observée que dans les troupes royalistes.

Après la mort de Morelos et la dissolution du congrès par Terran, nous avons déjà dit ce qu'il advint; I nous avons décrit les divisions des divers généraux qui s'ensuivirent: mais ces mouvements n'eurent pour théâtre que les provinces du sud. Dans celles de Y Touest et de Test les choses se passèrent autrement: Vies Espagnols qui avaient remporté plusieurs avanta- ! ges et repris quelques villes coupèrent les communications entre les patriotes; ainsi désorganisés ceux-ci formèrent cncure des masses redoutables, éparses sur

difFérents points, mais sans lien de coopération entre elles. Cette situation devint funeste aux véritables intérêts de la cause de l'indépendance : son premier caraclère s'altéra. Les plus ignorants, les plus grossiers des Mexicains se déclarent chefs de ces bandes: des laboureurs, des muletiers, des saltéadores se créèrent colonels, généraux, imposant leur commandement ou plutôt leur domination par la force. L'amour de la patrie, la haine des Espagnols, l'enthousiasme de l'affranchissement, tous CCS mobiles qui avaient animé les premiers champions, n'étaient plus ceux qui les guidaient; la possession d'urc ombredc pouvoir pour satisfaire leurs passions et acquérir des richesses devint leur unique ambition. Dès lors un nouvel esprit pénètre dans l'insurrection mexicaine, l'esprit d'anarchie, de violence au service des mêmes idées I

Parmi ces révolutionnaires les hommes de principes, de talents, d'éducation n'étaient pas longtemps respectés; leurs efforts pour rétablir l'ordre étaient appelés tendances au despotisme, insultés; menacés dans leur vie, ils voyaient leurs propriétés arbitrairement confisquées sous prétexte d'intérêt public. N'osant plus résister à leurs tyranniques oppresseurs, découragés par la stérilité de leurs tentatives au milieu de ce chaos, sollicités d'un autre côté par les avances des Espagnols, ils retournaient à la fin dans

le parti de ces derniers, préférant la dépendance à une effroyable anarchie!

Torrès se trouvait à cette époque dans les provinces de l'Est: par l'élévation de son grade, sa qualité d'ancien prêtre il sut prendre un certain ascendant sur ces hommes grossiers. Leur indiscipline consentit à reconnaître en lui un chef commun : ils le nommèrent généralissime de toutes les bandes patriotes éparses dans ces provinces. Au reste, comme on le verra par la suite, le padre Torrès ne devait pas mettre leur obéissance en contradiction avec leurs penchants...

Homme médiocre en dehors du champ de bataille, il ne fit servir son pouvoir que dans l'intérêt de ses passions jalouses et de son ambition vulgaire; ils ne sut ou ne voulut pas relever la cause de l'indépendance de Fétat où elle était alors tombée. Sous lui, au contraire l'anarchie augmenta dans les affaires des patriotes. A notre sens, il personnifie ce funeste élément dans cette période de l'insurrection mexicaine qui s'ttend de 1816 à 1818, fin du mouvement de 1810, transition à cette explosion d'idées libérales qui devaient en 1820 remettre tout en question dans la nouvelle Espagne et décider de son affranchissement!

A peine investi du pouvoir (pouvoir dont les généraux du sud ne se préoccupaient guère) Torrès commence, pour lui donner plus de solidité, par formes un congrès, comme nous l'avons déjà dit; mais il n'y appelle que ses créatures qui, bien loin de contrôler ses actes, ne font que les sanctionner.

L'exercice de la domination ne tarda pas à influer d'une manière étrange sur son caractère. Il devint cruel, vindicatif, avare; pour satisfaire ses passions privées il n'épargna bientôt plus ni patriotes ni royalistes.

Il imposa de la manière la plus arbitraire les riches particuliers qui se trouvaient dans le rayon de son commandement; un grand nombre de créoles qu'il soupçonnait d'être opposés à ses vues essuyèrent de telles injustices qu'ils durent s'enfuir et demander protection aux Espagnols. Etre hostile à ses plans ou favorable à ses rivaux fut un crime capital!

La jalousie était le trait distinctif de son caractère : aucun sacrifice ne lui coûtait pour se débarrasser d'un homme dont il appréhendait l'opposition. Malgré ses

penchants vicieux et ses instincts dégradés il était sincèrement attaché à la cause de la république, tant que le service de celle-ci ne se trouvait pas en contradiction avec ses passions.

Les Espagnols lui avaient inspiré une haine invincible; diverses ouvertures qui lui avaient été faites furent repoussées avec dédain : ni Fattrait de l'argent, ni les offres d'un grade élevé ne purent vaincre cette animadversion. Les considérations de parenté ne devaient même pas l'ébranler.

Deux de ses frères faits prisonniers lui écrivent pour l'engager à embrasser le parti royaliste, sinon ils seront fusillés; Torrès leur répond:

« Votre proposition redouble ma haine contre les « Gachupines; résignez-vous à votre sort: siTennemi « ne vous fusille pas, et que dans l'avenir, vous tom- « biez entre mes mains, je vous ferai à mon tour passer « par les armes pour vous châtier d'avoir douté un « instant de mon patriotisme! >•

Torrès avait élu sa retraite dans la forteresse de Los-Remédios, — une des dernières que les indépendants possédassent en i 81 7, — située à dix-huit lieues environ de Guanajuto. C'était de là qu'il lançait ses décrets despotiques; qu'il souriaitdela terreur que son nom et ses ordres inspiraient aux crédules Mexicains!

Il afficha bientôt toutes les allures d'une espèce de

sultan : ses officiers, ses subordonnés étaient admis à lui faire leur cour, et lui prodiguaient les flatteries les plus grossières, les louanges les plus basses. Etendu sur un lit de parade, éventé par ses maîtresses qui chantaient en son honneur des chansons obscènes, il recevait cet encens avec délices, et, parfois se soulevant de sa couche, dans un mouvement d'orgueil risible il s'écriait: Yo soy œefe de todo et mondo! ^ S'il sortait de cette retraite, ce n'était que pour se faire le propre exécuteur de ses décisions où l'ignorance avait autant de part que la cruauté.

Les Espagnols, quand ils reprenaient une ville ou un bourg, fortifiaient et barricadaient toutes les maisons en prévision des tentatives d'attaque : pour obvier à cet inconvénient Torrès fit raser un grand nombre de bourgs et de villages qui se trouvaient dans le rayon de son commandement, ne réfléchissant pas qu'il faisait ainsi plus de mal aux siens qu'à l'ennemi ! Il se passa à ce sujet d'incroyables scènes de désolation!

Les habitants dePuruandirô reçoivent un jour l'ordre de ramasser leurs effets et leurs meubles dans un espace de trois heures, puis de mettre eux-mêmes le feu à leurs propres demeures. Ces malheureux envoient demander un sursis: aucune réponse ne leur est rendue, mais au bout de trois heures, alors qu'ils

1 Je commande au monde ! — Voir Thistorien Robinson.

EL PADRE TOBRÈS. 109

n'avaient encore pu se décider à obéir h la rigueur de cet ordre, Torrès fait son entrée dans le village à la tète de soldats : ceux-ci sont armésde torches, se répandent dans les rues, et mettent le feu aux maisons. Ils ne se retirent que lorsque le village est un monceau de cendres !

Nous traçons ce portrait de Torrès avec quelques détails pour montrer combien la cause de l'indépendance avait dégénéré dans la personne de ses chefs : elle n'était plus alors que le prétexte d'une tyrannie populaire , la pire de toutes sous quelque climat qu'elle s'exerce!!!

Quand Mina eut débarqué à Soto-la-Marina ^ et remporté des avantages qui pouvaient faire présager que la cause de l'indépendance était entrée dans une nouvelle phase de succès, Torrès et ses lieutenants conçurent aussitôt un sentiment de jalousie contre le célèbre guerrillero, qui accourait d'Europe à leur secours avec une poignée d'intrépides aventuriers. Ils prévirent que celui-ci les éclipserait bientôt par l'éclat de ^es succès et de ses talents militaires; ils le considéraient comme un intrus qui venait leur ravir

ilO Lrs RÉVOLUTIONS DU MEXIQUE.

l'honneur d'une entreprise qu'ils étaient incapables , en réalité, de mener à bien; et résolurent secrètement de contrarier tous ses plans.

Encore une fois ici, comme nous l'ayons déjà fait remarquer plus haut, les intérêts d'une grande cause furent sacrifiés à l'avidité, l'ignorance, la présomption do chefs vulgaires.

Le premier soin de Mina, parvenu au fort de Sombrero, après cette merveilleuse marche de deux cent trente lieues, exécutée en moins d'un mois, fut d'appeler dans une espèce d'assemblée générale, pour aviser ensemble sur les mesures à prendre, Torrès et les ^principaux chefs de commandancias soumis à son autorité. Tous se rendirent à ce conseil qui eut lieu dans les premiers jours de juillet 1817; quelquesuns à l'aspect du jeune général qui leur expliquait ses plans avec l'enthousiasme du succès et la franchise de la vérité, revinrent de leurs préventions, et oublièrent leurs craintes intéressées. Torrès, mal- Iieureusement ne fut pas du nombre : dès ce moment au contraire, sa jalousie contre Mina se changea en animadversion, son âme tortueuse devait détester à un égal degré la droiture et la supériorité du célèbre guerrillero. Mais bien loin de laisser paraître quelque cliose de ses dispositions hostiles, il l'accabla de caresses et de protestations d'amitié : il alla jus-

î:L PAME TORRÈS. ill

qu'à lui promettre un contingent de six mille hommes.

<' Six mille hommes ! s'écria Mina avec ravissement, avec une telle force, je pourrais marcher sur Mexico et m'en emparer ! »

A quelque temps de là, la forteresse de Sombrero était assiégée, et Mina, réduit aux abois, reconnaissait avec désespoir l'inanité des promesses convenues et l'indignité de ses auxiliaires. ,

Il se passa alors un trait sans précédent.

D. Pedro Moreno — un vrai lieutenant de Torrès — commandait en titre à Sombrero, qui faisait partie de sa commandancia : à peine les Espagnols ont-ils commencé le siège de la place qu'il se retire dans une casemate souterraine, abondamment pourvue, vit dans la profusion pendant que la faim et la soif torturent la garnison, et ne prend lui-même aucune part active à la défense. Mais les provisions qu'il avait amassées dépassant son usage personnel, il vend à un prix exorbitant aux hommes qui défendent son pays, sa famille et ses biens, les aliments dont ils ont besoin pour se soutenir! Il fait également trafic de l'eau qu'il a recueillie durant la pluie, et lorsque les soldats se tordent dans le délire de la soif, il n'en cède quelques gouttes qu'au poids de l'or !

Mina dut empêcher ses officiers indignes de jeter

aux Espagnols, par-dessus les murs de la forteresse un homme d'une si atroce avarice.

Pendant que dans l'intérieur de Sombrero la garnison était ainsi rançonnée par un de ses chefs, au dehors Torrès, malgré les messages les plus pressants, tardait d'accourir à son secours. Il se mit enfin en route à la tête d'un corps de troupes et d'un convoi de vivres; tombé dans une embuscade tendue par les Espagnols près de Silao, il se défend avec mollesse, et rebrousse chemin, sans plus rien tenter en faveur des malheureux qui attendent leur salut de sa venue.

On sait comment tomba Sombrero !

Mais il est un fait encore plus odieux à la charge du padre Torrès.

Mina fait prisonnier au rancho de Venadito avait été conduit d'abord à Irapuato, puis dans les quartiers du général Linan, près de Tepeaca à quelques lieues de Los Remédies. Un courrier dépêché au vice-roi à Mexico devait rapporter la sentence du noble guerrillero. La nouvelle de sa capture et de sa translation parvint en memetemps à la garnison de Los Remédies ; elle comptait dans ses rangs plusieurs officiers de Mina, venus avec lui d'Europe ou des Etats-Unis, que celui-ci avait laissés dans la place de Torrès.

Ils s'émurent du sort de leur ancien chef ; un projet hardi pénétra aussitôt dans leur esprit: aidés de

quelques hommes de bonne volonté ils résolurent de tenter un coup de main contre le camp ennemi, de surprendre les Espagnols, d'enlever Mina dans la confusion d'une attaque inattendue et de le ramener dans la forteresse!

La générosité est contagieuse : deux cents hommes s'offrirent pour les seconder dans cette tentative. Ce projet devait sans doute coûter la vie à quelques-uns de ses auteurs, mais il avait de grandes chances de réussite, en raison même de sa hardiesse. On alla demander l'autorisation de Torrès, dont la vigilance inquiète faisait de Los Remedios, moins une place de guerre qu'une espèce de prison : celui-ci, loin d'être ému par ce dévouement, 'n'écoutant que cette envie, que ne désarmait même pas le malheur, pensa que Mina redevenu libre chercherait à se venger de ses perfidies, ou à le déposséder de l'autorité dont il était indigne, et refusa son consentement à ce projet, comme à une folle témérité qui devait entraîner la perte de trop de monde.

Les oflSciers de Mina entendirent peut-être la lointaine détonation des balles sous lesquelles tombait leur ancien chef, sans pouvoir tenter en sa faveur le moindre effort !

Torrès, par un juste retour des choses, ne devait - pas tarder à recueillir le fruit de ses perfidies.

La chute de Sombrero et ensuite la mort de Mina excitèrent les Espagnols à poursuivre avec vigueur les derniers restes de l'insurrection dans les provinces de l'intérieur et à expulser les indépendants de toutes leurs retraites \

Los Remedios était à cette époque la seule place qui restât à ces derniers : elle était bâtie sur une chaîne de montagnes abruptes qui borne les plaines de Silao et de Pcnjamo, à quinze lieues de Guanajuto. La nature a imprimé dans cet endroit la diversité de contrastes qui lui est propre au Nouveau-Monde. Tandis que les plaines sont d'une fertilité telle que les plus

^Les indépendants possédaient encore en I8l7, dans les provinces de l'intérieur, la Xauxilla, petite forteresse en terre, bâtie dans un ilôt du lac de Zacapo, près Valladolid. Elle n'offrait aucun élément de résistance sérieuse ; mais c^était un des principaux centres d'opérations des patriotes : ils y fabriquaient leur poudre, et y imprimaient le journal de la République. Les membres du Congrès y tenaient également leurs séances. — Cette place fat prise à la fin de décembre 1817, parle général royaliste Anguirre.

riches moissons y viennent presque sans culture, la chaîne de collines qui les limite au nord offre un caractère d'àpreté sauvage et de désordre grandiose dont le voyageur s'étonne en pareil lieu. Ce n'est qu'un amas de sommets, de quartiers de rocs gigantesques, de pitons, affectant toutes les formes, déchirés comme si la foudre les eût frappés, étages les uns au-dessus des autres, et séparés entre eux par des précipices, des barrancas, de larges ravins. Aucune verdure n'y croît; l'œil ne distingue que des teintes grises et brûlées, indices des convulsions intérieures qui ont produit ces bouleversements.

Le versant du sud, en venant de Guanajuto, a reçu le nom de Tepeaca; c'était là qu'en 1817 s'élevait la forteresse de Los Remédies, la dernière au pouvoir des patriotes. Sa position était le principal moyen de défense de cette place: on y parvenait par de hautes rampes escarpées d'une ascension impossible quand le canon les balayait de projectiles. Derrière la forteresse, du côté du versant du nord, appelé versant de Pensicola, descendait une route étroite ou plutôt un ravin, bordé d'abord de précipices à droite et à gauche, qui se relevait graduellement, et serpentait ensuite sur des hauteurs encombrées de rochers et de détritus végétal.

Jamais les Espagnols n'avaient osé attaquer celte

place en règle; enflés par leurs succès, ils vinrent cependant en commencer le siège le i'''" septembre 1817. Torrès qui avait négligé de porter des secours efficaces aux vaillants défenseurs de Sombrero, qui par un sentiment de basse envie avait paralysé tous les plans de Mina, se vit à son tour assiégé dans son quartier- général par six mille ennemis.

Le siège dura quatre longs mois ! La garnison de Los Remédies dont les forces s'élevaient à deux mille hommes environ, repoussa tous les assauts. Au bout de ce temps, les Espagnols, qui s'étaient établis sur les rampes de Tepeaca, après s'être mis à l'abri du canon au moyen d'ouvrages en terre, dont des détachements occupaient toutes les hauteurs, n'avaient encore pu faire une brèche dans la place ; mais ses défenseurs durant cet intervalle, avaient épuisé tous leurs vivres.

La perspective des souffrances qu'avait endurées la garnison de Sombrero se présenta à leurs yeux; il ne fallait pas songer à une capitulation avec un ennemi qui massacrait ses prisonniers : les assiégés résolurent d'évacuer la place à son insu pendant la nuit. Pour effectuer la retraite , on choisit le côté de Pensicola où il était le plus faible. Ce dessein cependant présentait de grands obstacles; le principal venait des difficultés de la route: courant à tra-

vers des ravins, des barrancas, où il était impossible d'avancer en bon ordre, elle côtoyait d'effrayants précipices. Cette circonstance rendait très-périlleuse Ta scension du plateau élevé qui faisait face à Pensicola ; dans cet endroit, les Espagnols avaient construit aussi quelques retranchements. La garnison n'avait pas le choix des moyens de salut 5 sa situation menaçait de devenir aussi désespérée que celle des défenseurs de Sombrero à leurs derniers moments. A sa sortie de Los Remédies elle pensait pouvoir atteindre les montagnes, avant que l'ennemi, trompé par les ténèbres, se fût aperçu de sa fuite.

L'évacuation fut fixée au 1" janvier 1818.

Durant le siège les sentinelles des indépendants avaient coutume, la nuit, de s'appeler mutuellement à haute voix comme pour s'exciter à la vigilance : aussitôt que l'évacuation fut résolue, le colonel Noboa ordonna la cessation de cette pratique. Cette mesure devait avoir des conséquences fatales : l'ennemi en conclut que la garnison se préparait à un mouvement, à une retraite probablement ; il fortifia ses postes et redoubla d'attention. Cependant Torrès et ses lieutenants avaient tenu leur résolution dans le plus profond secret : les officiers étrangers ne l'apprirent qu'au dernier instant.

Dans la nuit du 1" janvier, à l'heure désiguéc.

toute la garnison, c'est-à-dire les soldats, les gens de la campagne environnante, leurs femmes et leurs enfants qui, dès le commencement du siège, s'étaient réfugiés dans la place, se trouvèrent réunis sur cette partie du fort qui domine Pensicola. Les scènes de détresse qui se passèrent alors furent plus lamentables que celles dont Sombrero avait été témoin : l'abandon des blessés qu'il était impossible d'emmener, la certitude de leur capture par un ennemi sans pitié, le souvenir du sort de ceux laissés à Sombrero dans une situation pareille, étaient autant de circonstances qui rendirent le moment de la séparation plein d'horreur et d'angoisses.

Après avoir pris toutes ses mesures, Torrès, à la % tête de l'avant-garde, pénétra le premier dans cette route étroite bordée de précipices, qui en cet endroit descendait derrière le fort. D'autres détachements le suivirent; mais par suite des difficultés du chemin la marche était si lente, les évolutions si pénibles que la moitié de la garnison était encore dans la place lorsque l'avant-garde heurta un poste ennemi. Une chaude escarmouche s'engagea, les cris des assaillants et des assaillis rompirent le silence solennel de la nuit. Réveillés, mis en alerte par ce tumulte , les Espagnols s'ébranlent de toutes parts : plusieurs de leurs colonnes sortent du quartier général, et escala-

EL PADRE TORRKS. 119

dent les rampes de Tepeaca . Trouvant la forteresse abandonnée de ce côté, ils avertissent leurs camarades campés sur le front de Pensicola que la garnison tente une retraite en cet endroit.

Immédiatement de grands feux sont allumés dans toutes les directions; leurs lueurs éblouissantes, en éclairant le fond des barrancas et le sommet des plateaux, découvrent la route des fugitifs.

Les colonnes espagnoles qui sont montées par Tepeaca redescendent avec impétuosité, l'arme en avant, sur ceux qui viennent à peine de quitter la place. L'horreur et la confusion remplacent le silence de mort observé par les fuyards : Tair retentit des blasphèmes des hommes, des lamentations des femmes et de leurs enfants, des cris de joie sauvage de l'ennemi qui tient enfin sa proie. Un grand nombre d'assiégés, saisis d'une terreur sans nom, pour éviter les baïonnettes qui menacent d'anéantir l'arrièregarde, s'élancent en foule sur la route : elle est trop étroite pour les contenir tous j ils tombent les uns sur les autres dans les précipices qui la bordent de chaque côté, et y trouvent ou la mort ou d'horribles blessures. Ceux qui vinrent après furent plus heureux ; ils se firent peu de mal : les morts, les mourants, les blessés qui avaient en partie comblé le fond des précipices amortirent leur chute !

Aux cris de douleur dont retentissaient les échos des barrancas répondaient les railleries d'un ennemi implacable.

Dès le premier signal d'alarme, des détachements d'infanterie avaient occupé tous les défilés praticables sur les hauteurs. En dépit cependant de ces précautions quelques-uns des fugitifs parvinrent à se frayer un passage, tandis que d'autres réussirent à se cacher au fond des ravins.

L'aurore succéda enfin à cette nuit lamentable. Les Espagnols purent prendre de nouvelles mesures pour s'assurer de leurs victimes.

On fouilla chaque rocher, chaque buisson; tous ceux qui s'y étaient cachés furent immédiatement mis à mort sans distinction de sexe ! Il se passa des scènes de barbarie auxquelles l'imagination n'ose s'arrêter I ! !

Un officier indépendant, D. Esme Arroyo, blotti dans une excavation de rocher, est découvert; les soldats espagnols l'entourent avec des hurlements de joie sauvage : l'un d'eux l'étendàterre d'un coup de sabre, les autres l'achèvent impitoyablement avec leurs baïonnettes. Pais comme si leur cruauté ne se trouvait pas encore satisfaite, ils se précipitent sur ce corps troué de blessures, en arrachent le cœur et les entrailles ! ! !

Pendant que l'on s'acharnait ainsi contre les fugitifs, des lanciers entourèrent l'ambulance de la forteresse où étaient les blessés et y mirent le feu. Ceux qui s'efforçaient d'échapper à l'embrasement étaient rejetés à coups de lance au milieu des flammes.

Un certain nombre de prisonniers, cependant furent d'abord épargnés; on les employa à démolir Los Remédies. Ces malheureux croyaient ayoir la yie sauve. Yain espoir ! quand la forteresse ne fut plus qu'un amas de décombres, on les fusilla.

Terminons le récit de ces horreurs.

L'évacuation de Los Remédies est un des épisodes les plus lamentables de l'histoire de la guerre de l'indépendance mexicaine. Les Espagnols s'en réjouirent comme d'un glorieux triomphe : ce nouveau succès, joint à la chute de Sombrero, à la mort de Mina, à la terreur des provinces de l'intérieur, put leur faire croire que la Nouvelle Espagne était à jamais retombée sous le joug de son impitoyable métropole!

Torrès sorti le premier de la forteresse avec l'avant-garde, échappa à cette boucherie; il se réfugia dans les nionlagiies de Penjamo où les Espagnols n'o -

sèrent pas le poursuivre. Mais avec Los Remédies étaient tombés sa force et son prestige; ses lieutenants étaient dispersés, fugitifs, il n'avait plus d'armée régulière, plus de place forte. Entouré d'une troupe de huit ou neuf cents cavaliers, il errait dans le territoire qui appartenait encore aux indépendants. Son esprit était devenu la proie des terreurs : pour dépister ses ennemis il avait renoncé à fixer son quartier général; jamais il ne campait deux jours de suite dans le môme endroit, et la nuit quelques cavaliers veillaient près de sa tente avec des clieYaux sellés, bridés, prêts à être montés au moindre signal d'alarme. Les revers, au reste, n'avaient pas modifié le caractère du padre; des actes de violence ou de cruauté signalaient presque toujours son passage.

Sur ces entrefaites, le congrès qu'il

avait formé, lors de sa nomination de généralissime, se dispersa de lui-même: un autre congrès, composé de cinq membres, se reconstitua presque immédiatement. Ses premiers soins furent consacrés à un débat qui s'était élevé entre Torrès et quelques-uns de ses officiers.

La violence habituelle de celui-là en avait été la source.

Le nouveau congrès, après avoir soigneusement examiné cette alïaire, donna gain de cause aux olïi-

ciers contre leur chef, et se décida même à lui enlever enfin celte autorité et ce titre de généralissime dont il avait tant abusé, pour les conférer à un autre plus digne.

A cette époque, se trouvait dans les provinces intérieures, un de nos compatriotes, qui avait déjà rendu quelques services à la cause de l'indépendance, dont r énergie et les talents militaires inspiraient une grande confiance aux Mexicains : le congrès, influencé par ces considérations, oubliant sa nationalité en présence de ses services, jeta les yeux sur lui et le choisit pour remplacer le padre Torrès dans le poste de généralissime. Ce compatriote n'était autre que le lieutenant-colonel Jean Arago, le second des frères de ce savant ^ qui a déjà fait tant de découvertes dans les sciences. •

La destinée l'avait pris de loin, et ses antécédents ne semblaient pas promettre un généralissime des débris de l'insurreclion n.iexicainc. Né à Estagel en 1788, Jean Arago était en 1815 caissier de la Monnaie de Perpignan; une dénonciation indigue (chose commune dans ce temps de réaction) vint lui faire perdre sa place. Il s'embarqua alors, sans but arrêté, pour les États-Unis; au commencement de 1817, il se

' M. Frauçois Arago, de l'Institut,

trouvait à la Nouvelle-Orléans avec peu de ressources, cherchant l'emploi de ses capacités : le hasard le mit en relations avec Mina qui était précisément dans cette dernière ville, achevant les préparatifs de son expédition au Mexique. Il accepta la proposition de se joindre à lui, et eut un commandement dans cette petite armée qui devait se signaler par tant de prouesses.

L'ancien caissier de la Monnaie de Perpignan rendit d'importants services à Mina, obtint par sa bravoure le grade de lieutenant colonel, et eut le bonheur d'être au nombre des treize hommes qui survécurent à toute l'expédition. Après la mort de son chef, il resta au Mexique à défendre une cause que l'exil avait faite la sienne \

1 Depuis 1818 jusqu'à 1821, où les soldats de l'indépendance firent leur entrée à Mexico, tout fat dangers et travaux pour Jean Arago. Poursuivi, traqué, il lutta sans cesse contre les Espagnols avec des alternatives de revers et de succès. Après la proclamation de l'indépendance, il reçut en retour de ses services le grade dégénérai, et resta attaché à l'armée mexicaine. Caractère intègre, tour à tour ami et compagnon d'armes des hommes qui ont gouverné le Mexique , il ne chercha jamais à s'élever par l'intrigue ou la faveur. Né sur une terre étrangère, il comprit qu'il avait à faire plus que les enfants du Mexique pour être vu sans jalousie, dans cette seconde patrie que l'exil lui avait donnée. Sa bourse fut toujours ouverte à ses compatriotes, et plus d'une fois sa protection préserva du pillage le quartier des négociants français. 11 rendit de grands services à Santa Anna, pour lequel il professait une amitié sincère. En 1836, bravant des symptômes d'hydropisie, Arago voulut suivre l'expédition du Texas;

Torrès dépossédé, protesta contre cette élection, mais n'ayant plus d'appuis pour les soutenir, ses protestations se perdirent dans le silence. Abandonné de tous, également détesté des patriotes et des royalistes, le padre se cacha-t-il pour éviter les effets de cette animad version générale , ou périt-il d'une mort ignorée, l'historien ne peut que conjecturer. A partir de 1817 on perd complètement sa trace, et l'on ne voit heureusement plus son nom figurer dans les affaires du Mexique.

mais dans les derniers jours de juin, il rentra à Mexico où il mourut le 9 juillet 183G; et cet homme qui avait gouverné les provinces où sont les plus riches mines du Mexique, ne laissa pas à sa mort la somme nécessaire aux frais de sa sépulture.

L'EMPEREUIi ITURBIDE.

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