‹ Les revolutions du temps synthese prophetique du 19. siecleChapitre 113 sur 132 · PROPHETIES SUR LES SCIENCES ET HOROSCOPE DES CORPS SAVANTS · texte numérisé non relu

PROPHETIES SUR LES SCIENCES ET HOROSCOPE DES CORPS SAVANTS

Comment étant loin des Savants je les juge en perspective. — Se taire n’est pas répondre. — Le Génie libre et l’Esprit de Caste. — Domination féodale d< s Savants. — Logique de leur enseignement. — Conséquences de l’éducation h la méea- ’ nique.

Si étranges ou improbables que puissent paraître à mes lecteurs ces supputations prophétiques, je crois cependant ne les avoir poussées guère au delà de ce que nous pouvons voir se réaliser nous-mêmes, c’est-à-dire d’un espace de quarante ans environ.

Jamais donc Prophéties n’aurout été si faciles à vérifier, puisqu’elles sont faites à la génération qui les subit.

Mais en traçant ainsi d’avance le circuit de

la Fatalité, j’ai dû faire toutes réserves ; car, à vrai dire, ce n'est pas moi qui ai prophétisé , j’ai seulement essayé de rapporter sur le premier plan, c’est-à-dire dans le présent, les figures vagues dessinées à l’horizon des anciennes Prophéties.

11 ne m’était guère possible, en effet, sans porter atteinte à la Liberté elle-même, de poser des jalons plus distincts à l’avenir des Nations. Si les Prophètes étaient trop loin pour bien voir, je me suis trouvé trop près pour bien juger.

— Je n’ai dit que ce que je devais dire.

Mais, je n’ai pas les mêmes précautions à prendre envers les Académies.

Je suis assez loin de celles-ci pour les juger en perspective.

A leur égard, j’ose donc être tout à fait Prophète, et je vais tirer leur Horoscope en règle.

Comme ce sont elles qui ont ouvert la porte aux Révolutions, par les idées qu’elles ont

inoculées à la génération présente, elles ne se plaindront pas, je l’espère, de la révolution que je vais leur présager en elles-mêmes.

S’il leur plaisait cependant d’être ingrates envers le Progrès qui les a faites, et de nier que tout marche , parce qu’elles sont assises , je serais forcé de leur rappeler le principe même de leur constitution, qui a attaché l’immortalité aux fauteuils, afin que les Savants n’oublient jamais qu’ils doivent un jour les quitter.

Tous ceux de qui je vais parler peuvent parfaitement me comprendre et encore mieux me répondre.

Si je venais avec l’orgueil de l’Absolu opposer un système aux leurs, en leur imposant . de l’accepter, ils auraient le droit de se boucher les oreilles; mais, comme cesontetfx qui veulent imposer la certitude et que je ne leur demande qu’une chose :

Êtes-vous certains?

Il faut qu’ils me répondent; car leur silence prouverait simplement, en m’étouffant, que

je ne suis étouffé que par un cadavre.

270 XIX. — PROPHÉTIES SI R les sciences

Cetappel que je fais à leur loyauté est une preuve que je soumets une dernière fois à l’exercice de leur libre volonté la Fatalité que je vais prononcer contre eux.

S’ils périssent donc, c’est qu’ils l’auront voulu. Maintenant, qu’ils écoutent :

A peine les Alchimistes, ces libres génies, aggresseurs occultes de la puissance religieuse, eurent-ils, au prix de mille tortures, ouvert les premières fissures dans la calotte de plomb qui pesait sur le Monde, que l’Esprit se mit à bouillonner et à siffler dans l’air.

L’époque de la Renaissance rappelle les efforts du Génie déchaîné, attaquant, mordaut, taillant, ciselant au physique et au moral, cette croûte inerte déposée par YIgno- . rdnee et coagulée par Y Esprit de Caste.

Alors on put croire que, la liberté de discussion étant une fois conquise, la Science allait nécessairement grandir.

Hélas !

L’Ignorance était bien frappée, mais l’Esprit de Caste n’était pas vaincu, et les Savants,

au lieu de continuer à attaquer, se réunissant pour mieux résister, formèrent une Caste à leur tour.

Tout fut dit.

Oubliant, dans l’ardeur de la défense, quo .

puisqu’ils avaient progressé par le changement, le changement devait encore les faire progresser, les Savants reprirent la devise des Castes :

— Ne rien céder.

Les Génies libres, qui n’avaient jadis qu’un seul ennemi dans le Clergé, s’en trouvèrent un autre encore plus redoutable, qui pouvait les combattre avec leurs propres armes.

Alors commença la domination féodale des Corps savants.

Semblables aux Châtelains pillards du moyen âge, ils se mirent à arrêter tous les passants sur la grande route de l’intelligence, pour leur voler leurs trésors et les étouffer ensuite dans Y in-pace de la Science.

— Je ne suis pas le Don Quichotte des morts, messieurs les Savants ; vos vols sont aujourd’hui prescrits. Si je prêche une sainte

Croisade contre vous, ce n’est pas pour vous reprendre ces trésors que vous avez si bien su vous approprier, mais pour vous forcer de les donner en fermage à l’Intelligence, qui seule en peut tirer les fruits.

Voilà tout ce que le Génie vous demande.

L’histoire des misères dont vous avez abreuvé les Intelligences qui ne voulaient pas se courber à votre niveau vous a été raconlée trop de fois pour que vous ne soyez pas cuirassés contre elle.

Je m’épargne donc cette peine.

C’est moins de votre résistance, d’ailleurs, qu’il faut se plaindre, car le Génie en a peutêtre besoin pour se produire, que delà manière inintelligente dont vous répandez sur tous la Lumière; de telle sorte qu’elle équivaut, pour la plupart, à l’obscurité.

Après avoir fait tous vos efforts pour arracher au Clergé l’éducation, sous prétexte qu’il la faisait mal, vous avez procédé précisément comme lui.

Oh! logique des Savants!

Ennemis du Cloître, vous avez voulu le supprimer pour l’àge mûr, qui, ayant subi la vie, avait au moins le droit de vous demander un asile où il pût oublier ou se souvenir en paix; mais vous avez jugé le cloître très-convenable pour la jeunesse, qui ne demande qu’à respirer l’air en liberté et à vivre avec la Nature pour apprendre à la bénir.

Non contents d’avoir bâti ces bagnes de l'enfance, les Collèges , qui suffiraient à estropier l’intelligence, vous avez encore établi le programme des études , une espèce de filière à un seul trou, dans laquelle vous étirez pendant douze ou quinze ans les pauvres martyrs de vos soins.

11 n’y a pas à dire, il faut que tous y passent.

La Nature a eu beau établir des différences dans les aptitudes intellectuelles et prendre même la peine de les graver sur la tête de chacun , vous dédaignez d’y faire attention.

La Phrénologie est une Science mécréante à laquelle il faut bien se garder de croire et

21 i XIX. - PROPHÉTIES SIJR LES SCIENCES

qu’il faut encore moins enseigner. Que deviendraient en etfel les places, les décorations cl les honneurs, si tout le monde pouvait lire sur le front d’un homme qu’il ne les mérite pas ?

Vous aimez bien mieux, quand un sot si passé par votre filière, avec un peu de mémoire, et se rappelle les airs de votre serinette à latin, le rendre comme un Phénix à sa famille.

Mais aussi, vous regardez toujours comme une brute celui dont l’intelligence comprimée par votre éducation à la mécanique , attend de vous échapper pour reprendre son élasticité.

Vos Diplômes, qui constituent Fégalité intellectuelle devant la loi, arment tout simplement l’imbécile, qui en est fier, contre celui qui en comprend la vanité, et les fonctions les plus importantes deviennent ainsi de préférence la part de toutes les médiocrités orgueilleuses.

Heureux encore quand, à l’aide de ces

merveilleux Diplômes, elles ne sont pas toutes dévoyées! Car, le plus souvent, celui h qui vous eussiez pu rendre un grand service en lui disant qu’il était propre à la culture de la terre, se faisant avocat, ne sème que la discorde pour récolter des procès; et un autre, qui eût été bon soldai , se fait médecin et lue ses pratiques pour satisfaire à sa vocation naturelle.

Mais, pire que cela, comme toutes les médiocrités ne peuvent pas se caser, et qu’elles sont toujours en droit, de par vos diplômes, de se déclarer intelligentes, elles jalousent tout ce qui les prime, s’agitent, déblatèrent et fomentent les révolutions.

Ce ne sont pas les Intelligents qui font les révolutions, ils les devinent et en profitent, voilà tout.

— Que voulez-vous donc qu’ils vous disent d’un pareil état de choses?

— Eu chassant la Révolution de chez vous, vous l’avez provoquée hors de vous, et,

276 XIX. — PROPHÉTIES Sl'll LES SCIENCES.

comme elle s’est faite hors de vous , elle demande à rentrer chez vous; aceeplez-la maintenant, si vous ne voulez pas qu’elle vous chasse à son tour.

Qu’est-ce que sont les Sciences? — L’Astronomie et le système de Newton. — L’Erreur assise par le Raisonnement, doit tomber devant le Raisonnement. — Le Mouvement, verbe actif — Les Semblables se repoussent et les Extrêmes vivent ensemble. — Inversion de Principe.

Une fois ce principe rais en évidence, que croire et vouloir, Foi et Volonté, comme a dit le Christ, résument toute Science.

— Qu’est-ce que deviennent les Sciences?

— Des hypothèses ou des systèmes, plus ou moins subtils, qui se dévorent eux-mêmes par le principe corrosif du Progrès.

— De laquelle de vos Sciences, je vous le répète, êtes-vous donc certains?

— Est-ce de 1’ Astronomie?

Parlons-en.

Le Monde n’est pas tellement équilibré par le système de Newton, qu’il ne puisse continuer de marcher sans cela.

Newton savait, en effet, tout comme les Savants de nos jours, qu’il n’y a pas un atome dans l’immensité qui ne soit en mouvement, et que T inertie n’est qu’une apparence toujours fugitive.

Comment se fait-il donc qu’il ait cru devoir faire préexister l’inertie au mouvement, l’apparence à la réalité, ce qui n’est pas à ce qui est?

— Il s’est fait créateur, par une supposition gratuite, de ce qui n’est pas, l’inertie, afin de se donner le plaisir de chercher un créateur à ce qui est, le mouvement, et qui n’en a pas besoin.

Au lieu de demander simplement au Mouvement : « Que fais-tu? »

Newton a commencé par lui demander :

« Qui t’a fait ? »

Si le Mouvement eût daigne* répondre à cette question saugrenue, voici ce qu’il eût dit k Newton :

— Faire est un verbe actif, et le verbe actif, c’est moi-même.

— Je suis le Mouvement et je suis éternel ; car comme je suis ce qui fait, Dieu n’aurait pas pu me faire sans moi.

Aussi le Mouvement n’a-t-il rien répondu k Newton et l’a laissé faire.... son système.

Si Newton, au contraire, moins amoureux de systèmes et plus de la Vérité, eût commencé par demander au Mouvement : « Que fais-tu ? »

Celui-ci lui aurait répondu :

— Je fais tout ce qu’il yak faire, car je ne suis fait que pour cela.

— Comme il y a infiniment k faire, je suis infini ;

— Comme je suis infini, je ne puis émaner que de moi-même, donc je suis circulaire ;

— Comme je suis circulaire, tout ce qui est en moi, comme je suis en tout, tend k se

280 xix.— pnopnÈTiEssuR les sciences

précipiter du centre vers la circonférence ; de là le rayon de mon cercle, le principe de projection qui en émane et que l’on ne peut appeler que la force centrifuge.

Mais Newton n’ayant pas fait la demande, n’a pas eu la réponse, et il a précisément commencé par bâtir son système sur le principe inverse, la force centripète ou l'attraction.

Tout cependant ayant une tendance à grandir, progresser ou. avancer, il était bien plus naturel de supposer que les sphères se tenaient en équilibre jiar un effort mutuel de projection en avant (en se serrant par les coudes, pour ainsi dire), que par le principe d’attraction , c’est-à-dire d’avalement universel.

— Qu’est-ce que fait le Principe, me direzvous, pourvu que les conséquences soient là?

C’est surtout dans l’analyse des effets que brille Newton.

Peut-on contester :

— Ce calcul sublime de la gravitation si bien combinée avec la loi de pesanteur?

ET HOROSCOPES DES CORPS SAVANTS. 28 t

— Cette merveilleuse appréciation de la distance qui nous sépare des astres?

— Peut-on enfin révoquer en doute la densité des planètes que Newton a pesées et jaugées comme s’il les avait dans la main?

Je réponds :

— 11 n’y a qu’une loi bien réellement universelle, c’est que les lois changent selon les milieux.

La Lumière se conforme à cette loi-là par la réfraction , c’est-à-dire en changeant sa direction sitôt qu’elle change de milieu.

La Pesanteur doit aussi nécessairement s’y conformer en s’éloignant de nous.

— Qu’a fait Newton ?

De la loi de pesanteur, qui est probablement limitée à une zone très-restreinte autour de notre globe, il a fait une loi universelle; ce qui est contraire au bon sens.

Mais de la loi de réfraction de celle lumière qui traverse toutes les couches de l’Éther, il a fait une loi relative qu’il a limitée à la zone

atmosphérique ; ce qui est absurde.

De sa première erreur, il est résulté qu’il a mesuré la deusité des astres plus forte en raison de leur rapprochement du centre , tandis que, tout tournant avec ce centre, c'est-à-dire le Soleil, leur densité est d’autant plus grande qu’ils s’en éloignent davantage.

De la seconde erreur il est résulté enfin que, n’ayant pas tenu compte dt la réfraction de la lumière dans l’Ether, auquel, si subtil qu’il soit, il faut cependant reconnaître une densité quelconque variable, du centre à la circonférence, il a dû supposer les astres excessivement plus éloignés de la terre qu’ils ne le sont en réalité.

C’est ainsi qu’avec la ruine du système de Newton, le soleil, les astres et les étoiles rapprochées rationnellement de la Terre, tomberont en effet.

—Qu’on ne se lamente donc pas trop de la Prédiction du Christ à ce sujet : Les étoiles du ciel tomberont , et les puissances qui sont dans les deux seront ébranlées. ( Saint Marc , ch. xiii, v. 25.)

.pigÜizpcJ i

«iL

Mais qu’on en augure cependant que le temps approche où se réaliseront d’étranges Prophéties.

Le système de Newton est une de ces erreurs d’autant plus difficiles à déraciner qu’elles sont plus grosses, et que les Astronomes, sachant bien que personne ne peut y aller voir, continuent à les cultiver avec l’orgueil de l’Absolu.

Heureusement les astres s’inquiètent peu des systèmes, et c’est précisément parce qu’ils s’en inquiètent peu et marchent toujours régulièrement-.que, malgré les incompréhensibles erreurs de formes et de distances qui constituent la Science astronomique, celle-ci a pu néanmoins en imposer au public, qui s’ébahit sans cesse devant la prédiction du retour périodique d’un astre, et accorde presque un brevet de sorcier à celui qui l’a fait.

Cependant il n’est pas plus difficile à un Astronome d’annoncer une comète ou une éclipse, qu’aw premier imbécile venu de dire,

en regardant les aiguilles de sa montre à midi, qu’il les reverra dans la même position à minuit.

En Astronomie on ne connaît que du temps ; le reste est un insondable mirage.

Les coureurs des bois, les bergers et les matelots en savent plus avec leur instinct qu’un Astronome avec sa boussole ou son baromètre;

— Je crois en avoir dit assez sur cette Science , pour mes lecteurs , que cela ennuierait, et assez aussi pour les Savants qui peuvent en tirer toutes les conclusions qu’ils voudront.

Je ne me pose pas en maître, mais en écolier récalcitrant.

Quand on aura besoin d’un Système un peu plus logique, on viendra me le demander.

Alors je serai maître.

Mais j’aurai toujours la conscience de donner mes idées sans garantie de changement dans l'avenir , attendu que la crédulité d’un

temps n’étant pas celle d’un autre : je n’ai aucune prétention à l’Absolu.

J’apporte ma faible étincelle dans les ténèbres de l’erreur, et j’attends avec impatience la Lumière des autres.

La Philosophie et l'Histoire sont jugées. — La Chimie n'es qu’un renversement de la Vérité. — La Physique une illusion prise pour une réalité. — Triomphe de la Mécanique. — Invention et système.— La Médecine, les Médecins et les Malades.

Dans tout le cours de cet ouvrage, je n’ai fait que démontrer quelle certitude bâtarde on devait attacher à la Philosophie, qui ne vaut pas le pur instinct, et à I’Histoire, qui ne vaut pas la fable.

Je ne reviendrai pas sur ces Sciences-là.

Parlons de la Chimie, alors.

— Voilà une Science certaine !

Malgré sa formidable nomenclature, le ha-

sard en fait toutes les découvertes ; mais vous avez au moins, messieurs les Savants, l’honneur de les classer avec une profondeur de vision bien remarquable?

Qu’on en juge.

— Vous appelez corps simples ceux qui vous résistent précisément parce qu’ils sont le plus fortement agrégés par la nature.

— Et vous appelez corps composés ceux dont vous supprimez la Vie, qui en est le principe, pour en tirer des produits neutres, espèces de mulets incapables de reproduction.

Par exemple :

En tirant du vin trois substances, l’alcool, le tannin et l’eau, sans compter ce que vous tirez de l’alcool, du tannin et de l’eau, vous dites :

« Le vin se fait de tout cela. »

— Refaites— le alors, ou je vous dirai, moi:

— Ce sont toutes choses que vous faites du vin, et non le vin qui se fait de ces choses.

Vous vous figurez tout savoir chimiquement quand vous avez mesuré la quantité.

— Mais, aveugles spécialistes, le Temps, qui

288 XIX. — PROl-HÉriES SUR I.ES SCIENCES

corrode et détruit tout, est le principe unique de la Chimie.

En Astronomie, où il n’est rien, puisque les astres sont éternels, vous jugez tout par lui, et en Chimie, où il fait tout, puisque tout change avec lui, vous le comptez pour rien.

Vos opérations les plus compliquées ne sont jamais qu’wn escompte du Temps ; mais, comme vous ne faites jamais aussi bien que lui, c’est sans doute par envie que vous n’en parlez pas.

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en toute Science vous mettez toujours l'effet à la place de la cause, et la cause à la place de l’effet.

Votre Chimie n’est pas une erreur, mais un renversement complet de la Vérité.

— Êtes-vous au moins plus certains de la Physique?

— Dans celte Science, j’en conviens, vous sortez moins souvent de votre milieu; mais aussi quand une même loi se modifie en changeant de milieu, vous ne la reconnaissez plus* et vous en faites une loi nouvelle ;

La Pesanteur, par exemple, qui est une action sur les corps de haut en bas dans certaines limites de volume et de densité, devient la capillarité, qui est une action de bas en haut, à mesure que le volume et la densité diminuent; comme il n’y a ni haut ni bas dans la Nature, ce n’est qu’une même loi, et vous en avez fait deux.

Vous ne vous rendez aucun compte du mirage des sensations.

Vous regardez la Chaleur comme quelque chose qui donne, quand elle n’est qu’wn vide qui absorbe ou qui prend.

Quand vous fixez ou polarisez une Force naturelle, ce que vous appelez un fluide, au sein d’un corps, vous ne vous apercevez pas que, puisque c’est un mouvement que vous avez arrêté à une place, il est précisément en activité dans tous les autres.

Ainsi, l’Aimant, qui ne s’arrête que dans le fer, estau contraire une action vibratoire permanente dans tous les corps, excepté dans le fer, où vous ne la saisissez que par la sensation de son absence.

290 xix. — rnopuÈTiKS sue les sciences

Vous travaillez beaucoup sur la Lumière, et vous ne sauriez dire un mot de sa cause.

En savez- vous davantage sur les sons, les goûts, les odeurs, etc., etc., etc. ?

Vous triomphez dans la Mécanique, il est vrai, parce que vos lois, se trouvant là dans un milieu très-restreint, ne s’y modifient pas sensiblement.

Gloire donc à la Mécanique!

Vive la Reine du monde actuel !

— Mais pourquoi, Messieurs les Savants, aucune des inventions qui la font progresser ne sort-elle de chez vous ?

— C’est qu’en cela comme en tout vous mettez les Systèmes avant l’Invention.

Or, l’Invention étant immortelle et les Systèmes essentiellement passagers, il en résulte que vos chaires croulent et que les ateliers grandissent.

Il n’existe qu'un Mémoire qui ait réuni précisément les signatures de tous les Membres d’un Corps savant. — Ce Mémoire proclame qu’une machine à vapeur ne peut se

’. E ÜSÜË

tjy (tfcogle

, traîuer elle-même, parce que les principes de la mécanique indiquent suffisamment que les roues d’une locomotive tourneraient sur place en grattant la terre.

Fiez-vous donc aux Professeurs de mécanique!

Ils vous disent aujourd’hui que vous ne vous dirigerez jamais dans l’air. — Courage, Inventeurs, courage !

La négation des Savants est un brevet de certitude.

Avant dix ans, je vous prédis la Navigation aérienne résolue et les pavillons de toutes les Nations flottant au-dessus du séjour du tonnerre.

Enfin, je rencontre une Science dans laquelle vous excellez sans doute.

A en juger par les ordres de toutes sortes et les croix de tous les mérites qui ornent les boutonnières des plus célèbres médecins, la Médecine est une Science bien belle, bien positive, un véritable palladium de la vie humaine !

Quelle imposante certitude!

— Êtes- vous malade?

Professeurs, agrégés, docteurs et simples porteurs du funèbre diplôme, qui leur donne droit de mort sur vous, sont parfaitement d’accord.

— Voulez-vous trois saignées coup sur coup,

La saignée lente et la diète,

Ventouses scarifiées ou sangsues?

— Choisissez !

— Si l’on vous tire une goutte de sang, vous êtes mort, dit celui-ci ; purgez-vous.

— Un purgatif vous tuerait, dit celui-là, faites-vous suer: de la chaleur, delà chaleur...

— Des bains froids et la glace, s’écrie un nouveau venu, et ne craignez pas de manger.

— Un régime sévère, dit un autre, et des pilules; il faut suivre la mode; aujourd’hui c’est le laclatc de fer qui fait merveille.

— Allons donc! Yiodure de potassium est bien plus neuf; deux cuillerées d’huile de foie de morue matin et soir, voilà la panacée.

— Prenez mon ours, disait Odry 1 . Oh! le grand Médecin que nous avons perdu !

On ne pouvait pas le regarder sans rire, et les autres font trembler.

Ignorants du Principe de vie, parce qu’ils ont été en demander le secret h des cadavres, les Médecins ont pris, comme leurs confrères en toutes Sciences, les effets pour la cause, et, en s’attachant à pallier les effets, ils n’ont fait que grandir la cause.

Abandonnant les remèdes que la Nature a dispensés libéralement pour tous les maux, ils se sont adressés aux Chimistes, leurs rivaux en destruction, et ont remplacé les plantes parc/es extraits. — L’antidote est devenu ainsi poison.

— La Statistique prouve (c’est la seule preuve des Médecins) que la mortalité diminue depuis que nous faisons de la bonne médecine, me diront-ils.

1 Célèbre acteur comique, créateur du rôle principal dans la pièce des Saltimbanques.

— Ce sont les Architectes qui ont été Médecins, Messieurs; si la mortalité a diminué de nos jours, nous le devons à l’assainissement de nos habitations; et si ces affreuses pestes qui ravagèrent les villes du moyen âge, et qui comptent pour beaucoup dans la statistique de mortalité, n’existent plus aujourd’hui, c’est grâce à eux et non à vous.

— Mais connaissez-vous mieux la peste qu’on ne la connaissait jadis? — Êtes-vous maîtres du choléra, du typhus, etc., etc.?

— Non, non, mille fois non.

Le hasard vous a fait découvrir la vaccine ; mais vous vous rattrapez sur les maladies de poitrine...

— Misère que la Médecine ! misère et vanité!

— Encore si vous le ne saviez pas vousmêmes!

Mais vous vivez sur le préjugé, et, forts de la lâcheté des Hommes devant la mort, vous ne leur vendez que leur propre crédulité.

Qu’on me trouve trois Médecins qui puissent se regarder un quart d’heure sans rire ou se disputer derrière le chevet d’un malade, et je croirai à la Médecine.

En détruisant l’Erreur on comble le Vide. — La Géométrie et les supputations à l’infini.— L’Arithmétique. — La connalton toute entière?— La Kabbale. — Les Perles dans le fumier. Rira bien qui rira le dernier.

Je n’ai nulle prétention à faire dans ce livre des cours d’Histoire, d’Astronomie, de Physique, de Mécanique, etc., etc. J’essaye une tournée philosophique dans cette forêt de préjugés, et comme je suis affamé de Vérité, je cherche à dévorer l’erreur pour tromper ma faim.

— Mais que prétendez-vous mettre à la place de ce que vous voulez ainsi détruire? me dira-t-on.

— Comment] je vous délivre d’un serpent que vous réchauffiez dans votre lit, et vous me demandez ce que je vais mettre à la place?

— Remerciez-moi d’abord d’avoir osé le saisir par le milieu du corps, au risque qu’il me morde, et venez me prêter aide pour l’écraser; ou, ma foi, je le lâche.

Tant pis pour vous, alors; car je l’ai réveillé, et vous ne pourrez plus maintenant empêcher qu’il ne vous morde.

— Que voulez- vous de plus, d’ailleurs?

— L’erreur est un Vide que comble tout ce qui la détruit; c’egt ainsi que s’édifie la Vérité.

J’allais oublier la Géométrie et voüs faire tort peut-être de votre dernière planche de salut.

Voilà une Science certaine au moins!

A l’aide de la Géométrie vous pouvez bâtir vos maisons et vos palais, construire vos machines et mesurer les distances terrestres à peu près , c’est déjà beaucoup. Mais, malheu-

reusement les trois quarts des problèmes de la Géométrie sont appliqués à des calculs sur l’Infini.

Or, l’Infini est un cercle, vous ne pouvez pas l’imaginer, et par conséquent le mesurer autrement que par le cercle, et dans vos supputations géométriques vous introduisez à chaque instant la droite infinie !

Dans la Nature qui est infinie, la droite prolongée indéfiniment est anti-rationnelle, absurde même en supposition. La ligne droite est, comme l’inertie, une apparence; la courbe est une réalité.

La pierre qui paraît tomber en ligne droite décrit en effet une courbe, sollicitée par le mouvement de la terre.

Le rayon visuel, s’il veut traverser l’ Espace, se brise et se courbe par la réfraction.

Vos instruments de précision ne peuvent même pas tracer une ligne droite, ils ne donnent que la cmrbure de la sphère.

De l’hypothèse géométrique de la ligne droite, hypothèse contre nature, il est donc

résulté qu’une immense quantité de vos problèmes, justes sur le papier, vous conduisent à d’incompréhensibles erreurs quand vous voulez vous lancer avec eux dans l’Espace infini.

Heureusement, la Nature plus sage que vous, quand vous avez abruti une Intelligence d’élite par deux ans d’étude de cette Science, met à peu près le même temps à la lui faire oublier; — ce n’est donc que quatre ans de perdus pour revenir au même point.

Il est vrai que l’honorable M. Flourens nous promet cent vingt ans d'existence. L’Académie a volé assez de temps pour nous en rendre un peu ; — néanmoins nous devons rendre grâce à M. Flourens d'avoir le premier songé à cette restitution.

11 vous reste donc 1’ Arithmétique, c’est-àdire les chiffres, avec lesquels vous ne pouvez pas vous tromper, précisément parce que la nume'ration est infinie.

— Mais, êtes-vous bien certains d’avoir

300 XIX. — l'ROi’UÉTIES SUIl LES SCIENCES

lire de lu Numération toutes les vérités qu’elle renferme?

— De même qu’il faut le passé, le présent et l'avenir pour juger du Temps;

— Le jaune, le rouge et le bleu pour former la Lumière;

— Et trois dimensions, c’est-a-dire /o/i^ueur, largeur et profondeur, pour mesurer l’Espace,

— Croyez-vous qu’il ne faille pas non plus trois dimensions ou trois aspects différents pour bien juger de la Numération, dont le principe est infini comme celui du Temps, de la Lumière et de l’Espace?

— Pour moi, je le crois, et non-seulement je le crois, mais j'en suis sûr, car je pratique un peu cette triple manière de tirer la Vérité des quantités, qui sont la mesure de tout.

La Kabbale aurait pu vous mettre sur la voie, mais la Kabbale est comme la Magie une Science indigne d’Hommes raisonnables.

— Que voulez-vous? je n’ai pas été si dégoûté.

— Quelquefois, me suis -je dit, dans le fumier ont peut trouver des perles.

J’ai donc cherché dans le fumier des Sciences mortes, et j’y ai trouvé la vie qui s’en est allée de vous. H*

Ce sont vos Sciences, à cette heure, qui pourrissent , tandis que la semence des Morts lève au contraire au sein du fumier que vous avez fait de leurs idées.

Tout ce que vous enseignez est encore vrai pour un temps , parce qu’on vous croit ; mais le temps vient où l’on ne vous croira plus, et l’on rira de vos preuves, comme vous allez rire aujourd'hui de cette prédiction.

Dans ce Monde infini où tout tourne parce que tout est infini, le grand mol do la Justice distributive, c’est :

Page 1