CHACUN SON TOUR
La Rotation dos corps.— Le branle du progrès.— La Vapeur. — La Phrénologie.— Le Magnétisme. — L'Homœopathie — La Photographie. — Paralysie des Corps savants.— Le dernier moxa.— La Mort.
Il fallait enfin que le Temps, dans sa marche circulaire, mît un terme, à Y excès de l'inerlie.
Alors,
Comme les Savants avaient tout immobilisé,
En vertu de celte loi, les extrêmes se touchent -, , — voilà que tout s’est mis à se mouvoir.
Le Phénomène des objets tournants, si connu
dans l’Antiquité , s’est reproduit ù notre époque.
— L’Ignorance et la Superstition, ces deux sœurs jumelles, ont crié — miracle!
— Les Savants ont crié — sottise!
Miracle ou sottise, chacun a estimé le Phénomène suivant sa Foi; — moi je n’y ai vu tout simplement qu’un Phénomène naturel auquel j’étais préparé, parce que ma Foi c’est la Nature.
Alors je me suis écrié :
— Tout s’en va, tout revient, tout tourne, les molécules au sein des corps et les astres dans l’Espace; tout tourne et grandit en tournant. La vie n’est qu’un circuit, et l’on nie que l’émission du Principe de vie, qui n’est autre chose que le Sentiment, puisse imposer le circuit !
La voix de l' instinct crie et n’est point écoutée !
Êtes-vous donc si ladres, messieurs les Savants, que vous ne sentiez pas en vous-mêmes le branle du Progrès qui soulève l’Humanité?
Le Progrès ne recule jamais, entendez-vous?
car le Progrès c’est le Temps, qui, ne relevant que de Dieu, règle la marche.
Quand il y a des Hommes qui veulent le devancer, il les écrase.
Quand il y en a qui veulent l’arrêter, il les renverse et les traîne.
Les Révolutions de notre époque vous ont enseigné le sort des premiers; r tâchez d’en profiter pour éviter le sort des seconds qui vous attend.
— Justice est faite des bavards !
— Justice se fera des silencieux !
Sourd, muet, aveugle et insensible, c’est trop d’infirmités à la fois pour un seul corps , il n’y résistera pas.
Quand Fulton a fait siffler la vapeur à l’oreille des Monge et des Berthollet , ils ne l’ont pas entendue ; maintenant c’est une voix qui hurle.
Quand la Phrénologie, découverte parGall, a trouvé pour organe le trop célèbre, mais consciencieux médecin Broussais, l’Académie
a fait un soubresaut, comme si elle avait compris; mais elle est tout de suite retombée dans sa torpeur, et la chaire publique et officielle de Phrénologie est encore à créer.
Les Anatomistes, qui ne découvrent dans la substance que la putréfaction, sont honorés et salariés, et les Phrénologues, qui y découvrent la vie, ne sont pas écoutés.
Voici deux ans qu’à Paris, cette fourmilliére d’hommes intelligents, un savant Anglais, le docteur Castle, prêche la véritable philosophie du cerveau ; je crois qu’il eût trouvé plus d’adeptes dans le Sahara.
— Courage, docteur ! on vous étouffe, c’est bon signe, — vous éclaterez !
Quand le Magnétisme s’est présenté à la barre de l’Académie de Médecine, elle l’a bien constaté; mais sa langue s’est collée à son palais, sa main s’est refusée à signer le laisser-passer, et le Magnétisme a passé tout de même.
L’Homœopathie s’était faite si petite , qu'il
y avait peut-être une excuse aux Savants de
ne l’avoir pas aperçue; mais ils ont négligé de la regarder au microscope de l’intelligence, et l’Homœopathiea fait son chemin comme le Magnétisme.
Un artiste, M. Daguerre, a inventé la Photographie à la barbe des Chimistes, et cette découvert, la plus précieuse peut-être Jes temps modernes, heureusement arrachée à la tombe que lui préparait l’Institut, grandit dans des mains non savantes , — aussi granditelle vite!
L'Institut a cependant voulu aussi se mêler de Photographie : un mémoire non moins remarquable que celui rédigé contre la Vapeur a été présenté par un des Honorables, afin de prouver par toutes les lois de l’optique qu’il était impossible de produire en photographie un portrait de grandeur naturelle.
La Vapeur avait attendu vingt ans pour donner un démenti aux Savants; la Photographieaété plus vive; huit jours après l’impossibilité du portrait démontrée par A plus B, le portrait étailfait.
On peut voir aujourd’hui côte à côte le lo gogriphe algébrique du savant membre de l’Institut, et un portrait de grandeur naturelle reproduit par l’artiste photographe.
Celui-ci devrait bien pour toute vengeance livrer au Public le portrait en pied de son négateur.
Aujourd’hui tous ces progrès coalisés frappent ensemble le vieux corps usé de la Science officielle.
— Celle-ci fait pitié.
Cependant quelque chose me dit que la vie ne l’a point abandonnée tout-à-fail ; il n’y a pas eucore paralysie absolue , c’est un coma passager.
J’ai donc composé cet Horoscope bridant, que je prends sous ma responsabilité de lui appliquer en guise de dernier moxa.
Si celui-là ne la réveille pas,
— La Science officielle est morte.