I. — DE LA FOI
force soit; donc, ce qui l’émet vient avant ce qui la dirige. L’une est le Principe et l’autre la conséquence.
Dans l’éternel manège où court, lutte, jongle et se traîne aussi l’Intelligence humaine, la Foi peut se comparer au cheval et la Raison au cavalier.
— Que de cavaliers alors sont emportés par leur monture, à laquelle ils doivent le plus souvent, tantôt leur salut, tantôt leur perte, le triomphe ou la défaite.
L’habileté du cavalier fait beaucoup; mais que peut-elle contre un cheval fourbu ou qui prend le mors aux dents?
Enfourcher un bon ou un mauvais coursier au départ,, voici la Science, et c’est une affaire de Sentiment', celui qui plaît le plus aux yeux, pour lequel on parierait trois contre un, n’est pas toujours celui qui arrive le premier, et celui qui pourrait arriver le premier tombe souvent en route.
Donc ce n’est pas tout d’être habile cavalier ou d’avoir la Raison, il faut encore savoir
EX DE LA RAISON
choisir un bon coursier, c’est-à-dire partir avec une Foi vive et qui ne bronche pas.
— Comparer la Foi à un cheval et la Raison à un cavalier, ce n’est pas les définir, me direz- vous. — Non.
Mais au moins c’est définir leurs fonctions par un symbole intelligible à tout le monde.
La Foi et la Raison sont deux idées, deux abstractions, et l’on ne peut les désigner que par des emblèmes pris dans la nature matérielle. C’est ainsi que se constitua jadis la Science perdue des hiéroglyphes que les Chaldéens et les Égyptiens gravaient sur leurs monuments. — Aujourd’hui l’invention de l’imprimerie me permet d’en tirer des empreintes à plusieurs milliers d’exemplaires, et do les graver dans l’esprit, au lieu de les écrire sur la pierre.
L’esprit dure encore plus que le silex.
Ce qu’ils ont écrit est passé, ce que je dis ne passera pas.
Après avoir défini les fonctions du principe
revenons au principe lui-même.
— Qui ou quoi donc exislerait au monde sans la Foi ?
11 y en a qui n’admetlenl que ce qu’ils sentent ■physiquement ; ceux-là se larguent de raison.
— Il y en a d’autres qui accordent autant de certitude au sentiment moral.
Quoi qu’il en soit :
Chacun n’a que ce qu’il croit. « Il faut croire, croire avant tout, » comme disait le Christ, « croire pour avoir. »
— Vous qui n’admettez de notions exactes que par la Raison, encore faut-il que vous commenciez à avoir foi dans cette raison.
— Or, la Raison est-elle si sûre que tous les hommes qui s’en flattent arrivent a la même conclusion?
. — Non.
Alors vous voyez donc bien, avec toute votre raison, que vous n’avez que la Foi.
— Mais, vous qui dites avoir la Fui, êtesvous bien certains de ne pas vous tromper?
— Vous n’oseriez prétendre que l’éduca-
ET DE LA RAISON
tion et les préjugés, de si beaux noms qu’ils s’affublent, Religion, Philosophie, Science, Politique, ne vous l’aient pas inoculée.
Alors, puisque ce sentiment ne vient pas de vous-mêmes, vous n’avez pas la Foi.
Ceux qui prétendent avoir la liaison ont donc la Foi,
Sans le savoir.
Ceux qui prétendent avoir la Feront à leur tour la Raison ,
Sans le savoir.
Or, comme ils sont les uns et les autres ignorants de ce qu'ils ont, il en résulte que c’est précisément comme s’ils n’avaient rien du tout.
Le monde entier est le jouet de l’ Illusion.
— A quel principe allons-nous donc demander la Certitude ?
A l’emploi de l’illusion contre l’illusion, et en effet, il n’y a qu’entre deux illusions que peut se loger la réalité.
— Deux négations font une affirmation.
— Ne pas ne pas être, c’est Être.