AU POINT DE VUE D’UN PRINCIPE UNIVERSEL
Théogonie païenne comparée aux principes abstraits qui dirigent le monde. — Lutte éternelle de la Liberté et de la Fatalité. — Le germe juif elle germe païen dansle fruitcalholique. — La Vérité. — Parallèle de la Foi antique et de la Foi moderne. — La Religion savante se sauve ; ignorante, elle se perd. — Orphée, la Bible et la Révolution française.
Suivant le conseil du grand Buffon , j’ai commencé par jeter la Mythologie au creuset de mon esprit, et après avoir sublimé toute ’ cette matière en fusion dans Y alambic de la comparaison, voici ce que m’a donné l’analyse.
— Saturne, le Temps ou la Fatalité, que la fable représente comme le père des Dieux, avait pourtant un frère aîné.
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— Tilan ; celui-ci, est donc le mythe de la Liberté.
Car la Liberté, quoique toujours en lutte et toujours dominée par la Fatalité, n’en est pas moins sa sœur aînée.
— Titan donc, ou la Liberté,
— Et Saturne, ou la Fatalité,
Devaient sortir d’un même père.
— Uranus ou Y Unité,
Qui est regardé en effet par Orphée 1 comme le plus ancien des Dieux.
Mais l’Unité, ou Uranus, s’étant une fois divisé en deux, ne devait plus prétendre à se reproduire.
La fable fait donc mutiler Uranus par son fils cadet, possesseur de la faux du Temps, Saturne, ou la Fatalité. Néanmoins du sang qui coule de cette blessure, Orphée, le poétique législateur de l’infini, a bien soin d’en faire naître Vénus, c’est-à-dire la femme et
» Orphée , ainsi qu’Homère , peuvent bien représenter plusieurs hommes; je n'en sais pas plus là-dessus que les historiens, mais ces noms personnifient des idées, voilà pourquoi je les adopte volontiers.
ET DES MYTHES JUlKS ET CATU0L1QUES. . 131
l’amour qui rendront la génération perpétuelle.
L’Unité une fois mutilée, au lieu de faire que la Liberté et la Fatalité se partagent le monde également, Orphée raconte, avec beaucoup plus de ra'son, que Titan abandonna à son frère cadet Saturne le gouvernement du monde, sous la condition qu’il n’éleverait jamais d’enfants mâles et les dévorerait aussitôt leur naissance.
En défendant ainsi à la Fatalité de se reproduire, la Liberté voulait se réserver son tour et son droit.
Les siècles dévorant les siècles rendent parfaitement coibple de cet emblème de Saturne, contraint par Titan à dévorer ses propres enfants.
Cependant le Temps ne pouvant avaler sa génération qu’en figure, puisque les siècles ne sont que des figures, Orphée supposa que Rhée ou la Nature, sœur et épouse de Saturne ou du Temps, le trompa en ne lui donnant à avaler que des pierres et sauva ainsi de sa voracité obligée Jupiter, Neptune et
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Pluton, qui devaient un jour déposséder leur père, comme Saturne avait dépossédé le sien; tant il est vrai que l’éternité de la propriété ne se constitue que par suite de dépossessions.
Orphée imagine alors que Titan ou la Liberté, ayant appris que la Fatalité tendait à $e perpétuer dans le gouvernement du monde par ses trois fils *, s’indigna de ce manque de foi et arma ses propres enfants contre Saturne.'
Cette lutte terrible des Titans est donc le Mythe constant de toutes les révolutions passées, présentes et futures des fils de la Liberté contre le pouvoir qui veut s’éterniser au nom de la Fatalité.
Notre Religion conserve également ce mythe. C’est la lutte des Anges contre Dieu, lutte qui finit, comme celle des Titans, par la victoire de Y éternelle puissance de la Fatalité, contre son lutteur éternel, la Liberté !
Cependant le Temps n’ayant de puissance que par ce qu’il procrée , Orphée nous en-
1 Les trois fils du Temps, quels que soient les noms ou les figures que les poêles leur aient donnés, sont : le Passé, le Présent et l’Avenir.