I. Première Persécution
2. Les Juifs, qu'on traite en étrangers et en ennemis dans l'empire russe, y habitent depuis beaucoup plus longtemps que la famille Roftia'»,/. noflF. Dès le m* siècle avant J.-C, des communautés juives fieurissei^t dans les colonies grecques de Crimée, où les tsars ne régnent pas enconeJCi depuis deux siècles. Et, du vii^ au x* siècle, les Juifs, sous le nom de
Khozars, forment un Etat entre la Volga et le Don. Les plus anciennes chroniques mentionnent aussi des Juils à Kiev. .'*^
3. Les Juifs se sentaient même chez eux à ce point qu'à la fin dû" mo)'en âge ils travaillaient à convertir les chrétiens. Ce prosélytisme ." attira sur eux l'attention, et les princes chrétiens se mirent à les persé-
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cuter au xv' siècle. Ivan le Terrible fit le premier pogrome quand, en 1563, il prit la ville de Polotsk en Litbuanie : il obligea les habitants Juifs à se convertir, et, sur leur refus, les fit tous noyer au nombre de plusieurs milliers, d'après le procédé employé en 19031 contre les Chinois de Mandchourie. Jusque-là, les Juifs n'avaient pas eu trop à se plaindre. Un évéque de Novgorod, nommé Gennadii, avait pris le titre d'inquisiteur de la foi pour les empêcher de convertir .les courtisans d'Ivan m ; son successeur, Tarchevêque losif, avait réuni, en 1504, un concile qui fit brûler trois Juifs; mais le moine Nil Sorski et les solitaires du lac Blanc avaient protesté; le clergé s'était divisé en deux parties : les losiflianes ou partisans de la rigueur, et les Nilianes ou partisans de la tolérance ; cette division avait profité aux Juifs, et, dans tous les cas, ils n'avaient eu à subir que des répressions individuelles et intermittentes. Mais, à partir du pogrome de 1563, on prit l'habitude de les parséouter, massacrer, expulser en masses; et les évèques ou moines partisans de la tolérance ne se firent plus entendre ou du moins écouter, parce que, à la même époque, les Jésuites entrèrent en relations avec la Moscovie. Le Père Antonio Possevino, l'un des Jésuites les plus subtils du XVI* siècle, vint à la cour d'Ivant le Terrible pour régler ses différends avec la Pologne ; les tsars eurent des rapports fréquents avec Rome, et, par là, 8*initièrent à la civilisation des peuples qui avaient imaginé l'Inquisition pour- exterminer les Juifs. Le successeur d'Ivan le Terrible se distingua par un massacre de 300.000 Juifs en Pologne.
4. Au milieu du xvii" siècle, le second Romanof, Alexis, décréta la peine de mort contre les Juifs qui convertiraient à.QS> chrétiens ou même qui auraient des chrétiens à leur service. Un siècle après^ l'impératrice Catherine fit une ordonnance pour l'expulsion des « galeux Juifs i de U Petite-Russie. L'impératrice Anne fît exécuter cette mesure en 1740. Après, elle, en 1742, l'impératrice Elisabeth fit expulser tous les Juifs de la Russie, « parce que, disait-elle, je ne veux tirer aucun profit des ennemis du Christ ». La grande Catherine, malgré sa philosophie, ne les traita pas mieux. Elle fit des proclamations pour attirer les étrangers daus l'empire, mais en exclut les Juifs. Elle inventa même la m.esure qui, depuis le xix" siècle, a causé le plus de tort aux Juifs. Qtiand une partie de la Pologne devint russe, Catherine n'osa pas en chasser les centaines de mille Juifs qui l'habitaient, mais elle leur fit défense d'en sortir, e: constitua ainsi le territoire juif dont on parlera plus loin.
5. En 1804, parut un recueil de toutes les « lois sur les Joifs > édictées par les empereurs précédents. Et pendant tout le xix* siècle on leur appliqua ces lois imaginées par des Isars conquérants et barbares. Tantôt on a restreint^ tantôt on a augmenté leurs facilités de circii.latio>a. Us ont eu plus de tranquillité sous le règne d'Alexandre tl, le tsar libéral qu: abolit le servage. Mais à sa mort ils sont entrés dans la période des persécutions systématiques, qui dure toujours.