‹ Les RibaudChapitre 9 sur 14 · AIME-LE, MADELEINE · texte numérisé non relu

AIME-LE, MADELEINE

— Au nom de mes cheveux blancs, m’a-t-il dit... au nom de ton père, je te le défends... C’est vrai... François peut parler ainsi au nom de mon père... il en a le droit, lui qui a blanchi au service de ma famille, qui lui a donné tout son dévouement, tout son cœur, toute sa vie,... qui

Les Eibaud

m’a tenue petite sur ses genoux, et que grande je respecte et je vénère encore... et je n’irai pas.

— Je n’irai pas, c’est bon. François, au nom de mon père, dont il connaît le caractère rigide et orgueilleux, ne veut point que j’aille humilier l’orgueil de mes compatriotes et de ma famille devant un officier anglais, c’est bon, j’accepte et suis prête à obéir. Mais, auparavant, il faut que Fieu fasse un miracle ; il faut qu’il m’arrache du cœur l’amour qu’il y a laissé entrer et s’enraciner, comme il faut qu’il arrache du cœur de Percival l’amour qu’il a pour moi.

Autrement, si je devais l’aimer quand même, s’il allait m’aimer encore lui aussi, je sens que je n’aurais jamais la force de refuser de le suivre, même ennemi, même meurtrier des miens, et que,

sur seulement un signe de sa main, j’irais à lui, dans ses bras, et il est de mon orgueil, de mon honneur aussi, à moi, que je n’aie pas à rougir devant ma conscience d’une pareille indignité.

— Oui, il faut que Dieu m’accorde ce miracle.

Et Madeleine, très vite, comme pour s’étourdir et ne pas reculer devant sa propre détermination, s’enveloppa dans un manteau long et épais et prit la route de l’église de son village.

Derrière une rangée de vieux sapins en cône sentant la résine, au milieu d’un bosquet d’érables dont les branches faisaient des stries irrégulières sur les murailles, elle l’aperçut bientôt.

Retirée du chemin, discrète, presque timide, elle ne pointait pas vers le ciel, la petite église, de ces clochers orgueilleux

et luisants, mais un humble petit clocheton fenestré à travers lequel les volées des cloches faisaient alternativement des jours et des ombres.

Sous les rebords du toit, les hirondelles et les moineaux avaient bâti leurs nids ; ils y picoraient, dans un gazouillis fraternel, des débris de mortier effrité, se disputaient en piouittant les brins de mousse et de lichen séchés aux fentes des lézardes, becquetaient les gouttes d’eau aux gouttières.

Us étaient là abrités, nourris et abreuvés. C’était tendre et naïf, doux et bon. On y sentait la Providence.

Vrai, l’église de Chambly ressemblait à son curé, l’abbé Michaudin. Il y a parfois de ces ressemblances singulières entre l’homme et la chose.

Car, de l’avoir vu tant de fois et depuis

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si longtemps, l’excellent homme, se promener, son bréviaire à la main, sous les vieux sapins, fouler les feuilles mortes avec un froufrou de soutane, saluer les passants d’un bon sourire, il semblait que sa physionomie débonnaire avait déteint sur l’église

Et ils avaient ainsi vieilli tous deux, se couvrant, l’un de cheveux blancs, l’autre de mousse ; leurs voix s’étalent fêlées dans les mêmes appels ; et les éraillures de la soutane du curé n’étaient que de la franche sympathie envers les fissures du toit de l’église.

Bien n’est grand, rien n’est solennel comme une humble église de campagne.

Et, devant ces murs froids et nus qui inspirent en entrant des pensées qui ne sont déjà plus de la terre, Madeleine ressentit une impression jamais reçue auparavant,

comme une sensation d’abandon irrémédiable. La lourde porte, violemment refermée d’elle-même avec un fracas qui courut en échos le long des voûtes aux cintres surbaissés, lui fit peur aussi, et elle se jeta, écrasée plutôt qu’agenouillée, dans une banquette.

Quel calme, quelle solitude mystérieuse pour prier !... sans entendre bruire même un souffle.

Madeleine leva son regard chargé do suppliante douleur vers la petite lampe du sanctuaire qui clignotait, au fond... sans bruit. C’est la lampe qui veille toujours, la lampe qui perce de ses rayons les consciences les plus sombres ; c’est la lampe qui éclaire les âmes ballottées dans la nuit; c’est la lampe qui chasse les ténèbres devant les désespérés de la vie ; c’est la lampe qui découvre aux meurtris de la

route à ceux qui se sont déchirés, écorchés, aux ronces et aux cailloux du chemin, les véritables clartés, et Madeleine était venue s’adresser à elle.

— Faites, mon Dieu, dit-elle, que Percival...

Elle reprit, avec un soupir :

— Faites, mon Dieu, que Percival ne m’aime plus ; faites aussi en même temps que je n’aime...

Elle s’arrêta, terrifiée.

— Non... non... je ne le veux pas, je ne le veux pas... je ne le puis pas non plus. Lui, ne plus m’aimer, c’est bon ;... mais moi, ne plus l’aimer... Non, mon Dieu, ne me l’accordez pas ;... ne m’écoutez pas...

Et elle cacha ses yeux sous sa main, pour ne pas voir la petite lampe qui brillait toujours, là-bas... Elle avait peur,

maintenant, quo Dieu n’eût entendu sa prière.

Comme toutes les femmes, Madeleine, dans son grand cœur, était prête à se sacrifier... Ne plus être aimée.. .elle l'acceptait, puisque toute la douleur n’aurait été que pour elle ;...mais elle, ne plus l’aimer... Il lui sembla que c’était le faire souffrir, qu’elle voyait le regard de reproche de Percival douloureusement fixé sur elle... et elle ne se sentait pas la force de dire : je ne veux plus t’aimer.

En même temps, la petite porte grillée qui reliait, à gauche de l’autel, le sanctuaire à la sacristie, s’ouvrit devant l’abbé Michaudin.

Il était quatre heures. L’heure où le vieux curé venait faire, en ces jours de deuil de novembre, son oraison habituelle en souvenir de ses ouailles disparues.

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Il s’agenouilla, pria quelques instants en prosternation, puis se relevant bientôt, il s’avança vers Madeleine et s’assit à côté d’elle.

— Tu as du chagrin, dit-il... Je t’ai longuement regardée à travers la grille et j’ai remarqué combien tu étais souffrante et attristée... Voyons, dis-moi, à moi ton vieux curé, ton vieil ami, pourquoi tu as cette tristesse,... pourquoi tu es ici ?

— Je venais demander à Dieu un miracle.

— Un miracle? Madeleine...

— Est-ce qu’il ne s’en fait pas ?

— Mon Dieu, oui... non... oui,... encore faut-il que ceux qui les demandent soient de grands saints...

— Et je ne suis pas une grande sainte, n’est-ce pas ?

— Je ne dis pas non, Madeleine... mais enfin, ne compte pas trop sur ton miracle...

— Oh ! que je suis contente!... j’avais peur de l’obtenir, maintenant...

— Mais quel est donc ce miracle qu’on demande et qu’on est heureux ensuite de ne pas obtenir ?... Tu me dis des choses, Madeleine...

Et Madeleine, hésitante devant l’aveu qu’il lui fallait faire, fixa un regard pensif et vague sur une maquette du petit chemin de croix qui ornait les murs de l’église et elle n’ajouta pas un mot.

— J e me doute de quelque chose, reprit le curé... Tes jeunes filles ne demandent ainsi des miracles que quand elles aiment... N'aimes-tu pas un peu, Madeleine ?

ajouta-t-il avec un bon et fin sourire... n’aimes-tu pas un peu ?...

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— Oui, j’aime, répondit-elle franchement , contente cette fois de mettre son cœur à nu, non seulement un peu, mais beaucoup, mais trop... et c’est cet amour que je voulais rompre... que je venais demander à Dieu, dans votre petite église, de briser au moyen d’un miracle.

— Et tu crois qu’il faille un miracle pour ça, mon enfant ?

— Il en faut un.

— Et pourquoi d’abord vouloir briser ton amour ? Est-il donc si honteux ?

Est-il donc si déshonorant cet amour ?

— Ah ! monsieur le curé, c’est déjà un miracle que je vous aie rencontré, ici, seul, sous le regard de Dieu, et vous allez, de votre cœur et de votre main, me tracer ma route... Je me sens si perdue, si bouleversée...

— Qui aimes-tu donc, Madeleine ?

Elle, sans hésiter :

— J’aime le capitaine Percival Smith, monsieur.

Le vieux curé le savait, ah ! le savait mieux qu’elle, peut-être même avant elle. Et, comme il ne disait rien, Madeleine reprit :

— Le connaissez-vous ?

L’abbé Michaudin se reportant subitement d’esprit à quatre années auparavant, à l’Ile Verte, répondit :

— Oui, je l’ai déjà vu.

— C’est mal de l’aimer, n’est-ce pas ? Je sens qu’avec votre cœur de patriote et de Français, vous allez me condamner, vous aussi.

— Te condamner, Madeleine?... peutêtre... Mais auparavant, écoute-moi bien. Tu veux que je te ti’ace la route à suivre ; quelle qu’elle soit, la suivras-tu ?

— Grand Dieu !... la suivre... la suivre quand même, la suivre quelle qu’elle soit, la suivre si elle devait me conduire d’un côté et lui de l’autre... Le pourrais-

je ?

— Tu le pourras, Madeleine, si tu es bonne.

— C’est bien, je vous le promets... C’est que je m’en étais tracé un chemin, probablement bien différent de celui que vous allez m’indiquer... un chemin qui me conduisait au Fort, aux pieds de Percival... J’avais pris la résolution d’aller lui demander, au nom de notre amour mutuel, de ne point se battre demain contre mes compatriotes... car ils vont se battre, monsieur le curé...

— Je le sais.

— ...de no point commander ses soldats

dans la bataille contre les nôtres... et

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François, au nom de l’orgueil national, au nom de mon père, m’a défendu de le faire. La fierté de sa race et de la mienne lui donnait peut-être le droit de me conseiller ainsi, mais est-ce que la fierté de mon amour, de mon amour plus grand que tous les orgueils réunis, est-ce que la fierté de ma conscience ne me commandait pas aussi à moi d’empêcher qu’il y eut du sang entre Percival et moi ?... Et cependant j’avais résolu d’obéir à l'ordre de François, de subordonner mon amour à l’orgueil de mon père et j’étais venu demander à Dieu de briser par miracle cet amour ; mais, mon bon cui’é, quand j’ai voulu ouvrir la bouche, je ne me suis pas senti la force... pas seulement la force d’aller plus loin.

— Tu es une noble jeune fille, Madeleine... mais il ne faut pas que la sincérité

Les Hibaud

de ton cœur s’abuse sur les sentiments de ton père. Il ne faut pas qu’un seul mauvais souffle effleure ton âme et rapetisse à tes yeux le caractère pourtant si beau de ton père... Son orgueil, dis-tu? T’a-t-il jamais rien dit, Madeleine ?

— Non, jamais, et ce n’est que d’hier que je me représente tout ce qu’il y avait de reproches muets sur sa figure.

— Ah ! ces reproches muets, si tendres et si doux que c’étaient encore des caresses, ces reproches muets si longtemps refoulés au fond de son cœur... sois forte, Madeleine, je dois t’en apprendre la véritable raison.

Le vieil abbé avait calculé le coup qu’il allait porter ; mais l’amitié sincère, l’admiration sans borne qu’il avait pour son ami le docteur, ne l’avaient pas laissé hésitant une minute devant cette chose

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navrante qu’il venait de constater : une enfant qui met sur le compte d’un excès d’orgueil tout ce qu’il y a de tendresse généreuse, de dignité admirable et fière dans le cœur de son père. Et cette enfant, c’était Madeleine, ce père, le docteur Ribaud.

Le bon vieux curé s’approcha doucement de Madeleine.

— Tu m’as dit que tu l’aimais bien n’estce pas, ton capitaine ?

— Si je l’aime !... Pourquoi me le faitesvous répéter ?

— Alors, tant mieux, se murmura tout bas le curé, puis tout haut, il reprit :

— Ah ! je ne t’aurais jamais dit, Madeleine, ce que je vais t’apprendre, mais il me faut te convaincre que ce n’est pas par excès d’orgueil ni uniquement à cause de ses antipathies de race que ton père te

paraît sévère... C’est que tu ne sais pas que son père à lui, le général Ribaud, — ton grand-père à toi— est mort pour la défense de son pays dans un combat contre les Anglais. Crois-tu qu’il ne devait pas sentir quelque chose contrister son cœur, blesser sa piété filiale en te voyant aimer justement un ennemi de sa race et de sa famille ?... C’est que tu ne sais pas non plus que ce pauvre Gabriel, que tu pleures, que nous pleurons, dont nous étions si orgueilleux, n’a pas été tué dans un accident de chasse, selon qu’il t’a été dit, mais qu’il est mort, lui aussi, sous une balle anglaise, dans un duel où Percival Smith était l’un des témoins de son adversaire... Compare maintenant, Madeleine, ton orgueil et ton amour à l’orgueil et à l’amour de ton père...

Mais, celle-ci n’écoutait plus. Elle était

restée immobile, insensible, oppressée à en mourir sous le coup de ces révélations inattendues.

Gabriel tué... Gabriel, dont le souvenir ne la quittait jamais, tué... et elle s’imagina qu’elle aimait presque son meurtrier. Elle sentit qu’il se brisait quelque chose dans son cœur... Il lui monta aux lèvres une suppliante invocation où se traduisait tout son désespoir, tout le bouleversement de son âme.

— Mon pauvre curé, soupira-t-elle, si vous saviez, si vous compreniez combien je suis malheureuse.

Jamais je ne t’aurais appris ces choses, reprit le curé en lui tenant les mains dans les siennes, mais ma pauvre Madeleine, c’était mon devoir de le faire et tu en serais morte que je n’aurais pas reculé. Il vaut peut-être mieux que tu

souffres... la souffrance aussi grandit l’amour.

— Grandir mon amour !... Mais c’est le briser, l’anéantir qu’il faut... Je me fais horreur à moi-même ; j’ai boute ; je me représente le sentiment général de mépris que je dois soulever autour de moi ; et quand, réalisant tout ça, je veux me raidir pour y échapper, un nom, un seul nom me traverse l’esprit et je me sens vaincue, écrasée... Ah ! si vous compreniez ce que c’est, mon bon curé, que d’aimer.

Celui-ci resta un instant rêveur.

— Je comprends, va, Madeleine... N’astu jamais songé que j’ai été jeune comme toi ; que je n’ai pas toujours porté cette soutanelle de deuil ? J’ai révé moi aussi ; j’ai pleuré moi aussi. Mes cheveux n’ont pas toujours été blancs ; j’ai eu vingt ans, Madeleine, ils sont bien loin, n’est-ce pas

ces vingt ans, mais quand je frappe sur mon vieux cœur meurtri, je les fais renaître si vivants qu’il ne me paraissent plus que d’hier. Ah ! oui, je comprends bien.

Et de la paupière du pauvre curé — dont la figure avait pris une expression de douce, de suave résignation, sans le moindre fiel — une larme jaillit tout à coup.

— Mais alors, si vous comprenez, comment pourrais-je briser mon amour ?

— Tu ne le pourras pas, Madeleine, car ça ne se brise pas.

— Que me dites-vous ?

— Ça ne se brise pas... et tu dois l’aimer encoro, Madeleine.

Vous me conseillez ça, vous, mon curé ?

— Je te l’ordonne aussi. Tu m’as pro-

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mis de suivre la route que je te tracerais, quelle qu’elle fût. Eh ! bien, aime-le. Il est bon, il est généreux, il n’a jamais rien fait vis-à-vis ta race ou ta famille qui ne lui ait été commandé par son devoir et sa propre loyauté de soldat. Il t’aime autant que tu l’aimes .

Mais... mon père... Gabriel... interrompit Madeleine.

— Qu’importe. Aime-le.

Et le bon curé étendant la main vers le sanctuaire où scintillait encore la petite lampe :

— Il y a là quelqu’un, Madeleine, à qui il faut toujours obéir.

If

AU FOET

Madeleine était restée longtemps écrasée sous le flot d’idées, de souvenirs réveillés, de conjectures, que le long entretien qu’elle venait d’avoir avec l’abbé Michaudin, avait fait naître dans son esprit.

— 11 a raison, ça ne se brise pas l’amour, pensa-t-elle.

Et tantôt consolée, tantôt gonflée desoupirs douloureux, selon les alternatives de joie amenée par les bons conseils du curé, et d’angoisse, presque de remords, à la pensée de son père et de Gabriel, elle quitta l’humble église de son village.

Il était cinq heures, un commencement d’obscurité rendait les choses incertaines et les embrouillait. Madeleine, toujours enveloppée dans l’épais manteau qui la couvrait complètement et la rendait méconnaissable, marchait lentement. Soudain elle aperçut les pierres tombales du cimetière qui se dessinaient devant elle, toutes blanches, immobiles, tristes, et parmi, dans un coin, se découpant sur le mur gris de l’église, un humble petit mausolé jonché de fleurs et de feuilles sèches, entassées là comme par une solli-

Les Ribaucl

citude de mère pour protéger contre la neige et les froids de l’hiver menaçant le cher mort qui y dormait.

Elle s’arrêta.

Son regard attendri parut répondre à un témoin invisible caché sous la pierre, et comme doucement attirée par lui, elle alla s’agenouiller un instant au milieu des feuilles mortes. Elle fit une courte prière qui sembla plutôt un dialogue muet, puis elle se releva bientôt, un rayon de douce résignation au front, et reprit sa route.

La maison de son père était située du côté gauche de l’église ; après un moment d’hésitation à l’encoignure du chemin qui y conduisait, elle prit à droite.

Dès cette minute, sa détermination fut fermement prise. Elle irait au Fort, seule. Si c’était là s’humilier, elle s’humilierait ; mais une voix intérieure lui

Les Libaud

disait au contraire que c’était se grandir elle même, que c’était mettre une auréole à son amour en lui enlevant tout ce qui pouvait plus tard devenir un sujet de reproche, que c’était aussi protéger sa propre dignité en allant exiger de celui qu’elle aimait de ne point combattre contre sa race.

Et à grands pas maintenant, le capuchon relevé pardessus la tête pour n’être point reconnue, la voilà qui dépasse la petite auberge “ La Huronne,” tourne à gauche et prend la route raboteuse et inégale, coupée d’ornières parallèles, qui mène au Fort, sur le bord du Bassin Chambly.

Dès avant son arrivée, elle entend déjà le cliquetis des armes que l’on astique, le grincement des baïonnettes ajustées aux canons des carabines, des bruits de talons

Les Mbaud

qui résonnent en cadence sur le j>avé des salles, des crosses de fusils échappées des mains des sentinelles distraites et retombant avec fracas, tout ce vacarme de guerre si épouvantable.

Mais rien ne l’arrête, Madeleine, jusqu’à ce qu’elle se trouve sous la massive porte d’entrée du Port, en face d’un soldat en faction droit et rigide.

— Est-ce que je pourrais voir le capitaine Smith, lui demanda-t-elle ?

— Qui doit-on lui annoncer, répondit la sentinelle ?

— Quelqu’un qui désire vivement lui parler.

La sentinelle, sans bouger, héla un soldat qui passait et lui demanda d’avertir le capitaine Smith que quelqu’un voulait le voir immédiatement.

En attendant, Madeleine fouille de son

regard curieux tout ce qui l’environne, les canons qui plongent leur grand œil noir dans l’entrebâillement des meurtrières, les tourelles percées de mâchecoulis juchées en sentinelles aux quatre coins du Fort, la porte, cette porte faite pour résister aux béliers et aux boulets, fixée dans l’épaisseur farouche des murailles au moyen de boulons et de poutrelles en fer.

Tout ça, vaguement entrevu, avait un aspect si affreux, si brutal, que Madeleine éprouva comme un sentiment de douce pitié pour ses compatriotes et de mépris dédaigneux pour leurs adversaires, en face de ce puissant assemblage de choses monstrueuses. Il lui vint à l’esprit la représentation d’un combat de loups et d’agneaux.

Bientôt, elle retint son souffle, le pas fier de Percival venait vers elle.

— Vous ici, s’exclama le capitaine avec un frisson dans la voix, la reconnaissant à peine sous son large manteau,.. Vous ici mademoiselle ?

— Moi ici, reprit Madeleine avec une solennelle émotion.

— Venez, ajouta-t-il, simplement.

Le capitaine, qui sentait battre son cœur plus fort qu’en face d’une bataille, l’entraîna au milieu du Fort, loin des oreilles, sur cette large place sans toit, sans plancher, où le terrain, si souvent battu des talons des soldats en exercice, avait pris la dureté de la pierre. Il y avait là, au centre de ce parallélogramme resserré entre les bastions du Fort, une citerne surmontée d’un poteau ; à côté du poteau, un vieux canon rouillé, entre ce canon et ce poteau, un banc rustique.

Ils s’assirent tous deux.

Les JRibaud

— Que venez-vous faire, Madeleine, demanda anxieusement Percival ?

— Je suis venue vous donner un ordre, peut-être plutôt vous demander une grâce,

je ne sais . je suivrai les sentiments de

votre cœur.

Puis, sans arrêt, elle continua :

— Tous devez vous battre demain, n’estce pas ?

Percival resta interloqué et hésitant.

— Pourquoi me demandez-vous ça, Madeleine ?

— N’importe. Répondez-moi, je vous prie ; je n’ai qu’un moment. Devez-vous vous battre demain ?

— C’est possible... j’en ai peur. Les Canadiens sont en révolte ouverte, à Saint-Charles, et comme nous avons reçu ordre de nous y rendre... peut-être seronsnous forcés de combattre.

— Ecoutez- moi, Percival, dit-elle avec un pénible chevi’otement d’angoisse dans la voix, est-ce que j’occupe assez de place dans votre cœur pour que je me permette d’exprimer un désir ?

— En doutez-vous ? Ne vous ai-je pas assez évidemment prouvé tout mon dévouement, ma sympathie,... tout mon amour ? acheva-t-il tout bas.

Eh bien ! si tout cela est vrai... est vrai — et ses jambes se fléchissaient sous elle comme pour une génuflexion — ah ! mon Dieu... non... vous ne vous battrez pas... vous ne vous battrez pas.

— Que dites- vous ?

à ous ne vous battrez pas, reprit gravement Madeleine... Elle se redressa, son regard brûlant fixé sur Percival.

Mais vous ne savez donc pas jusqu’à quelle profondeur vous êtes entré dans ma vie,

Les Libaud

quelle force irrésistible m’a constamment poussée vers vous ?... J’ignorais alors ce qu’il y avait entre vous et moi, entre ma race et la vôtre; je le sais aujourd’hui... J’ai voulu demander à Dieu le courage de vous oublier... je n’ai pas seulement pu ouvrir la bouche .

Elle s’affaissa, écrasée sous son émotion.

— M’oublier ?... Madeleine !... m’oublier ?...

— Oui, j'ai désiré vous oublier, vous arracher de mon cœur, vous, votre nom, votre souvenir ; mais la même irrésistible force m’a bientôt ressaisie et m’a poussée de plus en plus près de vous. Alors, j’ai foulé tout amour-propre à mes pieds et je suis venue, sans honte, vous crier mon amour et vous supplier en son nom de ne point vous battre demain.

— Ciel ! Que me demandez-vous, Made-

Les Jtibaud

leine ? Vous savez bien que mon devoir me défend de vous obéir, même de vous entendre.

— Mais puisqu’il faut que je vous aime... puisque mon cœur en est déchiré de cet amour, et Madeleine tendait ses mains comme dans une invocation suprême de prière,... si vous m'aimez aussi vousmême, ne sentez- vous pas un autre devoir, plus impératif que toutes les lois de la discipline et qui nous fait un point d’honneur, à vous, de ne pas verser le sang de mes compatriotes... à moi, de mourir, de mourir plutôt que d’accoler à mon amour la honte de trahir mon sang et ma race ? car, n’est-ce pas déjà une trahison que de vous aimer ?

— Madeleine !

— Ah ! je ne viens point vous dire do ne pas exposer votre vie en vous dérobant

Les Eibaud

au danger ; — en aurais-je la pensée que je n’oserais jamais l’exprimer devant vous — mais ce que je demande, ce que je réclame à genoux pour moi, pour ma dignité, pour mon orgueil si vous le voulez, c’est que vous n’alliez pas tirer votre épée contre les miens... Je veux m’éviter à vos yeux jusqu’à l’ombre même d’un mépris possible,... car méprisé... l’amour que l’on offre tache et déshonore même celui qui en est l’objet.

— Mon Dieu ! Madeleine, que me proposez-vous ?... que faire ? J’en ai le vertige.

— Je ne sais, moi, je suis folle, j’ai la tête perdue, mais il me semble...

— Tous ne voulez pas que je faillisse à mon honneur de soldat, que je sois traître à mon...

— Traître... Sa phrase s’était figée sur

ses lèvres... Traître, pas ce mot, Percival ; il me brûle... Non, je vous veux franc, je vous veux loyal, je vous veux brave... mais je vous veux généreux, aussi.

Le capitaine réfléchit longuement.

— Franc, loyal, brave,... généreux,...

se murmura-t-il... C’est bien, Madeleine, s’il y a moyen d’être tout ça, je vous obéirai.

—S’il y a moyen ?... Mais il faut qu’il y ait moyen... Je ne sais lequel, moi,... mais... Ah !... c’est que, voyez-vous, nous autres, femmes, nous ne connaissons pas sur terre d’obstacle invincible. Nous ne savons pas raisonner. Quand même conscientes de la tuerie, dès que notre amour nous commande, nous allons.

—Vous me voulez brave, Madeleine, vous me voulez loyal ; mon grade d’offi-

cier me le commande aussi ; car il me faut donner l’exemple à mes compagnons d’armes. Je ne suis pas simple soldat, moi, voyez- vous, c’est l’épée de capitaine que j’ai à manier, c’est le commandement que...

— Grand Dieu, c’est encore plus affreux, gémit Madeleine toute pâle, et elle avait saisi dans une crispation de noyée la main de Percival comme pour le retenir prisonnier à son côté et lui arracher son épée... Non, vous n’irez pas, vous ne pouvez pas aller ordonner le massacre des miens... Pour échapper à ce malheur, est-ce que votre cœur, Percival, ce cœur qui m’appartient, dites-vous, ne vous indiquera pas un moyen qui sera en même temps loyal pour vous et honorable pour moi ? Oh ! cherchez, cherchez bien.

— Je chercherai, dit Percival.

— Oh ! que vous êtes bon, murmura-telle, et toute convulsionnée de soupirs, elle tomba écrasée sur son banc.

— Maintenant, écoutez, Madeleine. Dans votre demande, je reconnais toute la franchise de votre âme, toute la délicatesse et la dignité de votre cœur; ces sentiments si nobles m’ont ému et je vous ai écoutée comme j’aurais écouté ma mère.

Oh ! elle seule pouvait se permettre de me parler comme vous m’avez parlé, sans provoquer de révolte de ma part ; car si je suis profondément entré dans votre vie, Madeleine, vous avez absorbé la mienne toute entière. Depuis que je vous ai vue le long de ma route, je n’ai regardé qu'un jalon : vous ; une fée, toujours la même, est venue constamment illuminer mes rêves endormis ou éveillés, marcher à mes côtés dans

Les Bibaud

mes promenades, doubler le son de ma voix dans mes commandements militaires ; cette fée, c’était vous, toujours vous Madeleine, et de vous apercevoir tout à coup, près de moi, ici, dans le Fort, si j’en ai été ému, je n'en ai pas été surpris, depuis si longtemps que je vous vois, que je vous parle, que je vous interroge, que je ris et pleure avec vous. Et cependant, vous avez voulu m’oublier, Madeleine, dites-vous ? Plus de lendemain à cette vie, plus de rêves, plus de bonheur, plus rien qu’un nom, “Madeleine,” enfermé au plus profond de ma pensée, que je n’aurais jamais pu arracher, que je n’aurais même pu prononcer sans douleur et qui serait resté là comme une brûlure éternellement cuisante. Oh ! alors, comme mes calculs de demain auraient été, ce soir, bien différents. Comme

je me serais battu joyeusement, follement, sans aigreur, sans colère vis-à-vis de mes adversaires, sans doute, mais bien déterminé à me faire tuer.

— Ne dites pas ça, Percival, je vous en supplie.

— Non, je ne le dis plus, Madeleine ; j’ai d’autres pensées en mon âme ; je veux maintenant un lendemain, un éternel lendemain, où le rêve s’évanouira pour faire place à la réalité ; où la fée sera remplacée par vous, par toi, Madeleine... Yeux-tu qu’il existe ce lendemain, Madeleine ?... Dis, le veux-tu.

Madeleine se sentit bercée dans un délicieux engourdissement de sa pensée.

Elle n’osait se ressaisir ; car il lui était revenu encore au fond de son cœur, déjà si souvent secoué par des ravissements semblables, quand elle échafaudait ses il lu-

sions et ses projets imaginaires, ce même je ne sais quoi d’inexorable — où se mêlait le regard navré de son père — qui l’avait toujours terrifiée et qui avait sans cesse brisé ses rêves commencés.

Elle entendit de nouveau, comme de très loin cette fois, la voix tremblante de Percival qui répétait : Yeux- tu, Madeleine ?

— Si je veux ?... Mon cœur, ma vie t’appartiennent. Je te les avais donnés bien avant que tu ne me les demandasses.

— Et si ton père, Madeleine...

— Garde-les, Percival... mon cœur, ma vie, garde-les... Je n’ai rien à reprendre de ce que mon amour t’a donné. Tout devait me détourner, m’éloigner de toi ; tout m’empêchait de penser même à ton nom, et cependant celui-ci s’est imprimé dans mon âme en lettres de feu ; je

Les Bibaud

verserais en vain toutes mes larmes pour l’éteindre... Crois-tu que ça se rencontre deux fois et par hasard cet irrésistible besoin d’aimer ?... Oh ! oui, garde-les... garde les bien Percival.

— Ah ! je comprends ce que je te demande. Quand j’eus sondé la profondeur de l’abîme qui nous séparait et qu’à cause de ton ignorance je te poussais à franchir inconsciemment, j’ai eu peur ; j’ai cherché à lutter, non pour moi, mais pour toi, et je n’ai pas pu ; il était trop tard, je t’aimais déjà comme je t’aime aujourd’hui.

— C’est bon, cela me suffit, réponditelle, moi aussi je t’aime.

Et sur ses grands yeux, no}Tés d’amour, de larmes, de tristesse, de bonheur mêlés, elle sentit avec extase se poser les lèvres brûlantes de Percival.

L’Angelus tinta.

— Six heures... comme il fait sombre...

Non, non, ne m’accompagnez pas s’il vous plaît, restez... je ne veux pas, non, restez.

Elle lit quelques pas pour s’éloigner, puis hésitante un moment, le cœur gi’os, elle revint subitement vers Percival :

— Ah ! dis-moi encore que tu m’aimes ?

— Si je t’aime...

Cette fois Madeleine s’enfuit en grande hâte par l’unique porte du Fort et disparut bientôt.

Percival était de son côté resté tout rêveur, tout ému et de l’engagement solennel qu’ils venaient tous deux, Madeleine et lui, de sceller, et de cette promesse, — non moins solennelle, non moins grave pour sa conscience toute d’honneur et de loyauté — qu'il avait faite, de ne

point se battre contre les “ patriotes,” le lendemain.

Cette promesse le laissa débattre dans un dilemme et il se mit à errer comme un noctambule dans les corridors humides, les salles des officiers, autour des canons béants, sur les remparts, tandis que la petite cloche de l’église continuait, après l’angelus, à tinter tristement le glas quotidien de ce mois de novembre, en souvenir des morts.

— Franc, loyal, brave, généreux, murmura-t-il... Comment puis-je être tout ça vis-à-vis Madeleine et “ les patriotes ” sans manquer à l’honneur ? A moins que ce glas ne sonne pour moi demain ? Oui... en me faisant tuer tout simplement, sans me défendre... à la tête de mes soldats.

Mais en même temps, le lendemain, si

beau, si suave qu’il avait rêvé, qu’il avait demandé, que devenait-il ?... Devait-il se condamner à ne plus l’espérer jamais et à briser du même coup le cœur de Madeleine, maintenant sa fiancée ! Et le dilemme où il se perdait devenait de plus en plus compliqué.

Un ami dans toutes les circonstances pénibles de sa vie militaire, l’avait toujours encouragé, soutenu de son bras et de sa sympathie constante, avait applaudi à ses succès, comme consolé dans ses revers, c’était Archie Lovell, le portedrapeau du régiment.

Avant d’être porte-drapeau, Lovell avait été capitaine de la deuxième compagnie des Voltigeurs qui combattit si vaillamment à Châteauguay. Il s’en souvenait encore de ce combat glorieux où ils avaient lutté, un contre vingt ;

Les Bibaud

tantôt couchés à plat ventre, tantôt derrière les buttes de terre, les troncs d’arbres, se faisant écraser plutôt que de reculer. Il en parlait : Ce pauvre Fei’guson qu’il avait reçu dans ses bras, de Salaberry debout sur une souche, le grand Américain qui leur avait crié : rendez vous... Ah ! oui, guette, on va se rendre, là... S’il s’en souvenait... et il montrait son bi*as droit, ankylosé maintenant, qu’il avait alors rapporté de là. mutilé, fracassé.

On lui avait offert une pension de retraite à ce brave A'rchie ; il en avait été indigné et attristé.

— Comment ?... à cause de mon bi’as...

plus bon pour manier l’épée... Des capitaines esti-opiés au combat, on n’en veut plus ; il faut maintenant des officiers qui mettent leur peau à l’abri, qui se con-

servent intacts et chics... c’est bon ; mais j’ai encore mes deux mains solides, allez ; qu’on me donne le drapeau, au moins !

Et on lui donna le drapeau, qu’il avait depuis lors, — un quart de siècle, — orgueilleusement gardé.

Rien de surprenant que cette nature de feu se soit sentie attirée par la fermeté, la loyauté du caractère de Percival. 11 lui semblait que ce qu’il avait perdu, c’était lui qui le gagnait ; les succès qu’il avait manqués, c’était lui qui les aurait et il se consolait ainsi.

Percival était allé trouver son vieil ami pour lui faire connaître l’agitation de son âme et lui demander conseil, en même temps, sur la conduite à tenir.

La situation franchement, ouvertement

définie, le vieux porte-drapeau toussa

quelque peu, c’était sa manière d’indiquer son embarras, et ajouta simplement :

— C’est grave, Percival.

— Ai-je eu tort de faire cette promesse ?

— Celle-ci ne vaut qu’au tant que tu puisses rester brave et loyal, c’est-à-dire fidèle à ta conscience et à ton honneur, n’est-ce pas ? Alors, ton tort est moins grand. C’est ta bonté d’âme, Percival, qui t’a conduit dans ce réseau inextricable où tu te débats. En guerre, vois-tu, il ne faut plus avoir de sentiments en dehors de son devoir. Il faut être aveugle, il faut être sourd, et comme tu peux en juger, ce serait parfois bon d’être muet.

— Mais je ne suis ni aveugle, ni sourd, ni muet... J ai vu Madeleine, je l’ai entendue, je lui ai parlé. Songes-tu que je pourrais avoir à me reprocher la mort de son pèie, le pere de ma fiancée ! Imagines-tu

bien cette tragique situation : deux êtres éperdus d’amour avec ce gouffre éternellement ouvert entre eux ? Tu n’as jamais aimé, toi, que la hampe de ton drapeau, et cependant, tu te ferais tuer gaiement, plutôt que de l’abandonner à l’ennemi plutôt que de t’en séparer.

— Ah ! pai’dine, oui,... je pense. Il n’y a que toi à qui je n’hésiterais pas à le confier.

— Que dois-je donc faire, alors ?

— Il n’y a qu’un moyen ; va auprès de mademoiselle Ribaud reprendre ta parole.

C’est un grand et noble cœur, m’as-tu dit ? Elle ne voudrait ni d’un lâche ni d’un traître, et il faudrait presque que tu fusses l’un ou l’autre pour ne pas obéir à l’ordre du jour, demain.

— Certes, oui, reprit Percival, Madeleine a un grand et noble cœur ; si grand

et si noble que ce serait le briser et qu’elle en mourrait... Moi-même, d’ailleurs,... et un soupir violent l’étouffa tout à coup.

Les deux officiers restèrent silencieux et songeurs, en face de ce problème qu’il leur fallait résoudre.

Après un temps, Lovell dit presqu’à voix basse et comme en lui-même :

— J’aiu'ais bien une idée, moi, qui pourrait te tirer de là et qui me ferait beaucoup plaisir aussi, mais tu en rirais peutêtre...

— Ah ! non, Lovell, dis ; je suis sûr que c’est la bonne, ton idée ; voyons, donne-la moi tout de suite.

— Pas tout haut, par exemple, reprit en riant Lovell;... approche ton oreille...

comme cela, si ça ne te va pas, ce sera comme si je ne t’avais rien dit. Et il lui murmura rapidement une phrase.

Percival le regarda avec des grands yeux étonnés, réfléchit un instant, puis il se précipita dans les bras de son ami.

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