‹ Les Ribaud [microforme]Chapitre 2 sur 43 · À ‘LA HURONNE · texte numérisé non relu

À ‘LA HURONNE

Il ne reste plus d’autres vestiges, à

Chambly,de l’ancienne petite auberge “La

Huronne”” qui faisait autrefois le coin

> des deux routes conduisant à Longueuil

et à Saint-Jean, que quelques pierres en-

! core enkystées de mortier, auxquelles va

se buter parfois le pied distrait du piéton.

Lo

Elle n’était pas somptueuse alors, en dixhuit-cent trente-quatre, it petite auberge !

Mais quand on entendait les chocs des verres sur le comptoir, les éclats de chansons qui jaillissaient des fenêtres ouvertes, quand on y voyait les chevaux fumants arrêtés devant la porte, la cour remplie d'un va ct vient affairé, plein de vie, elle vous donnait l'illusion du branle-bas d’un immense hôtel.

Le père Latreille, toujours important, empressé, sous son petit bonnet de propriétaire, lui avait fait cette vogue étonnante,

Dans ses rapports quotidiens avec les bureaucrates, les patriotes, les Anglais, les Canadiens, jamais ce qui lui pénétrait dans l'oreille n’en sortait, Il était d’une discrétion de coffre-fort,

Aussi personne ne se gênait de parler

N Les Ribaud 3 librement devant lui et son auberge était ; ainsi devenue un rendez-vous très couru.

| | Il y avait déjà des grondements dans

à l'air, à cette époque enfiévrée. Les jeu- ! nes comme les vieux se sentaient des élans d'enthousiasme et de liberté. Pau-

vres grands cœurs.

ë Et à Chambly plrs qu'ailleurs, quand u les soldats en case1:. : éfilaient en compa- ; gnies triomphales, tambours battant, fusils À à l'épaule, sabres flottant, si les enfants, se ; serrant inquiets et effrayésaux genoux de

leurs pères, demandaient qui l’on voulait

tuer, ils entendaient cette réponse: N’aie

pas peur, va, nous en avons des fusils, nous aussi,

ù De ces pères-là qui avaient inoculé à leurs enfants toute leur âme de patriote,

Page 1