‹ Les Ribaud [microforme]Chapitre 21 sur 43 · HE · texte numérisé non relu

HE

| —Alors, tant mieux, se murmura tout | :

di bas le curé, puis tout haut, il reprit :

EE — à ï —Abh ! ÿs ne t’aurais jamais dit, Made- | À k { ‘ . . . Q E Done leine, ce que je vais t’apprendre, mais il ; } Al k | 14 0 E LR me faut te convaincre que ce n’est pas par excès d’orgueil ni uniquement à cause de ses antipathies de race que ton père te

paraît sévère... C’est que tu ne sais pas que son père à lui, le général Ribaud,— ton grand-père à toi—est mort pour la défense de son pays dans un combat contre les Anglais. Crois-tu qu'il ne devait pas sentir quelque chose contrister son cœur, blesser sa piété filiale en te voyant aimer justement un ennemi de sa race et de sa famille ?... C’est que tu ne sais pas non plus que ce pauvre Gabriel, que tu pleures, que nous pleurons, dont nous étions si orgueilleux, n’a pas été tué dans un accident de chasse, selon qu’il t'a été dit, mais qu’il est mort, lui aussi, sous une balle anglaise, dans un duel où Percival Smith était l’un des témoins de son adversaire... Compare maintenant, Madeleine, ton orgueil et ton amour à l'orgueil et à l'amour de ton père.

Mais, celle-ci n’écoutait plus. Elle était

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restée immobile, insensible, oppressée à en

mourir sous le coup de ces révélations

inattendues.

Gabriel tué... Gabriel, dont le souvenir

ne la quittait jamais, tué... et elle s’ima-

Een gina qu'elle aimait presque son meurtrier. | Elle sentit qu'il se brisait quelque chose L HE dans son cœur... [l lui monta aux lèvres 4 F une suppliante invocation où se traduisait | Lit À ; tout son désespoir, tout le bouleversement

4 | EN de son âme, —Mon pauvre curé, soupira-t-elle, si

FR ass 9 2,

vous saviez, si vous compreniez combien

de je suis malheureuse,

—Jamais je ne t’aurais appris ces

| choses, reprit le curé en lui tenant les

LUN mains dans les siennes, mais ma pauvre EURE On Madeleine, c'était mon devoir de le faire ,

et tu en serais morte que je n'aurais pas

reculé. Il vaut peut-être mieux que tu

pe

ER

souffres.. la souffrance aussi grandit l'amour.

—Grandir mon amour ! .. Mais c'est le briser, l’anéantir qu'il faut... Je me fais horreur à moi-même ; j'ai honte; je me représente le sentiment général de mépris que je dois soulever autour de moi ; et quand, réalisant tout ça, je veux me raidir pour y échapper, un nom, un seul nom me traverse l'esprit et je me sene vaincue, écrasée... Ah ! si vous compreniez ce que c'est, mon bon curé, que d'aimer.

Celui-ci resta un instant rêveur.

—Je comprends, va, Madeleine... N’astu jamais songé que j'ai été jeune comme toi; que je n’ai pas toujours porté cette soutanelle de deuil ? J'ai révé moi aussi ; j'ai pleuré moi aussi. Mes cheveux n'ont pas toujours été blancs ; j'ai eu vingt ans,

Madeleine, ils sont bien loin, n'est-ce pas

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ces vingt ans, mais quand je frappe sur mon vieux cœur meurtri, je les fais revaître si vivants'qu'il ne me paraissent plus que d'hier. Ah ! oui, je comprends bien,

Et de la paupière du pauvre curé— dont la figure avait pris une expression de douce, de suave résignation, sans le moindre fiel—une larme jaillit tout à coup.

—Mais alors, si vous comprenez, comment pourrais-je briser mon amour ?

—Tu ne le pourras pas, Madeleine, car ça ne se brise pas.

— Que me dites-vous ?

—(a ne se brise pas... et tu dois l’aimer encore, Madeleine.

— Vous me conseillez ça, vous, mon curé ?

—Je te l’ordonne aussi. Tu m'as pro-

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enr rrnsnetmrenrntnrll

mis de suivre la route que je te tracerais, quelle qu’elle fût. Eh! bien, aime-le.

Il est bon, il est généreux, il n’a jamais rien fait vis-à-vis ta race ou ta famille qui ne lui ait été commandé par son devoir et sa propre loyauté de soldat. Il t'aime autant que tu l’aimes..….

Mais... mon père... (Gabriel... interrompit Madeleine,

—Qu'importe. Aïme-le,

Et le bon curé étendant la main vers le sanctuaire où scintillait encore la petite lampe :

—Ïl y a là quelqu'un, Madeleine, à qui il faut toujours obéir.

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