‹ Les Ribaud [microforme]Chapitre 42 sur 43 · DES · texte numérisé non relu

DES

ES

travers les pièces de l'appartement.

LE rater

Ab ! de ses sentiments d'orgueil, d’antipathie, d’inimitié, il n’en restait plus rien

dans son âme écrasée et souffrante. Sa

res

ien Sa

conscience lui avait fait subir un interrogatoire terrible et il en était sorti épouvanté.

Oui, une seule pensée le préoccuüpait maintenant : sauver sa fille. Mais, grand Dieu au prix de quel effondrement de tous ses calculs, de tous ses plus intimes sentiments. Il n'ose pas y arrêter son esprit.

Ii prend des détours, des tangentes fausses et mensongères pour mettre la raison de son côté et se dérovzr ainsi à ce malaise cuisant qui le harcèle comme un aiguillon de fer rougi au feu.

Puis, quand à bout de volonté, il sent la défaite, la soumission toute proche, le souvenir de Gabriel qu'il évoque vient, comme un ressort caché, le retenir encore.

Mais en passant de nouveau, un peu plus tard, rasant les portes, le cou tendu,

il entendit,au milieu de paroleschuchotées,

RE Re po EU

la voix de Madeleine qui murmurait comme un soupir :

— Non... non... c’est pour me tromper que vous me dites cela.

Le docteur poussa fièvreusement la porte,un serrement d'angoisse au cœur :..

Est-ce encore du délire ?.. Il entra.

Non, ce n’était pas du délire.

C’est que le vieux curé Michaudin, sans l’avertir, s'était fait conduire tout droit à la chambre de Madeleine ; il s'était assis auprès d'elle et il lui parlait.

Ribaud devint tout honteux en sa présence, il sentit une espèce de défiance, presque de reniement, dans cette arrivée muette de son vieil ami. Il leva à peine :c8 yeux sur lui et s'adressant à sa fille :

—Tu n'es pas plus mal, n'est-ce pas ?

--Non... père, je vais mieux...

I] prit un verre sur la table.

—-Tiens, si tu } nais un peu de cette potion, ça te ferait tant de bien, il me semble... essaie.

—Oh !.. non... père. c’est inutile ; tu vois bien que je vais mieux... regarde, et elle fit un effort pour ébaucher ur sourire où tout sonnait faux.

—Dieu ! que tu es bonne, toi.

—Mais toi aussi, tu es bon, père.

Il ne put réprimer un ressaut de toute

sa poitrine. Cette réponse, si douce, si

naïve, si caressante dans la bouche de

Madeleine, venait de le brûler jusque dans les moëlles ; c'était un abîme qu’elle ouvrait devant lui cette phrase toute pleine de suave résignation sans même

une ombre de reproche : Toi aussi, tu es bon, père,

Il se pencha sur elle, la baisa au front

longuement, comme pour en garder une

= SR DES Re EM 3 is + M 2 Été QE w ES RTS 4 rs | - ne mens Rev euner rene

nn ne Re

RAT EHPAD

d + 4 IN à 1 :

nn me rerentqu te teinté = é

traînée de tendresses et d'amour qui le

soutiendrait, et sans ajouter un mot, pré-

cipitamment, il sortit.

—Quand je te dis, Madeleine, qu'il vit,.… et que tu vivras toi aussi.

C'était le curé qui tout de suite avait repris.

—Si c'était vrai... oh !... Et Madeleine avait esquissé ce sourire de malade si charmant, si bon, si rayonnant, un de ces sourires comme en ont les phtisiques à qui l’on dit menteusement d'espérer et qui ne s’oublie jamais.

—J'ai tant prié, va ; je n’ai demandé que ça, rien que ça à Dieu en retour de ma vie offerte, Crois-tu qu’il pouvait me refuser, moi qui lui ai tout donné, tout sacrifié ? Puisque sous son regard, devant

son petit autel, en son nom presque, je

ten À venus carter mg on nù moon dar emes dun soma

Les Ribaud 333 t'ai dit, je t'ai commandé : Aime:-le, est-ce qu'il pouvait me désavouer ?

—$i c'était vrai. répétait Madeleine.

si c'était vrai... Et pourtnt.….

Mais pendant ce temps-là, un homme, frôlant des coudes les murs et les clôtures blanchies, va à travers les rues, indifférent à tout, sans reconnaître personne, avec le reuard vague et stupéfié d’un somnambule. A chaque pas qu'il fait, il Jui monte de la poitrine des soupirs de bûcheron à la tâche.

Qui il est ? Le docteur Ribaud.

Où va-t-il ainsi ? Au Fort.

Oui, au Fort, tendre la main à Percival et lui crier dans son désespoir humilié :

puisque Madeleine se meurt à cause de

vous, sauvez-la donc alors.

Pour s'expliquer la possibilité d’une telle démarche de la part du docteur

DS 7 EA Erant-2

Et mm nm Soins

Ar IHITIE TAPIE 1RIMBIE HI 27 ni 1! Î nHitini À LE | HE A HAITIEIE À | | | î el | :

Ce

Ribaud, il faut d’abord comprendre la force de ce sentiment, l'amour paternel.

Rien ne lui résiste et le dernier des misérables, celui qui égorgerait sa mère, devient doux et rampant dès qu'il s'agit de son enfant,

Et il avance ainsi, son chapeau sur les yeux, hésitant ct honteux comme un eri-

minel.

Pour ne pas reculer, ne pas retourner chez lui dans un mouvement de révolte de tout son orgueil, il se répète cons.

tamment cette phrase où Madeleine a mis toute la musique si douce, si caressante de sa voix : Toi aussi tu es bon, père. En même temps, il se représente celle-ci, pâle, amaigrie et ce tableau le soutient et le raffermit dans sa résolution.

Il aperçoit maintenant le Fort tout près de lui; mais au même moment le

ner

Ite ns mis

de

coup de canon de midi retentit avec un bruit de provocation insolente. Il s'arrête effaré, comme s’il eut regu le boulet en pleine poitrine et sa double fierté de Français et de patriote se réveille.

Le fracas de la détonation qui gronde autour de lui en échos bondissants ravive son vieil orgueil de race, ses oreilles bourdonnent, le vertige le roule dans un nuage où il entend tout son passé d’honncur indomptable et rigide lui crier des apostrophes qui l’écrasent et le clouent sur place.

D'une main il se cramponne à un arbre du trottoir, de l’autre, un instant brandie dans un geste de défi et de mépris vers le Fort, 11 appuie son front baissé. Il parle et on l’entend qui se dit, toute son ardeur

passionnée dans la voix: je n'irai pas,

non, je n'irai pas.

grondements du canon qui venaient sou-

dainement de ressusciter toutes ses colères

i ES

| Mais à la même minute, succédant aux {

| et ses rancœurs, un autre son le frappe

un son doux et tendre, ne rampant pas

celui-là sourdement au fond des ravins,

he mm Tr

dans les coins obscurs des bois, mais pla-

nant, léger et caressant comme un pardon,

ces.

AA on a É

dans le ciel pur, c’est celui de la cloche de

son village.

Oh ! alors une réaction nouvelle se fait

à chaque volée de l’angelus. C’est à

présent la détente. Ce tintement l’im-

pressionne comme s'il eut entendu le glas de sa fille.

Jrevoit Madeleine, il entend sa voix, il

lit le reproche écrit dans la figure de l’abbé

Michaudin, et, déjà gagné, emporté de

nouveau par son amour de père plus fort

que tout, il détache péniblement ses mains

de l'arbre où il s'était appuyé, et, haletant, la tête en déroute, sentant des oscillations dans le trottoir, il reprend son chemin.

Il s'engage sur le terrain en pente qui mène au Fort. A l'avance, il roule dans son esprit des phrases... il les change, en choisit quelques-unes violentes et fières, qu'il remplace tout de suite par d’autres plus soumises, plus humbles où il implore le salut de Madeleine.

Le docteur Ribaud est bien vaincu cette fois.

Mais, justement comme celui-ci s'engouffre sous la voussure qui encadre l’immense porte du Fort, Percival Smith, Percival lui-même, pareillement agité, également aiguillonné par son cœu., traverse en sens contraire les rues du village de Chambly. Mais chez lui, pas d’hésita-

tion, pas de lenteur ; il va automatique-

3 Free Sa 3S e Se < “= are preee 2 LE Denon nets De are , n

ETES À a RS CIE ET À 79 ace are

338 Les nibaud

ment, dans un élancement violent, presque sauvage de sa volonté et de son amour.

Sa démarche est ferme, décidée, malgré la fièvre qui le brûle et l’étourdit, et une pensée fixe où se traduit tout l’emportement nerveux d’une résolution énergique s'accuse nettement chez lui aux plis creusés de son front,

Il a reçu, sans savoir d'où ni comment, ce simple mot sur une carte : Madeleine ; rien que ça : Madeleine. Mais à travers le papier, il y lit un appel éperdu de détresse. Sans peur, bravant toutes les colères, décidé à toutes lesaudaces, résigné à toutes les insultes, il accourt vers elle.

Car Madeleine... c’est sa fiancée devant Dieu, devant sa conscience.

Il entend les battements désordonnés de son cœur dès qu'il entrevoit parmi les

arbres certaines fenêtres, si mornes, si

nt

de es

si

Les Ribaud 339 tristes À voir à présent, dernièrement si gaies, où du Fort, il puisait à chaque instant du jour, de son regard projeté, tout le baume enivrant qui avait adouci sa vie de soldat.

Tout à coup, une pensée horrible le suffoque et le crispe affreusement : Sielle était morte.

Emporté, comme affolé par sa crainte et son amour, il atteint la maison du docteur Ribaud, il en escalade le perron, il frappe, il ouvre.

François est là.

—Madeleine. crie-t-il, pendant que son regard inquiet, effaré, bouleversé, fouille, plonge à travers les portes ouvertes.

Madeleine, où est-elle ?.. Je veux la voir.

Et son œil supplie et menace à ia fois.

— Là, dit simplement François en poin-

tant sa main en haut.

| | | 1 —Conduisez-moi,.. je veux la voir, repéta-t-il, avec un ton d'angoisse et de commandement.

Le vieux François songea un moment, puis, le doigt sur les lèvres :

— Venez, lui &it-il tout à coup, et, sur la

pointe des pieds, grimpant les marches de l'escalier, il entr’ouvrit la porte et brusquement le poussa dans la chambre de Madeleine, L'abbé Michaudin y était encore ; il priait maintenant.

Alors, un cri de surprise extrême re-

tentit ; un de ces cris isolés, détachés, que l'on entei1d ou que l’on pousse parfois dans les nuits de rêve :

— Percival !

Et Madeleine, subitement transformée, transfigurée comme dans une assomption de vierge, retrouvant sa force dans son

émotion, dans ce bonheur si soudain, si

imprévu qui l’assaillait, s'était redressée toute droite dans son lit,

Elle tendit instinctivement ses mains comme pour une imploration de prière :

Percival ! répéta-t-elle de nouveau et elle eut un geste vite réprimé de caressante étreinte.

—Madeleine,... Madeleine... lui souffla doucement la voix de Percival.

Elle le regarda tendrement,l’examinant, comme en doute :

— Oui, c’est bien toi, dit-elle.

Puis ayant tourné un instant, vers le vieux curé tout ému, assis immobile auprès d'elle, ses pauÿr-s grands yeux bleus tout débordants de larmes, pour lui bien faire comprendre eë sa reconnaissance et son bonheur, elle se jeta sur son lit, la tête cachée dans son creiller.

Une violente agitation d'âme les boule-

LR D

Page 1