MERCURE
Le mercure est rare en Afrique : ce qui me paraît concorder avec Tancienneté générale des plissements et la profondeur initiale, attribuée aux gîtes, que nous y observons aujourd'hui à la superficie. J'ai déjà remarqué, en effet, combien ce métal avait eu de tendances à monter jusqu*au voisinage de la surface, c'est-à-dire à rester en dissolution facile et combien, par suite, il se trouvait localisé, sur un planisphère» le long des chaînes de dislocation récentes. La seule région mercurielle en Afrique est celle des plissements tertiaires méditerranéens. En Algérie et Tunisie, on a reconnu la présence du cinabre dans un certain nombre de filons, appartenant au type complexe et renfermant souvent, en môme temps, de la galène, du cuivre gris, de la blende, de la stibine, etc. Il y a môme eu deux concessions de mercure instituées en Algérie : lune à Ras-el-Ma (10 kil. S.-O. de Jemmapes), l'autre à Taghit (42 kil. S.-O. deBatna); mais on s'est borné à extraire quelques tonnes de minerai dans des travaux d'exploration, sans faire, en réalité, d'exploitation réelle. La statistique algérienne mentionne : en 1895, 85 tonnes de minerais mercuriels valant 30.000 francs ; en 1 896, 8 tonnes valant 2 500 francs; en 1900, néant.
Tous ces gisements algériens, contenant du cinabre, se trouvent concentrés dans une zone, qui vient déjà d'être indiquée à l'occasion de l'antimoine, à l'Est de Gonstantine. Le cinabre, contrairement à ce qui se présente dans ses deux grands gisements d'Almaden et d'Idria, y est accompagné d'une gangue abondante, contenant parfois, en outre, des sulfures métalliques déjà mentionnés, de la barytine (Ras-el-Ma^ Oued'Noukhal), On retrouve, d'ailleurs, des indices du môme genre dans les Alpes Illyriennes, en Bosnie (cuivre gris avec stibine et cinabre), en Gamiole, au gîte de Littai, (qui présentait le cinabre avec de la galène et de la sidérose, substitution probable d'un sulfure de fer à un banc calcaire), et môme dans l'Isère, (où l'on a trouvé des traces de mercure avec du cuivre gris, de la sidérose, parfois avee des minerais de plomb et de cobalt).
Citons seulement : Bir-Beni-Salah (17 kil. S. de CoUo), où l'on a exploité du cinabre avec galène dans des gneiss; Ras-el-Ma, où l'on avait des filons-couches cinabrifères avec barytine, au contact des marnes et calcaires nummulitiques; Hamimat et Djebel Taya, les deux mines d'antimoine étudiées plus haut, qui renferment un peu de cinabre avec l'antimoine et la calamine ; Taghit (42 kil. S.-O. de Batna), où des filons bien réglés dans le lias * contiennent cinabre et galène,
* Ville [Recherches sur les roches, etc., d'Oran, 384, 1852) signale une trouvaille de mercure natif, faite en 1847 dans une carrière de calcaire tertiaire de la ville d'Arzeu.
avec un peu de blonde-, Djebel Souhabâ (38kil. S.-O. de Souk-Arrhas), où l'on a trouvé récemment, dans le gault et le cénomanien (marnes et calcaires), des fissures, renfermant le cinabre, soit seul, soit avec galène et blende.
En Tunisie, le type des gîtes algériens se poursuit et Ton retrouve, notamment, le cinabre avec la panabase et la chessylite dans les filons de fluorine du Djebel Oust, au milieu de calcaires jurassiques.
Dans le reste de l'Afrique, suivant la remarque précédente, le mercure paraît rare ; on pourra, cependant, en rencontrer, un jour, suivant l'axe éruptif des Grands Lacs. Il en existe également un peu au Transvaal, dans une veinule, au milieu des schistes à séricite primaires de la vallée du Lomati. On en a signalé, d'une façon vague et sans confirmation, des traces à Madagascar. En outre, à diverses reprises, on a rapporté du mercure natif du Sénégal, en le donnant comme venant de Saint-Louis.
ÉTAIN. MOLYBDÈNE. BISMUTH
L'intérieur de l'Afrique étant occupé, en grande partie, par une série de terrains primaires plissés, que traversent des granités et des granulites, il est logique de prévoir l'existence de gîtes stanniftres en relation avec ces roches, de même que Ton doit y trouver des gisements d'or : l'étain et l'or présentant, on le sait, de grandes similitudes pour quelques-unes de leurs venues.
En fait, quoique les minerais d'étain ne soient pas de ceux qui attirent d'abord l'attention, on en a signalé déjà dans diverses régions ^
Ainsi, dans le pays de la Benoué, affluent de gauche du Niger, ce métal serait, d'après M. Mizon, l'objet d'un trafic considérable.
Dans les monts de Cristal (Congo français), M. Barrât mentionne également des traces de cassitérite.
Des roches stannifères existent, d'après Van Gèle, sur YOubanghi et, d'après le commandant Roget, sur ÏOuellé Makua (affluent de gauche de l'Oubanghi), où les indigènes fabriquent, paraît -il, des anneaux d'étain, qu'ils portent aux oreilles*.
Le capitaine Julien ' parle aussi de gîtes d'étain, exploités kMassinga,
* On a signalé la présence de l'étain au Maroc (?) : étain, qui pourrait bien être, en réalité, de l'antimoine. L'exploitation avait lieu au xvii" siècle, sur le chemin de Salli à Tetuan et l'on en faisait, paratt-il. une exportation fructueuse à Marseille. Il n'y aurait, d'ailleurs, aucune impossibilité théorique à ce qu'on trouvât de l'étain au Maroc, puisque l'on en connaît dans les plissements tertiaireâ, à Campiglia maritima en Toscane; il parait, de plus y avoir, au Maroc, un massif ancien.
* Public, de l'État du Congo, n* 5, Le district de VArouwimi et Quelle,
* Demars. Le plateau central du Congo français (Géographie, 15 août 1901).
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OU Massinda, àdeux jours de marche au Nord du village Agapala, dans le bassin supérieur de la Banghi (affluent de l'Oubanghi). Ces gisements, situés dans une région d^archéen et de granité, présenteraient cette particularité d'être, comme dans le Cornwall, associés avec du cuivre : association beaucoup moins rare qu'on ne l'a prétendu et qui, sans doute, a donné aux peuples primitifs l'idée première de la fabrication du bronze. A Madagascar, on a signalé, sous toute réserves, des filons stannifères, dans la région &Âmbatofangehana.
Enfin, dans le N.-E. du Swaziland, près la frontière duTransvaal, on connaît, depuis longtemps, la présence de l'étain (concession E. King et ferme Oshaek). La seule exploitation de ce district, susceptible de prendre quelque importance, est, je crois, la Ryan Tin Works, aux environs A'Emhahaan, qui appartient au groupe Eckstein de Johannesburg et n*a encore été qu'explorée. Bien qu'il y ait, en ce point, des filons d'étain primitifs, les essais d'exploitation ont porté uniquement sur des alluvions, vendues à la Cornish Tin Ticketings. La production, obtenue par des travaux préparatoires, a été la suivante (en minerai à 78 p. 100 de métal?).
1804 1895 1896 .1897 1898 Tonnes 143 250 240 70 53
D*après M. Molengraaff,il y alà, dans une région de schistes micacés, chloritiques, talqueux et amphiboliques, avec quelques quartzites à magnétite assimilés à la formation d'Hospital-Hill (Johannesburg), des intrusions fréquentes d'un granité, recoupé à son tour par des granulîtes nombreuses ; ces deux roches ont exercé un métamorphisme notable sur les terrains encaissants, où se sont développées, notamment, la staurotide et la tourmaline (Dackton, Forbes reef). La cassi- ^térite se trouve, non dans du quartz, mais dans des pegmatites proprement dites, recoupant les schistes. Aux Ryan Tin Works (Embabaan), on a observé des filons, dont l'épaisseur était de 0,™10 à 0,"40. La cassitérite y est accompagnée de corindon. Les alluvions, produites par la destruction de ces roches, renferment une couche stannifère exploitable de 1 à 5 mètres d'épaisseur, avec cassitérite, corindon, magnétite, et des minéraux, à métaux rares, tels que la monazite (phosphate de cerium, lanthane, thorium), l'aeschynite (titanoniobate des mômes métaux) ^ On n'a pas affaire à un sable stannifère iin, mais
* Ces minéraux ont été étudiés dans le Mineralogical Magazine de 1899 et dans diverses notes de M. Molengraafp. Ann. Rep. of the State Geolog. oftke S. A. Rep. for the year (Trans. of the geol. Soc. of. S. A., t. IV, p. U3, 1898) et Géologie de la Répuhl. Sud-Africaine (Bull. Soc. géol., 1901, 4« sér., t. I, p. 13). Dans ces filons, les cristaux de cassitérite affectent une forme rare; ils sont allongés considérablement dans la direction de l'arête (111) : (111), ce qui leur donne un aspect tout à fait monoclinique.
à des fragments assez volumineux, montrant le voisinage de la roche primitive. On a trouvé, dans la même région, de la crocoTse.
Cette venue d'étain avec métaux rares accessoires est à rapprocher du fait, signalé précédemment, que, dans le Namaqualand, on trouve, en relation avec une venue cuprifère, de la mobybdénite (substance ordinairement associée aux venues granulitiques stannifferes).
Il faut noter, d'ailleurs, que l'association de Tétain avec des minéraux sulfurés, notamment avec du cuivre, considérée jadis comme assez exceptionnelle ou du moins propre au Comwall, se retrouve en bien des régions (Bolivie, Laos, Yunnan, etc.)
Le bismuth, qui fait si souvent partie du groupe de Tétain, mais qui se rencontre, en môme temps, associé à l'or en divers points de la Norvège (Falun, Bleka, etc.), existe, au Transvaal, dans le district de Lydenburg, au reef Glynn, avec un peu d'or.