‹ Les richesses minérales de l'AfriqueChapitre 54 sur 113 · EST-AFRICAIN. MADAGASCAR. TRANSVAAL · texte numérisé non relu

EST-AFRICAIN. MADAGASCAR. TRANSVAAL

Dans la publication officielle de Karl Peters sur l'Afrique orientale allemande, il est question également d'amas de magnétite au Nord du lac Victoria Nyanza. Bornhardt^ signale aussi, en passant, des amas importants de magnétite dans les gneiss, amas évidemment sans utilisation possible d'ici longtemps. Enfin, le D' Danz ', qui a visité longuement la partie de la colonie allemande non explorée par Bornhardt, parle de grandes masses de magnétite au Nord du lac Nyassa, Toujours dans l'Afrique orientale allemande, on a mentionné, en 1901, des minerais de fer à Songea et à Muanza,

A Madagascar, tous les explorateurs sont d'accord pour dire que l'on voit des minerais de fer en abondance un peu de tous côtés. J'en reparlerai au chapitre spécial relatif à cette île.

Au Transvaal, l'existence de minerais de fer pourrait avoir un certain intérêt, le combustible étant d'autre part abondant, pour fabriquer sur place les rails de chemin de fer, poteaux télégraphiques, etc. Aussi a-t-on apporté quelque attention à la découverte récente (1902) de couches de minerai de fer dans le district de Middelburg ; la valeur de ces dépôts reste, d'ailleurs, à démontrer. J'ai signalé également, plus hauts d'importantes ségrégations de magnétite dans des norites.

' Voir bibliographie en note, page 127.

• Zeits. d. DeuUtch. geol. Ges., t. 50. Berlin, 1899. » Zeits. fur prakl. Geo/., 1900, p. 262.

* Page 52.

En Ethiopie S on connaît, près de Finfani, des minerais de fer, raités par les indigènes dans des bas foyers analogues aux fosses catalanes.

Enfin, quand nous allons étudier tout à l'heure l'Algérie, nous trouverons, dans la zone de terrains archéens qui reparaît le long de la côte entre Philippeville et Bône, notamment aux environs de Mokla-el-Hadid et vers Filflla^ des amas de magnétite et d'oligiste, encaissés dans ces terrains, qui appartiennent très vraisemblablement au type ordinaire africain, dont il vient d'être donné tant d'exemples.

3» MAROC, ALGÉRIE et TUNISIE

Les minerais de fer d'Algérie et de Tunisie méritent une étude spécialement détaillée. Ils présentent, en effet, dès aujourd'hui, une réelle importance pratique et industrielle. Aussi est-il bon, avant de les énumérer et classer d'après leurs particularités géologiques, de signaler brièvement les résultats obtenus dans cette exploitation, ainsi que les gisements, très peu nombreux en réalité, par lesquels est alimentée toute la production algérienne.

Si l'on consulte les dernières statistiques officielles, on trouve que les divers éléments relatifs à l'extraction des minerais de fer en Algérie de 1879 à 1901 sont représentés par le diagramme ci-joint (fig. 33; qui, depuis 1895, accuse un relèvement très notable de la production, en même temps qu'un accroissemenl des prix de ventes. Contre 318.000 tonnes à 7 fr, 91 en 1895, on est monté à 602.000 t. à-9 fr. 28 en 1900. Ces minerais d'Algérie sont entièrement exportés et, pour la plupart, non pas en France, mais à l'étranger. En 1900, l'exportation s'est ainsi répartie :

Pays-Bas (à destination de la Belgique, de l'Allemagne, etc.) Angleterre — — —

France — — —

Etals-Unis —

Allemagne — — —

Autriche-Hongrie — — —

tonnes.

En 1900, le fer oxydulé a valu sur place 8,36 la tonne, l'hématite rouge 9 fr. 47.

La production est, presque exclusivement, fournie parles deux gisements de Mokla-el-Hadid, dans la province de Constantine et de la Tafna (ou BénUSaf), dans la province d'Oran, appartenant à la môme compagnie. Le premier, vaste amas dans les terrains primitifs, qui a été

* Zeils. fUi' prakt. GeoL, 1898, p. 403.

le point de départ des exploitations de cette société en Algérie, a produit, en 1874, jusqu'à 430.000 tonnes par an. Sa production n'était plus que de 127.000 tonnes en 1888 et est tombée à 86.000 tonnes en 1900 ; le gisement, formé comme nous le verrons, d'un système d*amas limités, touche à son épuisement. Le gîte tertiaire de la Tafna est, au contraire, encore en pleine activité et on lui attribue généralement une durée de vie probable pouvant atteindre dix ou quinze ans. En 1888, on en a extrait 250.000 tonnes ; en 1900, on est arrivé à 418.000 tonnes.

Fig. 33. — Production et prix moye des minerais de fer en Algérie. (Les productions en milliers de tonnes ; les prix moyens en francs par tonne).

Les autres mines de fer, exploitées en Algérie sont El-M'Kimen (Constantine, près de Mokta-el-Hadid, à la Société des hauts fourneaiLX de Chasse, qui a produit, en moyenne, de 1898 à 1901, 6.000 tonnes de fer oxydulé par an ; Bab'MTeura ou Rar-el-Maden et Dar-Rih (Oran), qui ont produit, en 1900, l'une 70.000 tonnes, l'autre 10.000 tonnes d'hématite manganésifère.

Quelques autres gisements, sur lesquels l'attention a été assez fortement attirée dans les derniers temps, méritent également, pour l'importance qu'ils peuvent prendre un jour, une mention spéciale.

Entre ceux-ci, il convient de citer, en premier lieu, ceux des territoires des Meknas et des Nefzas, près de Tabarca, en Tunisie, et ceux du Djebel-Ouenza, entre Tlemcen et Souk-Arrhas, au voisinage de la frontière tunisienne ; puis divers amas intercalés dans les calcaires liasiques (autrefois regardés comme néocomiens).

Parmi ces gisements de la côte méditerranéenne, sur lesquels nous reviendrons dans Tétude d'ensemble, qui doit leur être consacrée au chapitre X, il en est au moins de deux natures géologiques très distinctes.

Le premier type, celui de Mokta-el-Hadid, correspond probablement à celui que nous avons rencontré un peu partout dans les terrains anciens d'Afrique. C'est, au milieu de terrains cristallophylliens et primaires, ramenés au jour sur la côte par un accident tectonique, une série d'amas d'oligiste et magnétite, analogues aux minerais Scandinaves.

Il existe, d'autre part, en une foule de points, des amas d'hématite rouge ou brune, à caractère lilonien plus ou moins net, parfois aussi des gîtes de substitution dans les calcaires, qui présentent quelque analogie avec les minerais des Pyrénées et de la côte Est d'Espagne et qui, ainsi que ceux-ci, pourraient bien n'être, en réalité, (contrairement aux apparences premières) que les chapeaux oxydés de gîtes sulfureux plus ou moins complexes (cuivre, plomb, zinc, etc.) : filons complexes, dont Kef-oum-Theboul est le plus connu et qui sont assez nombreux sur toute la longueur de la côte méditerranéenne.

On peut, dans une certaine mesure, faire rentrer dans ce groupe, quoi qu'ils s'en distinguent beaucoup par leur valeur industrielle, des liions de sidérose, où le cuivre gris joue parfois un rôle dominant, parfois, au contraire, disparaît tout à fait : filons, dont les types sont nombreux dans risère (Allevard, etc.), dans la Sierra Nevada, dans la Kabylie, puis en Turquie et en Bosnie ; ces gîtes, que l'on a généralement commencé, un peu partout, par exploiter sans succès pour le cuivre, peuvent, au contraire, devenir intéressants pour les métallurgistes, quand le cuivre n'y existe même pas en traces. Ce sont, presque toujours, des altérations superficielles de pyrites cuivreuses, légèrement antimonieuses ou arsenicales.

Ce n'est pas ici le lieu de développer méthodiquement les raisons qui me font attribuer, dans l'allure actuelle des minerais de fer tertiaires, en Algérie comme dans l'Est de l'Espagne et dans les Pyrénées, un rôle important au métamorphisme superficiel. Il y a là une question très intéressante, que j'ai déjà eu l'occasion de traiter ailleurs S et sur laquelle je reviendrai encore dans le chapitre X, consacré précisément à Fétude générale, de ces minerais complexes algériens. Néanmoins, l'idée générale que je viens d'indiquer, et qui suppose une origine sulfurée primitive à la plupart des gîtes de fer filoniens oxydés ou carbonates, n'est pas, je le sais, sans troubler les opinions reçues et sans se heurter parfois à certaines apparences contradictoires, notam-

* Contribution à Vétude des gîtes métallifères (Ann. des mines, août 1897). — Sur la forme profonde des amas filoniens de fer (Comptes rendus de l'Ac. des Sciences 29 mars, 1897. — Cf. C, R. Ac. Se, 22 mars 1897 et 14 juin 1897.

ment dans les gîtes que Ton croit avoir épuisés jusqu'au fond sans y rencontrer les sulfures prévus. Gomme il en résulte également des conséquences plutôt défavorables dans l'évaluation première de certaines mines, elle peut être combattue et je crois utile d'en dire quelques mots, malgré tout ce que j*ai déjà eu Toccasion d'écrire sur ce sujet ^ dans des publications antérieures.

Cette altération est, je le rappelle, causée par le contact des eaux superficielles, et par celui des eaux souterraines dans le voisinage de la superficie, où leur circulation est rapide et où, par suite, elles sont constamment réalimentées de leurs agents actifs, Toxygène et l'acide carbonique. Elle a, par conséquent, un rapport direct avec la forme de la topographie, les plongements des couches et la position du ou des niveaux hydrostatiques. Elle peut prendre, suivant la nature du terrain encaissant, deux formes très distinctes, dont l'une est propre aux terrains calcaires, bien que, remarquons-le avec insistance, elle ne s'y soit pas nécessairement réalisée, et dont l'autre s'applique aux terrains inattaquables par les acides.

En premier lieu, dans les terrains autres que les calcaires, qui ne fournissent pas d*acide carbonique aux eaux, la décomposition se fait parle passage direct du sulfure de fer au peroxyde, celui-ci résultant d'une transformation en sulfate de peroxyde, suivie d'une reprécipitation. Cette altération, qui constitue \eschapeatixde fer proprement di\s, peut être plus ou moins profonde; généralement, elle s'arrête d'une façon très nette, très brusque, presque sans transition, à 20 ou 30 mètres au plus de la surface.

Mais cette forme d'altération nécessite le voisinage immédiat de la superficie ; car les eaux ont vite fait de perdre leur oxygène en le fixant au contact de substances altérables. Une forme toute différente se produit, au contraire, en profondeur, dans les terrains calcaires, par l'action des eaux, qui, sans être capables de déterminer une peroxydation, peuvent cependant effectuer une double décomposition réciproque du sulfure de fer et du carbonate de chaux en contact : c'est-à-dire donner d'abord du sulfate de fer, qui se transforme en carbonate de fer, ou en carbonate de chaux ferrugineux (ankérite, etc.). Cette réaction peut avoir lieujusqu'à de grandes profondeurs, dans les calcaires très fissurés, qui permettent l'infiltration des eaux par larges masses, sou-

* Des découvertes, récemment faites dans la région de Huelva et que me communique M. Juan Hereza, paraissent bien venir à l'appui de cette idée. Dans ce pays caractérisé par les grands amas de pyrite au milieu des schistes, on vient de trouver, à Jabugo, un amas d'oxyde de fer substitué à des calcaires archéens, au milieu des talcshistes ; et les travaux ont reconnu l'existence de veines sulfurées (pyrite, chalcopyrite, avec galène), d'où Toxyde de fer pourrait provenir, comme dans les gîtes algériens complexes, par un métamorphisme secondaire, qu'auraient facilité les calcaires.

vent même leur circulation vauclusienne, c'est-à-dire leur pénétration au-dessous du niveau hydrostatique, ainsi que cela se passe dans les sources thermales. Elle exclut le voisinage direct de la superficie. Sa conséquence première est la formation d'amas de sidérose ou d'ankérite ; mais, en général, à ce premier stade de réaction en succède un second, lorsque ces masses de carbonates, d'abord formées à une certaine profondeur, se trouvent, par les progrès de Térosion S rapprochés de la superficie; on voit alors cette sidérose, à son tour, se transformer en hématite et, pratiquement, ce genre de gîtes commence, à la surface, par des hématites, au-dessous desquelles on trouve des sidéroses, les pyrites restant souvent inaccessibles et leur existence toute théorique.

Gomme ces réactions diverses demandent un certain temps pour s'effectuer, on voit que l'allure résultante du gîte de fer dépend, non seulement de la topographie actuelle, et de la direction des cassures, par lesquelles les eaux souterraines ont pu pénétrer facilement au contact du gîte et agir sur lui, mais aussi du temps qu'elles ont eu pour effectuer leur réaction, de la vitesse avec laquelle la superficie a été entamée par l'érosion, etc. Il importe de ne pas oublier ces dernières remarques, si l'on veut s'expliquer bien des anomalies apparentes.

D'autre part, les contacts de terrains schisteux imperméables et de calcaires, qui ont toujours été des zones de pénétration facile par les eaux, jouent un rôle tout particulier dans ce genre de dépôts, parce qu'ils ont d'abord permis l'introduction et Tincrustation des eaux métallisantes et, en second lieu, plus récemment, contribué à leur métamorphisme. C'est pourquoi tant d'amas de sidérose ou de calamine se trouvent suivant des plans de contact.

L'origine première des gisements ferrugineux filoniens étant, dès lors, attribuée souvent à des formations sulfureuses, en majeure partie composées de pyrites, dont, à la superficie et jusqu'au niveau hydrostatique, nous observons seulement la transformation oxydée ou carbonatée, on peut s'attendre à voir, quand on s'enfonce, les minerais, d'abord très purs en soufre, se charger de ce métalloïde et, en même temps, à rencontrer accessoirement quelques autres sulfures métalliques, par exemple de la galène, dont la présence a été fréquemment signalée avec rhématite, dans les Pyrénées ou en Algérie. Gomme l'exploitation des minerais de fer, en raison de leur faible valeur, est, presque toujours peu profonde et souvent même bornée à des travaux à ciel

* Le rôle énorme des érosions relativement récentes dans la constitution de la topographie actuelle, les épaisseurs considérables de terrains (comptées par centaines ou milliers de mètres), qu'elles ont enlevées et, par suite, la différence absolue entre la superficie actuelle et celle qui existait au moment où se sont constitués les derniers gîtes métallifères, sont des faits peu connus, mais sur lesquels on ne saurait trop attirer l'attention dans une théorie de ces gisements.

ouvert, cette considération n'a qu'une faible importance industrielle.

Ajoutons, d'ailleurs, aussitôt que l'altération superficielle des sulfures de fer ou de cuivre, môme dans des terrains calcaires, n'est pas un fait rigoureusement nécessaire. Cette altération, qui a été en rapport avec des actions anciennes, dont le processus exact nous échappe, descend, suivant les cas, à des profondeurs très variables et, tandis que, dans certains gîtes, le chapeau de fer dépasse 50 ou 60 mètres d'épaisseur comme au Djebel-Ouenza (Gonstanline), ailleurs, dans des conditions assez analogues, on trouve, presque aux affleurements, de la chalcopyrite ou de la pyrite de fer intacte. Le cas le plus remarquable, à cet égard, est celui que nous rencontrerons à EUAuzouar (Mansouria), où une lentille de pyrite, intercalée dans des calcaires, a subsisté, en grande partie, à l'état de pyrite, tandis qu'une partie formait directement de l'oxyde. Dans chaque cas particulier, il y a lieu de chercher les causes de ces divergences en étudiant de près la topographie et la tectonique de la région, qui entoure le gisement. Ainsi, le chapeau de fer du Djebel-Ouenza se trouve sur une éminence et les travers-bancs, qui ont reconnu la présence continue des oxydes de fer à 80 mètres de profondeur, ont pu traverser la colline de part en part en allant du jour au jour, c'est-à-dire qu'on est très au-dessus du niveau hydrostatique. Le gîte de El-Auzouar est, au contraire, au fond d'un ravin, encaissé en grande partie dans des terrains friables du trias, qui s'affouillent aisément et la persistance de la pyrite est peut-être uniquement à chercher dans ce fait que la vitesse d'affouillement se sera trouvée dépasser la vitesse d'oxydation, en sorte que le gisement n'a pas encore eu le temps d'être altéré. Il reste pourtant à s'expliquer pourquoi, malgré la présence du calcaire encaissant, la pyrite de cç gîte s'est, en partie, directement transformée en oxyde, sans passer par l'intermédiaire de la sidérose ou de l'ankérite. Cela doit tenir également à ce que l'oxydation, par suite de cet affouillement rapide que je viens de supposer, a eu lieu constamment au contact des eaux très superficielles et chargées d'oxygène, tandis que le passage préalable en sidérose suppose une altération par des eaux plus profondes, chargées seulement d'acide carbonique et dépouillées de leur oxygène.

Les exemples de ce genre d'amas pyriteux, subsistant dans les calcaires, sont rares, en raison des conditions très spéciales qu'ils supposent. Je citerai seulement, comme point de comparaison, les gîtes de Soyons dans le Gard.

Enfin, une dernière observation générale, relative aux gisements de fer, c'est que la dissolution facile de ce métal dans ses diverses combinaisons avec des acides, — soit à l'état de sulfate par oxydation directe de la pyrite, soit en carbonate par l'acide carbonique de l'air et par celui qu'une double décomposition peut emprunter aux calcaires

encaissants, soitparl'inlervention d'acides organiques, crénique, etc., — rend cet élément incessamment mobile, et déplaçable à tous les instants; si l'on y joint la réduction du sulfate en sulfure par les matières organiques, la peroxydation des magnétites au contact de l'air humide et, d'autre part, la déshydratation des oxydes hydratés par la chaleur, la réduction de l'oligiste en magnétite par divers agents de métamorphisme, etc., on voit que les multiples combinaisons du fer sont susceptibles de passer constamment des unes aux autres et de revenir môme à leur point de départ après un cycle complet : d'où une complication toute spéciale dans l'étude de leurs gisements et une apparence d'irrégularité spéciale dans leur allure.

Pour rénumération des très nombreux gîtes defer exploités, concédés ou reconnus en Algérie, il me suffira de renvoyer aux notices minéralogiques détaillées que le Service des Mines Algérien a publiées à l'occasion des dernières expositions universelles de 1889 et 1900 ; notices, qui comportent une description sommaire, non seulement des gîtes concédés, mais même des gîtes simplement reconnus. Je ne parlerai donc que des gisements principaux, ou de ceux qui présentent, à un titre quelconque, un intérêt un peu spécial.

Suivant l'ordre adopté dans les notices en question et pour faciliter les recherches de détail, je ferai cette description de l'Ouest à l'Est, ce qui nous conduit à commencer par le Maroc, prolongement naturel de l'Algérie, dont, malheureusement, l'exploration est encore, de toutes façons, remarquablement peu avancée.

Maroc. — Pour le Maroc, nous avons deux descriptions générales, quej 'ai déjà citées précédemment, celles de MM. Budget Meakin et Th. Fischer.

M. Budget Meakin signale, notamment, des exploitations anciennes de fer un peu au Nord de FeZy de l'autre côté du Sebou et d'autres, près d'IdaooMilt, dans SooSy qui auraient fourni le métal aux fabriques d'armes fameuses de ce pays. Il y aurait eu également des minerais de fer utilisés au cratère éteint du Djebel-Hadidy dans Abda, à 825 mètres d'altitude. Ce sont, sans doute, les mêmes, que signale Th. Fischer comme se trouvant en un point du même nom, à 22 kil. Nord-Est de Mogador. Vers le Sud-Est, près A' Ain-Hadschai\ le même auteur a vu des traces d'anciennes exploitations de fer, qui remontent peut-être à l'antiquité. En résumé, on ne paraît pas extraire de minerais de fer actuellement du Maroc.

Algérie ^ — Dès que l'on a franchi la frontière marocaine, on trouve, chez les Msirdas, à Djebel-Bou-Kérou, un amas d'hématite manganési-

* Voir la carte des gîtes métallifères de l'Est Algérien, au chapitre x.

fère, intercalé dans l'oxfordien et en relation possible avec une éruption andésitique, sur lequel ont été faits quelques travaux arabes.

Plus loin, à 20 kil. Est de Nemours, on a entamé, depuis 1898, l'exploitation d'un amas lenticulaire d'hématite, très manganésifère, dît Bar-el'Maden (ou Bab M'teurba), qui se trouve au contact des schistes anciens et des calcaires du lias. Ce gisement a produit 70 000 tonnes en 1900. On commence à l'exploiter souterrainement. La valeur spéciale du minerai tient à ce que sa teneur en manganèse, atteignant 7 p. 100, est suffisante pour que le manganèse soit payé séparément par les métallurgistes. En profondeur, on voit, par une confirmation des lois très générales qui ont été indiquées en commençant, Thématite passer à de la sidérose cristalline et compacte bleue d'un aspect très spécial ; cette sidérose doit être soumise à un grillage.

Puis vient une zone homogène d'amas analogues, répartis sur 10 kilomètres de long et tous également situés au contact des schistes anciens et de calcaires liasiques : zone, qui comprend un gisement très considérable, le plus important d'Algérie en ce moment, le gîte de la rivière Tafna ou, officiellement, de Rar-el-Baroud (grotte de la poudre), également connu sous le nom de Beni^Saf, son port d'embarquement.

Ce gîte est situé à 21 kil. Ouest 8** Sud d'Aïn-Temouchent ; la zone totale renferme, dans un espace restreint, de l'Ouest à l'Est, Djehel- Routssat, Djebel'Skouna, Oued-Boukourdan, Rar-el-Baroud, Nedjon ria, Dar-Rih; puis, en suivant la côte vers le Nord-Est, Tenikrent, VAoueria, Camei^ata et Sidi-Safl. A Sidi-Sati, l'hématite est, par endroits, légèrement cuivreuse.

De tous ces gîtes, trois sont à retenir : Rar-el-Baroud, Dar-Rih et Camerata qui appartiennent tous trois à la Compagnie de Mokta el Hadid. R'ar-el-Baroud est la grande mine, que je vais décrire longuement. A Dar-Rih, on fait une exploitation souterraine, qui a atteint 50 000 tonnes d'hématite manganésifère. Enfin, pour exploiter le gîte de Camerata, qui est encore en reconnaissances et aménagement, on a établi une voie à large section, de 10 kilomètres, presque entièrement en tunnel, entre le port de Beni-Saf et Camerata *.

La feuille au 1,50000» de Beni-Saf, publiée par M. Gentil en 1900, et commentée par la thèse du même auteur, met bien en évidence les caractères géologiques de cette région, où reparaissent des zones de terrains primaires, de trias gypseux (sur lequel nous aurons à revenir en parlant du gypse) et de lias, en même temps qu'une série de volcans

* Voir, sur les minerais de fer algériens : Berthier. Note sur différents minerais de fer de V Algérie (Ann. d. Mines, 4« série, t. II, p. 488). — Pernollet. Notice sur les usines à fer de Malaga, suivie de considérations relatives au traitement des minerais de fer de l'Algérie (Ann. d. Mines, 4» série, t. VIII, p. 595). — Pouyanne. Sur la région ferrifère de Ouelhassa (Algérie) (Ann. d. Mines, 7* sér., t. IX, p. 81).

anciens sont entourés de coulées de leucotéphrites, leucitites et basaltes. On ne saurait dire s'il y a une relation entre ces roches éruptives et les minerais de fer ; mais il y a, tout au moins, rapprochement géographique. D'autre part, la situation ordinaire de ces gisements au contact des schistes anciens imperméables et des calcaires attaquables du lias paraît indiquer, à la fois, un phénomène filonien profond, dont la nature réelle, peut-être pyriteuse, reste indéterminée et une importante altération superficielle, qui, se concentrant, comme d'habitude, au contact de calcaires et de schistes, a fortement attaqué les premiers, en donnant naissance, par substitution, d'abord à des carbonates, puis à des oxydes plus ou moins hydratés. Le rôle, que nous attribuona là aux réactions secondaires, explique comment ces gisements présentent, avec la surface actuelle du sol, des relations qui ont frappé les observateurs. 11

y^t'^itAir

Fig. 34. — Coupe théorique dans le grand découvert de R'ar-el-Baroud,

n'y a rien là, on le sait, que de conforme avec ce que nous connaissons dans des régions tout à fait homologues de l'Algérie pour leurs minerais de fer, comme la zone pyrénéenne avec son prolongement sur Bilbao et les •côtes de Catalogne, de Murcie, ou d'Almeria.

Le gisement de R'ar-el-Baroud, qui paraît filonien et d'âge tertiaire, forme, d'après une description de M. Parran, un amas très puissant, découvert sur 700 mètres de longueur et parfois 100 mètres de large, associé à des calcaires subcristallins probablement liasiques et remplissant, avec ces calcaires, une cavité à section grossièrement triangulaire, dirigée du S.-S.-O. au N.-N.-E., dont les schémas des figures 34 et 35 donnent une image. Les calcaires, associés au minerai, se sont effondrés dans cette cavité en se brisant et formant une sorte de brèche ; ils ont subi une substitution ferrugineuse, qui les a partiellement et assez irrégulièrement transformés (peut-être par l'intervention de sidérose) en hématite rouge et friable, d'une teneur en fer de 58 0/0 environ, à l'état sec. Tout l'ensemble est intercalé au milieu de schistes d'âge problématique, certainement antérieurs au jurassique, peutêtre liasiques, peut-être beaucoup plus anciens, qui se montrent très

RichMee0 minénles de T Afrique. i2

métamorphisés et talqueux et, souvent, au contact du minerai, sont décomposés en kaolin blanc.

L'hypothèse la plus vraisemblable relative à la formation de ce gîte est qu'on est là sur le passage d'une ligne de fracture tectonique, le long de laquelle se sera produite une venue filonienne hydrothermale, sans doute analogue à celles qui, sur toute la côte algérienne, ont donné des filons sulfurés complexes. L'âge de cette venue semblerait ici du miocène inférieur (cartennien de Pomel); car, d'une part, suivant une remarque de M. Pouyanne, des filons ferrugineux, en relation avec le minerai de la Tafna, se prolongent dans le crétacé, qui entoure les schistes et, de l'autre, on trouve des fragments de minerai dans un poudingue rattaché au miocène.

Après sa formation, le gîte a certainement subi un métamorphisme

profond , qui contribue

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^^P^^Bf ^--' remplacé par des sables,

empâtant des galets des

Fig. 35. — Coupe prise dans la partie Ouest du divers terrains qui enlou-

glte de R'ar-el-Baroud, dirigée N.-S. ^ent l'hématite, calcaires,

schistes et minerai môme.

Il est bien probable que les réactions récentes ont, en outre, continué et achevé l'œuvre commencée à l'époque miocène, en déterminant la transformation complète de tout le gisement accessible en hématite.

Le minerai exploité se compose d'hématite rouge sombre ou bleu noirâtre, presque partout excessivement friable et tombant en poussière : ce qui empêche de l'utiliser dans les usines françaises, où l'on exige du gros. Il donne jusqu'à 67 p. 100 de fonte et tient 2 à 3 p. 100 de manganèse, pas de silice, pas de soufre ni de phosphore, ou du moins des traces infimes de ce dernier corps (3/10 000), le reste étant seulement du carbonate de chaux.

Si l'on part de l'extrémité Est du gisement, on trouve, d'abord, un découvert, où le minerai et le calcaire forment des masses enchevêtrées irrégulièrement, mais toujours entre un toit et un mur bien net. Vers l'Ouest, le gîte s'amincit brusquement jusqu'au grand découvert (fig. 34), situé sur l'amas principal dont on a vu plus haut les dimensions. Au delà, il se recourbe vers le Nord (fig. 35), jusqu'aux limites de la concession. Au coude même, on connaît un minerai extra-riche

(67 p. 100 de fer), noir bleu, pulvérulent, complètement englobé dans le calcaire.

En coupe transversale, on peut remarquer, sur la figure 34, que le minerai semble s'étaler par-dessus les schistes du mur vers l'affleurement. Il en résulte, dans la partie Ouest, un placage peu épais de minerai très calcaire et pauvre, dit « triage », (à 40 ou 45 p. 100 de fer).

On doit également signaler la présence fréquente, au-dessus du minerai, de calcaires imparfaitement attaqués et, par-dessus ceux-ci, de l'énorme brèche signalée précédemment : brèche contenant des blocs arrondis de minerai, de calcaire, de schistes, etc., atteignant 28 mètres de diamètre et cimentés par une pâte argileuse. Cette brèche est absolument contînue tout le long de la couche de minerai, toujours au toit; en profondeur, elle se termine en biseau. Dans la coupe (fig. 35), il semble falloir lui rattacher le minerai B et le schiste G et admettre, comme je l'ai dit plus haut, que, de D en E, on a affaire à une cavité, dont la formation doit être en rapport avec les mouvements qui ont provoqué, ou au moins précédé la venue des eaux métallisantes.

L'exploitation de ce gisement, qui se fait entièrement à ciel ouverf, a commencé vers 1873. Il a été acquis, en 1879, par la Compagnie de Mokta-el-Hadid . La production s'est élevée progressivement à 418 000 tonnes de minerai marchand en 1900 : ce qui représente près de trois fois autant de roches abattues. On est, en effet, obligé, pour les découverts, de commencer par enlever jusqu'à 50 mètres d'épaisseur de stérile. En outre, le triage doit être fait très soigneusement; car si les minerais renferment à peine 3/10 000" de phosphore, les schistes encaissants en contiennent parfois près de 8. Ces minerais, une fois abattus, sont descendus jusqu'au port de Beni-Saf par un chemin de fer industriel de 4 kil., terminé par un plan incliné automoteur : là ils sont entassés dans d'énormes cheminées, afin de pouvoir charger, dans le minimum de temps, les navires qui viennent les prendre, à raison de 3000 tonnes par jour. L'exportation se fait à destination de l'Angleterre, de la Belgique, de l'Allemagne, de la France et, accessoirement, des États-Unis. La teneur garantie, variable suivant les cas, est toujours, au minimum, de 47 p. 100 de fer. La production, depuis l'origine, a été de 6 millions de tonnes.

Dans le prolongement de la zone minéralisée de R'ar-el-Baroud, on a fait, à Camerala, des recherches, qui ont permis de reconnaître l'existence d'afileurements analogues, avec mêmes épanchements, mais non accompagnés de brèche.

Si nous continuons maintenant à parcourir la carte d'Algérie de l'Ouest à l'Est pour y chercher des gîtes de fer, nous rencontrons encore, à l'Ouest d'Oran, quelques amas d'hématite ou d'oligiste, situés, dans des conditions identiques, au contact des calcaires liasiques et des schistes

anciens, ou, dans les calcaires, au voisinage de ces schistes (communaux de BoU'Tlélis, Cap-Falcon, Djebel-Ahoun, etc.). La Société minière franco-algérienne fait actuellement des recherches dans cette région, ainsi que dans le Djehel-Krichiel, à TOuest d'Arzeu. Les minerais sont là des hématites, dérivant évidemment de sidéroses (qui, elles-mêmes, ont pu avoir pour origine des pyrites) : hématites très disséminées en stockwerks dans un calcaire irrégulièrement imprégné de fer.On est là toujours sur la même zone de terrains primaires, que nous suivons depuis le Djebel-Maazziz à la frontière du Maroc, et il semble bien y avoir une relation entre le phénomène tectonique, qui a ramené au jour les terrains anciens sur cette zone, les roches éruptives tertiaires et les gisements de fer, parfois accompagnés d'un peu de cuivre. L'hypothèse d'une telle relation est d'autant plus vraisemblable que le rapprochement se poursuit d'un bout à l'autre de l'Algérie, aussi bien du côté de la Mouzaîa ou en petite Kabylie, ou, très accessoirement, à l'Est de Saîda, qu'entre laTafna et Oran, tandis que, dans les régions où n'apparaissent pas les roches éruptiveS, on n'a pas de gisements de fer semblables.

C'est ainsi que d'Arzeu nous sautons plus de 300 kilomètres, jusqu'aux environs de Ténès ou d'Orléans ville, pour trouver un gisement d'hématite signalé. Celui de Sidi-Abd-er-Rahmariy (à 16 kil. O. de Tenès)^ est sur un chapeau de filon de chalcopyrite ; il est sans importance. Celui de Djebel-Hadid^ concédé à 45 kil. S. 0. de la même ville, se compose, au contraire, d'un chapelet de lentilles, offrant un certain tonnage, en partie au contact du cartennien et de calcaires, peut-être nummulitiques reposant eux-mêmes sur des schistes crétacés supérieurs, en partie dans le cartennien. Ceux de Témoulga et Tiberkanin (à 22 kil. E. d'Orléansville) ; Bouîna (à 43 kil. de la même ville), sont dans des calcaires liasiques^ épigénisés, où le dernier occupe une grande surface. Ils ont été tous trois exploités de 1872 à 1876, et l'attention est, actuellement, de nouveau attirée sur eux.

Près de Gouraya, on a lait, vers 1888, diverses tentatives d'exploitation sur un système de petits filons de sidérose avec traces de cuivre gris^ et barytine, transformés en hématite à la surface et recoupant le sénonien. Les filons concédés de Messelmoun, entre Gouraya et Cherche!, se rattachent au même groupe ; ils sont, les uns dans les marnes cartenniennes, les autres dans le sénonien ; l'un d'eux contient de la galène : observation, qui se renouvelle assez fréquemment aussi pour les. minerais des Pyrénées et qui contribue à me faire regarder toutes ces hématites comme des chapeaux, plus ou moins profondément oxydés, de filons sulfureux. Il y a là, près de la côte, une série de filons

* Ces calcaires figurent encore comme néocomiens dans 1« Sotice du Service des mines de 19O0.

marneux d'hématite passant à la sidérose, dont aucun ne présente de masse notable.

Le même genre de gisements qu'à Témoulga et Rouîna, d^ns des calcaires néocomiens (parfois considérés comme liasiques) se retrouve à Zaccar-R'arbi (1 800 m. N.-E. de Milianah), où, sur des surfaces considérables, des hématites, qui semblent produites par épigénics, se présentent au milieu de calcaires liasiques. Ces minières, amodiées par le domaine, ont été l'objet d'une exploitation active, aujourd'hui arrêtée, mais qu'une société belge veut reprendre. Grâce à un tarif de 3 centimes par tonne kilométrique jusqu'à Alger, celle-ci espère trouver un débouché pour ses minerais.

Au Sud-Ouest d'Alger, la région limitrophe de la Mitidja, qui va de Mouzaîaville à Rovigo, contient, en même temps que des plissements de terrains anciens et des roches éniptives tertiaires, un certain nombre de veines d'hématite, passant vite à la sidérose, parfois avec cuivre pyriteux. Le principal filon de ce genre est celui de Soumah (9 kil. N.-E. de Blidah, et un peu au Sud de Boufarik, qui a été assez activement exploité jusqu'en 1883, mais sans réaliser les espérances, auxquelles il avait donné lieu au début. On a également travaillé, jusqu'en 1874, à Bouinan^ sur un filon du même genre.

Près de Fondouk, à l'Est d'Alger, il existe des hématites un peu cuivreuses dans un calcaire de l'éocène moyen.

Un peu au Sud de Ménerville, nous commençons, en même temps qu'apparaît le terrain archéen, à rencontrer un tout autre type de gisements, qui va se développer dans l'Est, en même temps que celui-ci : ce sont les amas d'oligiste et fer oxydulé, intercalés entre les strates des gneiss et passant ici latéralement à des quartzites. Le gisement de Bordj'Caid'Ladi (6 kil. S. de Ménerville) n'a donné lieu à aucune exploitation ; celui d'Aïn-Oudrery près de là, a été concédé et l'on y fait quelques travaux à ciel ouvert sur des minerais pauvres siliceux, à triage très difficile.

De l'autre côté de la Kabylie, on trouve, à 3 kil. de la station A'El-Matine (ligne de Béni-Mansour à Bougie), à Timezrit (30 kil. S.-O. de Bougie) des lentilles d'hématite, intercalées dans une zone ferrifère au milieu des calcaires liasiques ; une concession doit être instituée prochainement et l'on vient de construire un câble aérien de 3 kilomètres. Cette hématite, sur laquelle les Kabyles avaient fait d'anciens travaux, est le produit d'une substitution du fer au calcaire, qui a pris d'abord la forme de sidérose ou de calcaire ferrifère, et s'est ensuite oxydée. Comme dans tous les gîtes du même genre, l'imprégnation ferrifère s'est irrégulièrement disséminée dans les calcaires, suivant des fissures, en englobant des blocs inattaqués. C'est ainsi que la zone ferrifère, d'environ 1 kilomètre de long sur 50 mètres de large,

peut renfermer, en moyenne, une teneur de 5 p. 100 de fer sous forme de carbonate spathique, tandis que, par endroits, se trouvent les lentilles irrégulières d'hématite à 57 p. 100, qui constituent le gisement. On a reconnu de 150 à 200 000 tonnes.

Au Sud-Est de Bougie, entre 16 et 25 kil. de cette ville, on signale plusieurs gisements de fer sans grande valeur dans le calcaire liasique ou le grès ligurien. Celui de Kandirou^ jadis exploité par les Arabes, doit être repris prochainement : le cuivre gris y est accolé à Thématite.

Du côté de CollOy on connaît, dans le massif éruptif tertiaire, un certain nombre de gisements de fer, intéressants à noter à cause de cette relation directe avec les roches éruptives, qui peut éclairer sur l'origine de beaucoup d'autres fdons, plutôt que pour leur valeur industrielle assez faible. C'est, par exemple, Am-Sedma, découvert en 1873 par la Société des lièges de la Petite Kabylie, où l'on a travaillé jusqu'en 1885, et depuis 1898, sur des lentilles d'oligiste et magnétite avec pyrite de fer, puis Sidi-Driss, Sidi-Ouaret, Bou-Jersoun^ gîtes inexplorés mais analogues.

De ce côté également, nous retrouvons les amas cristallins encaissés dans les gneiss.

Entre Djidjelli et Bône, sur environ 160 kil. de long et, en moyenne, 30 kil. de large, il existe, on le sait, le long de la côte, un important massif Est-Ouest de terrains archéens. Là se trouvent Estaya, Medjadjay Mesallas, Ouled'Nouai\ à l'Ouest de Philippeville : lentilles d'oligiste assez insignifiantes dans les gneiss, qui annoncent les amas importants de la région de Bône. A l'Est, au contraire, de Philippeville, entre 10 et 20 kil., quelques concessions, un peu plus importantes quoique abandonnées, à Ain-Ben-Merouan, Fil fila, Fendeck, portent sur des amas ou couches d'hématite rouge, intercalés dans des schistes d'âge problématique, peut-être liguriens, parfois aussi rapportés au cristallophyllien. Puis viennent les gîtes de Mokta-el-Hadid, sur lesquels je vais revenir. Mais, auparavant, citons encore, beaucoup plus au Sud, la région intéressante du Djebel-Hamimat et Sidi'RegheisSj à environ 30 kil. N.-O. de Aïn-Beida : région, dont les gisements d'antimoine ont été déjà signalés, mais où se trouvent également quelques affleurements ferrugineux dans des calcaires, probablement sénoniens.

Enfin, nous arrivons à la grande zone de minerais de fer archéens de Mokta-el'Hadid, à l'Ouest de Bône, qui a été la première exploitée largement et est restée longtemps la plus importante en Algérie.

La mise en valeur de cette région est due à Paulin Talabot S le

• Paulin Talabot, 1799-1885, par le baron Ernouf. 1 vol. Pion, 1886. — Paulin Talabot par Parran, 1885.

célèbre organisateur de la Grand'Combe, du chemin de fer d*AIais, de la fusion du réseau Paris-Lyon-Médîterranée, des docks de Marseille, etc., qui, en 1865, constitua la Société de Mokta pour exploiter des gisements, concédés depuis 1848*, mais, jusqu'alors, à peine utilisés et qui fonda, en grande partie pour assurer des débouchés à la mine, la Société algérienne et celle des Transports Maritimes ; c'est-àdire que l'essor de cette affaire a été intimement lié à la première prospérité de TAlgérie. J ai déjà dit comment la Compagnie de Mokta avait acheté, en 1879, les gîtes de la Tafna (Rar-el-Baroud), précédemment décrits, qui sont devenus aujourd'hui son centre principal d'extraction. Ces gisements de Mokta-ehHadid (Aïn Mokra) ' sont situés dans le département de Gonstantine, au pied du versant Sud du massif cristallophylHen, qui s'étend de Philippeville à Bône, près du lac Fezarra.

Fig. 36. — Coupe de la région de Mokta-el-Hadid, d'après M. Parran.

g, gneiss feuilleté supérieur ; «, schistes mictcés greDatifères, alternant arec cipolins fe) et minerais

de fer ; p, pyroxénile.

Un chemin de fer de 35 kilomètres relie Mokta à Bône, son port d'embarquement, oCi se trouve un quai outillé pour charger des vapeurs jusqu'à 4000 tonnes à raison de 1 200 tonnes par jour.

La môme compagnie possède, outre les gisements d'Aïn-Mokra, ceux, situés un peu plus à l'Est, de Karézas et de Bou-Hamra, où elle exploite également des lentilles nombreuses, mais de faible importance. On a vu que la production, après avoir été de 430.000 tonnes en 1874, est tombée peu à peu à 127.000 en 1888 et 86.000 en 1900.

Le gisement de Mokta, composé de fer oxydulé et de fer oligiste massifs, est considéré comme interstratifié, par substitution à des bancs calcaires, dans un terrain de gneiss et schistes micacés, qui d'après M. Parran, comprend, de haut en bas (fig. 36) : 1<» Gneiss feuilletés supérieurs (g); 2** Schistes micacés et grenatifères, avec bancs subordonnés de calcaire, d'argiles et de minerai de fer (niveau de Mokta)

* Le gisement de Mokta-el-Hadid, quoique exploité pour la plus grande partie à ciel ouvert comme une minière, suivant la distinction subtile de la loi de 1810, a été concédé : ce qui a amené de longs procès avec les propriétaires de la surface.

* Voir, pour la bibliographie de ces gisements. Traité des gîtes minéraux, t. I, p. 721 à 728.

(s et c) ; 3* Gneiss schisteux (g), avec amas de pyroxénite (p) et autres minerais de fer intercalés entre les bancs de gneiss ; 4* Gneiss glanduleux de TEdough.

Le gneiss inférieur de l'Edough, souvent glanduleux, renferme fréquemment, ainsi que le gneiss moyen, des enclaves lenticulaires d*une pyroxénite verte massive, essentiellement formée de pyroxène et de grenat, noyée aux affleurements dans une terre rouge. Cette roche, qui est probablement, ainsi que le minerai de fer et les grenats, un produit de substitution, formé par métamorphisme auxdépensde calcaires anciens, renferme, comme éléments accessoires, de la pyrite de fer, du sulfure double d'antimoine et de fer, des cristaux de grenat, etc. Les schistes micacés à lentilles d'oligiste contiennent, pour la même raison, de Tamphibole et du grenat.

C'est dans cet étage des schistes micacés grenatifères que se présentent les lentilles de minerais de fer, associées aux calcaires ou se substituant à eux, surtout [près de leur contact avec les schistes imperméables. L'épaisseur de l'étage à minerais de fer et à cipolins est estimée d'environ 300 mètres. Comme dans tous ces gisements de substitution au milieu des calcaires, le minerai passe au calcaire pur en perdant peu à peu sa richesse en minerai ; il se compose, aux affleurements, d'un mélange intime de fer oxydulé et de fer oligiste massifs, rendant 60 p. 100 de fonte dans le haut fourneau et présentant une teneur de 1 à 2 centièmes de manganèse ^ Par un phénomène, qui paraît assez général et qu'on retrouve en Suède, l'oxyde magnétique tend à dominer au voisinage des calcaires, en acquérant une très grande dureté. On peut remarquer également la présence de pyrite de fer en veinules dans les calcaires du toit et dans les argiles du mur; quelques mouches de galène ou de pyrite cuivreuse les accompagnent. Il n'est pas impossible qu'on ait là un indice d'une formation profonde sulfurée, qui, par un métamorphisme peut-être contemporain de la cristalUsation même des sédiments devenus des gneiss, aurait donné les oxydes de fer».

Parmi les divers affleurements de minerai de fer de la région, le

* Le manganèse n'est pas disséminé uniformément dans la masse, mais isolé en veines minces qu'on retrouve, au voisinage, dans les schistes.

• On a rencontré, en outre, à Mokta, une poche de chlorure de fer. Jamais on n'y a signalé de sidérose. Dans toute hypothèse, l'association des oxydes cristallins de fer, oligiste et magnétite, avec des sulfures de fer, parfois de cuivre ou de nickel, rarement de plomb ou de zinc, est un phénomène que l'on retrouve dans la plupart des gisements présentant ce type de profondeur et encaissés, interstratifiés, comme celui-ci, au milieu'des terrains cristallophylliens (Suède, Canada, etc.). Ainsi, dans les gisements analogues, à gangue de skarn, en Scandinavie, on retrouve également des sulfures ; souvent même, avec la magnétite, une certaine abondance de pyrite cuivreuse. Nous avons rencontré plus haut au Namaqualand, (page 136) cette même association de magnétite et pyrite cuivreuse.

te

LES RICHESSES MII^TÉRALES DE L^AFRIQUE

principal, celui de Mokta proprement dit, forme, au milieu des cipolins, une couche assez continue, suivie sur 2 kilomètres de long, avec des élargissements lenticulaires et des amincissements. La forme de l'afllleuremcnt (fig. 37), autrefois considérée comme dessinant une courbe concave vers le Nord, se présente, en réalité, comme à peu près rectiligne.

Le grand amas ou premier mamelon, d'abord découvert et aujourd'hui complètement dépilé, avait une inclinaison de 30*» et 40 mètres de puissance (95 mètres suivant Thorizontale). 500 mètres plus à l'Ouest, on a retrouvé un second mamelon moins gros. Vers TOuest, l'inclinaison diminue de plus en plus et l'épaisseur se réduit à 1 mètre :

ce qui est encore exploitable ; vers TEst, on est venu buter assez rapidement contre june faille. Une coupe transversale dans la région du premier mamelon (fig. 38) montre la disposition du minerai de fer, intercalé dans sa partie supérieure, entre des schistes plus ou moins argileux grenatifères, souvent un peu discordants avec le gîte, et, en profondeur, se perdant progressivement dans un banc calcaire, qu'il a sans doute complètement remplacé en haut. A la surface du sol, on trouve souvent des fragments de minerai à peine roulés, ou caillasses, qui semblent devoir être attribués à la destruction des affleurements et qui ont constitué une bonne partie de Ja production de la mine.

On distingue, à Mokta, deux minerais, tous deux mélangés de sesquioxyde et de magnétite : le minerai rouge et le minerai gris. Le gris, un peu moins riche, doit sa couleur au calcaire. Il domine en profondeur et ne contient plus de manganèse. Tous deux sont exempts de soufre et de phosphore. La teneur en titane est à noter et rapproche ce gisement de ceux de la Laponie Suédoise ou du N.-E. des Etats-Unis. L'analyse d'un minerai donne :

Fig. 38. — Coupe verticale Nord-Sud du gtte de Mokla-el-Uadid.

Fe«0»

MnH)*

SiOV

CaO.

Perte au feu 1,90

Ph 0, à 0,003

Mn 1, à 6,25

Cu 0,001 à 0,04

Titane 1, à 6

Ce minerai a pu être exploité longtemps, par suite du faible plongemenl des couches, en grande partie à ciel ouvert et dans des conditions de bon marché exceptionnelles. On l'entaillait alors par d'immenses gradins, du pied desquels partaient les wagons, qui se rendaient à Bône. Aujoui^ d*hui, les travaux sont presque exclusivement souterrains. Le cubage de la masse a été Tobjet d'évaluations très diverses ; on peut estimer que l'ensemble des gîtes de Mokta a produit environ 7 millions de tonnes.

A l'extrémité du lac Fezzara, au voisinage de Mokta, se trouve un autre gisement analogue, celui de Medja-RassouL

En plan, c'est une lentille, placée transversalement au milieu de calcaires, eux-mêmes intercalés dans les micaschistes grenatiferes. Sa longueur est d'environ 120 mètres, sa largeur de 29 mètres. A l'intérieur, se trouvent un certain nombre de filets schisteux et quelques blocs irréguliers de calcaire intercalé.

En continuant vers l'Est de l'Algérie, dans la région limitrophe de la frontière tunisienne, on rencontre une région fortement minéralisée, mais d'un caractère tout différent de la précédente, se rapprochant, au contraire, plutôt de ce que nous avons vu, en commençant cette étude sur les minerais de fer algériens, dans la région de la Tafna. Là se trouvent un grand nombre de filons sulfurés complexes, à remplissage comprenant zinc, plomb, fer, cuivre, antimoine, mercure, etc., dont je donnerai ultérieurement, au chapitre X, une description détaillée. Ceux de ces gisements, qui se trouvaient riches en pyrite de fer, présentent, à la surface, des chapeaux d'hématite, parfois très développés et susceptibles d'une exploitation fructueuse.

C'est ainsi que l'on s'est beaucoup occupé récemment d'un grand gisement d'origine probablement filonienne, nommé le Djebel-Ouenza (65 kil. N. de Tebessa) : gîte qui, dans certaines parties, renferme du cuivre et a été concédé pour cuivre, mais qui, sur des étendues beaucoup plus considérables, contient des minerais de 1er, sous forme de mines douces exemptes de cuivre, dont la mise en valeur est à l'étude.

Le gisement du Djebel-Ouenza se distingue immédiatement des précédents par ses grandes dimensions et, dès lors, par son importance industrielle possible. Les calculs, actuellement faits en vue d'une adjudication du gîte, ne parlent, en effet, de rien moins que de cent millions de tonnes de minerai de fer.

Ce gîte, encaissé dans les calcaires compacts de l'urgo-aptien, où se trouvent tant d'autres filons de la même région, qui seront étudiés au chapitre X, a été d'abord considéré comme un simple dépôt superficiel d'hématite, produit par l'altération d'un système de veines cuivreuses et concédé, en conséquence, pourfer, cuivre et métaux connexes. Des travers-bancs, faits à une profondeur de 50 mètres pour explorer ces filons de cuivre, ont, au contraire, montré la continuité de la masse

d'hématite à ce niveau et le rôle tout à fait subordonné des veines cuivreuses, la grande masse de la pyrite étant môme très pure en cuivre. Il en résulte que le gîte paraît être aujourd'hui un grand chapeaa de filon, composé d'hématite, dont la largeur est de 150 mètres, la longueur de 1 ou 2 kilomètres et l'épaisseur minima suivant la verticale de 50 mètres : ce qui conduit au tonnage précédent. Il reste, d'ailleurs, vraisemblable qu'à une profondeur plus ou moins grande on passera à la pyrite de fer légèrement cuivreuse, soit par l'intermédiaire de la sidérose, soit directement.

Pratiquement, cette grande masse de fer est exploitable à ciel ouvert comme une carrière et il en résulte une distinction légale avec le gîte souterrain, précédemment concédé en 1900. Bien que l'exploitation nécessite, soit la construction d'une ligne de 260 kilomètres versBizerte, soit la réfection totale de la ligne Bône-Guelma et le raccordement avec elle, estimés environ 16 millions, et qu'en outre l'administration demande une redevance proportionnelle d'au moins fr. 60 ou fr. 70 par tonne extraite, trois groupes importants sont actuellement sur les rangs pour obtenir la concession et annoncent l'intention d'exploiter à raison de un million de tonnes par an : la Société de Mokta-el-Hadid, un syndicat comprenant le Creusot et Chàtillon-Commentry, avec de grands établissements anglais et allemands et un groupe marseillais, qui s'est, je crois rendu propriétaire des droits éventuels ou prétendus de l'ancien concessionnaire sur la minière.

Le gîte de Djebel-bou-Kadra (44 kil. N. deTebessa) présente, avec des proportions moindres, des conditions très analogues à celles du Djebel-Ouenza. Egalement encaissé dans l'urgo-aptien, il a lui aussi, attiré l'attention, d'abord, par la présence du cuivre dans un chapeau de fer, associé avec de la barytine. Des recherches récentes ont montré, paraît-il, qu'il existait environ six millions de tonnes d'hématite, dont la concession est actuellement demandée par la Compagnie de Mokta-el-Hadid. En même temps, on a rencontré, au voisinage, un peu de calamine : ce qui me paraît en faveur du caractère de chapeau filonien sulfuré complexe, attribué plus haut à ces gisements.

Tunisie. — Enfin, si nous passons la frontière et pénétrons en Tunisie, le territoire des tribus des Nefzas et des Meknas, près de Tabarca, renferme d'importants gisements de fer, exploitables en grande partie à ciel ouvert, riches et purs en soufre, qui, en 1893, avaient été visités par E. Fuchs et que A. Prost a décrits dans les Annales des Mines de 1899*.

« J'ai résumé les notes de E. Fuchs dans le Traité des gîtes minéraux^ t. I. p. 818 à 821. — Cf. A. Prost. Sur les minerais de fer des territoires des Meknas et des Nefzas. (Ann. des mines, 9«, t. XV, p. 533 à 555 et pi. XVi et XVii). — Coll. Ecole des mines, 1935.

Ces gisements, sur lesquels 7 concessions furent instituées en 1884, ont malgré leur grand intérêt, été laissés de côté jusqu'ici, en raison d'un défaut, dont l'importance a bien diminué dans ces dernières années : la présence d'une certaine quantité d'arsenic. Actuellement, l'attention se trouve, de nouveau, reportée sur eux par suite d'un projet de chemin de fer à l'étude, qui relierait cette région au grand port de Bizerte (distant de 100 kilomètres), en suivant la vallée de l'Oued-Sedjenane.

L'historique de ces affaires est le suivant :

Dès 1881, au début de l'occupation française, la compagnie de Mokta-el-Hadid,puis le comité d'études des mines de Tabarque (auquel s'est substituée récemment la Société des minerais de fer des Nefzas) commencèrent des recherches, qui amenèrent, en 1884, l'obtention de 7 concessions (fig. 39j :

A la G'® Mokta-et-Hadid : Ras-er-Radjel (10 kil. E. de Tabarca, sur les Meknas) ; Bou-Lanague, Djebel-Bellif et Ganara (35 à 40 kil. E. de Tabarca, sur les Nefzas) ;

Au Comité d'études : Tamera, Bourchiha et Oued-bou Zenna (sur les Nefzas) près des concessions précédentes.

Le décret de concession imposait aux Compagnies des charges assez lourdes : chemins de fer reliant à Tabarca, ports à Tabarca et au cap Serrât, etc. La découverte de la présence de l'arsenic, insoupçonné d'abord, fit que les deux Compagnies n 'exécutèrent pas ces clauses et laissèrent leurs concessions inexploitées. L'avidité, avec laquelle on recherche actuellement les minerais riches, en vue de l'épuisement prochain de Bilbao, les progrès du traitement métallurgique, qui permettent d'utiliser les minerais arsenicaux, les projets de chemin de fer signalés plus haut, rendent à la région de Tabarca tout son intérêt.

Géologiquement, ces minerais de Tabarca paraissent, sous une forme spéciale, se rattacher à l'ensemble des gisements complexes, sulfurés en profondeur, oxydés à la superficie, dont il vient d'être question à diverses reprises.

Nous verrons, plus tard*, qu'à l'Est de la Calle, c'est-à-dire presque exactement à la frontière tunisienne et à peine à 20 kil. Ouest de Tabarca, se trouve le grand filon complexe de Kef-oum-Teboul, encaissé dans les schistes liguriens. A l'Est au contraire de Tabarca et au voisinage des gisements de fer que nous étudions, on a retrouvé, près de la concession de Ras-er-Radjel, à Khedeira, Ali-ben-Khalifa et dans le Djebet-Soussa, des indices de plomb, cuivre et zinc inexploitables au milieu des grès numidiens. Enfin, au Sud des Nefzas, des îlots de crétacé supérieur contiennent, en divers points, de la calamine (c'est-à-dire une altération superficielle de blende), que l'on

* Chapitre x.

i90 LES RICHESSES MINÉRALES DE L'AFRIQUE

exploite au Djebel-Sidi^Àhmed et dans le Khanguel-Kef-TotU. Il semble bien, malgré la localisation fréquente des minerais dans les grès numidiens, due sans doute à des causes physiques sur lesquelles je reviendrai, que tous ces gisements soient d*origine filonienne. On a même cherché un rapprochement entre eux et un pointement de trachyte à mica noir (rhyolite vitreux de M. Aubert), qui recoupe l'éocène : ce qui est beaucoup plus douteux.

Si nous entrons dans le détail, nous voyons que les gisements de la région de Tabarca se présentent en lentilles très irrégulières et très discontinues, mais d'apparence générale interstratifiée, au-dessous des grès, dits numidicns, de l'éocène supérieur et au-dessus d'un système marneux, avec lamelles de gypse, rattaché au môme étage, quoique sans fossiles. Le mur immédiat du minerai est, le plus souvent, formé d'une argile blanche ou bleuâtre, lamelleuse, qui, par son imperméabilité, a dû imprimer leur direction aux eaux minéralisantes ou métamorphisantes. En admettant qu'il existe réellement un gîte pyriteux, ou mémo un gîte de mispickel, en profondeur, comme le ferait supposer la présence de l'arsenic, les remises en mouvement notables, que le fer a certainement subis, ont pu être localisées par ce niveau d'argile.

Au-dessus, se développe, par places (Bou-Lanague, Djebel-Bellif, Ganara, etc.) un conglomérat à gros éléments calcaires, reliés paiun ciment ferrugineux. Le minerai de fer, par suite de sa résistance aux agents atmosphériques, beaucoup plus grande que celle des terrains encaissants, est généralement resté en saillie : ce qui lui donne, au sommet des collines, un aspect de blocs ruiniformes, qui avait beaucoup attiré l'attention des premiers explorateurs. Ces blocs, éboulés et éparpillés sur les pentes des coteaux, contribuent à rendre difficile la détermination exacte des affleurements.

Ainsi le gîte de Ras-er-Radjel paraît former une lentille entre l'argile blanche et des grès : lentille affleurant, sur 700 mètres de long, avec des épaisseurs extrêmement variables depuis 5 ou 6 mètres à l'Est jusqu'à 15 ou 20 dans l'Ouest ; son cube a été estimé à 1.200000 tonnes exploitables à ciel ouvert, plus 600 000 à prendre souterrainement.

A Tamera, le minerai de fer forme une couche de 1,50 m. en moyenne, reposant sur l'argile blanche et couvrant un grand plateau ondulé d'environ 100 mètres de long sur 300 à 400 mètres de large : cube approximatif, 1 600 000 tonnes.

A VOued'boU'Zenna, on a une suite de lentilles, dont l'une présente 6 mètres d'oligiste micacé.

Au Djebel-Bellif, le minerai (évalué à 600 000 tonnes) repose sur des argiles blanches un peu pyriteuses, tantôt en une seule couche de 4 mètres, ailleurs en trois couches de 2 mètres à 2 50 chacune.

A Bou-Lanague, un gisement, presque vertical, repose, soit sur des argiles grises, soit sur des grès ou sur des poudingues.

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