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CHAPITRE V

LES DIAMANTS DU CAP (DE BEERS, JAGERSFONTEIN, ETC

Les mines de diamants du Cap constituent, comme les mines d'or du Transvaal, une richesse exceptionnelle, du plus haut intérêt théorique et pratique, et qui mérite une description très détaillée. Cette description, je la leur ai consacrée dans un ouvrage récent, auquel je ne puis que renvoyer*.|On trouvera ici seulement un résumé de la question.

La mise en valeur des gisements diamantifères du Cap, dont je n'ai pas à raconter, en ce moment, les épisodes romanesques, remonte seulement à 1870. Auparavant, les diamants utilisés dans la joaillerie étaient venus : d'abord, de l'Inde ; puis, après 1723, du Brésil. Actuellement, on sait que ces deux antiques centres de production sont tombés à peu près à zéro et que l'Afrique du Sud a le monopole du commerce du diamant dans le monde. Par un fait qui n'a guère d'analogue dans l'exploitation des richesses minérales, toute la production des diamants se trouve, à part quelques exceptions infimes et plutôt destinées à disparaître qu'à s'accroître, concentrée entre les mains d'une seule Société,

* Je note, à litre de simple curiosité, comme autre gisement de diamants africains, le prétendu diamant d'Algérie, présenté parDufrënoy à la Société géologique (1883, IV, 164) et dont M. Lacroix a raconté l'histoire (Minéralogie de la France, t. Il, p. 354).

• 1897. L. De Launay. Les Diamants du Cap, 1 vol. de 226 p. in-8» chez Baudry. — Voir, en outre, comme publications récentes : — 1893.Stelzner. Die Diamant gruben von Kimherley (Sitzungsber. der Isis), Dresde. — 1897. T. G. Bonney. The Parentrock of the Diamond in South Afnca, (R. Soc. Proc, LXV, p. 223-236). -■ 1897. Georg. GOaicH, Zur Théorie der Diamant lagerstàtten in Sud Afrika (Zeits. fûr praktische Géologie, 1897, p. 145). — 1898. Lacroix. Sur les minéraux et les roches du gisement diamantifère deMonastery (Orangé) et sur ceux du Ginqualand (Bul. Soc. Min., t. XXI, 1" janvier 1898). — 1898. Beck. Die Diamantenlagerstàtte von Newland in Griqualand West (Zeits. f. prakt. Geol., 1898, p. 163). — 1898. Molengraafp. Diamonds at Rietfontein (Trans. of the geol. Soc. of South Africa, t. III, p. 122). — -1899. Hobbs. Les chojmps diamantifères des grands lacs d'Amérique (Journal of Geology, Chicago, mai 1899). — Zeitschnft fur praktische Géologie, 1894, p. 75, 153; 1897, p. 145; 1898, p. 117 ; 4900, p. 187. — 1899. R. Beck. Neues von den Afrikanischen Diamantlagerstàtten (Zeits. f. prakt. Geol., 416 à 419). — Oct. 1901. L. De Launay. Article Diamant dans le dictionnaire de l'industrie Lamy,2* supplément. — 1902, Gardner F.Williams. The Diamond mines of South Africa. Some account of their rise and development.

Richesses mioérales de TAfrique. 13

la de Beers, dont les mines se trouvent autour de la ville de Kimberley. En dehors de cette Société, une seule mine de diamants a une réelle importance, celle de Jagersfontein, dans l'État d'Orange, dont les diamants sont d'une qualité supérieure et qui est, pratiquement^ rattachée par des liens très intimes à la première. Je terminerai, tout à l'heure, par quelques indications sur l'extraction, le commerce et la production des diamants ; je vais d'abord résumer ce qui est relatif à leurs gisements et ce que l'on peut dire au sujet de leur origine.

Géologie des gisements. — La région, où se trouvent toutes les mines de diamants importantes de l'Afrique du Sud, est comprise dans une partie restreinte du Griqualand-West et de l'État d'Orange.

Les terrains, qui constituent celte région, appartiennent aux formations permo-triasiques, désignées sous le nom de KaroOy c'estr4-dire qu'ils se composent de couches horizontales de schistes, grès et quartzites, avec intercalations de roches éruptives interstratifiées, telles quo porphyrites augitiques, diabases ophitiques, etc.

Sans revenir sur la géologie générale de ce pays, on sait, et j'ai eu l'occasion de rappeler ici à diverses reprises, que son trait le plus caractéristique est la superposition de ces couches horizontales du Karoo, — anciens sédiments lacustres, déposés à la suite d'une émersion du continent Sud-Africain datant de la fin du carbonifère, — audessus de terrains primaires plissés et corrodés, auxquels on rattache, notamment, les conglomérats aurifères du Transvaal.

Dans la région diamantifère, ce soubassement primaire n'apparaît pas à la surface; mais il doit probablement exister en profondeur, avec les roches cristallines, granité ou gneiss, auxquelles il est luimôme superposé, et nous verrons plus loin que, d'après divers indices, l'on peut, dans les mines de diamants, se trouver avoir à compter très prochainement avec ces dernières roches granitiques.

Au milieu de ces terrains horizontaux du Karoo, se présentent, entre Kimberley et Jagersfontein, un certain nombre de pointements circulaires ou elliptiques, de 100 à 600 mètres de diamètre, correspondant chacun à une colonne éruptive cylindrique, qui s'enfonce verticalement dans le sol au-dessous d'eux. Ces colonnes, qui recoupent les terrains du Karoo en quelque sorte à l'emporte-pièce, en les redressant légèrement au contact *, sont remplies par une roche d'un vert ou d'un bleu noirâtre, bréchiforme, très altérée à la surface, et pleine de fragments hétérogènes empruntés aux terrains du voisinage, qui paraît être une brèche péridotique, avec magnétite très abondante, dérivant très probablement, par un métamorphisme à la fois dynamique et chimique,

« On a beaucoup discuté sur l'origine de ces perforations, que M. Daubrée a expli^ quécs et cru reproduire en petit par des explosions de gaz.

LES DIAMANTS DU GAP (DE BEERS, ETC.) 195

d'une roche plus profonde de la famille des péridolites ; on lui a donné le nom de kimberlite.

C'est dans les colonnes, ou cheminées éruplives, de celte brèche pérîdotique, — appelée le blue ground (roche bleue), ou, à la surface, le yellow ground (roche jaune) — et là uniquement, que se trouvent les diamants ; les terrains du Karoo, recoupés par les éruptions, n'en renferment pas la moindre trace ; on peut même ajouter, de suite, que, contrairement à des idées préconçues souvent émises au début des exploitations, la nature de ces terrains n'a aucune influence, ni sur la quantité, ni sur la qualité des diamants : les diamants sont incontestablement venus de la profondeur avec la brèche péridotique et les terrains du Karoo ont seulement joué le rôle d'un récipient cylindrique absolument inerte, entre les parois duquel cette roche diamantifère s'est solidifiée *.

Les pointements de cette brèche péridotique, petits ou grands, sont assez nombreux dans le pays et, naturellement, ont été explorés avec soin ; ils sont très loin de contenir tous des diamants et, même dans ceux où il s'en présente, on a tous les passages et toutes les teneurs, depuis le cas où le diamant n'existe que comme échantillon minéralogique, ou à l'état microscopique, jusqu'à celui de gisements riches comme ceux de Kimberley *.

Les véritables cheminées diamantifères, reconnues jusqu'ici, se trouvent sur une ligne de 200 kilomètres de long, dirigée environ N. 30** O., et allant du Hart-River (Griqualand-West), à Fauresmith et Jagersfontein (État d'Orange).

M. MouUe, en 1885, en énumérait un grand nombre du N.-O. au S.-E. (fig.40)« :

« La découverte récente de cheminées diamantifères semblables, non plus dans le Karoo, mais dans les terrains primaires à l'Est de Pretoria, vient encore d'en apporter une preuve nouvelle.

* En outre des diamants d'une taille suffisante pour être industriellement utilisés, diamants dont le plus volumineux, recueilli jusqu'ici (à Jagersfontein), pesait 971 carats (199 grammes), la terre bleue du Cap contient, comme il était tout naturel de s'y attendre, des diamants plus petits, descendant à des dimensions microscopiques, que M. Moissan a isolés par un traitement à l'acide sulfurique bouillant, à l'eau régale et à l'acide fluorhydrique et qu'il a étudiés. Il a constaté ainsi la présence, dans cette terre, de graphite en beaux cristaux brillants, hexagonaux ou lamelleux, présentant parfois l'apparence de petites cupules; avec des morceaux de diamant noir, ou carbon, arrondis et des diamants microscopiques, dont les plus petits sont à peine visibles au microscope avec un grossissement de 500 diamètres.

La même association du graphite et du diamant noir avec le diamant transparent a été reconnue également dans des sables diamantifères du Brésil.

' La figure 40 montre aussi, sur le Yaal, les principales mines de rivières, sur lesquelles on a fait autrefois quelques travaux et du côté desquelles il peut encore se produire des découvertes intéressantes dans l'avenir : 1, Hebron ; 2, Diamondia ; 3, New Hebron; 4, Pniel; 5, Good Hope; 6, Victoria; 7, Gonggong; 8, New Rush; 9, Delport's ilope; 10, Gadwood's Hope; 11, Bad Hope; 12, Waldcck's-Plan ; 13, Newkerque.

1, Newland's Kopye (sur le Hart-River) * ; 2, Radloffs Kopye; puis le groupe des exploitations de Kimberley, comprenant : 3, Otto's Kopye ; i, Kamfers Dam ; 5, Taylor's Kopye; 6, Doyl's Kopye ; 7, Sainte-Augustine ; 8, Kimberley mine; 9, de Beers; 10, Dutoitspan ; 11, aune petite

m vrai

Fig. 40. — Carte des gisements diamantifères de l'Afrique Australe, d'après M. Moullb.

(Les roches, qualiGécs méUphyres et diorites par M. Moulle, sont aujourd'hui dénommées

porphyrites augiliques.)

diabises et

distance, Bultfontein ; puis, dans TÉtat d'Orange ; 12, Olifants Kopye, et, en continuant vers le sud, Goffeefontein (ou Koffyfontein), Klipfontein (près Fauresmith), Jagersfontein, Vogelsfontein. Les seules exploi-

* Ces cheminées diamantifères sont désignées, sur la figure 40, par les mêmes numéros que les mines de rivière plus au Nord, le long du Vaal; il ne faut pas les confondre avec elles.

LES DIAMANTS DU CAP (DE BEERS, ETC

lées étaient alors Kimberley, de Beers, Dutoitspan^Bultfonteiny Jagersfontein (qui sont toujours restées les principales) et, sur une moindre

ALEXANDERSFONT£/^'

BENAfJWDHE/ûSFOf^rm

Fig. 41. — Plan montrant la disposition réciproque des quatre mines principales de la de Beers G* et l'étendue des excavations à ciel ouvert faites sur chacune d'elles en 1890.

échelle, iPo/fy/'ow^efn. Ultérieurement, on a encore, parmi ces anciennes mines, travaillé un peu celles de Kamfers Dam et Sainte^ Augustine. Depuis cette époque, les découvertes nouvelles de valeur réelle ont

été fort peu nombreuses : près des alluvions du Vaal, on a trouvé récemment la Barcley-Wesi mine ; à Kimberley, l'importante mine de Wesselton a été reconnue vers 1890 ; dans le Kaal-Valley District (État d'Orange), près de Kronstadt, on a lancé, vers 1895, la vainQ Robinson,

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Fig. 42. — Plan de la mine de Beers au niveau de 1.000 pieds (juin 1896). ÉdieUeau 1/5120.

absolument en dehors et à près de 200 kilomètres à TKst de l'alignement précédent; on s'est occupé également de quelques entreprises plus ou moins sérieuses, telles que la Leicester 9nine,etc. AuTransvaal même, à l'Est de Pretoria, on a signalé des cheminées diamantifères. Mais tout cela, sauf Wesselton, est sans grand intérêt pratique.

En général, et comme il est aisé de s'y attendre, la teneur et la qualité des diamants sont très variables d'une mine à l'autre et même,

LES DIAMANTS DU GAP (DE BEERS, ETC

dans une mine déterminée, d'une portion à Tautre de la cheminée éruptive * ; par contre, ces mômes éléments semblent présenter une constance, (qu'il ne faudrait pourtant pas exagérer), sur une colonne verticale déterminée : il est évident que les plus légères variations dans les conditions qui ont présidé à la formation du diamant en profondeur ont eu une influence essentielle sur sa cristallisation et que ces conditions, à peu près constantes en un point donné ou pour une venue

Fig. 43. — Coupe Nord-Sud de la mine de Beers (juin 1893). Travaux complétés

en traits interrompus jusqu'en juin 1896.

Échelle au 1/3120.

unique, se sont très notablement modifiées avec les points ou avec le temps.

Entrons maintenant dans quelques détails sur la disposition des principales cheminées diamantifères, qui se trouvent autour de la ville de Kimberley : à savoir celles de Kimberley, de Beers, Dutoitspanei BuUfontein. La carte ci-jointe (fîg. 41) montre la situation réciproque de ces quatre grandes mines et permet déjuger, en môme temps, delà forme

* Ainsi les diamants de Bultfontein formaient, presque toujours, de petits octaèdres, souvent tachés; ceux de Dutoitspan étaient plus gros, souvent teintés, rarement tachés; ceux de Kimberley et de Beers ont un éclat plus métallique; à Kimberley, l'ouest et le nord-est sont caractérisés par des octaèdres bruns enfumés ; le nord par du boort, le sud et le centre par la quantité des fragments.

Le centre parait toujours plus riche que la périphérie.

de leur affleurement. Des plans et coupes ci-joints (fig. 42 à 44) achèvent d'éclaircir leur allure.

Les superficies sont les suivantes :

De Beers : 7,48 hectares (210 mètres sur 330 mètres) ; Kimberley : 12,4 hectares (150 mètres sur 300 mètres) ; Dutoitspan : 14,28 hectares (260 mètres sur 670 mètres) ; Bultfontein : 10,90 hectares (cercle de 345 mètres de diamètre).

Les terrains recoupés par la venue éruptive sont de haut en bas :

Terrains superficiels et terre rouge 10 mètres.

Diabase labradorique à olivine, ou Ophite à labrador

et à olivine 17 à 21 —

Schistes noirs 71 à 83 -

Conglomérat environ 3,50 —

Diabase ophitique (hard rock) 132 à 135 mètres.

Quartzite plus de 200 —

452 mètres.

Ce sont ces diverses couches qui, perforées verticalement, ont donné passage aux éruptions de la brèche diamantifère.

Ces perforations se présentent parfois comme de véritables cylindres de révolution, dont le meilleur type est à Bultfontein ; mais, presque partout, leur section horizontale est plus compliquée, et quoique les parois soient, le plus souvent, très verticales, il peut se présenter, en profondeur, des élargissements ou des rétrécissements, transformant le pointement circulaire en un dyke plus ou moins allongé, ou même en un véritable filon.

A la mine de Kimberley , notamment, il semble bien (fig. 44) que, dans les derniers niveaux atteints, les parois de la cheminée vont en se rapprochant Tune de Tautre dans le sens Nord-Sud, de manière à transformer le cercle en une ellipse de plus en plus étroite, qui s'allonge, sans doute, suivant la direction de la fracture primitive. Et (probablement, par une simple coïncidence) on a observé, en même temps, une diminution sensible dans la teneur, tctndis que celle-ci s'accroît, au contraire, légèrement dans les niveaux les plus profonds de la de Beers.

Par contre, à la de Beers, à 400 mètres de profondeur, la cheminée diamantifère reste toujours absolument cylindrique.

Dans les cheminées diamantifères de Kimberley, Faction perforatrice a eu une intensité des plus remarquables et les signes en sont manifestes. Les parois des terrains recoupés sont tranchées net, et, parfois même (au Nord de Kimberley) il a subsisté un certain intervalle entre la paroi et la roche encaissante : intervalle rempli d'éboulis, ou contenant des druses de carbonate de chaux , avec poches de gaz explosif; mais, le plus souvent, soit la montée de la roche éruptive, avec tous les fragments durs et hétérogènes qui y sont englobés, soit encore le

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phénomène explosif lui-même, y a tracé une série de stries, tout à fait comparables aux stries glaciaires (produites elles-mêmes, dans des conditions quelque peu comparables, par les blocs rocheux du fond, sous la pression énorme de la glace).

Nous arrivons enfin à la description de la roche diamantifère ellemême,qui est d'une nature toute particulière et dont l'étude détaillée conduit à des résultats fort curieux.

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Fig. 44. — Coupe Nord-Sud de la mine de Kimberley au 30 juin 1895. Complétée on traits interrompus jusqu'en 1896.

ɫhellcau 1/5120

Au-dessous du niveau d'altération superficielle, où elle a été oxydée et jaunie {yellow ground) , cette roche, quand on peut l'observer sous sa forme de profondeur et telle qu'elle a dû se consolider dès l'origine, se présente à l'état d'une pâte vert bleuâtre ou noirâtre {hlue ground) » contenant de très nombreux cristaux de péridot, d'enstatite, de grenat, un peu de mica noir et des fragments de toutes sortes d'autres roches, schistes, quartzites, diabases, porphyrites, granités, granulites, etc . [floating reefs)^ qui, surtout dans les parties hautes du gisement, lui donnaient un aspect tout à fait hétérogène, et, joints à sa très facile

décomposition à Tair *, ont contribué à inspirer autrefois cette idée inexacte qu'il n'y avait là qu'une sorte de boue solidifiée, d'orijçine superficielle. En laissant de côté ces débris étrangers, dont il es^ beaucoup plus facile qu'on ne l'a dit de faire abstraction, on constate que l'on aaffaire, en réalité, à une roche bien définie, dont le caractère profondément basique est hors de doute, et qui semble résulter très nettement de la scorification interne d'un bain de fonte magnésienne, suivie d'un déplacement vertical des cristaux ainsi formés, entraînés dans un excès de vapeur d'eau.

Cette roche, qui est presque entièrement serpentinisée, présente, en effet : d'une part, une pâte chargée de produits d'altération (liématite, limonite, opale, serpentine, plus rarement calcite), et absolument criblée de cristaux de magnétite ; d'autre part, de grands cristaux d'olivine, généralement serpentinisés ou transformés en limonite ».

Les diamants sont répartis dans cette roche avec une régularité relative, qui est vraiment curieuse, étant donné le caractère pourtant adventif de ce minéral, disséminé dans une sorte de scorie.

La moyenne par load, c'estrà-dire par wagonnet représentant environ 0,4S:2 m*, de minerai abattu ou 0,288 m* de minerai en place, a été, année par année, la suivante, aux mines de Kimberley et de Beers (en carats de 0,2089 gr.).

Carat. Fr.

1888-89 1,28 valant 24.40 par carat.

La diminution progressive de teneur, qui résulte de ce tableau, tient, en grande partie, à ce que l'on utilise, de plus en plus, des parties pauvres du minerai, d'abord rejetées. L'accroissement énorme et sans doute momentané du prix des diamants en 1902 est attribuable à

' La roche se désagrège très vite à l'humidité, en laissant seulement des fragments plus résistants, les lumps, à peu près de môme composition. On utilise cette pro priété dans le traitement.

• Le péridotest fréquemment rubéfié par transformation en un silicate ferrugineux hydraté brun rouge.

LES DIAMANTS DU CÂP (DE BEERS, ETC.) 203

répuîsement des stocks par suite de Tarrèt des exploitations pendant le siège de Kimberley.

En moyenne, on voit qu'il faut remuer 2,5 m^ de roche abattue {1,5 m.' de roche en place) pour trouver un gramme de diamant.

Le mode de formation de ces roches éruptives diamantifères s'est trouvé très éclairci, dans ces dernières années, par les belles expériences synthétiques de M. Moissan, reproduisant le diamant au moyen d'un bain de fonte surcarburé, refroidi brusquement dans un creuset, où «a tendance à la dilatation amenait une compression violente. Les conclusions qu'on en pouvait déduire ont été confirmées par la découverte •de diamants dans des météorites, des fers natifs naturels et même dans des aciers d*usines. La théorie très vraisemblable, qui en résulte et que je me borne à énoncer ici sans la discuter*, est la suivante :

Il a dû exister, à une époque mal déterminée, mais postérieure au trias, sous la portion de l'Afrique Australe, où sont aujourd'hui les mines de diamants, un bain métallique interne plus ou moins profond, mais infragranitique, composé essentiellement de fonte magnésienne :surcarburée, qui a successivement produit les diverses coulées de roches diabasiques, intercalées dans les terrains du Karoo, et, enfln, les roches diamantifères, représentant un terme extrême de basicité.

Dans ce dernier cas, un phénomène éruptif, analogue à ceux qui ont perforé ailleurs les cratères volcaniques et qu'il semble assez logique d'attribuer à une explosion de gaz hydrocarbures (peut-être provoquée par l'introduction d'une masse d'eau superficielle jusqu'à ce bain fondu, après une dislocation du sol), a ouvert, le long de fissures préexistantes, des vides cylindriques, où s'est élevée, postérieurement, la roche basique diamantifère, produite elle-même par la scorifîcation du bain fondu. Cette roche a amené au jour des diamants, formés par la cristallisation en profondeur et sous pression du carbone de la fonte, qui, d'autre part, en se combinant avec l'hydrogène de l'eau superficielle, a pu lui même déterminer l'explosion d'hydrocarbures, par laquelle se ;Sont ouvertes les cheminées. Et l'on peut même se demander si la pression nécessaire à la cristallisation du carbone en diamant n'aurait pas, comme dans les expériences de M. Moissan, été produite par la solidification brusque d'une partie de cette fonte magnésienne qui e contenait, en présence d'une introduction soudaine de masses d'eau.

Cette partie solidifiée aurait alors subi une sorte de pulvérisation, puis une ascension rapide, dans laquelle la roche aurait pris son allure bréchiformc actuelle.

Le carbone aurait donc cristallisé dans ces conditions de magma

* Voir, pour cette discussion : les Diamants du Cap, p. 214 à 223.

basique et péridotique, où nous sommes habitués à trouver le platine. For, le fer chromé, la magnétite et, accessoirement, la chalcopyrite ou la pyrrhotine nîckelifère.

Ce serait un gisement de profondeur de plus à ajouter à tous ceux que nous rencontrons dans cette description des richesses minérales africaines, quoique très différent des autres par ses caractères.

Résultats économiques. — Industriellement, j'ai déjà dit que toute la production diamantifère du monde était concentrée entre les mains d'une seule Société (la de Beers), qui, pour éviter la surproduction, a fermé toutes ses mines, à TexcepUon de deux, la Kimberley et la de Beers.

Ces mines sont aujourd'hui exploitées souterrainement, avec remblayage progressif, comme pourraient l'être des mines de houille et, à Kimberley, on a atteint 800 mètres de profondeur. Les roches extraites sont soumises à une désagrégation à Tair sur des terrains, nommés floors, puis à un broyage et à une préparation mécanique, qui ont pour effet d'en isoler et d'en concentrer progressivement les diamants.

En résumé, les frais par carat de diamant trouvé sont montés aux chiffres suivants :

9fr.i8 8fr. 24 8 fr. 27 9 fr. 37

Toute la production de diamants est achetée, à un prix fixé d'avance, par un syndicat. On a vu plus haut les prix de vente pour la Compagnie de Beers. A la mine Jagersfontein, où la qualité est supérieure, ces prix sont un peu plus élevés. Ainsi, en 1900, le carat moyen, valant 44 fr. 7S à la de Beers, valait 50 fr. 90 à Jagersfontein.

Le nombre de carats produits par la de Beers depuis 1889 a été le suivant (en milliers de carats) :

Au 30 juin 1901, l'Afrique du Sud avait produit environ 69 millions de carats de diamants (14 tonnes), qui ont été vendus brut et sur place 2 milliards 160 millions.

La production annuelle de la de Beers dépasse, actuellement, une valeur de 100 millions : 105 millions en 1899, 54 en 1900 (année du siège de Kimberley), 115 en 1901. Le nombre des ouvriers employés est de 1500 blancs et 6700 noirs en moyenne.

A la mine Jagersfontein, la teneur moyenne a été : en 1895, de 11,38 carats aux 100 loads, valant 38 fr. 85 le carat; en 1896, de 11,63 valant 46 fr. 60 le carat.

LES DIAMANTS DU CAP (DE BEER8, ETC.) 205

En dehors des grandes mines que je viens de décrire, on annonce, périodiquement, la découverte, dans l'Afrique du Sud, de quelque cheminée diamantifère nouvelle, donnant lieu au lancement d'une Société, qui fait rarement parler d'elle plus longtemps qu'il n'est nécessaire pour placer ses actions. Il est certain que des roches éruptives analogues à la Kimberlite et contenant, comme elle, quelques diamants, sont nombreuses en Afrique du Sud ; mais aucune ne paraît, jusqu'ici, fructueusement exploitable. Je ne parlerai donc pas de ces météores éphémères * , dont les plus récents sont la Frank Smith, VElandsdrifl, la Lace Diamond, etc.; mais quelques petits gisements, reconnus auTransvaal, ont donné lieu à une constatation géologique intéressante, qui, sans présenter rien d'imprévu, confirme la théorie développée plus haut sur l'origine profonde du diamant; j'en dirai, à cause de cela, quelques mots.

Ces gisements, décrits par M. Molengraaff ', ont été trouvés : l'un, en 1897, à Rietfontein, (27 kil. Est de Pretoria) ; les autres à Kaalfontein, dan» le voisinage, à Elandshoek et Franspoort. Ils sont constitués par de véritables cheminées de péridodite diamantifères, qui, ici, est non pas intercalée dans les terrains du Karoo, mais encaissée dans les couches plus anciennes de la série de Pretoria. Gela achève donc de démontrer que le diamant n'a pas été emprunté à des combustibles du Karoo recristallisés, comme on l'avait parfois soutenu, mais vient réellement des scories basiques internes.

Dans toutes ces petites mines, même celles qui ont le plus attiré l'attention, la teneur n'atteint pas 10 carats aux 100 loads, contre près de 100 carats dans le même volume de minerais à la de Beers. A la Koffyfonieiny elle est à peine de 4 à 5 carats, à la Driekopjes de 3,73, à la Barcley West de 5 à 6 carats. La Fi^anksmith, dont la teneur, d'après les prospectus d'émission eux-mêmes, ne dépasse pas 6 carats, prétend compenser cette faible teneur par une qualité de diamants supérieure à celle de toutes les autres mines.

* On trouvera, dans mon ouvrage sur les Diamants du Cap, pages 62 à 70 la description des mines qui existaient en 1897.

• Diamonds al Rietfontein (Trans. of the geol. Soc. of Soulh Africa, t. III, p. 122, 1898).

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