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CHAPITRE VI

LES PHOSPHATES DU NORD DE L'AFRIQUE TooqueTille. — Souk-Axrhafl ^ — Tébessa. — Gaféa. — Kalaat-ea-Senam, etc.

La question des phosphates présente, pour tout le Nord de l'Afrique, une importance considérable. Cette substance précieuse et de plus en plus demandée par l'industrie agricole semble, en effet, constituer, du Maroc à l'Egypte, une longue traînée plus ou moins continue, dont quelques points seulement, par suite de circonstances particulièrement favorables, ont pu être utilisés jusqu'ici, [mais dont beaucoup d'autres sont appelés à l'être à mesure que les moyens de communication se créeront *.

* On trouve, suivant les cartes, les orthographes les plus variables : Soukahras. Soukarhas, Souk-Arrhas, etc.. C'est une observation qu'on est obligé de faire pour la plupart des noms algériens. Citons seulement ici Kalaat-es-Senam ou Guelaat-es- Snam.

* Voir, sur cette question des phosphates africains (et sur celle des phosphates sénoniens du Nord de la France, qui présente avec elle , quelques rapports),—- outre les ouvrages cités dans mon Ti*aité des gîtes minéraux et métallifèi^es, 1. 1, p. 403, et la bibliographie insérée dans le Bulletin de la Société Géologique, à l'occasion de la réunion d'Algérie en 1896 — , les mémoires suivants : ISSS.Ph.Thomas. Sur la découverte des gisements de phospfiates de chaux dans le Sud de la Tunisie (G. R. Ac. des Se., 7 déc. 1885 et 9 mai 1887). — 1888. J. Ortlieb. Quelques mots sur les roches phosphatées et sur les boues geysériennes de V Algérie (Bull. Soc. belge géol. Bruxelles. 1888, p. 153-156). — 1888. Pomel. Le suessonien à Nummulites et à phosphates des environs de Souk-Ahras (Ass. française, Congrès d'Oran). — 1890. £. Ficheur. Description géologique de la Kabyliedu Djurdjura (thèse de doctorat, Alger). — 1891. Bleicher. Sur la structure microscopique des roches phosphatées du Dekma (Constantine) (C. R. Ac. Se. 1892, p. 1 022). — 1891. Thomas. Gisements de phosphate de chaux des hauts plateaux de la Tunisie (B. S. 6. F., 3«, t. XIX. p. 374). — 1891. Pomel et Ficheur. Les formations éocènes de V Algérie (C. R. Ac. Se, t. GXllI, p. 26). — 1891. De Mergey. Sur les gîtes de phosphate de chaux de la Picardie (B. S. G. F., 3«, t. XIX, p. 85i). — 1892. MuNiER Chalmas. Origine des phosphates de la Somme (B. S. G. F., 21 mars 1892). — 1890-1893. Lasne. Terrains phosphatés des environs de Doullens (B. S. G. F., 3-, t. XVIII, p. 227 et t. XX, p. 211). — J. Benard. Les phosphates d'Algérie et de Tunisie (Meaux. Le Blondel. in-8»,2i p.). — 1894. A. Gautier. Sur un gisement de phosphates de chaux et d*alumine contenant des espèces rares ou nouvelles et sur la genèse des phosphates et nitres naturels (Ann. d. M., IX«, t. V. p. 5 à 54). ^ 1894. Blayac. I. Description géol. de la région des phosphates du Dyr et du

La mise en valeur de ces gisements phpsphatés est récente et encore incomplète.

En 1873, M. Thomas avait constaté l'existence, dans la région Sud du Tell de la province d'Alger, d'un étage suessonien, riche en phosphate de chaux. De 1883 à 1887, le môme géologue, puis M. Aubert, ay cours de ses études sur la carte géologique de la Tunisie, reconnurent la présence de phosphates, également suessoniens, dans le Sud de la Tunisie et la région de Gafsa. Dans les années suivantes, on fit quelques essais d'exploitation assez malheureux près de Souk-Arrhas dans le département de Gonstantine, près de la frontière tunisienne, puis en 1890, du côté de Béja, au Nord de la ligne de Gonstantine à Tunis, autour du Kef, vers Djebba, etc. Mais c'est seulement depuis 1892 (et même, plus exactement, depuis 1894), que l'industrie des phos-

Kouifprès Tébessa; H. Note sur les lambeaux suessoniens à phosphate de chaux de Bùrdj Redir et du Djebel Mzetta, près BordJ bon Arréridj (province de Gonstantine), (Ann. d. M., IX«, t. VI, p. 319 à 338). —1894. Pallary. Phosphates d* alumine de Misse Rgheiss; phosphates des environs (TOran^ etc. (As. Fr. Av. Se. G. Caen, 1" partie, p. 148; 2* partie.p. 431-439). — 1894. D. Levât. État actuel de la production et de la consommation des phosphates, gisements de phosphate de chaux et gisements de calamine de la Tunisie (Assoc. franc, pour l'avanc. des Se. Congrès de Caen). — 1895. D. Levât. Étude sur Vindustrie des phosphates et superphosphates {Tunisie. Floride, Scories basiques) (Ann. d. M.,. IX-, t. VII. p. 1 à 260). — 1895.

B. KossMANN. Der Phosphat Bergbau von Tebessa in Algérien (Berg und Hût. Z. 1896. n» 49). — 1895. Jacob. Sur les gisements de phosphate de chaux du plateau de Cheria {cercle de Tébessa) (Ann. d. M., IX\ t. VIIL p. 237 à 248).— 1895. Ficheur. Étude géologique sur les terrains à phosphate de chaux de la région de Boghari (Alger) (Ann. d. M., IX«, t. VIII, p. 248 à 281). —1895. Ficheur et Bl.wac. Notice sur les terrains à phosphate de chaux de la région de Sidi Aïssa (Alger), (Ann. d. M., IX*, t. YIII, p. 281 à 290). — 1895. Blatac. Lambeau suessonien de Birin. Le suessonien à phosphate de chaux du Djebel Mahdid près M. Sila (province de Gonstantine) (Ann. d. M., IX», t. VIII. p. 290 à 3lK)). — 1893. Malbot. Étude comparée des phosphates algériens (Ann. Phys. et Chimie; C. R.. t. CXXI, p. 442-445). — 1893. Garnot. Sur la composition des cristaux observés dans les scories de déphosphoration , Sur un gisement de phosphates d'alumine et de potasse trouvé en Algérie et sur la genèse de ces minéraux. Sur la composition de quelques phosphates d'alumine (wawellites, turquoises, odontolites) (Ann. d.M., IX», t. VIII, p. 300 à 329). — 1896. Cayeux. Sur la constitution des phosphates de chaux suessoniens du Sud de la Tunisie (C. R., t. CXXIII, p. 273), — 1896. M. Strahax. Graies phosphatées d'Angletei*re (Quart, journ. géol. Soc., XL VII' p. 356, août 1891 et LU, p. 463, août 1896). — 1896. GossELET.iVo/e «ur/e^t^l/e^ de /}Ao«pliate de chaux d'Hem-MonacUy d*Etaves, du Ponthieu, etc. (Ann. Soc. géol. du Nord, t. XXIV, p. 109; C. R. 3 août 1896. p. 290 ; B. S. G. F., t. XXIV. p. 878). — 1896. Priem. Sur les poissons de la craie phosphatée des environs de Péronne (B. 8. G. F., t. XXIV, p. 9 à 23). — 1898. D. Levât. Sur les phosphates noirs des Pyrénées (C. R. 21 nov. 1898. Ann. d. M. janv. 1899, 100 p. et 2 pi.). — 1902. Gosselet. Observations sur la craie phosphatée de la Somme. (B. S. G. F. ; C. R., 3 fév. 1902, p. 19 et 20).

— 1902. Pervinquiére et Blayac. Sur l'éoeène de Tunisie et d'Algérie (B. S. G. F ;

C. R. 3 fév. 1902, p. 21 à 23). — L. Château. Les gisements de phosphate de chaux dans les provinces de Gonstantine et d'Alger {Mém. Soc. ing. civils, 120 p. et 2 pi.).

— Dujast. Les phosphates d'Algérie. (Rev. gén. Se, 8» an., p. 769-783). — L. GrannEAU. Les gisements de phosphate de chaux de l'Algérie (28 p. Ann. Soc. Agron. fr. et étr.). — 1901. De Grossouvre. Recherches sur la Graie Supérieure (Mém. Carte Géol.).

phates algériens est entjrée dans une phase réellement prospère avec la mise en exploitation intensive de la région de Tébessa (plateau du Dyr, puis du Djebel Kouif et d*Aïn Kissa), où se sont organisées successivement la Compagnie Grokston (1892), la Compagnie Jacobsen (The Constantine Phosphate C®) et diverses autres*. Plus récemment, après d'assez longs pourparlers, l'importante Compagnie de Gafsa s'est constituée, en 1898, sous le patronage des Compagnies de Saint-Gobain, Mokta el Hadid, etc.; elle a rapidement construit la ligne de 350 kilomètres, qui la relie à Sfax et, malgré un accident désastreux à la fin de 1900, est outillée pour une production de 300000 tonnes. La statistique de l'industrie minérale mentionne, pour l'Algérie : une

* On sait à quelles violentes polémiques a donné lieu la question des phosphates algériens et comment les procédés de discussion haineux, trop habituels à ce malheureux pays, ont trouvé là un champ favorable pour s'exercer. Sans vouloir entrer en aucune façon dans la discussion, il peut être intéressant de rappeler les phases principales de cette affaire célèbre. (Voir, à ce sujet, une thèse pour le doctorat en droit, soutenue à Paris le 24 mai 1901 par Jules Gastu).

C'est en 1890 que l'attention du public fut attirée sur les gisements phosphatés de Tébessa, jusqu'alors connus seulement des géologues. Dès le 25 novembre 1890, une autorisation d'exploiter fut accordée, sur le Djebel Deckma, à M. Weterlé, qui la recéda à M. Packard; l'entreprise ne réussit pas. Une autre autorisation, relative au Dyr, demandée par M. Laporte et rétrocédée, pendant les formalités, à M. Grokston. fut définitivement approuvée par la préfecture de Constantine le 19 janvier 1894. Une troisième, concernant le Djebel Kouif, demandée en 1902 par un indigène, rétrocédée à M. Bertagna. puis à M. Jacobsen, fut approuvée le 25 septembre 1893. Enfin, une quatrième, également relative au Dyr, fut accordée le 19 janvier 1894, à M. Barboutie, qui recéda ses droits à la Compagnie des phosphates de Tébessa. Les phosphates n'étant pas concessiblcs et leur propriété étant laissée par la loi au propriétaire du sol, ces trois dernières autorisations étaient accordées, avec approbation préfectorale, par la commune mixte de Morsott, sur le territoire de laquelle se trouvaient les gisements.

Sur ces entrefaites, la richesse des dépôts phosptilités, jusque là très problématique, s'étant trouvée démontrée, une campagne de presse commença pour obtenir la révocation de ces concessions (dont deux se trouvaient être passées dans les mains d'Anglais), en les déclarant, tant obtenues par dol qu'illégales pour diverses causes.

Une commission interministérielle fut d'abord nommée et son rapporteur, M. Aguillon, déposa son rapport le 22 juin 1895 ;le 9 juillet 1895, il y eut interpella- Uon au Sénat ; le 14 août 1895, nomination d'une commission d'enquête ; le 12 octobre 1895, premier décret, réglementant, pour l'avenir, les concessions des phosphates ; le 23 octobre, arrêté préfectoral (annulé par le conseil d'Etat, le 7 août 1897), rapportant les autorisations accordées aux concessionnaires. Puis vinrent : des instructions criminelles (terminées par des non-lieux) contre les fonctionnaires mêlés à raffaire ; une interpellation à la Chambre le 21 décembre 1893; le dépôt d'un projet de loi sur les phosphates (bientôt abandonné), le 20 janvier 1896; enfin un important procès, engagé par l'administration pour obtenir l'annulation des concessions : procès perdu devant le tribunal de Guelma le 11 novembre 1897 et, définitivement, en appel, devant la cour d'Alger, le 10 mai 1899.

En résumé, les concessions antérieures ont été confirmées, et le régime légal des phosphates de chaux en Algérie a été réglé, pour l'avenir, par un décret du 25 mars 1898, stipulant la nécessité d'une adjudication toutes les fois que les gisements ne dépendent pas d'un terrain de propriété privée au titre français et établissant un droit de 50 centimes par tonne de phosphates à l'exportation.

extraction de 269 SOO tonnes, à 20 francs, en 1898; 325000 tonnes, à 20 francs, en 1899; 319422 tonnes, à 20 francs, en 1900 (le chiffre de 20 francs, reproduit d'année en année, étant évidemment conventionnel*).

Cette production se divise approximativement ainsi, entre les diverses Sociétés exploitantes :

tonnes.

■ ^J^^^^ ^<'*"/ (Société de lOmnîum) 110 000

DE \ A/e6c/ Dyr Smc/ (ancienne Société Grok/ton) 90000

TéBEssA ) '^"* Kissa (amodié à la Société française de Tébessa, qui a

' ( recédé, en grande partie, ses droits à l'Omnium) 50 000

BÉoioN / Tocqueville (38 kil. O,,40«. S. de Sétif et 14 kilom. de Tixter) . 50000 OUEST \ Bordj Redit (58 kil. 0.. 32», S. de Sétif, relié à la station d'EI- DE 8ÊT1P. \ Anasser) 10000

En outre de ces exploitations organisées, sur lesquelles je reviendrai plys loin, on considère, comme pouvant être mise en valeur dans un avenir assez court : la région à l'Est de TocqtAeville^ qui vient d'être amodiée; le plateau du Dj.-Mzita (7 à 8 kil. N. de Bordj-Redir), dont on prépare l'amodiation et le territoire militaire au Sud deTébessa. Au contraire, le DyrNord, qui avait semblé d'abord, en raison des résultats obtenus au Dyr Sud, la première région à mettre en adjudication, n'a pas, vérification faite, justifié les espérances qu'on en avait conçues.

En Tunisie^ les extractions de Gafsa ont commencé, en 1899, avec 70.000 tonnes, valant, sur place, 840 000 francs. En 1900, elles ont monté à 178 000 tonnes, valant, sur place, 3.90o.000 francs. En 1901, on a dépassé 190.000 tonnes, et l'on pense arriver à 260.000 en 1902.

Géologie des gisements phosphatés. — Les conditions géologiques, dans lesquelles se présentent ces gisements, sont d'autant plus intéressantes à étudier qu'elles ne paraissent pas constituer un fait accidentel, mais correspondre, au contraire, à des lois générales de dépôt, (également réalisées, par exemple, dans l'aptien d'Angleterre ou le sénonien de Belgique), Il semble bien démontré que tous ces dépôts phosphatés se sont formés, dans des eaux peu profondes, au. voisinage d'une côte, pendant une période d'ingression marine, qui, dans le cas de l'Algérie, partant du Nord, s'est étendue peu à peu vers le Sud-Est. Pratiquement, il en résulte la très grande extension de ces dépôts algériens et tunisiens sur la longueur des côtes sinueuses de la mer suessonienne (éocène inférieur), dont le côté libre était vers le Nord et,

* Le prix, de vente des phosphates dans les ports de la Méditerranée était, en avril 1900, de 0^73 l'unité pour les phosphates de première catégorie (63 à 70 p. 100), de 0,72 pour ceux de seconde (58 à 63 p. 100). En mai 1902, on cote, pour les mêmes qualités, respectivement 0,56 et 0,54. Ces phosphates sont garantis & moins de 2 p. 100 de fer et d'alumine.

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par suite, la possibilité de les retrouver, avec assez de facilité, d'après les données générales de la carte géologique, là même où leurs affleurements n'ont pas été signalés jusqu'ici *.

Nous allons commencer par quelques renseignements généraux sur ces gisements et nous verrons ensuite l'interprétation que l'on peut tenter des faits observés.

Les niveaux phosphatés algériens et tunisiens, ont été d'abord considérés comme appartenant tous au môme étage, situé à la base de Téocène inférieur ou suessonien (dans le thanétien), au contact du Crétacé, représenté lui-même par des étages divers, souvent par le sénonicn -. On est porté à croire, aujourd'hui, d'après des observations de M. Pervinquière, que, si les phosphates de Tébessa sont bien de cet âge, ceux de Gafsa sont, probablement, un peu plus récents et de l'éocène moyen.

Dans toute la région de Tébessa, qui a été particulièrement bien étudiée, en raison du grand développement pris par les exploitations depuis 1894, la coupe, très typique, est la suivante, de haut en bas :

C — Calcaire coquillier (lumachelle). dans le Sud de la Tunisie, faisant place à d'épais calcaires nummulitiques dans le centre et le L Nord de la Tunisie.

THANÊTiBN 1 ^ ~ Nivcau à phosphates. Alternances de marnes avec nodules et (Suessonien ! de calcaires phosphatés.

inféneur). / ^ — Limons argileux noirs de puissance variable (120 mètres au f Dyr, près Tébessa) , saturés de chlorure de sodium et de gypse, avec silex caractéristiques*, noirâtres ù l'intérieur, blancs extérieure- \ ment (pris par les indigènes pour des ossements pétrifiés). — Discordance de stratification.

CRÉTACÉ — Etages variables.

Pratiquement, la place du niveau phosphaté, sous les bancs de

* Inversement, on peut remarquer combien, le caractère littoral des gîtes phosphatés étant une fois bien démontré, le tracé minutieux de leurs affleurements, qu'un intérêt pratique conduit à établir, devient utile pour reconstituer la géographie ancienne de la terre et la position des rivages à l'époque correspondante.

* Je laisse de côté, en ce moment, les niveaux, sans importance pratique, du crétacé ou du miocène, dont il sera dit un mot plus loin,

' La formation de ces silex est, on le sait, généralement considérée comme le produit de réactions secondaires et postérieures au dépôt, ayant déposé de la silice, (empruntée aux spicules des éponges et aux radiolaires), autour de certains centres d'attraction, souvent organiques, ou l'ayant substituée à des nodules anciens (parfois à du gypse, dans les silex nectiques). On ne peut donc pas en déduire à priori des i'onclusions précises sur le mode de dépôt. Mais on trouve, fréquemment, avec le phosphate, de la glauconie, c'est-à-dire un hydrosilicate de fer potassique, assez caractéristique des vases bleues, qui marque un rapprochement très habituel du fer et du phosphore dans leurs gisements. Il est à noter que cette association caractéristique de la glauconie et du phosphate (fer et phosphore), se retrouve, dans des gisements de tous âges : par exemple, dans la craie glauconieuse du rholomagien. A la base de celle-ci, une couche de marne glauconieuse, parfois sableuse, renferme de petits nodules phosphatés ; puis vient la craie dure mouchetée de glauconie avec silex gris.

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calcaire coquillier et au-dess^rus des limons noirs à silex, est très caractéristique et le rend très facile à retrouver.

Théoriquement, l'interprétation immmédiate de cette coupe (et des descriptions de détail, par lesquelles elle sera bientôt précisée), c'est qu'après une période d'émersion et un mouvement du sol, caractérisés par la discordance (fréquente mais non constante) entre le crétacé et Téocène, les eaux de la mer, revenant sur la région algérienne, y ont, d'abord, formé des lagunes tranquilles et peu profondes, où se sont déposés, avec des argiles noires, des produits salins de concentration. Puis, il y a eu un certain approfondissement, sans que la côte se soit notablement éloignée ; le caractère marin s'est accentué ; on s'est trouvé, au maximum, dans cette zone, (dite bathyale par M. Haug*), 6ù, entre 80 et 900 mètres de profondeur, se déposent surtout les boues bleues, riches en matières organiques et en sulfures. C'est le moment où ont dû se déposer les phosphates. Les conditions, nettement littorales, de la formation phosphatée sont, en effet, caractérisées, partout où on l'observe, par l'entrelacement des couches, aussi bien que par l'abondance des dépôts organiques. Le fait que les phosphates algérotunisiens sont : les uns, ceux du Centre et du ?^ord, dans Téoccne inférieur; les autres, ceux du Sud-Est, dansl'éocène moyen, paraîtrait indiquer que, pendant la période suessonienne,la mer aurait gagné peu à peu vers le Sud, reportant, de plus en plus loin, dans ce sens, son rivage. Cette transgression de Téocène moyen, hypothétique à Gafsa, est très marquée au Sud de Mactar.

En ce qui concerne cette question d'âge, M. Pervinquière a remarqué, récemment S que, dans quelques points privilégiés de l'Algérie comme le synclinal du Dyr, près Tébessa, fameux par ses phosphates, la sédimentation a dû être continue du crétacé au tertiaire. Sur les calcaires sénoniens à inocérames, reposent alors des marnes bleues ou noires (A de la coupe précédente), atteignant 200 mètres d'épaisseur au Kalaat-es-Senam' et au milieu desquelles la limite inférieure de l'éocène est impossible à tracer.

Puis vient le niveau phosphaté de la région de Tébessa (B), dont le fossile le plus typique est un grand nautile voisin du N. Forbesi et qui supporte quelques bancs de calcaire à silex noir ou chocolat (C), où apparaissent de petites nummulites, du reste très rares. Au-dessus d'eux se dresse la masse des calcaires cristallins, très riches en nummulites, parmi lesquelles N. Rollandi. (Mun. Chalm.) qui appartiennent encore à l'éocène inférieur.

* Hauc. Les géosynclinaux et lésait 9s continentales (B.S. J .F., 3« série, t. XXVIII, p.62j ) .

* G. R. S. G. F. — 3 février 1902, p. 21.

* Voir, plus loin, page 226^

L'éocène moyen peut reposer en concordance sur ces calcaires de Téocène inférieur, ou être en transgression sur le crétacé (région du Sud de Mactar et probablement région de Gafsa),

Cet éocène moyen débute, dans la région centrale, par des calcaires grossiers, avec quelques intercalations marneuses, où abonde une grande huître et continue par des marnes très puissantes à 0. bogha^ rensis (Nicaise).

L'aspect des couches phosphatées de Gafsa est plutôt celui de l'éocène moyen que de l'éocène mférieur de la Tunisie centrale ; les calcaires à nummulites (G) font défaut au-dessus et divers fossiles recueillis appartiennent à l'éocène moyen.

Suivant M. Blayac, ce niveau phosphaté de Téocène moyen, prépondérant à Gafsa, existerait également dans la région de Souk-Arrhas.

Origine des dépôts phosphatés. — Nous venons de supposer aux phosphates algériens une origine littorale. Si Ton cherche un point de comparaison dans les gîtes phosphatés sénoniens de Picardie et de Belgique, on voit que, là aussi, le dépôt du phosphate doit être considéré comme s'étant produit sur une côte. On admet généralement, pour expliquer la constitution de ces gisements, que, le long des rivages de la mer, pendant le sénonien supérieur (assise à Bel. Quadrala), des poissons et des reptiles ont fourni, par leur décomposition, de la matière phosphatée,qui, suivant les uns, s'est groupée directement en grains radiés de l/20« à 1/10* de miUimètre, sur des moules de foraminifcres, des débris divers de poissons, etc., dans la bouillie de craie sédimentaireS ou, suivant d'autres, est entrée, d'abord, en dissolution étendue dans l'eau de mer, puis s'est chimiquement reprécipitée.

Nous aurons, plus tard, à propos des phosphates de la province d'Oran, à envisager un autre mode de formation entièrement différent, des gisements phosphatés, également par altération de matières organiques, mais à la surface de la terre, ou dans des grottes. Ce second genre de dépôts est beaucoup plus localisé que ceux dont il s'agit en ce moment et sur lesquels Texploitationintcnsive des gisements picards a permis de faire de nombreuses observations, utiles à rappeler, pour éclairer, par rapprochement, la question des phosphates algériens.

Ainsi, M. Gosselet*, dans une note sur les gîtes phosphatés d'Hem-

* On sait que l'on a tout à fait renoncé aux anciennes théories, d'après lesquelles la craie s'était formée dans les grandes profondeurs marines. Néanmoins, M. de Grossouvre croit la craie blanche formée aux confins de la zone littorale profonde et de la zone pélagique, à peu près uniquement par des éléments organiques et sans apports térrigènes. Voir, sur cette question générale, le chapitre intitulé : des Conditions de dépôt de la craie blanche dans le grand ouvrage récent de M. de Grossouvre. Recherches sur la craie supérieure (Méra. de la Carte Géol., 1901).

* Ann. Soc. géol, du Nord. XXIV, p. 109, 10 mai 181)6. et D. S. G. F.

Monacu, d'Etaves et du Ponthieu, en Picardie, a montré comment il s'était formé là, par endroits, plusieurs bancs de craie phosphatée riche, séparés par des craies blanches ou blanc jaunâtre, toujours un peu phosphatées, mais beaucoiip plus pauvres. Chacune des couches phosphatées riches repose sur un banc de -craie pauvre, durcie et perforée par les lithophages et toutes commencent par un conglomérat de nodules durs, roulés, vernissés et perforés.

Il y a donc eu là, incontestablement, une série de phénomènes littoraux, qui se sont répétés à diverses reprises, toujours dans le même ordre : 1**, dépôts de craie phosphatée pauvre sous une profondeur d'eau certainement très faible; car cette craie renferme des récifs copalliens, qui n'ont pu se formera plus de 40 mètres; puis, 2^ durcissement, qui marque tout au moins un arrêt dans la sédimentation; 3^ perforation par les organismes ; 4*, érosion, qui s'est attaquée à la couche dure et en a roulé les fragments, de nouveau perforés; enfin, 5®, apport^abondant de matière phosphatée riche.

C'est également au voisinage des côtes qu ont dû se déposer : soit les phosphates du Boulonnais, sur un lit de sable vert glauconieux, qui recouvre le jurassique et au-dessous des argiles du Gault ; soit ceux de Taptien anglais (Sandy), à la base des sables verts aptiens, qui succèdent aux dépôts d'eau douce du Weald ; soit les nodules phosphatés cénomaniens de Pemes, dans le Nord de la France, séparés seulement du sous-sol dévonien par une mince couche d'argile et recouverts par des sables verts et glauconieux, etc.

L'étude des phénomènes actuels vient encore confirmer ces idées sur l'origine des niveaux phosphatés. Ainsi les sondages sous-marins ont montré la formation contemporaine de certaines boues verdâtres glauconieuses et phosphatées, qui se déposent, par les fonds de 200 à i 300 mètres, le long de côtes abruptes, où ne débouche aucune rivière importante, comme c'est le cas pour le littoral méridional de l'Afrique. Au large du Cap de Bonne-Espérance, on trouve, dans ces conditions, du phosphate, englobant et cimentant des grains de quartz, deglauconie et des foraminifères : phosphate souvent associé à du fer et à du manganèse. L'origine de cette substance paraît être dans la décomposition des débris organiques, entassés au fond de la mer. Le phosphate commence par se dissoudre dans la vase, puis se groupe autour de certains centres d'attraction, en nodules mamelonnés.

On retrouve, de même, des concrétions phosphatées, renfermant jusqu'à 35 p. 100 de phosphate tricalcique, avecIO ou 12 de carbonate magnésien et 15 d'oxyde ferrique, dans certaines traînées de calcaire solide, formées par une accumulation de débris de petits polypiers, d'échinodermes et de mollusques, qui se déposent aujourd'hui, entre 160 et 600 mètres de profondeur, le long de certains courants chauds.

charriant des matière nutritives, par exemple sur le parcours du Gulf Stream, au large de la Floride.

On arrive donc à se faire une idée assez nette sur la manière dont les couches phosphatées algériennes et tunisiâines ont dû se constituer tout d'abord ; mais, en fait de gisements phosphatés, plus encore peutêtre que pour tout autre gîte minéral, il faut, après les conditions de formation primitive, envisager les modifications ultérieures, qui, appliquées à une substance soluble dans l'acide carbonique comme le phosphate de chaux, ont pris une intensité considérable et contribué, pour une forte part, à donner aux gisements leur allure actuelle.

Ces modifications secondaires ont pu commencer presque dès le dépôt des boues phosphatées. Il a dû, dans Tépaisseur de ces vases, se produire des concentrations de matières phosphatées redissoutes. Des bancs, solidifiés et émergés après un recul momentané de la mer, ont pu être repris, disloqués, roulés par fragments. Certaines accumulations de nodules en sortes de conglomérats, (comme on en observe, par exemple, en Floride), ont été, notamment, rattachées à une action de ce genre. Très postérieurement et dans les périodes tout à fait voisines de la nôtre, une érosion énorme s'est attaquée aux formations phosphatées mises à découvert : par exemple, au suessonien algérien, dont elle n'a laissé subsister que des lambeaux disséminés. C'est alors que, — le carbonate de chaux, associé au phosphate, se dissolvant en tout ou en partie — , on a vu se produire des sables phosphatés plus ou moins meubles et des groupements de matières phosphatées redissoutes se concentrer autour de certains centres d'attraction, notamment autour d'organismes.

Caractères pratiques des phosphates algériens : nodules et craies brunes. — En résumé, si nous passons aux conditions pratiques dans lesquelles se présentent les phosphates suessoniens nord-africains, ceux-ci se rattachent à deux types, de valeur tout à fait différente, bien que d'origine presque semblable et à peu près du même âge : 1* les marnes à nodules, exploitées par exemple à Souk-Arrhas, qui n'ont jamais donné de bons résulats et, 2**, les craies brunes phosphatées, qui alimentent, au contraire, les grandes exploitations deTébessaetdeGafsa.

1^ Les nodules phosphatés, dont la valeur est très secondaire, se présentent, par couches irrégulières, avec des formes et des dimensions variables, au milieu de marnes feuilletées, contenant souvent des filets interstratifiés de gypse, des nodules de sulfate de strontiane et des sels alcalins (c'est-à-dire déposées dans une eau de mer très concentrée), qui alternent, elles-mêmes, avec des bancs calcaires. Ces marnes feuilletées, — d'après M. Levât, auquel j'emprunte cette description — , sont onctueuses, grasses au toucher et renferment parfois

jusqu'à 7 ou 8 p. 100 d'une manière organique mal étudiée, insoluble dans le sulfure de carbone et la benzine. Les nodules sont, pour la plupart, arrondis et striés, avec une patine brune et luisante, d'aspect carac^ téristique, où s'est concentré le phosphate. Dans les gros nodules, cet enduit est même seul phosphaté, l'intérieur étant calcaire ; les petits peuvent, au contraire, tenir jusqu à 70 p. 100 de phosphate tribasique. On a supposé, dès lors, que ces nodules devaient être le résultat d'une concentration anciennement opérée sur des terrains calcaires phosphatés, où le phosphate aurait été d*abord disséminé ; le phosphate, emprunté aux fragments calcaires roulés dans une eau très chargée d*acide carbonique, serait entré en dissolution dans cette eau et se serait reprécipité sur la surface de ces galets.

^ Les phosphates calcaires, qui constituent le véritable minerai industriel, alternent avec les marnes à nodules. Ce sont eux que Ton exploite auprès de Tébessa, au Dyr, à Gafsa, etc. « Us se présentent, d*après M. Levât, sous la forme d'une roche assez friable, grenue, dont la couleur varie du gris jaunâtre clair au brun verdâtre. La qualité la plus recherchée s'écrase facilement dans les doigts et sa densité ne dépasse pas 2, pour la roche en place. Cette roche est formée par l'agglomération, dans un ciment calcaire plus ou moins abondant, d'une multitude de grains fins de toutes formes : les uns arrondis, recouverts d'une patine brune et brillante, sont essentiellement constitués par du phosphate de chaux jaunâtre, à cassure terreuse ou d'apparence fibreuse; les autres, d'un vert d'herbe, à texture écailleuse ou en très petites masses d^apparence scoriacée ou corrodée, rappellent, par leur aspect, certaines glauconies. » La roche contient de petits grains de quartz et de nombreux débris organiques.

On peut admettre qu'une altération superficielle, en dissolvant le carbonate de chaux avec une partie du phosphate de chaux et rendant ainsi la roche friable, a reprécipité ce dernier, soit sur les débris organiques, soit sur les grains phosphatés préexistants, qui se sont trouvés enrichis.

Description méthodique des divers gisements. — Nous passons maintenant à la description méthodique des divers gisements.

Quoique les conditions de dépôt soient (à la richesse près) très analogues dans la plupart des points et que la répétition de leur description doive, par suite, entraîner* quelque monotonie, la question présente un si grand intérêt pratique que je crois devoir insister un peu longuement, tout en renvoyant, pour les détails tout à fait circonstanciés qui ne sauraient avoir leur place ici, à la série de mémoires spéciaux énumérés précédemment ^

* Note 2, page 206.

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2i8 LES RICHESSES MINÉRALES DE L'AFRIQUE

Afin (le mettre un peu d'ordre dans cette énumération, nous allons parcourir successivement, du Nord au Sud, les diverses zones suessoniennes, que met en évidence la carte géologique d'Algérie (fig. 45).

Au Nord, le suessonien forme, d'abord, une série de lambeaux, alignés suivant une zone principale dirigée Est-Ouest, conformément à tous les plissements algériens, depuis Aïn-Temouchent etSidi-bel-Abbès, au Sud d'Oran, en passant par Boghari, Bordj-bou-Areridj, Sétif et Souk-Arrlias, jusqu'à Béjà en Tunisie. Une autre zone importante va, de Biskra vers Tebessa et Béjà, rejoindre la précédente; enfin, d'autres lambeaux développés se trouvent, au Sud-Est, vers Gafsa, ou, à l'Est, vers Kairouan.

Tous ces lambeaux sont loin de renfermer des phosphates : ces phosphates, comme nous l'avons dit, s'étant Uniquement déposés sur les rivages de la mer suessonienne, en sorte que les seules formations, où on puisse en trouver, sont celles qui présentent un caractère littoral. L'attention ayant été vivement attirée sur cette question entre 1890 et 189S, le service géologique d'Algérie a procédé, à ce moment, à une série d'explorations, dont les résultats ont été, en grande partie, publiés aux Annales des mines. Il est résulté de ces études, que je vais bientôt résumer, l'existence d'une zone phosphatée entre Bordj-bou-Areridj et Sétif, puis au Sud deGuelma, àl'Oued Zenati, plus loin vers Souk-Arrhas, Ghardimaou et Béjà. On en a retrouvé également à Biskra, dans toute la région de Tébessa et Kalaai-es-Senam, au Kef, à Sidi-Ayat ; enfin, entre Gafsa et Tamerza et à Nasser Allah, au Sud de Kairouan.

Industriellement, les deux zones de beaucoup les plus importantes et les plus activement exploitées, sont celles de Tébessa et de Gafsa, auxquelles il faut, comme nous l'avons vu, ajouter-Tocqueville et Bordj- Redir, à l'Ouest de Sétif. Cela ne veut pas dire «fu'il ne puisse y avoir, ailleurs, des gîtes phosphatés également riches ; mais ceux-là seuls se présentent, jusqu'ici, par suite de l'existence de voies ferrées les reliant à des ports de mer, dans des conditions d'exploitabilité pratiques.

Région de Boghari à Sidi-Aîssa. — Si nous commençons par la zone du Nord, la première région, où le suessonien apparaît bien développé, est celle qu'a spécialement étudiée M. Ficheur, à l'Est de Boghari (au Sud d'Alger), dans le massif du Titteri.

Cette région de Boghari (fig. 46) peut, d'après lui, servir de trait d'union entre les faciès différents, qui caractérisent ce terrain : d'une part, dans l'Ouest, où les phosphates ne sont pas connus (région de Sidi-bel-Abbès) ; d'autre part, dans l'Est, où ils deviennent exploitables (Bordj-bou-Arréridj, Tébessa, Souk-Arrhas).

Dans ce massif, compris entre Boghari et Sidi-Aïssa (au Sud d'Aumale) sur environ 100 kilomètres de long, le suessonien, qui repose sur le sénonien marneux, est principalement représenté par une puissante

formation d*argiles et de grès, tandis que Tassise à silex et à phosphates, mentionnée dans la coupe générale précédente *, n'existe que sur des zones étroites et largement interrompues. Aucune exploitation n'y a été tentée.

Ce suessonien comprend là deux grandes divisions stratigraphiques, séparées Tune de l'autre par des actions de ravinement intenses, qui vont souvent jusqu'à l'ablation totale de l'étage inférieur et, en outre, par des discordances manifestes. La coupe est, en général, de haut en bas, la suivante :

' D — Grès en bancs puissants, passant à des alter-

L nances d'assises argileuses et gréseuses, — avec

ÉTAGE \ turriteiles, Peclen, Echinolampas clypeolus . . . 400 à 500 m.

SUPÉRIEUR. ) C — Argiles jaunes à Ostr. Bogharensis, avec gypse;

f alternances de grès ; accidentellement, couches

\ gi&ucomeuses, avec nodules phosphatés disséminés. 300 à 500 —

/ B — Couches marno-calcaires, avec lits de silex à la

. base ; couches glauconieuses et phosphatées, sur-

. \ montées de calcaires blancs, rarement gréseux,

tvpéDt *^*"^ lesquels peuvent s'intercaler des calcaires à

'^*^™^^"- ^ nummulites moins de 150 —

A — Argiles brunes feuilletées à cristaux de gypse. Dépôt de comblement moins de 200 —

L'assise B à phosphates est caractérisée par son aspect, d'un blanc crayeux, bien reconnaissable à distance, et qui tranche nettement sur la teinte grise ou jaunâtre des grès de l'étage supérieur. Le lit à silex de la base est extrêmement caractéristique. Il en résulte, aux affleurements, des amas de silex noirs, semblables à des os calcinés et appelés par les indigènes Oum-el-Adan (l'endroit des os).

La succession des couches de cette assise B, très variable d'un point h l'autre, peut être résumée, de la façon suivante, autour de Boghari (de haut en bas) :

5. Calcaires durs en bancs bien réglés, parfois gréseux, d'épaisseur variable, ' pauvres en fossiles. Niveau des calcaires à nummulites.

4. Calcaires sableux, avec intercalations de grès friables et couches sableuses, ou calcaires durs rognonneux à gatropodes et bivalves ; horizon du Naulilus Forbesi.

B { 3. Marnes et calcaires marneux blancs, avec lits glauconieux et couches phosphatées ; Ostrea cf. vesicularxs ; dents dç Lamna; vertèbres; os de reptiles.

2. Bancs de silex noirs rognonneux, d'épaisseur variable, quelquefois subdivisés.

1. Marnes blanches ou argiles grisâtres, avec lits glauconieux et couches p/iosphatées, renfermant des dents de squales (Lamna) , des coprolithcs, etc.

Cette assise B, dont la puissance peut atteindre 150 mètres, se présente, le plus fréquemment, réduite aux couches inférieures, qui renferment les niveaux phosphatés.

* Page 210.

Suivant M. Ficheur, le point le plus favorable à une exploitation éventuelle dans cette région est situé sur le flanc Nord des collines qui bordent la rive droite du Chélif, dans le prolongement du Dra-el-Ahiod (au Sud de Boghari). Il y aurait là, sur 8 kilomètres de long, une couche de 2 mètres, renfermant 12 à 14 millions de mètres cubes de sables phosphatés à 30 ou 35 p. 100.

Plus à l'Est, le niveau phosphaté du flanc du Djebel-Gueddoul va en diminuant d'importance à mesure qu'on s'éloigne vers l'Est, au point de disparaître complètement dans le Djehel-Birin, A l'Ouest de Boghari, également, les phosphates cessent rapidement.

En résumé, il n'existe très probablement pas, dans cette région, de richesse phosphatée comparable à celles deGafsaou deTébessa; mais ces lits à phosphates, qui rappellent ceux de la région de Souk-Arrhas par la présence des grumeaux et nodules abondants, constituent une réserve importante pour l'utilisation locale.

Géologiquement, les phosphates s'intercalent là au niveau habituel, où nous les retrouverons à Tébessa ; leur situation, par rapport au suessonien inférieur sans phosphates de la bordure septentrionale de ce bassin (Douairs Rebaïa, etc.), peut être rapprochée delà disposition relative qu'on retrouve, plus à l'Est, entre le suessonien à phosphates de Bordj-Redir et du Mzeïta et les assises calcaires du même étage qui en sont dépourvues dans la région au Nord, Sidi-Embarek et, plus loin, dans le voisinage de Sétif. Le rivage de la mer suessonienne était situé au Sud ; s'éloigner vers le Nord, c'est donc s'écarter de la côte.

Cependant, au Nord, la zone suessonienne sans phosphates de Douairs et du Djebel-Lakdar (1 464 m.), redevient phosphatée dans la région de Sidi-Aïssa, à l'Est du Djebel-Afoul. De ce côté, la discordance> entre les deux étages du suessonien est très nette. La couche de phosphate se trouve encore immédiatement en dessous des silex. Elle est grisâtre et renferme seulement 24 p. 100 de phosphates. Au Sud de Sidi-Aïssa, les couches phosphatées, dures et grisâtres, ne contiennent que 12 à 15 p. 100 de phosphates et sont inutilisables.

Région de Bordj-bou-Arréridj, Tocqueville, etc. — En continuant maintenant vers l'Est, nous arrivons à la région de Bordj bou Arréridj, dont l'étude a été faite par M. Blayac ^

La mer suessonienne de Mzeita ou du Dj, Mzila (un peu au Nord de Bordj-Redir) devait être reliée à celle du versant Sud du Dj. Mahdid (à rOuest de BordjR-edir, 22 kil. S. de Bordj-bou-Arréridj), par un bras, qui s'étendait entre ce dernier et la chaîne métallifère du Bou Thaleb ; ce versant Sud formait alors rivage à la mer et c'est, comme d'habitude, sur un rivage, que se sont déposés les phosphates.

< Voir, plus haut, fig. 45, p. 215.

On trouve là, d'après M. Blayac, près de Msila (44 kil. S. do Bordj-bou-Arréridj, entre cette ville et le Ghott el-Hodna), sur une zone de 70 kilomètres, des couches à phosphates, intercalées dans des calcaires tendres à lits de silex, reposant eux-mêmes sur les marnes noires à huîtres ordinaires. Deux bancs phosphatés principaux et bien continus ont : Tun, 1,20 m., avec une teneur pouvant aller à 50 p. 100; Tautre, 1,50 m., avec une teneur faible; au-dessus, diverses petites couches pauvres ne dépassent pas 30 à 60 centimètres.

De Bordj-bou-Arréridj à Aïn-Fakroum et Souk-Arrhas, le suessonien, sur 380 à 400 kilomètres de long, se présente en lambeaux disséminés, renfermant à peu près partout des niveaux phosphatés plus ou moins riches. C'est le littoral suessonien, que nous suivons là constamment.

La coupe de Bordj-bou-Arréridj est, d'après M. Blayac, identique à celle que nous allons trouver près de Tébessa :

Calcaires durs 2à6 mètres.

C — Bancs de calcaires marneux k rognons de silex. . 20 à 30 —

B — Calcaires mameux blancs tendres, alternant avec lits de silex et trois bancs de phosphates (quelquefois 4) de 1 à 2 mètres 40 —

A — Marnes noires gypseuses 15 à 25 —

Le phosphate est ici moins tendre qu'au Dyr, mais dur, noir, piqueté de blanc et de gris (coprolithes). Les dents et les vertèbres de squales y sont fréquentes. On peut remarquer la présence de silex caractéristiques au-dessus*des phosphates.

Des exploitations se sont organisées, ou s'organisent, dans cette région entre Bordj-bou-Arréridj etSétif, à Tocqueville, à Tixter^ kBordj- Redir et au Dj, Mzita. L'exploitation de Tocqueville, la plus importante, produit environ 50 000 tonnes ; elle est reliée à la station de Tixter, sur l'Est algérien, par une ligne à voie étroite de 14 kilomètres. Bordj- Redir envoie par route ses phosphates à la station d'El-Anasser. A Tixt€i% l'adjudication vient seulement d'être faite et, au Dj. Mzita, elle est en préparation.

Quand on s'écarte vers Bel-Imour, le phosphate fait place à des marnes schisteuses phosphatées très épaisses, d'une teneur très faible . en acide phosphorique. Plus au Nord encore, d'après M. Grand, les marnes phosphatées passent à des marnes calcaires.

D'une façon générale, dans toute la zone Nord (fig. 45), qui comprend VOued'Zenali, entre Constantine et Guelma, le DjebelrDekma près Souk-Arrhas, les environs de Ghardimaou et la région au Nord de Béja, le faciès des terrains phosphatés est différent de celui que nous rencontrerons dans les régions riches du Dyr ou du Kalaat-es- Senam, près Tébessa : au lieu de calcaires grenus tendres et friables, comme dans les niveaux exploités, on a des calcaires gréseux (Souk-

Arrhas) ou même des grès (Béja), avec des mames à nodules, qui ne se sont nulle part trouvées assez riches pour donner des résultats fruc-

CalxxUres compactes sicessonicns.

JJxtme^ siùessoTÛennes.

Calcaires eu ùwcérames. Sert. supT Jlarnes sénûnienjies .

J T\a*onie^ ' ^ \ Céitomamtfo

"^ 3d^Oberlùt,Ùr:

Fig. 47. — Carte du massif du Dyr et du Dj. Kouif (d'après M. Blayac). Échelle au 1/200.000.

tueux. Aussi les travaux entrepris au début sur cette zone, que la proximité de la ligne Constantine-Tunis désignait aussitôt àTattention, ont-ils été, pour la plupart, abandonnés.

Région de Souk-Arrhas. Djebel-Dekma.— Cette région est la première en Algérie, où Ton ait fait une exploitation suivie de phosphates. Les travaux, portant sur des marnes à nodules (Exploitation Wetterlé), ont donné de mauvais résultats : les produits ne pouvaient atteindre 80 à 55 p. 100 qu'après un lavage coûteux; on a donc interrompu les recherches.

II paraît y avoir, dans cette région, au-dessus des calcaires à inocérames, un premier banc phosphaté, assez riche localement, mais à caractère gréseux, surmonté parles marnes à nodules, que recouvrent elles-mêmes, ordinairement, les grès et argiles miocènes.

Région de Béja. — Le terrain éocène est très développé au Nord de Béja, dans la région qui s'étend de Béja à l'Oued-Ksob, aux Beni-Maleck et au Khanguet-el-Tout. On y trouve quelques phosphates, sous forme de grès rouges argileux ou de grès jaunes, phosphatés par places, situés au-dessous de calcaires éocènes à polypiers, eux-mêmes surmontés par des grès éocènes stériles ou par des grès pliocènes d'eau douce. Ces grès phosphatés remplacent le système des marnes feuilletées éocènes, où l'on trouve, en général, le phosphate.

Région de Tébessa, Dyr, Kouif, Aîn-Eissa, etc. — Au Sud de la première zone Est-Ouest, que nous venons d'étudier, une seconde zone, dirigée N.-E.-S.-O., va de l'extrémité de l'Aurès et de Tébessa vers Teboursouk et Béja, en comprenant les gisements de Cheria^ Kissa, du Dy7% du Kouif, A'Haydra, Thala, Kalaat-es-Senam, //. des Ouled Aoun, Dj, Haout, Guem-Alfaya, Le Kef, Sidi-Ayet, Dj. Gerrah, Teboursouk, etc. C'est la zone, sur laquelle les exploitations ont été jusqu'ici les plus développées. (Voir la fig. 45, page 215.)

J'emprunterai à M. Blayac la description des phosphates du Dyr et du Kouif, au Nord-Est de tébessa (fig. 47).

Le Djebel- Dyr est un immense plateau de 45 à 50 kilomètres de tour, à peu près rectangulaire et couronné par des bancs calcaires, que l'on aperçoit de très loin, car ils dominent de 7 à 800 mètres la plaine qui s'étend à l'Ouest. Son altitude varie de 1 200 à 1 500 mètres. Plus à l'Est (à 27 kil. N. E. de Tébessa), le Djebel-Kouif est constitué par deux plateaux presque attenants : celui à' Ain-el-Kéhir et celui à'Aïn-el- Bey. Son altitude est d'environ i 200 mètres; il a de 15 à 18 kilomètres de tour. Au Sud du Dyr, le lambeau suessonien àHAÏn-Kissa est encadré par des failles.

Le crétacé, sur lequel repose le suessonien phosphaté, présente, de haut en bas, la coupe suivante :

Sénonien supérieur. Calcaires blancs à moules dMnocérames, en bancs réguliers, tendres et cassants .... 3 à 400 mètres.

iiénonien inféneur. Marnes vertes et grises, alternant avec de petits bancs calcaires 80 à 100 —

f Calcaires durs dolomitiques rougeàtres à i

Turonien] échinides : 20 à 25 mètres . • • • 50 j, 60 mètres.

/ Calcaires marneux avec gastropodes, tur- (

^ ritelles, etc.; 30 mètres )

Cénomanien, Marnes calcaires très fossilifères, alternant avec des bancs calcaires souvent formés par des magmas d'ostracécs 80 à 100 —

Le suessonien repose en discordance, dans deux ondulations synclinales des calcaires à inocéramus sénoniens, dont les bancs supérieurs sont souvent corrodés (fig. 48).

Conformément à la coupe générale donnée plus haut (p. 210), il comprend : à la base (A), des marnes noires, gj^pseuses, riches en fossiles, d'épaisseur très variable (120 mètres au Dyr, 50 mètres au KouiO ; puis

jy.réOaK

VfebeZ Jhfp

J)fébet Eauif

Fig. 48. — Coupe transversale N.-O.-S.-E. du Djebel-Dyr et du Dj. Kouif, d'après

M. Biayac.

Échelle au i/200.000 ; bauteun triplées.

(B) les couches à phosphates (1,35 m.), alternant avec des calcaires blancs marneux à silex ; et, au-dessus, (C) des calcaires durs à nummulites(7); par exemple, dans l'exploitation Crokston, au Sud du Dyr :

7. Calcaires durs à nummulîtes, avec bancs compacts à rognons siliceux à la base 80 mètres.

6. Calcaire blanc tendre à s lex, passant aux calcaires durs du dessus 364 mètres.

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