‹ Les richesses minérales de l'AfriqueChapitre 79 sur 113 · CHAUX HYDRAULIQUE, GRANITÉS, SYÉNITE8, ETC · texte numérisé non relu

CHAUX HYDRAULIQUE, GRANITÉS, SYÉNITE8, ETC

OU du talcschiste et de filons de porphyre et recoupés par des grûnstein. Sa distance à la mer est malheureusement si élevée qu'on ne peut songera Texploiter.

Dans l'intérieur de l'Afrique, il doit évidemnient exister de beaux marbres primaires ou primitifs, auxquels on n*a pas fait attention jusqu'ici. On mentionnne, cependant, à Test du lac Rodolphe, entre lui et le lac Stéphanie, dans les collines de Hammer-Kokiy de grandes masses de marbre blanc ^

Chaux hydraulique. — Il existe, en Algérie^ près de Bougie, dans la baie de Sidi-Yahia, un niveau de calcaire à chaux hydraulique, assez important pour valoir la peine d'être mentionné. Dans cette région, le lias moyen est formé d'un calcaire massif très caractéristique et le lias supérieur offre, au contraire, des alternances de véritables bancs siliceux. La transition est marquée par des bancs de calcaire déjà siliceux, qui alimentent une production annuelle de 15 000 tonnes de chaux hydraulique. Celle-ci fait concurrence à Alger aux chaux du Teil. . En Tunisie, la région du Djehel-bourKoumine, près Tunis, fournit d'excellentes chaux hydrauliques.

Granités, syènites, porphyres, pierres de taille, etc. — Les pierres dures, utilisables pour la construction, sont surtout connues en Afrique dans les pays à civilisation antique, où l'on retrouve les vides laissés par des exploitations romaines ou égyptiennes.

C*est ainsi qu'au Maroc, il existe, paraît-il, entre Maroc et Mogador, de grandes carrières de pierre romaines. Ce pays du Maroc, passe, en général, pour peu riche en pierres utilisables. On exploite cependant, / depuis des siècles, des meulières, faisant partie de conglomérats ter-^ ^ tiaires, sur la côte, à 6 kil. S. du Cap Spartel, au Ras Aschakkar.

En Alg&i'ie, nous voyons mentionnée dans le département d'Oran, à Oued Madagi'e (40 kil. O., 12* S. d'Oran) une belle serpentine, émergeant dans des schistes infrajurassiques, que les Arabes ont employée pour l'ornementation.

En Tunisie, les carrières romaines de Keddel, près Soliman, et deBéja, les latomies puniques d'EIrAouana (cap Bon) sont encore exploitées.

l^n Egypte, il suffit de rappeler les fameux granités, que l'on tirait de Syène ou Eléphaniina, les diorites et autres roches dures, si largement utilisées dans la statuaire ou la décoration des édifices, qui provenaient de la chaîne cristalline située entre le Nil et la mer Rouge, notamment A^Ouady'Hammamât, ou, accessoirement, de la région du Sinaï.

Parmi les carrières de pierre de construction exploitées dans l'antiquité en Egypte, l'une des plus fameuses est celle de TowraA (Trouiou),

« Mission Welby (Géographie, 1900, p. 319).

près Memphis, où les Égyptiens ont, dès les temps les plus anciens, exploité, dans des proportions colossales, un massif de calcaire très fin et très blanc. Les travaux souterrains, dont il a. été fait diverses descriptions*, étaient exécutés avec le même soin que s'il se fût agi de construire les chambres d'un temple. Çà et là, des stèles officielles y rappelaient que tel ou tel souverain illustre avait ouvert des chambres nouvelles.

Albâtre. — L'albâtre égyptien a été longtemps fameux. Il se rencontrait, non loin de Memphis, dans VOuady-Gerraoui, où de très anciens Pharaons avaient établi une véritable colonie en plein désert pour l'exploiter. Kheops et ses successeurs tirèrent également leur albâtre de Hatnobou^ au voisinage d'Hermopolis.

C'est probablement le premier gisementqueMaxBlanckenhom décrit* comme existant à Wadi Gerani (Ouady Gerraouî) et à Wadi-hof, sous forme d'un produit secondaire remplissant des fissures d'un calcaire grenu. Le nom môme d'albâtre est dû à la ville égyptienne d'Alabastron .

Asbeste. — Dans le Griqualand West (Afrique australe), on exploite; avec quelque activité, des veines d'asbeste bleue, intercalées dans des strates de schistes bleu sombre. En 4899, l'extraction montait, dit-on, à 100 tonnes par mois. Cette asbeste est vendue pour servir d'enduits calorifuges et de ciments inattaquables aux acides '.

Cristal de roche et gemmes diverses ; mica; graphite; etc. — Dans le chapitre XI relatif aux richesses minérales de Madagascar, il sera question assez longuement des cristaux de roche, améthystes, saphirs, etc., que le nord-est de l'île exporte depuis plusieurs siècles et qui paraissent provenir de filons pegmatoïdes. On a également signalé des zircons, des corindons, des saphirs de peu de valeur rassemblés parmi les résidus de certains lavages aurifères et des tourmalines de couleurs variées se trouvant dans les filons granulitiques du massif central ancien, dans la même île.

Avec des conditions de gisements analogues, l'Afrique continentale renferme, en diverses régions, des minéraux semblables, notamment des béryls, grenats, micas, graphites et autres minéraux généralement associés aux granulites dans les terrains primitifs, qui se sont développés ici comme dans tous les massifs anciens comparables, le Canada, par exemple, ou la Scandinavie.

Ainsi, dans la région située à l'ouest du Kilimandjaro (Afrique Orîen*

* Maspbro. Hialoire ancienne, l, p. 383 et ouvrages cités ; cf. p. 312 et p. 384^ note 3.

* Neues zur Géologie und Paldontogxe ASgyplem (Z. f. pr. Geol.. 1900, p. 392).

* Olds {Eng, and Min, Journ.^ 6 mai. 1899).

ÉM.ERÂUDES 28^

taie Allemande), Lieder signale des gîtes de graphite et de mica. Des missionnaires ont rapporté des béryls et d'énormes grenats des steppes situées au nord du Rovuma (tleuve qui limite au Sud la colonie aîle^ mande et la sépare de la colonie portugaise).

Bomhardt, dans la môme colonie allemande, parle également de veines ou cristaux de graphite dans les gneiss, sans valeur commerr ciale ; suivant lui, il y aurait, dans les pegmatites des montagnes situées à l'ouest du massif d'Uluguru (ou Uruguru), de grandes masses de mica, qui pourraient être utilisées. Le même auteur signale un point, où les grenats sont assez abondants pour être peut-être exploitables, à deux jours de route à l'ouest de la station de missionnaires de Newala. Le D' Danz cite également les grenats de Lindi.

Ëmeraudes. — Les émeraudes africaines méritent une mention spéciale, en raison de l'existence d'un gisement classique de ce minéral, auquel on a attribué une réelle valeur industrielle : celui du Djebel Sabara^ au voisinage de la mer Rouge ^ Ces émeraudes ont eu une grande réputation dans l'antiquité. C'est de là, dit-on, que venait l'éme^ raude classique, à travers laquelle, suivant Pline, Néron regardait les jeux du cirque ; c'est le même gisement qui a fourni la pierre placée au sommet de la tiare pontificale. Dans l'hiver 1899 1900, la maison Streeter and C* a envoyé une expédition pour aller explorer ces mines, situées à environ 120 kil. au sud à'Um Rus et à 33 kil. du port de Shenu^ Sheik (fig. 29, page IIS).

Les émeraudes se trouvent là, dans des conditions que l'on observe également e^n Sibérie, en noyaux empâtés dans un massif de micaschistes, qui apparaît, sous le grès nubien, à l'ouest du Djebel Nikhari et au sud des mines d'or de Hamesh et qui se prolonge par le Djebel Sabara jusqu'à la mer. Elles semblent donc en relation avec les actions granulitisantes, qui ont exercé un métamorphisme sur ce terrain.

En outre de ce gisement du Djebel Sabara, j'ai signalé, plus haut, celui du Rovuma à l'ouest du Kilimandjaro, où les conditions mineralogiques doivent être analogues.

A Madagascar*, on a trouvé, dans les rivières descendant du massif d'Ankaralra, sur la côte occidentale, des fragments transparents de béryl aiguë marine bleuâtre. Un béryl rose transparent et constituant une véritable pierre précieuse a été trouvé sur la côte orientale de l'île {Farafatrana), avec tourmaline, quartz et triphane '.

* Géogr. 4900. p. 417; Zeits fur prakt. Geol., 1901, p. 75; 1902, p. 14.

* L.4.CR0IX. Minéralogie de la France» t. Il, p. 21.

* Je rappelle seulement pour mémoire les soi-disant gîtes d'émeraude au milieu de calcaires métamorphiques, décrits en 1855 par M. Ville, comme existant dans

Turquoises du Sinal^ — Les anciens Égyptiens ont exploité avec activité des gisements de turquoise, malachite et oxydes divers de cuivre et de manganèse, qui remplissent des fissures du grès nubien dans la presqu'île du Sinaï (fig. 29, page 115). Ces turquoises leur servaient à Tomementation, les oxydes et carbonates de cuivre à la coloration des émaux ou porcelaines ; mais on a dû, en outre, extraire du cuivre dans les mines de Sarbout el-Khàdim, au voisinage desquelles se trouvent des amas de scories.

Sur les mines antiques du Sinaî, les documents et les tex!tes ne manquent pas. Dès l'aube des temps historiques, les Monitou, qui vivaient dans ces pays arides et sillonnés d'orages terribles, avaient découvertdes mines au N.-O. entre le Djebel el-Tih et le golfe de Suez, dansleMafkait, ou pays des turquoises : nom, qui passa plus tard au pays tout entier. Attirés par ces richesses, les Égyptiens accoururent bientôt et le pays devint, pour eux, la mine par excellence (Baît), ou la contrée des grottes (Bibît) : nom qui, simplement traduit en arabe, a fait Ouady-Magharah. Le souvenir de leurs luttes avec les habitants indigènes est resté gravé dans les inscriptions commémoratives et l'on voit encore, à la rencontre de rOuady-Genneh et de l'Ouady-Magharah, les ruines du château escarpé, où les mineurs devaient se retrancher, dès que les guetteurs, dispersés sur les cimes voisines, avaient signalé l'approche de l'ennemi. Uy a là plus de 200 maisons. Une digue barrant la vallée, retient les eaux. Les galeries de cette époque primitive paraissent avoir été creusées, dans le grès nubien friable, avec des outils de pierre, ou peutêtre de bronze. Elles sont droites et larges, mais basses, avec des piliers d'étai, et, de temps à autre, des salles plus vastes. En outre de la population permanente, les Pharaons envoyaient parfois une expédition de 2 ou 3 000 hommes, conduits par des officiers, qui venait, pendant un ou deux mois, extraire une quantité de minerai et parfois ramenait, en même temps, en Egypte, lie beaux blocs de diorite, serpentine ou granité, destinés à fournir des sarcophages ou des statues.

La dernière inscription du Sinaî est, pour l'Ancien Empire, celle de

la haute vallée de VHauach^ près Blida, en Algérie. M. Lacroix a montré [Minéralogie de Ut France, t. I, p. 109j, que ces prétendues émeraudes étaient des tourmalines

vertes.

* 4870. Keast Lord. The Peninsula of Sinaï (Leisure Hours). — CaiiBAS. Recherclœs sur tantiquité historique. 2« édit. : p. 34S-363. — G. Ebers. Durch Gosen zum Sinai.

— Brugsch. Wanderung nach den Tûrkis-Minen. — Palmbr. Tfie désert of Bxodus.

— 1878. R. F, Blaton. The gold tnities of Midian (c6le N.-O. de l'Arabie), în-8», London. — Ordnance Survey of the Peninsula of Sinaï. 1 vol. de texte : 3 vol. in-fol. de photogr. 1 vol. de cartes et plans (Public, ofadelle) (voir p. 222-224). — 1895. Uaspem. Histoire ancienne de VOrient classique, 1. 1, p. 349, 355. 473, avec cartes des mines. — 4901. W. F. Huue. Les Riftvalleys de Vest du Sinaï et la géologie du Sinai Oriental (Congrès géol. de 1900. Compte rendu, p. 900 à 932). — > Voir, en outre* SuBSS. Face de la Terre. I, p. 470 à 472 et bibUographie citée.

BOIS 8ILICIFIKS 285

l'an II de Papi II. Ultérieurement, les mines durent végéter; les derniers Memphites, les Héracléopolitains, les premiers Thébains les négligèrent par force et l'avènement de la XII* dynastie, selon Maspero, leur rendit seul quelque animation. Les filons de l'Ouady-Magharah s'étaient épuisés; des recherches heureuses firent découvrir d'autres dépôts un peu plus au Nord, dans le Sarbout-el-Khâdim, à 25 kil. à vol d'oiseau de la côte. On les mit en œuvre dès le temps d'Amenemhaït II et, pendant longtemps, des expéditions s'y répétèrent, tous les trois ou quatre ans, parfois même d'année en année, toujours à la recherche de gisements nouveaux : ce genre de veinules oxydées dans les grès s'épuisant très vite. Vers la moitié du règne d'Amenemhaït III, on revint à l'Ouady-Magharah et les exploitations étaient encore actives au début de la XIII* dynastie.

Géologiquement, ces mines sont situées, dit-on, dans le grès nubien, au voisinage du granité, qui se montre dans l'Ouady-Magharah. Ce sont probablement, des affleurements de filons cuivreux (avec fer et manganèse), sulfurés en profondeur, qui ont subi une oxydation superficielle et, sans doute, des remises en mouvement dans les fissures de ces grès très perméables aux eaux. Peut-être ces grès renfermaient-ils quelques phosphates, qui auront produit les turquoises. Il en est résulté des gîtes restreints, par veinules ou poches, dont l'épuisement à peu près complet est rendu vraisemblable par la très grande activité que les anciens y ont témoignée, avec une main-d'œuvre à bon marché d'esclaves et de prisonniers ^ On s'est demandé toutefois si Ton ne pourrait pas exploiter les filons cuivreux de la profondeur.

D'autres gttes de turquoises se retrouvent, plus au Sud, à l'ouest du couvent du Sinaï, dans le Djebel Serbâl, que l'on a identifié, plus ou moins vraisemblablement avec l'Horeb de la Bible. L'Egypt. Develop. Synd. a fait, en 1900, quelques recherches près à'Éribia,

Bois silicifiés. — Mentionnons seulement les célèbres forêts silicifiées de l'Égj^pte et de la Tripolitaine. En Egypte^ celle des environs du Caire est bien connue. En Tripolitaine ^ Rohlfs, dans la région déprimée des lacs amers, près (ÏAoudjila, en a signalé une très importante, surtout formée de palmiers et de lentisques ; je ne sache pas qu'on y ait trouvé des bois susceptibles d'une utilisation ornementale, comme ceux de l'Arizona *.

* n ne faut pas oublier que les turquoises ont une valeur extrêmement variable suivant leur couleur, leur densité, etc. On peut comparer, sur les mines de turquoises de Nichapour, en Perse, un article de Toqué dans les Annales de$ Mines de 1888. — Voir aussi mes GlUs minéraux et mélallifères (I, p. 411 à 413), avec bibiiogr.

• Ursprung der versleinerten Wàlder bei Kairo (Peterm. Mltth., 1866, p. 354 et Sitzungsber. k. Âk. Wiss. Wien., 12 Juillet 1866). — Voir Coll. Ecole des Mines, n* 1833, Bois siliciflés de Tunisie.

Page 1