‹ Les richesses minérales de l'AfriqueChapitre 84 sur 113 · GISEMENTS DE LA ZONE MÉDITERKAN ÉENNE (MAROC, ALGÉRIE, TUNISIE · texte numérisé non relu

GISEMENTS DE LA ZONE MÉDITERKAN ÉENNE (MAROC, ALGÉRIE, TUNISIE

Gisements métallifères divers (cuiTre, plomb, zino, fer, pyrite de fer» mispickel, antimoine, mercure, etc.) de la zone méditerranéenne.

Généralités géologiqpies. — Toute la zone méditerranéenne, qui, outre nos possessions françaises, comprend le Maroc, forme, ainsi que je l'ai déjà dit à diverses reprises, un ensemble tectonique homogène et se distingue totalement, pour notre sujet spécial, de ce que nous avons pu rencontrer dans les masses plus anciennes, qui constituent le reste de l'Afrique. En deux mots, nous observons ici, presque uniquement, des gîtes métallifères filoniens et tertiaires* au lieu d'avoir des gîtes remontant au moins aux plissements carbonifères et souvent à un âge antérieur. Tous ces gîtes, qui me paraissent avoir été formés dans des conditions analogues et à peu près à la même époque, malgré leurs dissemblances d'aspect et de valeur pratique, vont être décrits dans ce chapitre simuU tanément, quel que soit le métal dominant, (en parcourant le pays de l'Ouest à l'Est ) : ce qui permettra de mettre en évidence le rapproche-, ment des divers métaux sulfurés, cuivre, plomb, zinc, fer, antimoine, mercure, etc., dans les mêmes zones de fractures et les mêmes filons, et d'indiquer, dans certains cas, la disposition générale des champs de fractures. Quant à ce qui peut concerner tel ou tel métal isolément, on devra; se reporter aux chapitres précédents, où, adoptant un ordre différent;nous avons, au contraire, suivi chaque métal d'un bout à l'autrd'de ' l'Afrique : en particulier, pour le fer, dont il ne va être question qli^iWei^^' demment*. Les notices publiées, à l'occasion des diverses Expo^<ioïi^^*

* Je laisse de côté, pour le moment, quelques gîtes, surtout ferrugineux, encais<% ses dans la zone des terrains primitifs entre Alger et Bône (Mokta-el-Hadid, etc.), qui doivent, au contraire, se rapporter à une formation métallifère ancienne, analogue peut-être à celle qui domine dans l'Afrique Continentale. — Pour la description générale de la région, je renvoie a l'introduction, p. 9.

' Je ne parlerai pas des substances minérales non métallifères, phosphates, sel„ pétroles, marbres, etc., qui ont déjà été étudiées suffisamment dans une série de chapitres spéciaux.

Universelles, par le Service des Mines Algérien, oùle classemenides gîtes est fait, dans chaque département, par métal dominant, forment, avec les cartes géologiques d'Algérie et de Tunisie, pour quiconque voudrait approfondir davantage cette question, le complément naturel de notre étude*.

Caractères pratiques des gisements. — D'une façon générale, et si nous envisageons d'abord le côté pratique de la question,^ les gisements métallifères algériens ou tunisiens, gîtes essentiellement tertiaires, ainsi qu'il vient d'être rappelé et de plus gîtes appartenant à une zone de plissements tertiaires, que l'érosion, malgré ses effets extérieurs souvent considérables, se trouve avoir entamée peu profondément, présentent, pour la plupart, des caractères fâcheux, qui me paraissent tenir, en grande partie, à cette notion de profondeur originelle au moment de la cristallisation, sur laquelle j'ai tant insisté au cours de ce volume. Situés dans les parties hautes d une chaîne récemment plissée, ils paraissent, en général, représenter des formations déposées par incrustation au voisinage de la superficie, dans cette zone d'une chaîne montagneuse, où les terrains sont toujours irrégulièrement disloqués, brouillés, émiettés, où les fractures manquent de continuité et s'éparpillent d'une façon dommageable pour leur utilisation minière. Ce caractère se trouve encore accentué par la nature pétrographique de beaucoup de ces terrains, qui tient elle-même à l'âge récent des filons : d'où résulte leur intercalation ordinaire dans des terrains jurassiques, crétacés et tertiaires, où dominent, non les roches dures, inattaquables, comme dans les massifs primaires, mais les calcaires, marnes, argiles, etc. ; tantôt, l'on a des calcaires trop compacts, dans lesquels les fissures se sont mal ouvertes ; plus souvent, des schistes et des marnes, où les fractures se sont éparpillées en une nfiultitude de petits veinules sans continuité et, là même, où elles ont commencé par offrir une certaine largeur, se sont remplies d'éboulis des parois, avant de subir une incrustation utile. Nous trouverons, cependant, quelques zones métallisées d'une réelle continuité dans des terrains marneux, et surtout au contact de ceux-ci avec des calcaires, et de très belles fractures métallisées dans certains calcaires, comme les gîtes de la Tafna ou du Djebel Ouenza pour le fer, du Djebel Reças pour le plomb et le zinc, etc. ; mais, dans bien des cas, les gisements métallifères algériens, si multipliés qu'ils soient, représentent trop, comme on a pu le dire jadis, une simple carte d'échantillons. Pour bon nombre de

* Beaucoup de concessions algériennes ont été constituées sous un nom différent de celui attribué au permis de recherche et ce nom lui-même diffère de celui du pays ; d'où une complication assez grande pour se reconnaître sur les notices et sur es cartes. J'adopterai généralement la dénomination des notices en question.

ces filons, on observe, soîl un coincement de la veine elle-même en profondeur, soit une interruption de celle-ci par une faille, c'eslrà-dire un caractère inconstant et précaire des dépôts utiles : et, par suite, on s'est heurté à de fréquents déboires industriels, quand on a cru pouvoir compter, avec persistance et continuité, sur les dimensions du gîte et la nature de minerai, qu on observait au voisinage des affleurements.

Un autre caractère général, tenant également à Tâge récent de la chaîne plissée et à Tallure encore très accidentée de son orographie, vient, par contre, dans une certaine mesure, diminuer l'effet du précédent et a pu, pour certains gîtes plus favorablement situés dans des calcaires, sur des zones nettes de dislocation ou sur des contacts marneux, amener des concentrations de minerais oxydés, relativement notables ; c'est le rôle très important, joué par les circulations souterraines d'eaux météoriques, constamment réalimentées d'oxygène et d'acide carbonique au contact de l'atmosphère : rôle tenant à ce que le pays, encore très rugueux, très déchiqueté, très profondément raviné, présentant à de faibles distances de notables différences de niveau, ayant, par suite, souvent un niveau hydrostatique profond, s'est largement prêté aux infiltrations de ces eaux pluviales, dont l'action oxydante a parfois, sur une grande hauteur, altéré et transformé les minerais.

De là vient la prédominance, en Algérie, de ces formes oxydées, carbonatées, cémentées, qui sont : pour les blendes, les calamines ; pour les pyrites de fer, les sidéroses, hématites et limonites ; pour les pyrites de cuivre, les hématites, oxydes, carbonates et sulfures de cuivre, ou, quand il s'y joignait des traces d'antimoine ou d'arsenic, le groupement ordinaire cuivre gris et sidérose, avec enduits de carbonates verts ou bleus et d'oxydes ; pour les galènes, les cérusites (ou anglésîtes plus rares) ; pour les stibines mômes, les antimoines oxydés (sénarmontite, valentinite, etc.,) sans parler de certaines formes rares particulièrcb à l'Algérie, comme la nadorite (chloro-antimoniate de plomb oxydé), etc.

Ces gisements métamorphiques, encaissés dans les calcaires, ont, suivant une remarque souvent faite, par une véritable réaction métallurgique au contact des carbonates de chaux, par la concentration des éléments, par la disparition du soufre, pris, malgré la disparition de certains métaux entraînés en dissolution, une valeur industrielle toute spéciale. C'est ainsi que, dans les divers terrains calcaires de la province deConstantine et de la Tunisie, depuis le lias * jusqu'à l'éocène,

* Les recherches récentes ont fait rapporter au lias toute une série de calcaires, autrefois regardés comme néocomiens et qui figurent encore comme tels dans la notice du Service des Mines de 1900.

de très nombreux amas calaminaircs, toujours limités d'ailleurs en profondeur, de larges dépôts d'hématite parfois un peu cuivreuse, ont été récemment l'objet d'explorations attentives, ou d'exploitations fructueuses, mais toujours provisoires.

Age des gisements et relation avec des roches éruptives. — Si nous passons maintenant de ces considérations pratiques au côté plus théorique et scientifique de la question, nous avons éc^alement à faire, sur l'ensemble des gîtes méditerranéens, quelques remarques générales d'un certain intérêt.

Leur âge, tout d'abord — qui, en raison même des considérations précédentes, est le facteur le plus important de leur allure et de leur composition — , leur âge est, fréquemment, très bien déterminé, tout au hioins défini par une limite inférieure bien précise, en raison de leur intercalation filonienne dans une série de terrains, qui, suivant le hasard des rencontres faites par les directions de fractures, vont par exemple, pour une même région, du lias à Téocène : ce qui les fera considérer logiquement comme postérieurs à ce dernier terrain. Nous n'éprouvons plus ici l'embarras que l'on a dans les vieux massifs hercyniens de la Meseta espagnole, du Plateau Central, de la Bohême et de la Saxe, où des filons, peut-être tertiaires, se trouvent recouper, exclusivement, des granités, des gneiss ou des schistes primaires et ne nous renseignent, par suite, nullement sur leur âge exact. Ici, les conditions d'étude sont beaucoup plus favorables et l'on arrive à la conclusion que les filons métallifères sont, en général, contemporains des divers niveaux éocènes, avec une marge possible dans un sens ou dans l'autre; ils se trouvent, par là, aussitôt rapprochés de la belle série éruptive littorale, dont beaucoup de termes sont, eux aussi, nettement datés, à partir du Indien (éocène inférieur).

On sait que cette série éruptive tertiaire d'Algérie comprend, avec une différence d'âge énorme, des termes pétrographiques équivalents de ceux que nous trouvons dans les séries carbonifères de l'Europe Centrale, ou dans les séries plus anciennes de l'Europe septentrionale. C'est l'application générale de la loi, d'après laquelle, en Europe, les plissements terrestres et, à leur suite, les montées de roches éruptives, avec les cristallisations métallifères, qui en sont elles-mêmes la conséquence, semblent s'être produites, du Nord au Sud, à des époques de plus en plus récentes. La série tertiaire d'Algérie présente, comme toutes les séries tertiaires, un petit nombre de roches profondes, de magmas cristallisés sous pression et de fonds de creuset basiques, tels que les granités, les diorites, les gabbros, etc. : ce qui est tout naturel, eu vertu de la remarque tant de fois faite sur le caractère originellement superficiel des formations, qu'une érosion peu avancée nous

permet d'observer au jour dans ce pays. Et, de mônie, nous ne rencontrerons guère de ces gîtes métallifères, directement émanés du magma profond : soit par une émanation fluorée, qui, nécessitant une forte pression ou une haute température, n'a pu se produire à de grandes distances des noyaux acides (étain, bismuth, tungstène, molybdène, or, etc.,) ; soit par une ségrégation directe des noyaux basiques, ayant donné, dans leur masse même ou à leur contact immédiat, des amas de magnétite, fer chromé, pyrite de fer avec cuivre ou nickel, des grains de platine, etc. A cet égard, le contraste est absolu avec le reste de l'Afrique continentale, qui appartient, au contraire, à une chaîne de plissement et, par suite, d'abrasion très ancienne et où, dès lors, comme notre théorie le fait prévoir, ce sont précisément ces gisements de profondeur, magnétites, pyrites aurifères, cuprifères ou nickéliferes, étain, etc., qui dominent.

Cependant, comme, en matière de phénomènes naturels, il ne saurait y avoir de règle absolue, on connaît, dans le nord de l'Algérie, des exemples de granités et granulites tertiaires, mis à jour suivant des anticlinaux: roches, au voisinage desquelles il n y aurait rien d*impos* sible à ce que Ton découvrît un jour quelque cristallisation de cassitéritc, analogue à celles que, dans des conditions semblables, on a observées en Toscane ou à l'île d'Elbe.

Mais ce qui domine pour les roches éruptives tertiaires, ce sont les roches d'intrusion superficielle, ou d'épanchement, depuis les microgranuiites, porphyres pétrosiliceux et globulaires, rhyolites, dacites, etc., jusqu'aux types microlithiqucs. Et, dans nombre de cas, les gîtes métallifères algériens présentent, avec ces roches éruptives, une relation directe, qui, pour être prévue, n'en est pas moins intéressante à constater et qui donnerait, sans doute, lieu à des constatations bien précieuses, si on la scrutait d'un peu plus près.

La première zone métallifère, que nous aurons à étudier le long de la côte, comprend, en effet, des gîtes directement encaissés dans ces roches éruptives au milieu de leurs fractures : gîtes de peu de continuité et de peu de valeur industrielle, comme la plupart de ceux qui, dans tous les pays, ont ainsi incrusté les fissures ramifiées et courtes des roches éruptives. Nous en trouverons, sur toute la longueur de la côte, près d'Oran, àBougie, à Cavallo, à Collo, à l'ouest de Bône, etc. Comme composition minéralogique, ces gisements ne se différencient pas essentiellement de ceux que nous rencontrerons dans tout le pays, en nous éloignant de plus en plus vers le Sud. J'ai déjà dit que la catégorie de minéraux attribuables à des émanations fluorées ou chlorurées faisait défaut; ici, comme dans toute l'Algérie et la Tunisie, ce que nous observons, ce sont des gîtes sulfurés plus ou moins complexes. Cependant, si l'on entre plus dans le détail, il semble que

les métaux prédominants soient ici un peu différents de ceux qui prennent le premier rang quand on s'éloigne de l'axe éruptif vers Tintérieur du pays. Tandis que, plus loin^ nous aurons surtout du zinc et du plomb, avec, dans certaines zones, une abondance spéciale d'antimoine ou de mercure, ici, soit dans les roches éruptives elles-mêmes, soit surtout à leur voisinage, où se trouvent des gisements plus développés, ce qui domine manifestement, ce sont les pyrites de fer et de cuivre, ayant pu donner lieu, par métamorphisme et substitution, suivant les cas, soit à de grands amas d'hématite, soit à des filons dechalcopyrite et hématite *, de cuivre gris et sidérose, qui constituent les formes pratiques, sous lesquelles ces gisements sont connus et ont été explorés ou exploités. Nous aurons bientôt à décrire, le long de la côte, de grands amas ferrugineux, comme ceux de la Tafna ou de Tabarca, aux deux extrémités de l'Algérie, d'autant plus connus que leur voisinage immédiat du rivage a permis ou permettra bientôt leur utilisation ; nous signalerons également une véritable zone cuprifère, qui, pour être jusqu'ici sans grande valeur pratique, n'en offre pas moins un réel intérêt, de Ténès à la Mouzaîa, à Bougie et à Kef-oum-Theboul.

Quand on s'éloigne davantage de la côte, il n'est plus question de roches éruptives ; nous nous trouvons alors dans les chaînes crétacées ou tertiaires à plissements généraux Est-Ouest, qui, jusqu*au Sahara, constituent le sol de l'Algérie ; là, nous verrons, disséminées de tous côtés, dans les terrains de l'âge le plus différent, du lias à Téocène, dc^ multitudes de gisements, qui, théoriquement, et malgré des apparences très variables, me semblent pouvoir se ramener à un seul et même type. Ce type est le même, sans doute, que nous avions déjà observé le long de la côte, c'est-à-dire le type sulfuré complexe, mais, maintenant, avec une prédominance caractéristique du zinc et du plomb, accessoirement de l'antimoine et du mercure, au lieu que le fer et le cuivre semblaient plus abondants au voisinage plus immédiat des magmas éruptifs, d'où nous supposons que tous ces remplissages filoniens sont également dérivés.

Groupement des métaux dans le remplissage. — Le filon sulfuré complexe d'Algérie et de Tunisie, là où ses éléments minéralogiques sont les plus nombreux, peut renfermer, à la fois, des sulfures de plomb, zinc, fer, cuivre, antimoine et mercure, avec une gangue souvent quartzeuse, souvent aussi barytique ou calcaire, ces deux derniers minéraux (baryte et calcile), semblant toutefois avoir une

* n est à peine besoin de remarquer que, bien que le cas soit fréquent, raltëratlon de la chalcopyrite ne donne pas nécessairement du cuivre gris, puisque le cuivre gris suppose, outre le soufre et le cuivre, de l'antimoine ou de Tarsenic ; dans certains cas, on peut avoir directement de la phillipsite ou bornite, de la chalcosine, des oxydes de cuivre noirs ou rouges.

tendance à disparaître en profondeur. L*un ou Tautre des niétaux, que je viens d'énumérer, peut naturellement dominer dans cet ensemble et donner au gisement sa caractéristique industrielle ; mais, comme toujours, le zinc et le plomb vont, d'habitude, ensemble, de môme que le fer et le cuivre. Nous venons déjà de voir que le zinc semblait le plus abondant de tous; c'est au moins le seul, qui ait pu donner lieu, par la formation d'amas calaminaires, à des résultats industriels fructueux. L'antimoine et le mercure, généralement très subordonnés, ne prennent une réelle importance et ne deviennent à peu près exploitables pour eux-mêmes que dans une zone assez localisée à l'est de Constantinc, entre Batna, Guelma, Duvivier et Bône, sur environ 200 kilomètres de longueur totale. L'antimoine se montre là, soit isolé en stibine, soit combiné au plomb ou au cuivre, en galène antimonieuse, ou cuivre gris. Cette forme de gisement antimonieux avec galène et blende est totalement différente de celle que nous rencontrons dans le Plateau Central, où la stibine n'a pour gangue, à de rares exceptions près, que le quartz et le mispickel et peut être considérée, en moyenne, comme caractéristique d'une série tertiaire.

La fréquence du mercure dans les gîtes algériens paraît également à signaler comme un indice de plus en faveur du peu de profondeur initiale que nous leur attribuons. Le mercure est, en effet, un métal qui semble s'être maintenu très facilement en dissolution, de sorte qu'il s'est élevé très haut dans les fractures terrestres et se trouve, généralement, localisé, sur toute la surface du globe, le long des dislocations les plus récentes, à moins que l'extrême minceur des fissures et des vides, où circulait sa dissolution, n'ait amené sa précipitation plus profonde, dans des conditions alors parfois très régulières et avantageuses, comme dans les pores des quartzites d'Almaden.

Tjrpes d'altération. — J'ai déjà dit combien la plupart de ces gisements algériens avaient subi une modification notable en rapport avec le voisinage de la superficie actuelle et j'ai même indiqué que cette modification avait seule constitué les amas réellement riches de calamine ou d'hématite. 11 est, dès lors, utile d'insister un peu sur les caractères de ces gîtes altérés, qui sont, en réalité, à peu près les seuls, auxquels s'attaquent l'explorateur ou le mineur : l'altération étant souvent assez profonde pour que, même avec une exploitation de quelque durée, on ne soit pas amené à toucher les parties du gisement demeurées sous leur forme sulfurée primitive.

On sait, en principe, (et j'ai exposé longuement ailleurs *) quels sont

* Conlribution à Vétude des gîtes métallifèi^es [Annales des Mines, août 1897). Voir également, plus haut, les chapitres ii et iv relatifs au cuivre et au fer.

les caractères généraux de cette oxydation météorique et je viens de rappeler quels minéraux en étaient résultés. Les gisements algériens se présentent, par suite, sous les divers types suivants, qui ont l'air, au premier abord, très différents les uns des autres et se rapportent poup^ tant tous, sans doute, à une formation primitive unique :

Amas de pyrite de fer, avec mince chapeau de fer oxydé et parfois traces de cuivre ; ou encore, filons de chalcopyritc avec uu peu d*hématite; ou encore, veines de blende, recouvertes d'un mince enduit calaminaire, etc. ; en résumé, formes sulfurées subsistantes, quand, pour une cause ou pour une autre, le gisement s'est trouvé échapper, en majeure partie, à l'altération ;

Puis, comme formes métamorphiques :

Grands amas d'hématite dans les calcaires ou à leur contact, pouvant passer à la sidérose, pouvant aussi s'associer avec des produits cuivreux ou même des veines de cuivre sulfuré ;

Filons de cuivre gris, avec hématite, sidérose, carbonates de cuivre et résidu de chalcopyrite, à gangue souvent barytique;

Amas calaminaires dans les calcaires ou au contact des calcaires et des marnes, la calamine pouvant être, soit rougie par du fer, soit chargée de galène, pouvant aussi être associée à un peu de cinabre, de stibine ou de sénarmontite et à des minéraux oxydés du cuivre ;

Oxydes d'antimoine, englobant des parties de stibine intacte, avec parties zincifères ou plombeuscs, etc.

Ces divers gisements se présentent éparpillés dans les fissures de terrains sédimentaires divers, ou entre leurs strates et à leur contact, sous forme de filons couches, mais ne prennent guère une véritable importance que dans les calcaires, où ils affectent souvent l'allure de gisements de substitution. On peut alors trouver, tantôt des calamines, tantôt des hématites, tantôt même, exceptionnellement, des antimoines oxydés englobant des parties de calcaire, avec passage irrégulier du carbonate de zinc au carbonate de chaux, de l'oxyde de fer au carbonate de fer, puis à la calcitc ou à la dolomie ferrugineuses, puis à ces mêmes carbonates intacts, etc. Cette substitution, qui s'est généralement opérée en partant des fissures ou joints du calcaire, par lesquels pouvait se faire l'introduction des eaux oxydantes, laisse souvent persister l'allure primitive des cassures: c'est-à-dire que, dans le cas des fissures en tous sens, des diaclases, on aura une sorte de brèche, englobant des morceaux de calcaire stérile ; dans le cas des joints de stratification, une apparence de minerai stratifié et, en quelque sorte, sédimenté. L'oxydation du fer, associé au zinc, a donné des calamines rouges et la dissolution partielle dos calcaires par les eaux de surface, des argiles et terres rouges, analogues à celles qui recouvrent le sol des grottes, mais ici plus ou moins calaminaires.

Zones métallifères. — Géojçraphiquemenl, nous Tavons vu, les gisements complexes, — soit sous leur forme sulfurée primitive, qui a pu se conserver surtout dans les terrains non calcaires, soit sous leur forme oxydée et carbonatée — sont extrêmement éparpillés, notamment dans la province de Constantine et dans la Tunisie. On aperçoit, cependant, certaines zones de concentration, suivant lesquelles les minerais offrent une abondance spéciale. Tels sont les pays à l'ouest et au nord de Tlemcen, près de la frontière marocaine, la région cuprifère de Ténès à Mouzara et Rovigo, puis les environs de Bougie, la zone de Jemmapes à Guelma et Souk-Arrhas, celle de Batna vers Souk-Arrhas et tout le massif limitrophe de la frontière tunisienne entre Souk- Arrhas, Aïn-Beida, Tebessa et le Kef, la région de Bejà à Bizerte, celle au Sud de Tunis, etc. Là, on peut imaginer qu'il a existé des centres importants d'émanation profonde et, dans l'hypothèse que j'essaie de développer au cours de ce livre, on est conduit à supposer que toutes ces fissures ramifiées de la surface peuvent se concentrer, se rassembler, se simplifier, quand on plonge suffisamment dans l'intérieur de l'écorce terrestre: Pour rendre ma pensée par une figure peut-être un peu hardie, si l'on supprimait par la pensée, à la surface de TAlgérie et de la Tunisie, une croûte superficielle, dont l'épaisseur atteindrait 4000 ou 6000 mètres, accomplissant, d'un coup, ce qui, en des pays plus anciens, a été le lent résultat d'une érosion prolongée pendant des milliers d'années, si Ton réduisait le pays à un plateau, comme le centre de la France ou la Bohème, en opérant une sorte de section horizontale profonde, je suppose que l'on trouverait peut-être, à l'aplomb de ces zones métallifères éparpillées, quelques grands filons puissants, réguliers, localisés, analogues à ceux de la Bohême ou de la Saxe par exemple, comparables encore à ceux de l'intérieur de l'Espagne : filons dont, dans l'état actuel des choses, nous ne possédons, par suite du travail encore incomplet des forces abrasantes naturelles, que la dispersion au voisinage de la surface.

Ces diverses observations, faites ainsi à propos d'une région bien typique, l'Algérie, ne sont, d'ailleurs, pas exclusivement applicables à celle-ci ; on pourrait les renouveler à propos de la plupart des autres rameaux géographiques détachés des Alpes, qui constituent, autour de la Méditerranée, des chaînes de plissements tertiaires : par exemple^ (pour prendre seulement les régions les plus rapprochées de l'Algérie), à l'occasion de la Sierra Nevada, des Apennins, des Alpes lllyriennes; et cette seule analogie rend déjà très vraisemblable l'hypothèse, qui vient d'être proposée, sur la cause de ce type régional des gîtes métallifères, attribuable, non sans doute en totalité, mais du moins en grande partie, à la profondeur atteinte par les érosions, d'où résulte la

profondeur initiale des gisements dans la zone qui est actuellement devenue la zone superficielle.

Production industrielle. — Nous allons maintenant passer à la description plus détaillée de tous ces gîtes*; mais comme, au cours de cette étude, nous serons nécessairement amenés à insister surtout sur les gisements présentant quelque intérêt général, sans tenir compte de leur valeur industrielle, il faut, pour mettre les choses au point, commencer par des renseignements statistiques, où les mines d'une réelle importance vont se trouver immédiatement distinguées des filons à peine signalés et, dès lors, mises en lumière*.

Au Maroc, tout d'abord, l'industrie minière est à peu près nulle, non que le pays semble manquer de gîtes métallifères, mais parce qu'il est, jusqu'ici, remarquablement fermé à toute civilisation.

En Algérie, les résultats de l'extraction minérale sont, si on laisse de côté les minerais de fer et les phosphates, dont nous avons eu à nous occuper spécialement, peu en rapport avec la très longue liste de gisements divers que Ton pourrait citer. J'ai essayé plus haut d'en donner une explication. A part quelques gisements de calamine, comme Ouarsenis, Bou-Thaleb, Hammam-N'Bails, etc., une mine de cuivre et métaux complexes à Kef-oum-Thcboul (qui, elle-même, a dû cesser son exploitation) un ou deux gîtes d'antimoine comme le Djebel Taya, toutes les autres recherches ont été infructueuses et toutes les concessions instituées inutilisées.

Enfin, en Tunisie, il y a eu, depuis quelques années, une grande ardeur apportée à l'exploitation des amas calaminaires, ou, accessoirement, de la galène associée à la calamine : exploitation qui a donné, par endroits, des résultats brillants et fait, de ce pays, une sorte de prolongement minéralogique de la Sardaignc, avec laquelle il offre également quelques liens géographiques.

Les chiffres statistiques accusent nettement ces faits.

Seule, l'extraction des minerais de zinc offre quelque importance en Algérie. En 1899, elle a produit 43 500 tonnes, valant 2 617 000 francs ; en 1900, elle est retombée à peu près au chiffre de 1898, soit 30 300 tonnes à 50 fr. 79, valant 1 537 000 francs. Dans ce total, les mines du département d'Alger, exploitées avec une activité médiocre, Ouarsenis^ Saka-

* Je tiens à remercier ici M. Lantenois, actuellement Directeur du Service des Mines de l'Indo-Chine, qui a bien voulu me faire profiter de sa longue expérience acquise en Algrrie, et M. Jordan, ingénieur au Corps des Mines k Tunis, qui m'a fourni les renseignements les plus précieux sur les mines de son service.

* Quelques-uns des chiffres donnés ici ont déjà été indiqués dans les chapitres relatifs aux divers métaux ; mais on trouvera, sans doute, intérêt à les voir rassemblés.

mody, Guerroumaj Nador Chair, entrent pour 10180 tonnes, dont 6 000 à Ouarsenis, 3000 à Sakamody ; les mines du département de Gonstantine, dont la principale est Hammam ^BaîlskVesi de Guelma, pour 19172 tonnes. Dans le département de Gonstantine, beaucoup de recherches ont été faites depuis 1898. Des concessions ont été instituées récemment en Algérie, à Kef-Semmah, près du Djebel Anini < Ouest de Sétif) et au Bou-Thaleb, ou Djebel Soubella; elles semblent porter sur des gisements importants.

Le plomb n'est qu'un produit secondaire dans l'extraction des mines de zinc. L'Algérie produit des quantités tout à fait insignifiantes de j^alène : 120 tonnes en 1898; 389 en 1899; 222 tonnes à 143 francs, valant 32000 francs, en 1900.

L*anti moine n'est plus guère exploité qu'au Djebel' Taya (Ouest de Cfuelma) ; les anciennes mines du Djebel Nador et du Djebel Hamimat sont abandonnées. La production de minerais d'antimoine, qui avait été de 731 tonnes en 1897, 200 tonnes en 1899, est tombée, en 1900, à 93 tonnes valant 170 francs la tonne.

Toutes les mines de cuivre sont inexploitées. On a cependant essayé récemment de reprendre Kef-oum-Theboul, près la Galle, la seule qui ait été longtemps l'objet d'une exploitation active ; son exploitabilité dépend, dans une mesure très étroite, des cours du cuivre. Une mine de pyrite cuivreuse, située à Oualil, au Sud de Djidjelli, est en instance <le concession.

Il en est de môme des gîtes de mercure, pour lesquels il existe deux concessions dans le département de Gonstantine : Ras-el-Ma, au S.-O. de Jemmapes et Taghit, au S. de Batna. Aucune d'elles n'est exploitée; on a fait, cependant, quelques recherches récentes sur la dernière.

Une substance dont on commence à s'occuper en Algérie, est la pyrite de fer, dont il paraît exister quelques gisements importants, que l'on songe à exploiter pour fabriquer l'acide sulfurique nécessaire au traitement sur place des phosphates algériens. Le gisement A'El- Aiizouar, près Bougie, est en instance de concession.

Les deux grandes et réelles richesses minérales de l'Algérie sont les minerais de fer et les phosphates, qui ont été l'objet de chapitres spéciaux; j'ai dit également quelques mots, dans le chapitre relatif aux pétroles, des recherches récentes faites pour trouver cette substance dans le département d'Oran.

En dehors de cela, il faut encore mentionner les diverses carrières, dont l'exploitation a, déduction faite des phosphates, produit, en 1900, (suivant la statistique) pour 5 millions de matériaux divers. Une seule substance mérite une mention spéciale : c'est l'onyx, exploité à Tekbatel (Oran). Gette carrière a produit, en 1898, 1899 et 1900, environ 75 mètres cubes d'onyx par an ; le prix moyen^ déclaré en 1900 a été de

Richetset minérales de l'Afrique. 20

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Actuellement, le gisement, formé d'un amas très limité de travertin quaternaire, est, je crois, épuisé. En 1898, on avait, en outre, extrait 304 mètres cubes de marbre à 493 francs des carrières du Djebel Orousse^ près Arzeu, dites aussi carrières de Kleber. En 1899, 85 mètres cubes, produits par la même carrière, n'étaient plus évalués que 25 francs et, en 1900, elle disparaissait de la statistique.

Les mines métalliques de Tunisie sont, d'une façon générale, beaucoup plus actives que celles d'Algérie.

En 1900, elles n'ont pas occupé moins de 17i6 ouvriers, parmi lesquels 590 Européens ; il en a été extrait 4408 tonnes de galène, valant 533000 francs, 2456 tonnes de carbonate de plomb valant 68000 francs, 16596 tonnes de calamine calcinée valant 1108 000 francs et 2629 tonnes de minerais complexes, valant 18 1 000 francs. La valeur des produits extraits (minerais de zinc et de plomb) a été, au total, de 1 880 000 francs, contre 2141000 francs en

Les principaux centres de production, que je décrirai plus loin, sont représentés sur le tableau ci-joint :

La production des minerais de zinc et de plomb, a été en Tunisie, de 1890 à 1902 :

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