A. —RICHESSES MINERALES DU MAROC
Les richesses minérales du Maroc (fig. 63), par lesquelles nous devons commencer cette étude de la zone méditerranéenne pour nous Cionformer à l'ordre adopté de l'Ouest à l'Est, sont, en réalité, à peu près inconnues et c*est uniquement par comparaison avec les deux régions, auxquelles le Maroc se rattache directement, l'Algérie d'un côté, l'Espagne de l'autre, que l'on peut faire quelques hypothèses très vagues sur leur valeur. Ce pays, si voisin de nous et qui nous intéresse si natu-
rellement par son enclavement entre nos possessions françaises de
TAlgérie et du Sahara, est, en eiïct, un des plus inconnus, un des plus
fermés à l'iniliative européenne qu'il y ait sur le globe et, sauf pour quelques chemins battus, comme les routes de Tanger à Fez, de Mogador au Maroc, les environs du Maroc ou les côtes, on n'a que de très vagues informations, duesà des voyageurs incompétents, surTexistence de minerais, dont l'exploitation est d'ailleurs interdite, afin d'éviter l'introduction d'ouvriers et de capitaux européens. On sait que le Maroc a produit de l'antimoine, du fer, du cuivre, du plomb ; il est bien probable, par raison de continuité, qu'il renferme du zinc et des phoaphates. Tout le reste est très hypothétique : ce qui explique les discordances entre les deux ouvrages principaux, où l'on a essayé de grouper les connaissances relatives à la richesse minérale du Maroc, ceux de Budget Meakin et de Fischer, que je vais résumer et condenser ici, en groupant les renseignements par métaP.
L'or, d'après tous les renseignements, doit être peu abondant au Maroc, comme pouvait le faire prévoir la comparaison avec TAlgéric et la Tunisie, où Ton n'en trouve pas. Il est très probable que l'or existant à l'intérieur du Maroc y a été importé par caravanes de Tombouctou et venait du Soudan. Leared dit qu'on en trouve, sur la route de Mogador à Maroc, près if 'Zorfiû, dans trois petites collines, dites Kôdeeât Arthoos? Suivant Gatell, il en existerait, dans le S.-O. du Maroc, dans la région du Soos, connue surtout pour ses mines de plomb, à Ida-oo4tiU, dans des minerais de cuivre eikSajilmâsah, dans du quartz.
Des exploitations de plomb argentifère passent pour avoir existé ù Tadlah, près Mekinez et dans le Soos, d'où pendant le moyen âge, on exportait de l'argent en Vénétie.
La môme région de Tadlah contiendrait, dit-on, du cuivre, dans une montagne près de Tasellergt, au voisinage du col Bîbâwan. On cite également, comme cuprifères, le district de Mesfîwà, près Maroc et, dans le S.-E. du Maroc, près la frontière algérienne, toute la chaîne du Djebel-Maiz, près Aïn Sefra et Figuig, qui est réputée pour fournir leur cuivre aux chaudronniers marocains. Enfin, tout à fait au S.-O. du Maroc, près de Tarudant, capitale du Soos (ou Sus), on exploitait encore, en 1860, d'après Rohlts, des veines cuivreuses, ayant donné naissance à une importante industrie de chaudronnerie.
Fischer cite d'anciennes mines de fer au Djebel Uadid, à 32 kil. N.-E. de Mogador, et d'autres traces d'anciennes exploitations près d'Ain d*Had8char. En outre, le fer existe, avec beaucoup d'autres
* ^870. MouRLON. Esquisse géol. sur le Maroc {Bu\. Ac. Roy. Belgique,!. XXX, p. 4i). Bl'duet-Meakin. The minerai Resources of Marocco (Mining Journal. 1898, p. 1034 ; cf. Zeits. f. prakt. Geo)., 1899. p. 51). — Tu. Fischer. Die Bodenschiitze Maroccos (Zeil3. fttr prakt. Geol.,1900, p. 110). — M.vw. Geology of Marocco, — Reclus. Géogr. Univ., t. Il, p. 722, 746, 765, 8i7. — R. de Flotte Roqlev.\ire. Carte du Maroc aul : 1,000.000, — Léo Apricanus, au xvi* siècle, cite diverses mines de fer et de cuivre uu Maroc, dont la position est difUcile à identifier.
métaux, plomb, cuivre, etc., dans la région qui se trouve au S.-O. du Maroc et qu'on appelle le Soos. On en a exploité aussi aux environs de Fez,
Enfin, rantimoine se rencontre en des jçisements assez nombreux, dont quelques-uns, situés dans des endroits accessibles aux européens, ont été l'objet de concessions, aussitôt retirées dès que le gouvernement marocain eût pris conscience de l'imprudence qu il venait de commettre. L'une de ces concessions, près d^Anjerah et non loin de Tanger, avait été donnée à un Algérien*; l'autre, située à Ziaidah, entre Rabat et Casa Blanca (côte Ouest), à un italien. Quelques gisements renferment une association d'antimoine et de plomb, que nous retrouverons en Algérie et qui est assez propre à ce type de gisements méditerranéens, notamment au S.-E. du Maroc, contre la frontière algérienne, dans une zone qui va, sans doute, devenir plus accessible aux européens, près l'oasis de Tafilelt et, entre celle-ci et Figuig, un peu à l'ouest de KenalBa, sur la route de l'oasis de Boanam, où travaillent les Kabyles Beni-Sithé. Les marocains connaissent bien les minerais d'antimoine, qui sont exploités, dans tous les pays orientaux, pour fabriquer des couleurs et des fards.
Il faut encore compter, parmi les richesses minérales du Maroc : un certain nombre de gîtes de sel, dont il a été question dans un chapitre spéciaP; un peu de salpêtre à Tarudant et près Maroc; des carrières de granité entre Maroc et Mogador : des carrières de marbre romaines près de Maroc, au Kudiat Ardhus (Kôdeeat Arthoos) ; des calcédoines, dans la môme région; du soufre, exploité pour la fabrication de la poudre, en face Tarudant, dans l'Atlas ; des meulières, exploitées depuis des siècles sur la côte à 6 kil . S. du cap Sparte 1, au Ras Aschakkar, dans un conglomérat tertiaire.
Les sources thermales sont peu nombreuses'. On cite les eaux chlorurées et sulfureuses de Mouley-Ydkoub dans la montagne entre Fez et Mequinez, celles de Sidi-Harazem, du Djebel-Zalagh dans la môme région, celles de Kabeelah Glâiah dans la province Er-Reef, les sources carbonatées de l'oasis de TasanakhtM^ sources de Figuig^ etc.