B. — GITES MÉTALLIFÈRES COMPLEXES DE L'ALGÉRIE
En passant la frontière algérienne, nous entrons dans un pays, dont les ressources minérales commencent à être bien connues, sinon
• C'est probablement ce filon d'antimoine d'Anjerah, qui, dans certains récits, s'est transformé en un gîte d'élain situé entre Salli et Tetuan, dont le produit aurait été,, au xvn* siècle, exporté à Marseille.
«. Page 247.
• D' Weisgerber. Explorations au Maroc. Les thermes des environs de Fas (Fez) Géographie, 45 mai 1902, p.335).— D. Budget Meakin*. [Z.f.prakt. Geo/.,févr. i8W. p. 52.
GISEMENTS DE L*OUEST DE L'ALaÉRIE
toujours utilisées, et nous avons, pour nous guider, un inventaire méthodique de ces gisements, donné par le Service des Mines, ainsi
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qu'une bonne carte géologique d'ensemble au 1 : 800. 000* (3' édition de 1900), sur laquelle on pourra suivre cette description : les gisements étant, d'après le système adopté dans l'inventaire en question, repérés
par un angle avec le méridien et une distance en kilomètres relativement à une ville importante. Cette carte au 1 : 800.000® commence à être complétée par quelques feuilles de détail au 1 : 50.000*, dont plusieurs, celles de Beni-Saf, de Blida, de Ménerville, de Constantine, portent déjà sur des régions intéressantes par leurs gftes minéraux ^
Région à Touest d'Oran (fig. 64). — D'une façon générale, ainsi que la remarque en a été souvent faite, le premier département que nous rencontrons en commençant l'étude de TAlgérie par TOuest, celui d'Oran, est, si l'on excepte les minerais de fer largement représentés à la Tafna, le moins riche en minerais de toute l'Algérie. Cependant, les abords de la frontière marocaine présentent des venues métallifères d'une certaine valeur, dirigées suivant les grands plissements N.-E. — S.-O., qui jalonnent la contrée et formant peut-être la continuation des minerais que Ton suppose exister au Maroc. Du Nord au Sud, il paraît y avoir là trois zones métallifères principales, en relation avec des anticlinaux, sur lesquels apparaissent, — en même temps que des terrains anciens, et du trias accompagné de pointements ophitiques — , des roches éruptives tertiaires.
Le premier, le plus développé, sur lequel se trouvent les grands gisements de fer de la Tafna, suit la côte de Nemours à Beni-Saf, Oran et Arzeu, avec nombreux volcans tertiaires, étudiés : par M. Gentil, autour de Beni-Saf; par MM. Curie et Flamand, en d'autres points. Là sont également les concessions de zinc de Mazis (ou Maaziz) et Djebel Masser, reprises sans grande activité en 1899, ainsi que celle de Fillaoucen abandonnée.
Le second, plus au Sud, est celui de Garrouban (ancienne mine romaine abandonnée) elTleta, entre Oudjda etSebdou.
Enfin, le troisième, dans le Sud-Oranais, tout à fait délaissé, est celui du Djebel'Maîz au Maroc et des environs d'Aîn-Sefra.
En commençant par le Nord, on trouve, sur une même zone N.-E. — S.-O., au nord de Lalla Maghnia, entre cette ville et Nemours, les trois concessions de Mazis (ou Maaziz), Djebel Masser et Fillaoucen. La mine de Djebel Masser est, comme celle de Mazis, un peu exploitée (environ 400 tonnes de calamine par an). Celle de Fillaoucen est, au contraire, abandonnée.
On est là, au contact des schistes anciens, dans un calcaire compact et bien stratifié, passant à la dolomie, qui doit appartenir à Toxfordien. Les conditions de gisement rappellent beaucoup celles de quelques gîtes du Gard. Les minerais, très disséminés au voisinage de ce con-
* Diverses notions générales ont déjà été données aux ctiapitres du cuivre, du plomb, du zfnc, du fer, etc. Ainsi que je l'ai rappelé plus haut, les gîtes de fer. ayant déjà été décrits en détail, ne seront signalés ici qu'incidemment.
tact, remplissent, soit des diaclases ou des plans de stratification du calcaire, soit le contact même ; industriellement, ils ont ce défaut de ne pas se concentrer en amas. Ces minerais comprennent un mélangcî de galène et de calamine, avec du gypse abondant, accusant la double décomposition du calcaire par le sulfure de zinc au contact des eaux oxydantes superficielles : double décomposition récente, c'est-à-dire très postérieure au premier dépôt des minerais sous leur forme sulfurée, et ayant donné, à la fois, carbonate de zinc et sulfate de chaux. Au Djebel Masser, la même réaction a produit, aux dépens de la galène, un peu de carbonate de plomb (cérusite).
Puis, en décrivant un coude vers le Nord, comme le fait la chaîne ancienne elle-même, on trouve les hématites de Bar-^l-Maden, celles de la Tafna, Dar-Rih, Ténikrent, Camerata, etc., décrites au chapitre du fer ^ quelques gîtes de fer, cuivre et barytine à Haouîssi, dans les communaux de Bou-Tlélis, (34 kil. O. d'Oran) ; enfin, à l'ouest d'Arzeu, des indices de cuivre et plomb à Guessiba^ avec un peu d'oligisle inexploré au Cap Ferrai.
Une seconde zone minéralisée commence, à la frontière marocaine, par l'ancienne mine, très importante anciennement et un peu reprise aujourd'hui, de Gar-Rouban (ou Rhar-Roubany,^vhs de laquelle est un autre petit gîte semblable à Sidi-Aramon, mine située à 30 kil. Sud, 7® Ouest de Lalla-Maghnia, le long d'une bande de schistes anciens dirigée N.-E., — S.-O.
Les gisements principaux, composés surtout de galène, avec un peu de cuivre pyriteux et, localement, delà blende, sont intercalés dans ces schistes, où le filon de Gar-Rouban, qui est un filon très net à gangue quartzeuse avec belle fluorine, s'interstratifie à peu près ; mais quelques autres de moindre importance imprègnent, au voisinage, la dolomio bathonienne. Non loin de là, à Sidi Yacoub, on a exploité, un moment, pour les besoins de l'ancienne fonderie de Gar-Rouban, des imprégnations d'hématite dans un calcaire liasique. Plus à l'Est, et en se rapprochant de Sebdou, on observe le prolongement probable de la même zone métallisée dans le filon cuivreux dAbla, avec galène et blende, également encaissé dans les schistes anciens, puis dans les gîtes de Tléta et Coudiat-Reças, qui forment des imprégnations : le premier (avec traces de cuivre), dans l'oxfordien; le second, dans le lias supérieur ou les dolomies bathoniennes.
Certe zone métallifère, par sa position le long d'une bande ancienne» avec imprégnation latérale dans des calcaires d'âges divers (bathonien,
* Voir plus haut, pages 476 à 179.
■ Les mots Gar, Rar, Rhar. qu'on retrouve assez fréquemment dans les noms de mines arabes, sont des notations difTérentes d'un même mot, qui veut dire grotte.
oxfordien, etc.), présente, ainsi que je le remarquais déjà tout à l'heure pour la mine de Mazis, quelque analogie avec ce qui existe dans le Gard, près d'Alais, sur la bordure sud-est du Plateau Central.
Aucun de ces gisements n'est exploité aujourd'hui; mais ceux de Gap-Rouban et Abla ont été fortement attaqués par les Romains. Près de Tlela, à Djebel Tassa, le manganèse oxydé paraît former une veine dans un calcaire liasique ou oxfordien.
Beaucoup plus auSud, on trouve, dans la région d'.4în-5e/>'a (extrémité delaligneSud-Oranaise,à454kil. du port d'Arzeuet environ 100 kil. au nord des oasis de Figig), une troisième zone métallifère, qui se rattache probablement à celle de Bu-Anan, Kenadsa et du Djebel Maïz, précédemment signalée à propos du Maroc. Cette zone a été étudiée, en 1892, par M. Dorion.
Il y aurait là, suivant lui, dans les grès du crétacé inférieur (néocomiens?), qui affleurent autour d'Aïn-Sefra et, notamment, sur les flancs ouest et est du Djebel Aïssa (10 à 20 kil. N.-E. d'Aïn-Sefra), vers rOued Mouila, à Tirkount et vers Tiourtelt, une légère imprégnation cuivreuse (carbonatée aux affleurements), qui lui paraît avoir été contemporaine de la sédimentation môme : ce qui rapprocherait ce gisement des imprégnations cuivreuses, rencontrées en tant de pays dans des grès permiens, depuis la Prusse rhénane et la Bohême, jusqu'à rOural. Cette teneur en cuivre, répartie dans plusieurs petites couches de ©'"jlB à 0'",20 d'épaisseur, ne dépasse pas 2 p. 100.
M. Dorion y voit le produit de la destruction et de la sédimentation de divers filons, situés au N.-E., par exemple dans le Melabed, près Redjem-cn-Nous, à environ 40 kil. N.-E. d'Aïn-Sefra : filons N.-E. en relation avec des ophites, où l'on a fait des recherches abandonnées.
En 1902, on a trouvé, dans la même zone, à 10 ou 12 kil. S.-O. d'Aïn- Sefra, d'autres grès imprégnés de chalcosine, qui, d'après M. Lantenois, seraient peut-être, non pas néocomiens, mais permo-triasiques, et rentreraient alors dans le type ordinaire en Europe.
Si nous nous dirigeons maintenant vers l'Est, dans Tintervalle des deux dernières zones précédentes, à environ 30 kil. N.-E. de Saîda, entre Saïda et Frendrah, l'apparition d'un axe éruptif (accompagné, comme cela arrive presque partout en Algérie, par la réapparition de lambeaux primaires), amène quelques gîtes métallifères, plus ou moins directement en rapport avec les roches éruptives, notamment sous forme d'imprégnations dans les dolomies bathonienncs ou dans l'oxfordien.
C'est ainsi que Ton a signalé là un peu de galène à Embarka et Kselna, un peu d'hématite à Beni-Meniarin et Francheiti, Le gîte de Beni-Meniarin, le plus rapproché de Saïda, est dans l'oxfordien : tous les autres étant dans le bathonien. Il se présente, ainsi que celui d'Embarka, en contact immédiat avec une roche éruptive.
GISEMENTS DE L'ALGÉAlE CENTRALE 315
Région Centrale de 1 Algérie (fig. 65). — Après une assez vaste région stérile en gisements métallifbres, nous retrouvons, à l'est de Renault, dans la zone côtière, deux anticlinaux anciens principaux : l'un, sur la côte, allant de Ténès à Gouraya, Gherchel et Alger ; l'autre, qui lui est à peu près parallèle, à une distance deSOou 40 kil., allant d'Orléansville à Miliana, Blida, Foundouk et Ménerville. C'est surtout le long de ces axes que sont concentrés les minerais.
Cependant, la première concession (encore inexploitée), que nous rencontrons, celle du Djebel Hadid, à environ iO kil. E. de Renault, est dans la partie centrale ; l'hématite y forme des chapelets de lentilles, soit au contact du miocène inférieur et de calcaires, peut-être nummuli tiques, soit dans le miocène inférieur lui-même. Elle est accompagnée par des veines de cuivre pyriteux, avec sidérose et dolomie ferrugineuse (ankérite)*.
La zone, qui suit immédiatement la côte, commence, autour de Ténès, par d'assez nombreux gisements, surtout cuivreux, de chalcopyrite, galène et pyrite de fer, parfois avec barytine, ayant produit superficiellement des cuivres gris, souvent argentifères, eux-mêmes transformés en carbonates, avec de la sidérose ou de l'ankérite et de l'hématite. Ces gisements sont en filons irréguliers : soit, à l'Ouest, dans les divers niveaux du miocène (tortonien, helvétien); soit, plus à l'Est (Beni-Aquil), dans le crétacé (sénonien)*. Plusieurs d'entre eux ont donné lieu, au début de l'occupation algérienne, à des concessions, dont une seule a été exploitée avec une réelle activité : celles de Oued Allelah, près de Montenotte. Beni-Aquil (27 kil. S. -18® E. de Ténès) est une concession de cuivre sans valeur, quoiqu'on y ait fait, également, quelques travaux: concession, à côté de laquelle on a exploré, en outre, un amas d'hématite rouge dans un îlot miocène reposant sur les schistes sénoniens. Les autres concessions, Oued Taffllès et Cap Ténès, près de Ténès, n'ont jamais été exploitées. Toutes sont abandonnées depuis 1860. Plusieurs filons de la même région ont été simplement explorés, vers la même époque, à VOued bou-Hallou (11 kil. S.-ô'^ E. de Ténès), à Sidi'bou-Aissi (9 kil. E.-2o« S. de Ténès) et à YOued Dhamous (34 kil. E.-4® N. de Ténès).
* Nous retrouverons cette gangue d'ankérite, c'est-à-dire de dolomîc ferrugineuse, dans divers fdons cuivreux d'Algérie : notamment, près de Bougie, à Oualil (voir l)lus loin, page 326). Elle parait, comme la sidérose, être un produit de métamorphisme secondaire. Sa séparation d'avec les minerais de cuivre, très difficile à cause de leur densité analogue, semble aujourd'hui pouvoir être réalisée magnétiquement.
• Burat, dans son Traité des viinéraux utiles, (5* édition, 1870. p. 308 à 313). donne la coupe du gisement de Boukhandak, où des veinules de chalcopyrite et sidérose sont irrégulièrement ramifiées. — Voir Collection Ecole des Mines : 1952. Gîtes d'Oued Allelah au cap Tenez et Oued Merdja, près la Mouza1a;1878, gîte de Béni Aquil.
Entre le Cap Ténès et O. Dhamous, commence une zone d'éruptions andésitiques, qui se continue, presque en droite ligne, de l'Ouest à l'Est, jusqu'à l'extrémité ouest du Sahel et, là, se divise en deux branches, embrassant cette zone déprimée, Tune vers Desaix, l'autre vers Mouzaïaville.
Sur toute cette côte, il y a d'assez nombreux gisements de fer, qui se présentent, pour la plupart, sous la forme de filons d'hématite dispersés dans les marnes et passent bientôt à la sidérose dans la profondeur. Aucun de ces gîtes ne présente assez de tonnage pour être exploitable.
Plus loin, sur la côte, les gisements, concédés mais inexploités, de Gouraya, Aïn-Sadouna et de Messelmoun forment la suite des précédents. Aux affleurements, ce sont des filons d'hématite, encaissés : aux deux premières mines, dans le sénonien ; à la dernière, partie dans le sénonien également, partie dans des marnes du miocène inférieur; mais, quand on s'enfonce, on voit vite qu'on est sur le chapeau ferrugineux de filons complexes. A Gouraya et Aïn-Sadouna, on a trouvé bientôt de la sidérose avec un peu de cuivre gris et de la barytine, qui eux-mêmes auraient passé à la chalcopyrite, si on avait continué. A Messelmoun, l'hématite s'est trouvée accompagnée de galène, suivant une observation dont j*ai déjà fait remarquer la fréquence, quand nous avons étudié précédemment ces gisements de fer algériens *.
Une autre zone métallifère, qui suit un alignement de terrains anciens et de lias entre Orléans ville et Blida, commence parle Djebel Temoulga (21,5 kil., E.-4* N. d'OrléansvillQ). Ily a là, dans des marnes schisteuses subordonnées aux calcaires liasiques, quelques imprégnations cuivreuses, accompagnées, dans ces calcaires mômes, par des amas de substitution d'hématite, qui offrent une certaine extension et ont (Hé exploités à ciel ouvert de 1872 à 1876. On trouve, en même temps, de l'ocre jaune.
Un peu plus à l'Est, dans la vallée du Ghéliff (43 kil., E.-3«N. d'Orléans ville), les gisements de fer de Rouïna, qui se présentent dans des conditions analogues et ont été exploités à ciel ouvert à la même époque, ont de nouveau attiré l'attention récemment. Des amas d'hématite, en partie tendre, en partie siliceuse et dure, y occupent une grande extension dans des calcaires liasiques, auxquels ils se sont substitués.
Puis, à 11 kil., S-0. deDuperré, on trouve, toujours dans les mômes conditions, les hématites de Sidi Sliman.
Enfin, les environs de Miliana sont riches en minerais, qui ont fait d'abord concevoir de grandes illusions, mais qui se sont trouvés beaucoup trop disséminés pour donner des résultats pratiques. On recom-
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