‹ Les richesses minérales de l'AfriqueChapitre 93 sur 113 · COLONIE DU CAP (Cuivre, diamant · texte numérisé non relu

COLONIE DU CAP (Cuivre, diamant

La Colonie du Cap possède deux grandes richesses minérales, le district cuprifère d'Ookiep et les diamants de Kimberley. Toutes deux ont été l'objet précédemment d'études complètes. En ce qui concerne le cuivre, il y a lieu de rappeler que les gisements d'Ookiep appartiennent, plus nettement encore que les gîtes du protectorat allemand, au type des amas sulfurés. Le principal amas d'Ookiep atteint, à un endroit, il 000 mètres carrés de section ; dans le même district, l'amas de Tweefontein présente l'association de magnétite et de chalcopyrite, qu'on est habitué à rencontrer dans divers gisements anciens ou profonds (Peekshill au Nord de New-York, Cornwall en Pensylvanie, Traverselle, etc.). En môme temps, l'on a, du côté portugais, dans les gneiss el

• Page 131. [cf. un article récent de W. Voit, sur le cuivre de Senze do llombt. en Angola (Z. f. p. 6 col., nov. 1902).

• Page 166.

• Page 278.

• Die Géologie der deuUchen Schutzgebiete in Afrikd (Munich. 1896).

• Page 133.

• Page 42.

^ Voir, plus haut : pages 133 à 136, 192 à 205.

TRANSVAAL ET ÉTAT D'ORANGE 35i5

schistes cristallinS|des lentilles de magnétite et d*oligiste.Ces gisements en amas, ces magnétites et ces pyrites cuivreuses forment un ensemble, qui rappelle bien les régions boréales d'Europe ou de TAmérique.

5» TRANSVAAL ET ÉTAT D'ORANGE (0/-, cintre, élain, zinc, plomb^ cobalt, fer, diamants, combtistibles, etc.)*

Dans le Transvaal et TÉtat d'Orange, en dehors des mines d*or et des diamants (Jagersfontein, etc.), dont l'importance est suffisamment connue, il existe un assez grand nombre de gîtes métallifères plus récemment découverts ; j'ai résumé surtout au chapitre du cuivre ce qu'il y avait à en dire et j'ai reparlé, à l'occasion du fer, de l'antimoine, du cobalt, de Tétain, du chrome, du manganèse, de quelques-uns d'entre eux. Une étude a été également consacrée aux mines de combustibles. Quelques notions plus générales sur ces gisements peuvent cependant avoir encore leur utilité.

On sait qu'il existe, dans cette région comme dans toute l'Afrique Centrale et l'Afrique Australe, une série primaire recouverte en discordance par une série duKaroo, avec dislocations plus récentes localisées le long des côtes ou, dans TEst du continent, suivant un axe éruptif N.-S, qui commence, à peu près, au Sud, vers le Zambèze. La séri^ du Karoo ne nous intéresse que par les combustibles qui y sont intercalés et les cheminées diamantifères qui la traversent ; la série primaire est, au contraire, riche en gîtes métallifères de toutes sortes, qui prennent, tantôt la forme de filons intrusifs plus ou moins interstratifiés» tantôt môme, comme pour l'or du Witwatersrand, l'apparence de véritables couches sédimentaires. Si on laisse de côté ces minerais d'or, ces « bankets », dont j'ai suffisamiment discuté plus haut l'origine*, la nature intrusive des autres gisements n'est guère contestable : ce sont des dépôts d'incrustation, postérieurs aux couches sédimentaires oti on les rencontre ; il est donc logique de les classer, soit d'après leur composition, ce qui a été fait dans d'autres chapitres, soit d'après l'âge et la nature de la veine à laquelle ils appartiennent. Cette dernière méthode étant difficile à mettre en pratique, M. Molengraaff, auquel on doit la dernière description d'ensemble du Transvaal, a préféré les grouper d'après l'étage géologique où on les rencontre : étage, dont la nature pétrographique a eu, en eflet, une influence sur leur allure. Après avoir commencé par les mentionner dans cet ordre, je dirai quelles conclusions plus générales il semble possible d'en tirer.

* Voir, plus haut : pages 42 à 98, 137 à 140, 150. 133, 158. 160, 163. ■ Pages 137 k. 140,

dM LES RICHESSES MINÉRALES DE L'AFRIQUE

La coupe de la série antérieure au Karoo, telle qu'elle a été admise par ce géologue» a été donnée plus haut au chapitre de l'or^ Nous allons en examiner rapidement les divers termes, pour rappeler les gîtes qu'ils peuvent contenir.

Dans le système primaire, on a surtout à mentionner, après les formations aurifères diverses, les pegmatites à cassitérite d'Embabaan (Swaziland) et les amphibolites cuprifères de Goudhoek (498), dans le sud du district de Vrijheid ; on a également trouvé des traces de cinabre dans les schistes à séricite de la vallée du LomaH^ de la stibine dans les amphibolites de Forbesreef en Swaziland, de Komaii au nord de Steynsdorp et dans quelques veines aurifères des schistes primitifs, comme à GraoeloUe, près de Leydsdorp ; enfin, de la crocoîse le long d'un dyke de diabase, dans les schistes à staurotide de Darktofiy en Swaziland.

La série du Blackreef , qui vient aussitôt au-dessus des poudingues aurifères du Witwatersrand, est seulement caractérisée par des gisements d'or irréguliers ; mais la série de la dolomie, qui repose au-dessus, renferme de nombreux gîtes métallifères. Ainsi, dans la partie centrale du Transvaal et le district de Lydenburg, se trouve, près la base de la dolomie, le système de schistes et d'ardoises, connu sous le nom de Tweefontein-slates, où Ton trouve une zone aurifère, remarquable pa sa forte teneur en manganèse {Barrets-Berlin).

Une seconde zone minéralisée, cette fois plombitère, s'observe entre le Sud de Pretoria et le district de Marico à l'Ouest, sous forme de filons-couches, ordinairement situés au contact de schistes imperméables avec le calcaire dolomitisé, suivant la règle habituelle de tant de gisements encaissés dans les calcaires. En général, comme à Kromr draaiy c'est une veine fdonienne de galène à gangue de quartz et fluorine, avec un peu de pyromorphite et cérusite, présentant des épontes nettes ; quelquefois, la fracture s'élargit en une série de poches et le gisement présente des associations plus complexes, qui ne sont pas sans rapport avec ce que nous avons observé tant de fois en Algérie : galène, blende et calamine, pyrite, indices cuivreux, cinabre, fluorine et calcite. Tout autour de ces gîtes, la dolomie est imprégnée de nombreux cristaux de trémolite à décomposition talqueuse.

Dans le district de Marico y la dolomie est recoupée par diverses veines de quartz aurifère, avec minerais de cuivre : chalcopyrite, bomite (érubescite), malachite et azurite, dont l'exploitation est difficile en raison de leur irrégularité et surtout des masses énormes d'eau, que draine la dolomie fissurée.

Enfin, dans le district de Lydenburg, où la série dolomitique est très

* Page 46.

TRANSYÀÀL £T ÉTAT D'ORANGE 351

fréquemn;ienf; traversée par des diabases» il paraît exister, en connexion avec celles-ci, un certain nombre de filons-couches aurifères, parfois 9U) contact immédiat de dykea intrusifs de ces roches. Ces filons-couches se divisent en deux groupes ; les uns, riches en manganèse, à la base de la série (type de Tweefontein à Barreis-Berlin et SpUskop) ; les autres, plus nombreux, avec association d*or et de cuivre, appartenant au groupe supérieur.

lia série de Pretoria, pauvre en gisements, renferme pourtant, à sa base, quelques filons-couches de quartz aurifère ^t, dans ses parties* hautes, des filons cuprifères et plombifères avec traces d'argent, recon» DUS dans les districts de Pretoria, Rustenburg et Lydenburg.

La série plutonienne du Boschveld, formée de roches iotrusives et éruptives ayant pour caractère commun une forte teneur en soude, reaferme, au Nord de Zeerust et de Rustenburg, dans les Zwart- Koppies, etc., des norites à magnétite sur la périphérie d'un granité rouge. La magnétite constitue, par ségrégation, dans ces norites, des amas d'une grande importance ; parfois encore, on y trouve du fer chromé.

M. Molengraaff a fait remarquer Tabondance des composés fluorés et, notamment, de la fluorine dans les veines dérivées de ce granité rouge. Certaines de ces veines contiennent, en^mème temps, de l'hématite avec un peu de quartz aurifère.

A plus grande distance, le même géologue rattache aux émanations dégagées de cette série, des gisements assez nombreux, répartis par lui suivant cinq zones principales, dont la plupart ont déjà été signalés au chapitre du cuivre comme renfermant ce métal. Ce sont :

1® La zone de la Willows-sUver-miney avec un groupement sidérose et minerai de cuivre, rattaché à des diabases ; accessoirement, on a trouvé, à la Transvcal-sUver-mine^ de la galène argentifère, de la céru* site et de la crocoTse, avec de la tétraédrite, qui est surtout un minerai d'argent;

2^ La zone des filons plombifères (et un peu blendeux), situés dans le niveau supérieur des quartzites du Magaliesberg (Elendale, etc.) ;

3® La zone des filons cobaltifères de BaltnoraU probablement iden* tique à la précédente^ qui offre une sorte de roche cornée, largement imprégnée de cristaux d'actinote et smaltine, dont toutes les petites fissures sont tapissées de cristallisations d'érythrine ;

4^ Les filons de pyrite, chalcopyrite et smaltine aurifère de Laatse^ drift (82) et Rhenosterhoek (110) dans le district de Middclburg, englobés dans une norite très pyriteuse ;

5^ Les filons de cuivre argentifère, avec quartz et hématite, encaissés

358 LES RICHESSES MINÉRALES DE L^ÀFRlQUE

dans le granité rouge de YAlbert-silver-mine, à 85 kil. E.-N.-E. de Pretoria.

' En résumé, il me semble qu'il a dû se produire, dans ces région^i-du Transvaal, au moins /deux venues métallifères distinctes, correspondantes à deux chaînes de plissement, à deux montées granitiques', dont 1-une remonte au début de la série primaire du Cap (granité âtiden, aveo cassitérite, du Swaziland) et dont l'autre est venue s'intercaler entre cette série et celle du Karoo.

A la première, l'étainseul se rapporte avec certitude; mais, à moins de considérer les conglomérats du Witwatersrand comme une sorte de filon-couche très spécial, ce qui est bien invraisemblable, la pyrite aurifère de ces conglomérats est forcément, ou antérieure au dépôt des* conglomérats (théorie du placer), ou leur contemporaine (théorie de la sédimentation chimique) ; elle ajppartient donc, elle aussi, à cette série très ancienne.

- Au contraire, tous les autres gîtes du Transvaal sont plus, récents. Sans parler des amas duBlack-reef, qui semblent de simples produitsde remaniement, les incrustations métallifères, que Ton observe, sous forme de filons-couches, dans les schistes de 3arberton, ou, dans les dolomieSy sous forme de diaclases minéralisées, sont postérieures : les unes au moins à ces schistes (regardés comme contemporiains des conglomérats aurifères) ; les autres aux dolomies. Peut-rètre sont-elles' encore plus jeunes etfaut-it les rattacher à tout cet ensemble métallifère de Middelburg, etc., qui a gardé uncaractère à peu prèsfilônien avecdes sulfure^ complexes et qui tient, par un lien intime, à la série éruptive du Bosch veld.

• Remarquons que, depuis l'époque où se sont constitués les conglomérats, nous observons là une série de venues éruptives, commencées par les diabases amygdaloïdcs avant le Black-reef, continuées par les roches du Boschveld avant le Karoo, terminées, pendant le Karoo même,' par toute la série basique, dont les kimberlites diamantifères sont le terme extrême. Il est naturel de supposer qu'en même temps les fumerolles métallisantes ont dû être réparties sur un laps de temps assez prolongé.

6« AFRIQUE ORIENTALE ALLEMANDE* (Cuivre,' plofnbf fer, 9el, combustibUê).

Les richesses nfiinérales reconnues dans l'Afrique Orientale Allemande sont, jusqu'ici, fort peu importantes. J'ai résumé, au chapitre \iii,

• Voir, plus haut, pages 136, 152, 163, 255, 271 ; voir aussi Stromer von Rbichex- BACB, Die Geol. der deuU. Schutzg. in Afrika (1896), la cartç géologique annexée et la bibliographie p. 103 ; c^ en ouU«, diverà articles de la Zeitk fur prakL GeoL-

ce qui concerne les combustibles ; uii peu de charbon d'une valeur problématique a été trouvé dans les couches du Karoo, notamment au nord du lac Nyassa^ près du Songwe.

Le fer forme de nombreuses concrétions dans les latérites (Kawendi, UrambOy Usindja, etc.), et Ton trouve de la magnétite abondante dans les alluvions d^Usambara et de Para; mais, quoique la magnétite et Toigiste semblent, comme c*est ordinaire en Afrique, abondantes dans les terrains cristallins, on n'en a pas encore signalé de masses considérables. On signale du plomb .danâ les monts Upalla, district de Mahenge et à Schimba; du cuivre à Karema (Tanganyika), dan^ la région de Jfassewsi, à Irangi, à Udjidji (Ulambulo) et Uvinsa. Enfin les seuls gisements réellement exploités sont les salines d'^w^mflra, à quatre jours d'Udjiji. Ce sel, exporté dans le district du Nyassa, y atteint une valeur considérable.

70 MADAGASCAR [Or, cuivre, nickel, fer, combustibles, cristal de roche', etc.) <

Les richesses minérales de Madagascar sont, jusqu'ici, surtout un exemple des illusions qu'on se fait volontiers sur un pays encore mal connu avant d'y pénétrer et de la façon dont la réalité se charge de les démentir le jour où il devient accessible *. Les énormes gisements d'or, dont rattractioû, quelque peu fabuleuse, a certainement contribué à la popularité immédiate de la conquête, ont fondu le jour où Ton s'en est approché; les grandes exploitations industrielles, que l'on devait y orga,niser, ont dû humblement rendre la place qu'elles avaient cru emporter de haute lutte, aux anciennes méthodes rudimentaires des indigènes. Les déboires des premiers pionniers, les uns causés par la nature des choses, les autres par nos méthodes administratives, ont été fréquents un peu partout. Mais, actuellement, cette première phase est à peu près passée et l'on doit prévoir qu'après les trésors plus ou moins imaginaires, sur lesquels tant de gens s'étaient enflammés sans réflexion, des richesses, souvent plus modestes, mais celles-là du moins réelles, vont être peu à peu découvertes dans ce vaste pays, à mesure que la connaissance en sera plus complète.

Pour ces richesses minérales ', contrairement à ce que j'ai fait pour

« Voir, plus haut, pages 140, 152, 161, 163, 274, 278.

* Voir entre autres, pour ces illusions du début : L. Suberbib. Les gisemehts aurifères de Madagascar, dans la Revue générale des Sciences de 1895. «

' Collection des anciens ouvrages relatifs à Madagascar^ publiée par VUnion Coloniale Française et le Comité de Madagascar. -^ 1885. Sibbbb. A Madagascar bièlio^ graphy, in-8», IV, 92 p, Antananarive (The London missionary society). — 1895. Ce quHl faut connaître de Madagascar (Revue générale des sciences). — 18971

les autres parties de T Afrique, j'ai renvoyé la description à ce paragraphe. Madagascar forme, en effet, un tout à lui seul> qui pourrait presque être considéré comme indépendant de l'Afrique. Pratiquement, ainsi que nous le verrons bientôt, tout l'intérêt minier de Tîle reste, d'ailleurs, borné à ses gisements d'or, dont, seuls, ceux de TEst, sur TAmpasary, le Sakaleony et dans la grande forêt, vers le Nord, ont paru encourageants dans ces derniers temps. Mais nous devrons citer, en outre, des gisements de fer, un peu de cuivre, de plomb, de nickel, de lignite, de bitume et quelques minéraux durs, cristal de roche, améthyste, etc.

Géologie. — La géologie de Madagascar, dont les grandes lignes ont été esquissées pour la première fois par M. A. Grandidier, a donné lieu, depuis l'occupation française, à toute une série de travaux, que M. Boule a sommairement résumés *.

En son ensemble, la Grande Ile présente, avec les horsts hercyniens d'Europe et, plus spécialement, avec notre Plateau Central, le môme rapprochement, que l'on retrouve si caractérisé dans toute l'Afrique Australe. C'est un massif de terrains cristallophylliens avec enclaves primaires, dirigé Nord-Sud, le long duquel se sont déposés (à partir du trias, dans l'Est), une série de sédiments, que des plissements postérieurs ont disloqués et redressés et qui occupent, sur environ un tiers de sa largeur totale, la partie Ouest de l'île. La séparation de ces deux zones de terrains, constitue une ligne orographique si nette qu'elle a été de tout temps fortifiée (fig. 71) «.

Postérieurement, des roches volcaniques récentes, basaltes, trachytes et phonolithes, ont traversé l'ensemble de ces divers terrains à la faveur de dislocations tertiaires, en relation avec lesquelles on trouvera peut-être, un jour ou l'autre, au milieu des roches cristallines, quelques bassins tertiaires analogues à la Limagne.

G. Grandidier. Uor à Madagascar. (Bull, du Comité de Madagascar, oct. 1897). — 1897. Dbl Boca. Les gîtes (Cor du Boeni à Madagascar (Réun. de Saint-Etiennne, déc. 1897, p. 221). — 1897-1898. Gautibr. Géologie du Ménabi et du Mahilaka, Atlas de VAmhongo (Colonie de Madagascar, notes, reconnaissances et explorations. Revue mensuelle, 30 nov. 1897, 31 juillet, 30 sept, et 30 nov. 1898). ~ 1900. M. Boule. Géologiede Madagascar (Congrès géologique de 1900). — 1900. Guide deVémigranl à Madagascar. — 1900. G. Grandidier. Voyage dans ,le Sud-Ouest de Madagascar (Confér. à la Soc. de géogr. du 5Janv. 1900 et notes diverses de géologie au Bull. Mus. hist. nat.). — 1900. Gallieni. Madagascar (Géographie, 15 janv. 1900). — 1901. Lacroix. Sur Voriginede Vor de Madagascar (C. R. 21 Janv. 1901 ; Géographie, 1901, p. 223]. — 1901. Etudes sur la valeur agricole des lettres de Madagascar (C. R., 25 février 1901). — 1902. Gautier. Géographie physique de Madagascar.

* Compte rendu du Congrès de 1900, p. 676 à 688, avec carte géologique en couleurs et notes bibliographiques. Il n'est question, dans cet article, ni des terrains primaires, ni des richesses minérales (Voir également une peUte carte géologique dans la Géographie ^M 15 janvier 1900).

' D'après de toutes récentes, constatations faites dans le Sud de Madagascar, la région du cap Sainte-Marie serait un vaste plateau calcaire.

BcLObertM Gr.

Fig. 71. — Carte minière de Madagascar.

(On a couvert d'un grisa le massir cristallophyllicn ) .

On doit lire : Nosy-Bé; Lac Kinkony ; Morafenobô ; Tsiribihina; Mandroso; Betsileo.

L'île, jusqu'à la fin du trias, paraît avoir partagé le sort de TAfirique Australe et de Tlnde, pays auxquels elle devait être rattachée, c'est-à-dire qu'on y trouve, en discordance sur les terrains antérieurs au permien, des grès assimilés aux formations du Karoo et de Gondwana, mais ici disloqués (au lieu d'être restés horizontaux) et intercalés, suivant une traînée Nord-Sud, entre les schistes cristallins et le jurassique.

Dès le début du jurassique, la coupure s'est faite entre Madagascar et TAfrique : la série jurassique marine est très complète sur la côte Ouest. Au contraire, dans TEst, on ne connaît encore qu'un lambeau crétacé très restreint, à Fanivelona (30 kil. au nord de Mahela) : lambeau sénonien, à espè'ces de Tlnde orientale, dont la présence prouve qu'à partir du sénonien, tout au moins, Madagascar a été entouré parla mer de toutes parts.

Les richesses minérales, à l'exception de quelques combustibles liasiques assez insignifiants, dont je dirai un mot bientôt et d'un peu de cuivre en relation avec des basaltes tertiaires, se trouvent exclusivement dans les schistes cristallins, quartzites, amphibolites, gneiss, etc., et les bassins primaires intercalés, qui constituent le Plateau Central de l'Ile. Ces gîtes minéraux se composent surtout d'or, exploitable seulement dans les alluvions ou les terres rouges (latérites) de décomposition, mais provenant primitivement d'inclusions ou de veinules interstratifiées dans les terrains cristallins et métamorphiques (quartzites à magnétites, amphibolites, gneiss, etc.). Une partie de cet or, sous forme de quartz aurifère, paraît avoir été introduite dans les terrains transformés en gneiss au moment de leur métamorphisme et doit provenir de pegmatites aurifères, analogues aux pegmatites stannifères, dont on connaît tant d'exemples dans toute la chaîne hercynienne d'Europe.

Les mêmes terrains contiennent des gisements de magnétitc et olîgiste, comme dans l'Afrique Australe ou le Brésil, et, peut-être, quelques pyrites cuivreuses ; puis, comme dans toutes ces formations, où les actions granulitiques sont intervenues avec intensité, des minéraux durs plus ou moins précieux : cristal de roche, 'améthyste, zircon, saphir, tourmaline, émeraude, grenat, etc., en relation avec des veines de pegmatite.

D'autre part, on connaît, au sud de Tananarive, dans le district d'Ambositra et d'Ambatofangehana (bassins de la Vato, de la îMania, etc.) un certain nombre de venues métallifères intéressantes, les unes en relation pjrobable avec des roches basiques profondes conmie certains hydrosilicates de nickel analogues à ceux de la Nouvelle Calédoaie, les autres appartenant peut-être à de véritables formations filoniennes, qui correspondraient à celles du district de Middelburg, au Transvaal, comprenant des veines de galène, chalcopyrite (oxydée et carbonatée à la surface), manganèse cobaltifère, etc. Ces dernières, en

grande partie intercalées dans des dolomies siluriennes, ont pris les formes d'oxydation habituelles aux gîtes en relation avec des calcaires/

Production de rOr. — Quelques mots d'historique sur la question de l'or à Madagascar ne seront peut-être pas inutiles, avant d'aborder l'examen géologique des gisements. Sans rappeler lès anciens documents relatifs à cette richesse aurifère, dont M. Guillaume Grandidier afaitune étude fort intéressante *, on sait que, jusqu'en 1885, le gouvernement malgache s'opposait absolument à toute recherche de minerais. Antérieurement à cette date, on cite seulement une découverte de sable aurifère faite en 1869 par un anglais sur Y Àmpariry, un des affluents de la Betsiboka, où l'on a retrouvé, en effet, tout récemment de riches gisements. En 1885, M. Suberbie obtint une concession de 300 kilomètres de côté entre les deux fleuves Mahajamba et Mahavavy (N.-O. de l'île) et, peu après, M. Talbot, sujet mauritien, auquel s'adjoignit un anglais Dawson, en obtint une autre plus au Sud, près d'Ànkavandra, Pendant quelques années, il y eut alors des recherches d!or pour le gouvernement et pour ces deux concessionnaires. Puis vint la campagne militaire de 1895, immédiatement suivie par un afflux de prospecteurs, accourus notamment du Transvaal et séduits par la réputation de richesse, que ces gisements d'or devaient, en particulier, à leur côté un peu mystérieux, à la difficulté qu'on avait éprouvée, jusque-là, pour les étudier.

Dans les années suivantes, IcsSyndicats, les Sociétés se multiplièrent; comme il y a un peu partout des traces d'or à Madagascar, chacun des promoteurs était bien fondé à dire qu'il apportait un gisement d'or d'une étendue considérable. Aucune de ces entreprises n'a donné de résultat. Sans rappeler celles qui furent édifiées uniquement sur une illusion ou une erreur de diagnostic, la plus fameuse et la plus importante, celle de Suberbie, après avoir transporté à Mevatanana des cuves de cyanuration, qui ne servirent jamais et d'autres engins trop perfectionnés, a dû renoncer à tout travail direct. Cependant, après le découragement que ne pouvaient manquer d'inspirer ces échecs, on paraît être rentré peu à peu dans une phase plus favorable. Tout d'abord, les nombreux petits gisements d'alluvidns, inexploitables en grand pour une Société européenne, ont donné lieu à une foule de lavages indigènes, opérés économiquement àla battée et à une production d or qui, centralisée en grande partie par le Comptoir d'Escompte, a fourni les chiffres d'or exporté, que l'on voit figurer dans les statistiques officielles.

214 000 fr. 339 000 fr. 1 184 000 fr.

* Guillaume Granoidibr. Vor à Madagascar (Bull, du Comité de Madagascar, oct.: 4897).

Puis, Ton a découvert, en 1899, dans TEst de Tlle, d'importantes allavions aurifères sur YÀmpasary^ affluent du Mananjaryet dans le Sakaleony, qui se jette à Fanivelona. Ces deux districts ont été ouverts à Texploilation publique. D'après la Minerai Industry, le premier aurait fourni, au moins dans les premiers temps, 200 kilogrammes d'or par mois.

Un peu après, MM. Meurs et Boussand S qui avaient fait auparavant une tentative infructueuse aux environs àllaolana (Itola), au Sud du Betsileo, eurent l'idée d'explorer, dans l'Ouest de l'île, les divers torrents traversant le sol de la grande forêt : une région où les Malgaches n*avaient jamais osé faire de recherches. Us trouvèrent ainsi un premier point aurifère à Beforona, sur la route de Tamatave à Tananarive, puis une série d'autres, plus au Nord, à Fenérive et jusqu'à VoAmar. Us ont organisé là des lavages au sluice, qui donnent, paraît-il,de bons résultats.

Passons maintenant au côté géologique de la question.

Géologie de TOr. — L'or se présente, à Madagascar, sous les trois formes : 1®, d'inclusions dans des roches basiques, ou dans des gneiss et quartzites à magnétite, devenant utilisables quand ces roches sont décomposées en terre rouge; 2®, de filons proprement dits, rares et, sans valeur pratique; enfin, 3% de placers, qui donnent à peu près seuls, jusqu'ici, quelques résultats fructueux.

1^ L'or natif, à l'état d'inclusions, existe dans certains gneiss à biotite de la région de Suberbieville étudiés par M. Lacroix, ou il moule les grains de quartz et paraît tout à fait contemporain de la formation de la roche ou, du moins, du métamorphisme, qui lui a donné son aspect actuel. C'est ainsi que M. Lacroix a décrit, en 1901, deux échantillons, l'un de quartzite à magnétite, l'autre de gneiss, provenant tous deux du Mandraty, affluent de l'Ikopa, dans lesquels For natif lui paraît être à l'état de minéral primordial, d'élément normal, comme dans les roches gneissiques du district de Campanha (Minas Geraès) étudiées par M. Orville Derby, comme aussi probablement dans certaines roches analogues de Sibérie ou de la Guyane, d'après les observations de MM. Levât et Maurice Bernard '.

Dans le quartzite à magnétite, Tor natif, régulièrement disséminé, joue le môme rôle que la magnétite, c'est-à-dire moule les grains de quartz, ou est englobé par eux.

Dans le gneiss, l'or est abondamment distribué en grenailles ou en cristaux nets, inclus dans tous les éléments : quartz, feldspaths et

* Renseignements inédits, obligeamment communiqués par M. Guillaume Grandidier, à Texpérience duquel je dois de nombreux détails sur Madagascar et que je suis heureux de remercier ici bien vivement.

• C. il. Ac. des Sciences, 21 Janvier 1901.

MADAGASCAR SdS

même biotiie. On Vy trouve, non seulement en particules visibles à Tœil nu, mais encore en myriades de petits cristaux, disposés suivant des surfaces planes ou courbes, à la façon des inclusions liquides (ellesmêmes très abondantes dans le quartz de la roche) ^

Ce gneiss ne contient pas trace de pyrite et M. Lacroix en conclut, très justement ce me semble, que l'or a été introduit là lors du métamorphisme qui a produit les gneiss, par un magma granulitique, analogue à celui qui renferme si souvent ailleurs de la cassitérite et, avec Tétain, de Tor*. Il y aurait donc eu là, probablement, cristallisation fluorée directe, au lieu de la cristallisation par l'intermédiaire du soutre, du sélénium ou du tellure, à laquelle nous sommes plus habitués.

Nous pouvons noter que cette observation n'est pas seulement importante pour Madagascar, mais aussi pour tout ce vaste continent, africain, que nous étudions ici. Partout, en effet, on y retrouvé ces mêmes faciès, également caractéristiques des zones boréales, comme le Canada, la Scandinavie, la Sibérie, ou de leurs homologues comme mode de constitution» la Sibérie et l'Afrique Australe et que nous avons appris à considérer comme des faciès de profondeur. Les quartzites et gneiss à magnétite ou à oligiste parfois aurifères, les terrains métamorphiques à zones pyriteuses, avec cuivre, nickel, or, beaucoup plus rarement zinc et plomb, en sont des types bien connus. Nous attribuons volontiers la façon dont ces substances métalliques ont cristallisé, dans la masse même du terrain, à la profondeur et, par suite, à la pression, sous laquelle ces réactions ont été réalisées, dans des zones* profondes, qu'une érosion intense a pu seule mettre à jour. Il est très vraisemblable que l'observation précise, faite par M. Lacroix à Madagascar, s'applique à nombre d'autres gisements africains, pour lesquels on a vainement cherché, comme origine, des placers, des filons primitifs, qui n'existent pas •.

Les exemples de ces gisements d'inclusions ne sont pas rares à Madagascar.

C'est, parattril, à cet état que se trouve une grande partie de l'or dans la province de Boina (Boeny), dont le centre connu est Suberbieviile, et, d'après M. Morineau, kAmpasiry^ Ambodirokaj Mandraty, Tainanjadina^ etc.

Suivant divers prospecteurs et notamment M. Chauveau, l'or du Bel-

* M. Guillaume Grandidier a vu, près d'Ambositra» des paillettes d'or dans un bloc de gneiss, formant la pierre d'un tombeau malgache.

* Cette observation me parait confirmer l'intérêt du type gîtes d'inclusions, que j'ai, depuis longtemps, proposé d'introduire dans la classification des gîtes métallifères, à côté des types classiques filoniens et sédimentaires.

* J'ai cité ailleurs (pages 25 et 351)» en Egypte, sur la Côte d'Ivoire, etc., divers exemples de pegmatites aurifères.

sileo existe aussi, à rétat finement disséminé, dans des terres rouges (latérites), résultant, comme le cascajo vénézuélien ou la tore à raveis guyanàise, de là décomposition sur place des roches amphiboliques, sous Faction intense des pluies tropicales.

Pratiquement, l'exploitation de ces terres rouges présente des difficultés qu'on aperçoit aussitôt. La teneur en est, en effet, très faible et, pour les traiter, il faudrait pouvoir appliquer en grand la méthode hydraulique californienne. Or l'eau manque, en général, sur les plateaux à terres rouges *, pour la retenir par des barrages et l'amener aîi point d'utilisation avec la pression nécessaire, il faudrait des immobilisations \j' de capitaux considérables.

On se contente donc de recueillir le peu d'or, qui reste, à la surface du sol, dans les ravinements, après les fortes pluies annuelles, où une partie de l'argile est entraînée. Mais, surtout, c'est de cette source primitive de l'or, répartie sur une étendue considérable, que doivent provenir les innombrables alluvions aurifères déjà reconnues.

2^ L'or en filons a été signalé autour de Suberbieville (Mevakinanà)y à rétat de nids, dans une multitude de veinules quartzeuses blanc rosé, qui s'interstratifient, avec une direction Nord-Sud, dans lesquartzites et schistes amphiboHques.

D'après une communication de M. del BocaS la région de Suberbieville comprend des quartzites ferrugineux, diorites quartzifères, granités amphiboHques, parfois très riches en hornblende, avec enduits de tourmaline, syénites, pegmatites. Les veinules de Quartz aurifère N.-S. sont accompagnées de veines E.-O., qui sembleraient contemporaines, mais ne renferment pas d'or. La présence de l'or paraîtrait en relation avec l'existence d'éléments ferrugineux et cuivreux, sans doute sulfurés en profondeur, mais oxydés près de la surface. Les roches encaissantes elles-inénies renferment des traces d'or à l'état d'inclusions, comme il a été dit plus haut, et Ton ne sait encore si ces veinules quartzeuses sont contemporaines des magmas granulitiques, que Ton suppose avoir apporté l'or, ou résultent d'une sécrétion, d'une remise en mouvement postérieures. Dans toute hypothèse, l'altération paraît avoir joué son rôle de concentration ordinaire ; car, lorsque les filons présentent des ^albandes argileuses, celles-ci sont presque toujours plus aurifères que le filon même.

M. Maurice Bernard, dans un voyage récent, a vu également des lentilles quartzeuses aurifbres interstratifiées au milieu d'une formation très régulière de gneiss avec micaschistes etamphibolites. Suivant lui, ce faciès serait assimilable en petit à celui des fameux gisements du Callao vénézuélien, où il n'y aurait, ni diorite éruptive, ni filon de

• Soc. Ind. min. Réunion de Saint-Etienne. 11 déc. 1897. p. 221 à 227.

quartz, comme on l'a dit généralement, mais une lentille de quartz instercalée dans les terrains cristallophylliens.

3®, Enfin, les placers constituent, jusqu'ici, la seule ressource industrielle un peu sérieuse, bien que la plupart d'entre eux se présentent en petites c^uvettes d'étendue et de profondeur variable, difllciles à exploiter en grand. 11 est à noter, en passant, que certains d'entre eux affectent ta forme d'alluyions à gros galets plus ou moins cimentées^ où les imaginations, surexcitées par le voisinage du Transvaal, ont parfois voulu voir un équivalent des conglomérats du Wilwatersrand. Notamment, sur la côte Est, on a signalé un gisement considérable de 6 mètres de puissance, affleurant sur plusieurs kilomètres et formé d'un conglomérat à ciment très argileux.

Tout le massif central de Madagascar est aurifère ; l'or, s'il n'est pas très abondant nulle part, est extrêmement répandu un peu partout et les rivières, qui en découlent, roulent, pour la plupart, de l'or, malheureusement en trop petites quantités pour être, en général, exploitable autrement que par les procédés rudimentaires et économiques des Malgaches, c'est-à-dire à la battée. Ces alluvions, résultat d'une préparation mécanique naturelle, qui s'est effectuée, depuis des siècles, sur les roches décomposées, ne renferment guère plus de 1 à 2,S gr. d'or. C'est assez pour faire, pendant quelque temps, de Torpaillage plus ou moins fructueux ; mais il faut bien prévoir que l'épuisement viendra vite^ et ce n*est pas alors le gîte primitif, qui pourra donner lieu à une réelle exploitation minière importante, pas plus que les imprégnations aurifères de semblables terrains cristallins dans les Alpes, auxquelles 3ont dues les parcelles d'or, rencontrées dans les alluvions de toutes les rivières du Piémont.

Les points aurifères, les mieux reconnus à Madagascar, sont :

1^ Sur Vikopa et le Betsiboka, dans la province de Boina (Boeny)^ au Nord-Ouest, la région deSuberbieville et Mevatanana, à laquelle se rattachent les placers de la Menavava, affluent de gauche de la Betsi» boka. Sa situation entre Majunga et Tananarive avait attiré de bonne heure l'attention sur elle et c'est là que Ton à fait le premier essai (d'ailleurs malheureux), d'exploitation en grand ;

2* Un peu plus au Nord-Est, sur la Mahajamba, les exploitations, également arrêtées, de Tsaralanana et de Beiandrakay situées, comme celles de Mevatanana, à la limite du plateau primitif et de sa bordure gréseuse, c'est-à-dire dans la région où se produit un changement du relief orographique ;

3® Plus à l'Est, les gisements signalés aux sources du BemarivOy affluent de la Sofia et ceux de la ^plaine de Lanihay^ au Nord du lac Alaotra ; ;

4® A l'Ouest de Tananarive ^ mais toujours à. la limite du terrain pH-

miiif et des grès, les alluvions du Manambolo, dans le voisinage dUnkavandra;

5* Un peu plus au Sud, dans le Betsiriry^ les placera situés au confluent des rivières Mania et Mahajilo.

6^ En Jmerina même, divers gisements près de Behengy, aux sources de Vikopa et dans le voisinage du lac lêasy;

V Dans le Beêsileo^ les régions d'Àmbohimandroêo^ Ikongo, liola, etc. ;

8^ Dans TOuest, les districts récemment découverts de Tilmpasai^ et du Sakaleony^ avec la zone aurifère de la grande forêt, exploitée à Beforona^ reconnue jusqu'à Vohémar dans le Nord.

Dans la province de Boina^ des exploitations industrielles, avec broyeuses, dragues, cyaauration, etc., ont été organisées par la Compagnie Suberbie, qui a dû y renoncer rapidement, aux environs deSuberbieville et de Mevatanana. On trouve, en ce dernier point, dans la terre rouge, des pépites atteignant 450 gr. : pépites non roulées et, par suite, restées sur place dans leur gisement primitif*. Mais le traitement industriel porte sur. les alluvions, que M. del Boca considère comme pouvant être payantes à 1/3 de gramme par mètre cube, un malgache pouvant passer 3 mètres cubes par jour et se faisant payer environ un franc (le reste des frais pour l'établissement des canaux, la surveillance, le cuivre amagalmé, etc.). Une difficulté pratique est d'empêcher les vols, qui sont faciles, comme sur tous les placers, et dans des proportions considérables.

La région aurifère, dite du Belsirirpy qui était très fameuse avant qu'on pût y pénétrer, ne se trouve pas, en réalité, dans le Betsiriry, d'après M. Gautier, directeur de l'enseignement à Madagascar, qui a fait récemment l'étude géologique de cette région *. Elle s'étend du col d' Ana* ladirano à Miandrivazo exclusivement, c'est-à-dire qu'elle se trouve dans la petite partie inhabitée qui va d'Inanatonana à Miandrivazo, à michemin entre les Hovas d'Inanatonana et les Sakalaves du Betsiriry ; les gisements se composent de simples poches d'alluvions restreintes.

Dans leBeêsileo^les indigènes exploitent des alluvions aurifères à or très fin, provenant du lavage naturel des terres rouges, qui occupent le plateau. Les centres de travail sont, à Ambositra (120 kil. au N. de Fianarantsoa) et à Ambohimandroso (60 kil. au S.). Cette dernière région aurifère, la plus importante, s'étend de Vinanitelo aux monts Andringitra, formant une large bande à l'Ouest de la grande forêt et passant par Amboasary, l'Ambondrombe, Itaolana, Valokianja. On peut citer

* Pépites exposées au Muséum par M. Suberbie en 1895.

* Colonie de Madagascar, Notes, reconnaissances et explorations, 30 nov. 1897 ; 31 Juillet» 30 sept, et 30 nov. 1898.

aussi de nombreux points du district dltola (Analasampa, Andrianavo, Amboditanana, enfin Vohibé, Valokianja, Lomaka).

Au cours de son premier voyage à Madagascar, en 1899, M. Guillaume Grandidier a visité, dans cette région, les vallées aurifères dV^aolana (Itola) eid' Anasaha^ près d'Ikongo, où Ton avait espéré un moment pouvoir oi^aniser une exploitation en grand. Des appareils perfectionnés, des sluices, etc., ont même été installés ; mais les résultats n'ont pas été satisfaisants et il a fallu revenir au vieux procédé mal- , gâche, c'est-à-dire au lavage à la main, à la battée, qui seul permet d'exploiter ces alluvions, où il n'y a pas plus de 1 à 3 grammes d'or par tonne.

Enfin, comme je l'ai déjà raconté dans la partie historique de cette étude, les régions, sur lesquelles l'attention a été le plus attirée dans ces derniers temps, sont celles de l'Est : alluvions de 1*^4 mpasary, du Sakaleony et des divers torrents de la grande forêt, sur lesquelles se sont organisés les lavages de MM. Meurs et Boussand (notamment à Beforona),

L'or est, jusqu'ici, la seule substance minérale, qui ait donné lieu à une exploitation à Madagascar; mais d'autres gisements ont été reconnus.

Fer. — Le fer existe en abondance à Madagascar, comme dans tous les terrains métamorphiques africains, sous forme de lentilles intercalées dans les quartzites à magnétite, ou à l'état de produits superficiels remaniés et altérés (hématites, limonites). La magnétite abonde un peu partout, au point de faire dévier la boussole des navires en vue d'Antongil et de Diego Suarez. Une concession de fer, près de Tananarive, a même été accordée à M. Bouts.

NickeL — On a. signalé, en 1899, et même concédé un gîte de nickel à Ambositra, sur la route de Tananarive à Fianarantsoa, où M. Guillaume Grandidiej'a recueilli de la garniérite. L'École des mines possède de cette région de beaux échantillons d'hydrosilicate de nickel, envoyés par M. Villiaume (bassin de la Haute Mania).

Cuivre. — La même région, qui paraît une des plus minéralisées de l'île, renferme également des gisements de cuivre et, non loin de là, des gîtes de plomb, manganèse, cobalt, etc., dont il va être question. Des minerais cuivreux d'une certaine importance ont été longtemps exploités près à' Ambatofangehana; ils sont aujourd'hui abandonnés^ c'étaient surtout des minerais d'affleurement oxydés et carbonates, avec galène connexe. La distance de 400 kil. à franchir jusqu'à la côte et l'absence de combustibles (tous les bois ayant été déjà brûlés aux environs) empêche de songer à une exploitation en grand. Les

Ricbesaet minérales de rATrique. 24

minerais de Vaio-Mania^ recueillis par M. Viliiaume, doivent se trouver au milieu de calcaires marmoréens, faisant partie d'un bassin silurien intercalé dans les schistes métamorphiques et micaschistes entre la Vato et la Mania*. Les échantillons de l'École des mines sont surtout des minerais oxydés et carbonates, mais dérivant très visiblement de pyrites, qui apparaissent, sur certains blocs, avec de l'oxyde de fer.

D'autres gîtes de cuivre, tout au moins curieux par leur mode de formation, ont été signalés récemment, aux environs du village de Tomohevitra, dans des mamelons peu élevés, à 800 mètres environ à ^ TEst de la rive droite du Bekiady, près du lac Kinkony (S.-O. de * Majunga).

Il existe là un basalte altéré et zéolitisé, contenant de magnifiques zéolites en grands cristaux (gmélinite, analcime, mésotype, heulandite, etc.), avec des masses d'opale cuprifère et de crysocole verte englobant du cuivre natif et de la cuprite.

Un rapprochement théorique, qui vient immédiatement à l'esprit à propos de ces cuivres natifs avec zéolites inclus dans une roche basiaue, est celui des grands gisements de cuivre natif du Lac Supérieur, aux Etats-Unis, également inclus, en partie, dans des roches basiques altérées, avec druses de zéolite et de calcite. Néanmoins, comme ces basaltes sont d*âge tertiaire, l'analogie s'arrête là, les gisements du Lac Supérieur étant infiniment plus anciens (précambriens). C'est le seul exemple net de gîte métallifère en relation avec les accidents tertiaires de Madagascar.

M. Lacroix mentionne également des blocs de cuivre natif, qui 1 u ont été présentés comme venant A' Ambohimarinay au sud de Diego Suarez, mais qui doivent venir en réalité de plus au Sud.

Enfin M, Gautier, dans la région ouest du Mahilaka et duMénabé, cite le cuivre du Mahavavy.

Plomb. — U existe du plomb à proximité immédiate du gîte cuivreux d*Ambatofangehana et dans la vallée de la Vato. M. Viliiaume a trouvé de beaux filons de galène, avec, au voisinage, des filons de bioxyde de manganèse cobaltifère.

Etain. — Des filons stannifères, dont l'existence n*est pas bien certaine, ont été signalés dans la môme région d*Ambatofangehana, où nous venons de mentionner des gisements de cuivre et de plomb et qui, d'une façon générale, parait intéressante comme ressources minérales (ardoises, asbeste, etc.).

• Voir la coupe transversale de Madagascar passant par Ambositra, publiée par M.Douvillé {Bull. Soc. Géol., 3« sér. t. XXVII, p. 385, 1899).

Mercure. — On a annoncé, en 1898, avoir trouvé du mercure à Mnintirano.

Soufre. — On exploite un peu de soufre de solfatares, près dLAntsirabé et dans le nord-est d'Ankai^atra, au milieu de régions volcaniques.

Combustibles. — On a cherché, avec plus d'espoir que de succès, des combustibles à Madagascar. Etant donné la constitution de l'île et le rapprochement fait plus haut entre son allure géologique et celle du Plateau Central, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'il existât, dans les terrains cristallins, des lambeaux carbonifères, plus ou moins étendus, renfermant de la houille. Mais la môme hypothèse peut être faite pour t#ut le continent africain, et, en somme, à l'exception de la région du Zambèze, elle ne s'est jamais réalisée. Les charbons d'Afrique sont, nous l'avons vu, en presque totalité, intercalés dans les formations du Karoo. Ceux que l'on a trouvés en petite quantité à Madagascar, paraissent du même ordre et même plus récents, c'est-à-dire liasiques.

La seule découverte bien certaine, qui date déjà de 1864, est celle de bancs ligniteux dans la baie d*Ampasindava^ en face de Nosy-Bé.

Les couches charbonneuses, appartenant au lias, contiennent des fougères, des prèles, des cycadées, des conifères, avec trois espèces d'ammonites du Lias Supérieur, déterminées par MM. Douvillé et Zeiller *. Elles sont recouvertes par des calcaires avec Spiriferina.

M. Villiaume, qui explore ces gisements de Nosy-Bé, a également signalé un peu de lignite à l'ouest de l'île, dans le bassin du Sakeny (province de Ménabé).

Bitume. — Il existe, d'après Gautier, diverses sources de bitume dans l'ouest de l'île, dans le Mahilaka, dans le voisinage d'Ankavandra^ près de Morafenobé^ etc.

Cristal de roche et pierres précieuses diverses (améthyste, zircon, saphir, tourmaline, émeraude, grenat, etc. *. — Madagascar se présente dans des conditions favorables pour renfermer cette catégorie de minéraux durs et transparents qu'utilise la joaillerie (cristaux de roche, améthystes, saphirs, émeraudes, etc.). On y trouve, en effet, sur de vastes étendues, des schistes métamorphiques, traversés par d'innombrables filons de granulite et pegmatite : conditions de gisement, où se rencontre fréquemment ce genre de minéraux, par exemple dans l'Oural et qui sont également celles d'où paraissent provenir les diamants de l'Inde.

* C. R. Ac. Sciences. 5 juin 1900. — Cf. BuREAn. ibid., 5 févr. 1901. ' Voir Lacroix. Minéralogie de la France et de ses colonies, t. I, p. 73, lOâ, 2o3, 453; t. II, p. 21; t. III, p. 55, 59, 87, 137, 141, 157, 242 à 247. 324.

Généralement, ce n'est pas en place, dans les roches primitives dont ils dérivent, qu'on recueille ces minéraux précieux ; ils y seraient, en effets trop rares, trop disséminés, souvent même trop difficiles à extraire. On préfère exploiter les alluvions des rivières, où une préparation mécanique naturelle a déjà opéré un premier travail de concentration gratuit, en rassemblant ces minéraux durs, résistants à l'usure, tandis que leur gangue, effritée, émiettée, disparaissait peu à peu, entraînée par le courant.

Ce sont là les conditions de gisement de la plupart des minéraux que nous allons passer en revue, sauf un petit nombre provenant des géodes de roches éruptives basiques (améthyste, agate, etc.).

Madagascar exporte, depuis le milieu du xviii* siècle, de*beaux blocs de quartz hyalin ou cristal de roche, pesant jusqu'à plusieurs centaines de kilogrammes. Flacourt, dans son Histoire de Madagascar (1658), indique que, de son temps, le quartz était recueilli sur le bord des rivières se jetant en face de Tîle Sainte-Marie (rivières Soamianina, Marimbo, Manantsatrana et Maningory). Actuellement, d après M. Lacroix, les blocs se trouvent à l'état roulé dans les alluvions de diverses rivières aboutissant au N.-E. et à l'E. de l'île, surtout dans les vallées descendant à la côte entre Vohémar et Mahanoro, et, plus au Sud, dans celles de la Mahasora et de ses affluents (notamment la Tandranora).

C'est à Vohémar que les bateaux de Nosy-Bé venaient autrefois prendre les chargements de quartz : d'où la provenance de Vohémar, généralement indiquée pour les cristaux, que l'on rencontre dans le commerce de l'optique.

M. Lacroix signale comme gisements : Boina, Mont Vohijavona (avec tourmaline), près le fort de Mandritsara ; Imerina, Amboasan-, Mont Hiaranandriana ; Belsileo, N.-E. de Fianarantsoa, district d'Ambositra; Tanala, lit du Manandriana, près Ambohimanga Atsimo.

Ces cristaux de quartz, dont on ne connaît pas le gisement primitif, proviennent très probablement de filons pegmatoïdes, comme il en existe aux environs môme de Tananarive, car beaucoup d'entre eux contiennent de longues aiguilles de tourmaline et des lames de muscovite.

Certains renferment des multitudes d'inclusions de rutile, connues sous le nom de cheveux de Vénus, pouvant atteindre 10 centimètres de long. On rencontre, dans le pays des Baras, au montVohitseranana, des quartz qui offrent des cavités renfermant plusieurs centimètres cubes d'un liquide mobile. Enfin, un quartz laiteux opalescent existe à Betafo, en même temps que l'orthose pierre de lune, la tourmaline rouge et bleue, le béryl, etc.

L'améthyste est abondante à Madagascar, dans les cavités de cer-

laines roches volcaniques basiques, en particulier de basaltes. Elle constitue des cristaux de quelques centimètres, parfois d'un beau violet rappelant la couleur de l'améthyste de TOural, mais, pour la plupart, peu limpides.

Ces basaltes renferment également de belles géodes de calcédoine» souvent intérieurement tapissées de cristaux de quartz. M. Lacroix cite, notamment, les anhydres d'Atongondrahoja, à environ 180 kilomètres N.-N.-O. de Tananarive, les onyx, la calcédoine verte et les jaspes de couleur variée de la presqu'île de Radama. On trouve aussi de la calcédoine en concrétions stalactitiformes dans les cavités des calcaires jurassiques.

Dans le même ordre d'idées, on peut citer l'existence à Madagascar de bois silicifiés, comparables, pour leurs dimensions à ceux de TArizona. On en trouve dans les grès triasiques d'Ambalarano, sur la rive gauche du Manambaho (Ambongo), qui atteignent20 mètres de longueur sur 1 m. 50 de diamètre.

Le zircon rouge translucide, accompagné de corindon bleu, grenat» cimophane, tourmaline, se rencontre dans les lavages aurifères des environs de Mevatanana ;(Suberbieville, Belambo). Il provient, sans doute, de la destruction de schistes granulitiques.

Le corindon, signalé dans ces lavages d'or, se retrouve aussi dans ceux d'Ambositra et de Betafo. La plupart ont une couleur bleue très foncée, donnant à la taille des saphirs presque noirs. Plus rarement^ on en trouve de roses ou de verdâtres.

Il existe du disthène dans la province d'Ivongo (Est de l'île, en face l'île Sainte-Marie) et dans la province d'Imerina.

Les tourmalines de couleurs très variées, sont exportées, depuis longtemps, de Madagascar. Elles proviennent sans doute des nombreux filons de granulite, traversant les schistes cristallins qui constituent la province centrale de Madagascar. Certaines d'entre elles, de couleur claire et transparente sous une grande épaisseur, constituent de véritables pierres fines, comparables à celles de Ceylan et du Brésil.

Les grenats sont abondants dans les schistes cristallins et les granulites de la province d'/mmna, en particulier aux environs et dans la ville même d'Antananarivo.

Dans la même région, il existe dupyroxène diopside, en belles masses blanches saccharoldes.

Du béryl rose, constituant une véritable pierre précieuse, a été trouvé sur la côte Est, à Farafatrana^ avec tourmaline, quartz, triphane. Du béryl algue-marine bleuâtre transparent se rencontre dans les rivières descendant du massif d'Ankaratra, sur la côte Ouest.

Le talc, parfois en grands blocs fibreux, se trouve dans les cipolins intercalés au milieu des gneiss de Madagascar (Tananarive, etc.).

• ' Du spath d'Islande se rencontre à Ambatoflnandrahana. L'École des mines en possède un bel échantillon envoyé par M. Villiaume.

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