ACTE PREMIER
MARTHE
Ça ne dépend pas de nous, ces choses-là!
JULIETTE, allant s'asseoir à côté de Marthe.
Dis-moi^ connais-tu par hasard un monsieur Lionel de Gabanville?
MARTHE
Lionel de Gabanville ?... non ! C'est la première fois que j'entends prononcer ce nom-làl... Pourquoi?
Figure-toi que depuis six semaines je reçois lettres sur lettres signées de ce nom-là!
MARTHE
Ou'est-ce qu'il te veut?
JULIETTE
C'est un monsieur qui prétend m'avoir vue dans un bal, m'avoir admirée, puis adorée.
MARTHE
Et tu reçois de pareilles lettres!
JULIETTE
]Mais...on est bien forcé de recevoir les lettres qu'on vous adresse, surtout quand elles sont affranchies.
MARTHE, demandant la suite avec intérêt.
Alors?
JULIETTE
Naturellement, je lis ces lettres sans y répondre.
MARTHE
Bien entendu, mais pourquoi les lire? Dès que tu reconnais l'écrriture sur l'enveloppe, brûle ça!
JULIETTE
Ça m'intéresse.
MARTHE
Pourquoi?
Parce que ce sont des lettres supérieurement écrites et très intéressantes. Elles me font l'etïet d'un roman-feuilleton.
MARTHE
Et ton mari, qu'est-ce qu'il dit de ça?
JULIETTE
Si tu crois que je lui en ai parlé. Il est trop jaloux I Il irait trouver ce monsieur, il le provoquerait.
MARTHE
Oui, tu as raison.
JULIETTE
Ce qu'il y-a de bizarre, c'est que ces lettres m'arrivent dans des enveloppes sur lesquelles mon adresse est imprimée.
MARTHE
JULIETTE
Qu'est-ce que ça peut vouloir dire?
MARTHE, se levant.
Il me semble que cela signifie que ces lettres viennent de quelqu'un qui ne veut pas que son écriture soit reconnue par ton mari.
JULIETTE, se levant.
C'est la seule explication possible.
Marthe, Juliette.