‹ Les ricochets de l'amour; comédie en trois actesChapitre 18 sur 107 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Alors, tu lis ces lettres comme de la littérature?

Oui.

MARTHE

Amoureuse... et inédite!

JULIETTE

Je t'assure que je les lis comme si elles étaient destinées à une autre. Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, un monsieur qui me fait la cour? Mais dans un bal, sur dix valseurs, il y en a neuf qui m'adorent et qui me le disent.

MARTHE

Le dixième manque de goût.

JULIETTE

Non, c'est un qui n'ose pas. Quant aux neuf autres s'ils savaient à quel point ils perdent leur temps, ils n'insisteraient pas!

JEANNE, entrant du fond.

Une lettre pour madame.

Elle remet la lettre et sort.

JULIETTE

Tiens, c'est encore de lui... de cet original.

MARTHE

Pas si original que ça, s'il est amoureux de toi !... (a Juliette qui lit.) Qu'est-ce qu'il te dit?

JULIETTE

Tiens, lis...

MARTHE, prenant la lettre.

Ahl mon Dieu!

Elle passe à droite.

JULIETTE

Qu'est-ce que tu as?

MARTHE

Mais c'est l'écriture de mon maril

JULIETTE

Ton mari ?

MARTHE

Mais oui ! mais oui! C'est abominable 1 II est amoureux de toi I Ah I quel malheur I

Elle s'assied à droite de la table.

JULIETTE

Comment ce serait ton mari qui se permettrait de m'écrire sous un pseudonyme... Eh bien, tu peux être tranquille... (s'asseyant.) Ce n'est pas avec moi qu'il te trompera.

MARTHE, parcourant la lettre.

Mais c'est de l'amour ! c'est de l'amour ! Ça déborde ! (Elle lit.) (.( Madame, quarante lettres restées sans ré- » ponse ont fait de moi le plus malheureux des hom- » mes... J'écris avec des larmes. » (parlé.) C'est sans doute pour cela que l'encre est si claire.

JULIETTE

Il doit pleurer dans l'encrier.

MARTHE, lisant.

« Je suis jeune », tu sais qu'il est bien plus vieux qu'il ne parait ! (Lisant.) « Je suis jeune et je donne- » rais ma jeunesse, je suis riche et je donnerais ma

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