ACTE PREMIER
Alors, tu lis ces lettres comme de la littérature?
Oui.
MARTHE
Amoureuse... et inédite!
JULIETTE
Je t'assure que je les lis comme si elles étaient destinées à une autre. Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, un monsieur qui me fait la cour? Mais dans un bal, sur dix valseurs, il y en a neuf qui m'adorent et qui me le disent.
MARTHE
Le dixième manque de goût.
JULIETTE
Non, c'est un qui n'ose pas. Quant aux neuf autres s'ils savaient à quel point ils perdent leur temps, ils n'insisteraient pas!
JEANNE, entrant du fond.
Une lettre pour madame.
Elle remet la lettre et sort.
JULIETTE
Tiens, c'est encore de lui... de cet original.
MARTHE
Pas si original que ça, s'il est amoureux de toi !... (a Juliette qui lit.) Qu'est-ce qu'il te dit?
JULIETTE
Tiens, lis...
MARTHE, prenant la lettre.
Ahl mon Dieu!
Elle passe à droite.
JULIETTE
Qu'est-ce que tu as?
MARTHE
Mais c'est l'écriture de mon maril
JULIETTE
Ton mari ?
MARTHE
Mais oui ! mais oui! C'est abominable 1 II est amoureux de toi I Ah I quel malheur I
Elle s'assied à droite de la table.
JULIETTE
Comment ce serait ton mari qui se permettrait de m'écrire sous un pseudonyme... Eh bien, tu peux être tranquille... (s'asseyant.) Ce n'est pas avec moi qu'il te trompera.
MARTHE, parcourant la lettre.
Mais c'est de l'amour ! c'est de l'amour ! Ça déborde ! (Elle lit.) (.( Madame, quarante lettres restées sans ré- » ponse ont fait de moi le plus malheureux des hom- » mes... J'écris avec des larmes. » (parlé.) C'est sans doute pour cela que l'encre est si claire.
JULIETTE
Il doit pleurer dans l'encrier.
MARTHE, lisant.
« Je suis jeune », tu sais qu'il est bien plus vieux qu'il ne parait ! (Lisant.) « Je suis jeune et je donne- » rais ma jeunesse, je suis riche et je donnerais ma