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en laissant sa femme avec Chesnel. Dans son ivresse il ne v.-yait rien contre sa victoire, il croyait fermement que les cent mille cens étaient dissipés ; pour les trouver, la maison d'Esgrignon avait besoin de vendre ou d'hypothéquer ses bien-: à ses yeux, la Goui d'A était donc inévitable. Les affaires de faux sont toujours arrangeâmes, quand la somme surprise est restituée. Les i^ctimes de ce crime sont ordinairement des gens riches qui ne se soucient pas d'être la cause du déshonneur d'un homme imprudent. Mais duCroisierne voulait renoncer à ses droits qu'à bon escient. Il se coucha donc en pensant au magnifique accomplissement i espérances, soit par la Cour d'assises, soit par c£ mariage, et il jouissait d'entendre la voix de Chesnel >e lamentant avec madame du Croisier. Profondément religieuse et catholique, royaliste et attachée à la .Noblesse, madame du Croisier partageait les idées de Chesnel à l'égard des d'Esgrignon. Aussi tous ses sentiments venaient-ils d'être cruellement froissés. Cette bonne royaliste avait entendu le hurlement du libéralisme qui, dans l'opinion de son directeur, souhaitait la ruine du catholicisme. Pour elle, le Coté Gauche était 1793 avec l'émeute et l'échafaud.
— Que dirait votre oncle, ce saint qui nous écoute ? s'écria Chesnel.
Madame du Croisier ne répondit que par de gi larmes qui coulèrent sur ses joues.
— Voua avez déjà été cause de la mort d'un pauvre ii et du deuil éternel de sa mère, reprit Chesnel
en voyant combien il frappait juste et qui eût happé jusqu'à briser ce cœur pour sauver Victurnien, voulezvotu assassinef rnademoi>elle Armande qui ne survivrait pa> huit jours à L'infamie de sa maison ? Voulez- \ ou* assassiner le pauvre Chesnel, votre ancien notaire,
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qui tuera le jeune comte dans sa prison avanl qu'on ne l'.i. . ose,él qui se tuera pour oe pas aller lui -même ea Cour d'Assises d mine coupable d'un meurtre ?
— Mon ami, aseei '. asseï ' le suis capable de toul pour étouffer une Bemblabk affaire, mais je oe connais raonliem du Croisier toul Entier que depuis quelques instants... A vous, je puis l'avouer! Il n'y a pas de ressources.
— S'il y en avait? dit Chesnel.
— Je donnerais la moitié de mon sang pour qu'il y en eût. répondit-elle en achevant sa pensée par un hochement de tète où se peignit une envie de réussir.
Semblable au premier Consul qui. vaincu dans tes champs de Marengo jusqu'à cinq heures du soir, à six heures obtint la victoire par l'attaque désespérée de Desaiv et par la terrible charge de Kellermann, Chesnel aperçul les éléments du triomphe au milieu des inities. 11 fallait être Chesnel, il fallait être vieux notaire, vieil intendant, avoir été petit clerc de Maître Sorbier père, il fallait les illuminations soudaines du désespoir, pour être aussi grand que Napoléon, plus grand même : cette bataille n'était pas Marengo , mais Waterloo, et Chesnel voulait vaincre le» Pru?siens en les voyant arrivés.
— Madame, vous de qui j'ai fait les affaires pendant vingt ans, vous l'honneur de la Bourgeoisie, comme les d K^rignon sont l'honneur de la Noblesse de cette province, saches qu'il dépend maintenant de vous seule de sauver la maison d'Esgrignon. Maintenant répondez! laisserez-vous déshonorer les mânes de votre oncle, les d'Esgrignon, le pauvre Chesnel ? Voulez-vous tuer mademoiselle Armande qui pleure? Voulez-vous racheter vos torts en réjouissant vos ancêtres, les intendants des ducs d'Alençon, en consolant les mânes de
notre cher abbé qui, s'il pouvait sortir de son cercueil, commanderait de faire ce que je vous demande à genoux?
— Quoi? s'écria madame du Croiser.
— Eh bien: voici les cent mille écus, dit-il en tirant de sa poche les paquets de billets de banque. Acceptezles, tout sera fini.
— S'il ne s'agit que de cela, reprit-elle, et s'il n'en peut rien résulter de mauvais pour mon mari...
— Rien que de bon, dit Chesnel. Vous lui évitez les vengeances éternelles de l'Enfer au prix d'un léger désappointement ici-bas.
— 11 ne sera pas compromis? demanda-t-elle en regardant Chesnel.
Chesnel lut alors dans le fond de l'ârae de cette pauvre femme. Madame du Croisier hésitait entre deux religions, entre les commandements que l'Eglise a tracés aux épouses et ses devoirs envers le Trône et l'Autel : elle trouvait son mari blâmable, et n'osait le blâmer, elle aurait voulu pouvoir sauver les d'Esgrignon, et ne voulait rien faire contre les intérêts de son mari.
—> En rien, dit Chesnel, votre vieux notaire vous le jure sur les saints Évangiles...
Chesnel n'avait plus que son salut éternel à offrir à la maison d'Esgrignon, il le risqua en commettant un horrible mensonge; mais il fallait abuser madame du Croisier ou périr. Aussitôt il rédigea lui-même et dicta à madame du Croisier un reçu de cent mille écus daté de cinq jours avant la fatale lettre de change, à une époque où il se rappela une absence faite par du Croisier qui était allé dans les biens de sa femme y ordonner des améliorations.
— Vous me jurez, dit Chesnel quand madame du
M CABtHEl DES ANTIQUES
Croisier eut les cent mille écus <•' quand il tint cetie pièi e, de déclarer devant le Juge d'instruction qui a\ez reçd cette somme au jour dit.
— Ne sera-ce pas un mensonge ?
— Officieux, dit Chesnel.
— Je ne samais le faire sans l'avis de mon directeur, monteur l'abbé Couturier.
— Eb bien : dit Chesnel, ne vous conduisez dans cette affaire que par ses conseils.
— Je vous le promets.
— Ne remettez la somme à monsieur du Croisier qu'après avoir comparu devant le Juge d'instruction.
— Oui, dit-elle. Hélas ! que Dieu me prête la force de comparaître devant la Justice humaine pour y soutenir un mensonge.
Après avoir baisé la main de madame du Croisier, Chesnel se dressa majestueusement comme un des prophètes peints par Raphaël au Vatican.
— L'âme de votre oncle tressaille de joie, vous avez à jamais effacé le tort d'avoir épousé l'ennemi du Trône et de l'Autel.
Ces paroles frappèrent vivement l'âme timorée demadame du Croisier. Chesnel pensa soudain à s'assurer de l'abbé Couturier, le directeur de la conscience de madame du Croisier. Il savait quelle opiniâtreté mettent les gens dévots dans le triomphe de leurs idées une fois qu'ils se sont avancés pour leur parti; il voulut engager le plus promptement possible 1 Eglise dans cette lutte en la mettant de son côté ; il alla à l'hôtel d'Esgrignon, réveilla mademoiselle Armande, lui apprit les événements de la nuit, et la lança sur la route de l'é\èché pour amener le prélat lui-même sur le champ de bataille.
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— Mon Dieu! tu dois sauver la maison d'Esgrignon, s'écria Chesncl en revenant chez lui à pas lents. L'affaire devient maintenant une lutte judiciaire. Nous sommes en présence d'hommes qui ont des passions et des inl frets. Nous pouvons tout obtenir d'eux. Ce du ier a profité de l'absence du Procureur du Roi qui nous est dévoue, mais qui, depuis l'ouverture des Charaest i Paris. Qu'ont-ils donc fait pour empaumei le premier Substitut qui a donné suite à la plainte sans avoir consulté son chef? Demain mutin, il faudra pénétrer ce mystère, étudier le terrain, et peut-être, après avoir saisi les ils de cette trame, retoui nerai-je à Paris afin de mettre en jeu le? hautes puissantes par la main de madame de Mautiigneuse.
Tels étaient les raisonnements du pauvre vieil athlète qui voyait juste, et qui se coucha qua^i-mort sous le poids de tant d'émotions et de tant de fatigues. Néanmoins, avant de s'endormir, il jeta sur les magistrats qui composaient le tribunal un coup d'œil scrutateur qui embrassait les pensées secrètes de leurs ambitions, afin de voir quelles étaient ses chances dans cette lutte, et comment ils pou\ aient être influencés. En donnant une forme succincte au long examen des consciences que lit Chesnel, il fournira peut-être un tableau de la masure en province.
Les juges et les gens du Roi forcés de commencer leur carrière en province où s'agitent les ambitions judiciaires, voient tout Paris à leur début, tous aspirent à briller sur ce vaste théâtre ou se traitent les grandes causes politiques, où la Magistrature est liée aux intérêts palpitants de la Société. Mais ce paradis des gens de justice admet peu d'élus, et les neuf dixièmes des magistrats doivent, tôt ou tard, jour toujours en province. Ainsi tout tribunal, toute cour royale de province
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offrent deui partis bien tranchés, celui des ambitions
- d'esp Irer, contentes de rexcessiv< i rasidération accordée ei province au rôle qu'yjouenl i - m igistrats,
idormies par une rie tranquille; puis jeunes gêna et dea mis talents auxquels l'envie de parvenir que nulle déception n'a tempérée, on que la soif de parvenir aiguillonne sans cesse, de me une
le fanatisme pour leur sacerdoce, a .rue époque, le royaliste animait les jeunes magistrats contre les ennemi- de> Bourbons. Le moindre substitut rêvait réquisitoires, appelait de l ux un de politiques qui mettait le zèle en relief, attiraient l'attention du Ministère et faisaient avancer les gens du Roi. oui, parmi les Parquets, ne jalousait la Cour dans
îsort de laquelle éclatait une conspiration bonapartiste? Qui ne souhaitait trouver un Caron, un Berton, une levée de boucliers? Ces ardentes ambitions, Stimulées par la grande lutte des partis, appuyées »ur la raison d État et sur la nécessité de monarchiser la France, étaient lucides, prévoyantes, perspicaces, elle» faisaient avec rigueur la police, espionnaient les populations et le» poussaient dans la voie de l'obéissance d'où elles ne doivent pas sortir. La Justice alors fanatisée par la foi monarchique réparait les torts des anciens Parlements, et marchait d'accord avec la Religion tmp
siblement peut-être. Elle lut alors plus zélée qu'habile, elle pécha moins par machiavélisme que peula sincérité de ses vue- qui parurent hostiles aux intégénéraux du Pays, qu'eue essayait de mettre à l'abri de» révolutions. Mais, prise dans son ensemble, la Justice contenait encoj e in >p d'éléments bourgeois, elle était
e trop accessible aux pa»»ion» mesquines du libéralisme, elle devait devenir tôt ou tard constitutionnelle et »e ranger du côté de la Bo-argeoisie au joui- d'une
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lutte. Dans ce grand corps, comme dans l'Administration, ii \ rut de l'hypocrisie, ou, pour mieux dire, un esprit d'imitation qui porte la France à toujours se modeler sur la Cour, et à la tromper ainsi très-innocemment.
Ces deux sortes de physionomies judiciaires existaient au tribunal où s'allait décider le sort du jeune d'J gnon. Monsieur le Président du Ronceret, un vieux juge nommé Bkmdet y représentaient ces magistrats, résignés à n'être que ce qu'il- sont et casés pour toujours dans leur ville. Le parti jeune et ambitieux comptait monsieur Camusot le Juge d'instruction et monsieur Michu, nommé juge-suppléant par la protection de la maison de Cinq-Cygne, et qui devait à la première occasion entrer dans le ressort de la Cuur royale de Paris.
Mis à l'abri de toute destitution par l'inamovibilité judiciaire et ne se voyant pas accueilli par l'aristocratie suivant l'importance qu'il se donnait, le Président du Ronceret avait pris parti pour la Bourgeoisie en donnant à son désappointement le vernis de l'indépendance, sans savoir que ses opinions' le condamnaient à rester président toute sa vie. Une fois engagé dans cette voie, il fut conduit, par la logique des choses, à mettre son espérance d'avancement dans le triomphe de du Croiser et du Côté Gauche. Il ne plaisait pas plus à la Préfecture qu'à la Cour royale. Forcé de garder des ménagements avec le Pouvoir, il était suspect aux Libéraux. 11 n'avait ainsi de place dans aucun parti. Obliger de r la candidature électorale à du Croisier, il se it sans influence et jouait un rôle secondaire. La position réagissait sur son caractère, il était aigre et mécontent Fatigué de son ambiguïté politique, il avait résolu secrètement de se mettre à la
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tête du parti libéral et de dominer ainsi dn Croisi conduite dan- L'affaire du comte d'Esgrignon i premier pis dans cette carrière, il représentait admirablement déjà cette Bourgeoisie qui offusque de n b'tes passions le> grands intérêts du pays, quinteuse en politique, aujourd'hui pour et demain contre le Pouvoir, «]ni compromet tout et ne sauve rien, désespérée du mal qu*« lit1 a fait et continuant à l'engendrer, ne voulant pas reconnaître sa petitesse, et tracassant le Pouvoir en s'en disant la servante, à la fois humble et gante, demandant au peuple uni subordination qu'elle n'accorde pas à la Royauté, inquiète des supériorités qu'elle désire mettre à son niveau, comme si la grandeur pouvait être petite, comme si le Pouvoir pouvait exister >an> force.
Ce Président était un grand homme sec et mince, à front fuyant, à cheveux grêles et châtains, aux yeux vairons, à teint couperosé, aux lèvres serrées. Sa voix éteinte faisait entendre le sifflemeut gras de l'asthme. Il avait pour femme une grande créature solennelle et dégingandée qui s'affublait des modes les plus ridicules, et se parait excessivement. La présidente se donnait des airs de reine, elie portait des couleurs vives, et n'allait jamais au bal sans orner sa tète de ces turbans si chers aux Anglaises, et que la province cultive avec amour. Riches tous deux de quatre à cinq mille livres de rente, ils réunissaient, avec le traitement de la présidence, une douzaine de mille francs. Malgré leur pente à l'avarice, ils recevaient un jour par semaine aGn de satisfaire leur vanité. Fidèles aux vieilles mœurs de la ville où du Croisier introduisait le luxe moderne, monsieur et madame du Ronceret n'avaient fait aucun changement, depuis leur mariage, à l'antique maison où ils demeuraient, et qui appartenait à madame. Cette maison, qui avait
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une façade sur la cour et l'autre sur un petit jardin, itait Mil- la rue un vieux pignon triangulaire et gri.-àtiv. péri é d'une croisée à chaque étage. La cour et le jardin étaient encaissés par une haute muraille, le long de laquelle s'étendaient clans le jardin une allée «le marronniers et les communs dans la cour. Du côté de la rue qui longeait le jardin, s'étendait une vieille grille en fer dévorée de rouille ; et sur la cour, entre deux panneaux du mur, était une grande porte cochère terminée par une immense coquille. Cette coquille se retrouvait au-dessus de la porte de la façade. Là. tout était sombre, étouffé, sans air. La muraille mitoyenne offrait des jours grillés comme des fenêtres de prison. Les fleurs avaient l'air de se déplaire dans les petits carrés de ce jardinet, où les passants pouvaient voir par la grille ce qui s'y faisait. Au rez-de-chaussée, après une grande antichambre éclairée sur le jardin, on entrait dans le salon dont une des fenêtres donnait sur la rue, et qui avait un perron à porte vitrée sur le jardin. La salle à manger, d'une grandeur égale à celle du salon, était de l'autre côté de l'antichambre. Ces trois pièces s'harmoniaient à cet ensemble mélancolique. Les plafonds, tous coupés par ces lourdes solives peintes, ornées au milieu de quelques maigres losanges à rosaces sculptées, brisaient le regard. Les peintures, de tons criards, étaient vieilles et enfumées. Le salon, décoré de grands rideaux en soie rouge mangée par le soleil, était garni d'un meuble de bois peint en blanc et couvert en vieille tapisserie de Beauvais à couleurs effacées. Sur 1 1 cheminée, une pendule du temps de Louis XV se it entre des girandoles extravagantes dont les boujaunes ne s'allumaient qu'aux jours où la présidente dépouillait de son enveloppe verte un vieux lustre à pendeloques de cristal de roche. Trois tables de jeu à
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tapis vert r&pé, on trictrac suffisaient aux joies de la compagnie i laquelle madame du Ronceret accordait do cidre, des échaudé*, des marrons, des verrez d'eau racrée et de l'orgeat lait chei elle. Depuis qui Ique temps, elle avait adopté tous les quinte jours un thé enjolivé de pâtisseries assez piteuses. Par iliaque trimestre, les du Roncerel donnaient un grand dîner à trois services, tambouriné dans la ville, servi dans une détestable vaisselle, mais confectionné avee la science qui distingue les cuisinières de province. Ce repas gargantuesque durait six heures. Le président essayait alors de lutter par une abondance d'avare avec l'élégance de du Croisier. Ainsi la vie et » ires concordaient chez le pré-
sident à son caractère et à sa fausse position. 11 se déplaisaitchez lui sans savoir pourquoi : niais il n'osait y faire aucune dépense pour y changer l'état des c! trop heureux de mettre tous les ans sept ou huit mille francs de côté pour pouvoir établir richement son fils Félicien, qui n'avait voulu devenir ni magistrat, ni avocat, ni administrateur, et dont la fainéantise le désespérait. Le président était sur ce point en rivalité avec son vice-président monsieur Blondet, vieux juge qui depuis longtemps avait lié son fils a\ee la famille Blandureau. Ces riches marchands de toiles avaient une fille unique à laquelle 'e président souhaitait de marier Félicien. Comme le mariage de Joseph Blondet dépendait de sa nomination aux fonctions de juge-suppliant que le vieux Blondet espérait obtenir en donnant sa démission, le président du Ronceret contraria sourdement les démarches du juge et faisait travailler les Blandureau secrètement. Ainsi, sans l'affaire du jeune comte d'Esgrignon, peut-être les Blondet auraient-ils été supplantés par l'astucieux président, dont la fortune était bien supérieure à celle de son compétiteur.
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La victime des manœuvres de ce président machiavélique, monsieur Blondet, une de ces curieuses figures enfouies eÉ province comme de vieilles médailles dans une crypte, avait alors environ soixante-sept ans; il portait bien son Age, il était de haute taille, et sou encolure rappelait les chanoines du bon temps. Son visage, percé par le? mille trous»de la petite vérole qui lui avait déformé le nez en le lui tournant en vrille, ne manquait pas de physionomie, il était coloré trèségalement d'une teinte rouge, et animé par deux petits yeux vif>, habituellement sardoniques, et par un certain mouvement satirique de ses lèvres violacées. Avocat avant la Révolution, il avait été fait accusateur public; mais il fut le plus doux de ces terribles fonctionnaires. Le bonhomme Blondet, on l'appelait ainsi, avait amorti l'action révolutionnaire en acquiesçant à tout et n'exécutant rien. Forcé d'emprisonner quelques nobles, il avait mis tant de lenteur à leur procès, qu'il leur fit atteindre au neuf thermidor avec une adresse qui lui avait concilié l'e?time générale. Certes, le bonhomme Blondet aurait dû être président du tribunal: mais, lors de la réorganisation des tribunaux, il fut écarté par Napoléon, dont l'éloigrement pour les républicains reparaissait dans les moindres détails de son gouvernement. La qualification d'ancien accusateur public, inscrite en marge du nom de Blondet, fit demander par l'Empereur à Cambacérès s'il n'y avait pas dans le pays quelque rejeton d'une vieille famille parlementaire à mettre à sa place. Du Ronceret, dont le père avait été
iller au Parlement, fut donc nommé. Malgré la répugnance de l'Empereur, l'archichancelier, dans l'in-
de la justice, maintint Blondet juge, en disant que le vieil avocat était un des plus forts jurisconsultes de France. Le talent du juge, ses connaissances dans l'an-