‹ Les rivalitésChapitre 19 sur 30 · LE CABINET DES ANTIQUES · texte numérisé non relu

LE CABINET DES ANTIQUES

du côté de la maison Ue du Croisier aiin de rompre le tète-à-iète ;in cas oii quelqu'un en sortirait; mais elle jugeait avec raison les ennemis occupé* à discuter l'incident qu'elle avait jeté à travers leurs plans. Chesnel entraîna le juge dans un coin sombre, le long du mur, ipprocha de son oreille.

— Le crédit de la duchesse de Maufi îgneuse, celui du prince de Cadignan, des ducs de Navarreins, deLenoncourt, le garde de> sceaux, le chancelier, le roi, tout roua est acquis si vous êtes pour la maison d'Esgrignon, lui dit-il. J'arrive de Taris, je savais tout, j'ai couru tout expliquer à la Cour. Nous comptons sur vous et je vous garderai le secret. Si fous nous etc.- ennemi, je repars demain pour Paris- et dépose entre les mains de Sa Grandeur une plainte en suspicion le'gitime contre le tribunal, dont sans doute plusieurs membres étaient ce soir chez du Croisier, y ont bu, y ont mangé contrairement aux lois, et qui d'ailleurs sont ses amis.

Chesnel aurait fait intervenir le Père Éternel s'il en avait eu le pouvoir, il laissa le juge sans attendre de réponse, et s'élança comme un faon vers la maison de du Croisier. Sommé par sa femme de lui révéler les confidences de Chesnel, le juge obéit et fui assailli par ce : — N*avais-je pas raison, mon ami? que les femmes disent aussi quand elles ont tort, mais moins doucement. En arrivant chez lui, Camusot avait confessé la supériorité de sa femme et reconnu le bonheur de lui appartenir, aveu qui prépara sans doute une heureuse nuit aux deux époux. Chesnel rencontra le groupe de ses ennemis qui sortaient de chez du Croisier, et craignit de le trouver couché , ce qu'il eût regardé comme un malheur, car il était dans une de ces circonstances qui demandent de la promptitude.

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— Ouvra de par le Roi ! cria-t-il au domestique qui ferm lit le vestibule.

11 venait de faire arriver le Roi auprès d'un petit juge ambitieux; il avait gardé ce mot sur ses lèvres, il s'embrouillait, il délirait. On ouvrit. Le notaire s'élança comme la foudre dans l'antichambre.

— Itou garçon, dit-il au domestique, cent écus pour loi si lu peux réveiller m.idame du Croisier et me l'envoyer à L'instant. Dis-lui tout ce que tu voudras.

Chesnel devint calme et froid en ouvrant la porte du brillant salon où du Croisier se promenait seul à grands pas. Ces deux hommes se mesurèrent alors pendant un moment par un regard qui avait en profondeur vingt ans de haine et d'inimitié. L'un avait le pied sur le cœur de la maison d'E-grignon, l'autre s'a\ançait avec la force d'un lion pour la lui arracher.

— Monsieur, dit Chesnel, je vous silue humblement. Votre plainte a été déposée?

— Oui, monsieur.

— Depuis quand ?

— Depuis hier.

— Aucun autre acte que le mandat d'arrêt n'est lancé?

— Je le pense, répliqua du Croisier.

— Je viens traiter.

— La Justice est saisie, la vindicte publique aura son cours, rien ne peut l'arrêter.

— Ne nous occupons pas de cela, je suis à vos or- . à vos pieds.

Le vieux Chesnel tomba sur ses genoux, et tendit ses mains suppliantes à du Croisier.

— Que roui faut-il ? Voulez-vous nos biens, notre château ! prenez tout, retirez la plainte, ne nous lais-

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les que la vie et L'honneur. outre toul ce que j'offre, je Berai fibre sen Uetfr, vous disposeres de moi.

— Du Croisier laissa le vieillard à genoux et dans un fuit mil.

— Vous n'êtes pas vindicatif, vous êtes bon, vous ne nous en voulez pas assez pour ne pas vous prêter à un arrangement, «lit le vieillard. Avant le jour, le jeune homme serait libre.

— Toute la ville sait son arrestation, dit du Croisier, qui savourait sa venge ince.

— Cest un grand malheur, mais s'il n'y a ni jugement ni preuves, nous arrangerons bien tout.

Du Croisier réfléchissait, Chesnel le crut aux prises l'intérêt, il eut L'espoir de tenir son ennemi par md mobile des actions humaine-. En ce moment suprême, madame du Croisier se montra.

— Venez, madame, aidez-moi à fléchir votre cher mari, dit Chesnel toujours à genoux.

Madame du Croisier releva le vieillard en manifestant la plus profonde surprise. Chesnel raconta l'affaire. Quand la noble fille des serviteurs des ducs d'Alençon connut ce dont il s'agissait, elle se tourna les larmes aux yeux vers du Croisier.

— Ah! monsieur, pouvez-vous hériter? les d'Esgrignon, l'honneur de la province, lui dit-elle.

— >l\ s'agit bien de celai s'écria du Croisier se levant et reprenant sa promenade agitée.

— Eh ! de quoi s'agit-U donc ? lit Chesnel étonné.

— Monsieur Chesnel, il s'agit de la France ! il s'agit du pays, il s'agit du peuple, il s'agit d'apprendre à messieurs vos nobles qu'il y a une justice, des lois, une bourgeoisie, une petite noblesse qui les vaut et qui les tient! On ne fourrage pas dix champs de blé pour un

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lièvre, un ne porte pas Le déshonneur dans les familles

en séduisant de pauvres filles, on ne doit pas mépriser . h- qui nous valent, on ne se moque pas d'eux pendant dix ans, sans que ces faits ne grosis^ent, ne produisent des avalanches, et ces avalanches tombent, ut, enterrent messieurs les nobles. Vous voulez le retour à l'ancien ordre de cfeoses, vous voulez déchirer le pacte social, cette chai te où nos droits sont écrits...

— Après? dit Chesnel.

— N'est-ce pas une sainte mission que d'éclairer le peuple? s'écria du Croisier; il ouvrira les yeux sur la moralité de votre parti quand il verra les nobles allant, comme Pierre ou Jacques, en Cour d'As-i>es. On se dira que les petites gens qui ont de l'honneur valent mieux que les grandes gens qui se déshonorent. La Cour d'Assîses luit pour tout le monde. Je suis ici le défenseur du peuple, l'ami des lois. Vous m'avez jeté vousmême du côté du peuple a deux reprises, d'abord en refusant mon alliance, puis en me mettant au ban de votre société. Vous récoltez ce que vous avez semé.

Ce début efl'aya Chesnel aussi bien que madame du Croisier. La femme acquérait une horrible connaissance du caractère de son mari, ce fut une. lueur qui lui éclairait non-seulement le passé, mais encore l'avenir. Il paraissait impossible de faire capituler ce co- : mais Chesnel ne recula point devant l'impossible.

— Quoi ! monsieur, vous ne pardonneriez pas, vous n'êtes donc pas chrétien? dit madame du Croisier.

— Je pardonne comme Dieu pardonne, madame, à auditions»

— Quelles sont-elles ? dit Chesnel, qui crut apercevoir un rayon d'espérance.

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— Los Kit». .-tii.ns font venir, je veu\ la fi i\ dont VOUA

— Vous les aurez, dit Chesnel.

— Je veu\, reprit du Croisier, être reçu, ma femme et moi, familièrement, tous les soirs, avec amitié, en apparence, du moins, par monsieur le marquis d'I gnon et par l<

— Je ne sais pas comment nous l'y amènerons, m lis vous serez reçu.

— Je veux une hypothèque de quatre cent mille francs fondée sur une transaction écrite au sujet «le cette affaire, afin de toujours v< >us tenir un canon cl

sur le rieur.

— Nous consentons, dit Chesnel sans avouer qu'il avait les cent mille écus sur lui; mais elle sera entre mains tierces et rendue à la famille après votre élection et le payement.

— Non, mais après le mariage de ma petite-nièce, mademoiselle Duval qui réunira peut-être un jour quatre millions. Cette jeune personne sera instituée mon héritière au contrat et celle de ma femme, vous la ferez épouser à votre jeune comte.

— Jamais! dit Chesnel.

— Jamais! reprit du Croisier tout enivré de son triomphe. Bonsoir.

— Imbécile que je suis, se dit Chesnel, pourquoi reculé-je devant un mensonge avec un pareil homme!

Du Croisier s'en alla, se plaisant à tout annuler au nom de son orgueil froissé, après avoir joui de l'humiliation de Chesnel, avoir balancé les destinées de la superbe maison en qui se résumait l'aristocratie de la province, et imprimé la marque de son pied sur les entrailles des d'Esgrignon 11 lemonta dans sa chambre,

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