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entre les maies de du Croisier, le soir même, madame la présidente du Ronceret, soufflée par son mari, eut une 1 ■ • - itiou avec monsieur Sauvager, au-
quel elle lit observer combien la carrière de la n fnrti tait incertaine : un caprice ministériel,
nue ente tente y tuait l'avenir d'un homme.
— Soyez homme de conscience, donnez vos conclusiont Pouvoir quand il a tort. Vous êtes perdu.
pouvez, lui dit-elle, profiter en ce moment de votre position pour faire un beau mariage qui vous mettra pour toujours à l'abri des mauvaises chai en vous donnant une fortune au moyen de laquelle vous pourrez vous caser dans la magistrature assise. L'occasion est belle. Monsieur du Croisier n'aura jamais d'enfants, tout le monde sait le pourquoi ; sa fortune et celle de sa femme iront à sa nièce, mademoiselle Duval. Monsieur Duval est un maître de forgea dont la bourse a déjà quelque volume, et son père, qui vit encore, a du bien. Le père et le lils ont à eux deux un million, il- le doubleront aidés par du Croisier, maintenant lié avec 1 1 haute banque et les gros industriels de Paris.
ieur et madame Duval jeune donneront, certes, leur iilie à l'homme qui sera présenté par son oncle du Croisier, en considération des deux fortunes qu'il doit laisser à sa nièce, car du Croisier fera sans doute avantager au contrat mademoiselle Duval de toute la fortune
femme, qui n'a pas d'héritiers. Vous connaissez la haine de du Croisier pour les d'Esgrignon, rendez-lui service, * w son homme, accueillez une plainte en Faux qu'il va vous déposer contre le jeune d'Esgrignon, poursuivez le comte immédiatement, saris- consulter le Procureur du Roi. Puis, priez Dieu que, pour avoir été
;ial impartial contre le gré du Pouvoir, le mixiistje vous destitue, votre fortune est faite! Vous aurez
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une charmante Gemme et trente mille livres de rente en dot, sans compter quatre millions d'espérance dam une dizaine d'ani
i ideui soirées, le premier Substitut avait été gagné. Le Président et monsieu] S ivaient tenu l'affaire
te pour le vieux juge, pour le juge suppléant, et pour le second substitut. Sûr de l'impartialité de Blondet en présence dea faits, le Président avait la majorité sans compter Camusot. Mais tout manquait pour la défection imprévue du juge destruction. Le Président voulait un jugemenl de mise en accusation avant que le Procureur du Roi ne fût averti. Camusot ou le second Substitut n'allaient- ils pas le prévenir?
Maintenant, en expliquant la vie intérieure du juge d'instruction Camusot, peut-être apercevra-t-on les rainos qui permettaient à Cbesnel de considérer ce jeune stral comme acquis aux d'Esgrignon, et qui lui avaient demie la hardiesse de le suborner en pleine rue. Camusot, fils de la première femme d'un illustre marchand de soieries de la rue des Bourdonnais, objet de l'ambition de son père, a^ait été destiné à la magistrature. En épousant sa femme, il avait épousé la protection d'un huissier du Cabinet du Roi , protection sourde, mais efficace, qui lui avait déjà valu sa nomination de juge, et, plus tard, celle de Juge d'instruction. Son père ut' lu. avait donné en le mariant que six mille francs de rente, la fortune de feu sa mère, toutes déductions faites de >es avantages d'époux; et comme mademoiselle Thirion ne lui avait pas apporté plus de vingt mille francs de dot, ce ménage connaissait les malheurs d'une pauvreté cachée, car les appointements d'un juge en province ne s'élèvent pas an-dessus de quinze cents francs. Cependant les luges d'instruction ont un supplément d'environ milie francs à raison des dép.
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s travaux extra f Un lires de leurs fonction-. M
gués qu'elles donnent, ces places sent isseï en- $3 m ;i- elles s ut révo ssi madame Camusot
venait-elle de - son mari d'avoir découvert sa
. P ndent Ilarie-Cécile-Amëlie Thirion, depuis trois ans de m tait aperçue de la bénédiction de Dieu par la régularité de deux accouchements heureux, une tilte et un - i; mais elle suppliait Dieu de ne plus la tant bénir. Encore m* aédictions, - - \ deviendrait misère. La fortune de monsieur Camusot le père devait se faire longtemps attendre. D'ailleurs cette riche succession ne pouvait pas domu r plus de huit ou dix mille francs de rente aux enfant.» du
ciantqui étaient quatre et de deux lits différents. Puis, quand se réaliserait ce que tous les faiseurs de mariages appellent des espérances, le juge n'aurait-il pas des enfants à établir ? Chacun concevra donc la situation d'une petite femme pleine de sens et de résolution, comme était madame Camusot; elle avait trop bien senti l'importance d'un faux pas fait par son mari dam sa carrière, pour ne pas se rnèler des affaires judiciaire.-.
Enfantunique d'un ancien -erviteur du roi Louis XVII 1, un valet qui l'avait suivi en Italie, en Courlande, en Angleterre, et que le Roi avait récompensé par la seule place qu'il pût remplir, celle d'huissier de son cabinet par quartier, Amélie avait reçu chez elle comme un reflet de la Cour. Thirion lui dépeignait les grands seigneur.», les ministres, les personnages qu'il annonçait, introduisait, et voyait passant et repassant. Élevée comme à ia porte des Tuilerie-. une femme avait
donc pii- une teinture des maximes qui s'y pratiquent, et adopté le dogme ci»- L'obéissance absolue au Pouvoir. Lvaitr-eUe sagement jugé qu'en se rangeant du cou des d i mari plairait à madame la duc!
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de M infrigneuse, à dem puissantes familles nu lesquelles ton père s'appuierait, en un moment opportun, auprès dn Roi. A la premii n, Camusot pouvail
nomme juge dans le ressort de Paris, et plus tard i I même. Cette promotion rêvée, désirée à tout moment, devait apporter six raille francs d'appointements, les douceurs d'un logement chez son pèic ou ehes les Camusot, et tous les avantages des deux fortunes paternelli l'adage :h , loin du tour, est vrai pourla plupart
mmes, il est vrai surtout en fait de sentimens de famille et de protections ministérielles on ro] îles. Dotent temps les gens qui servent personnellement les rois font très-bien leurs affaires : on s'intéresse à un homme, fût-ce à on valet, quand on le voit tous les jours.
Madame Camusot, qui se considérait comme de passage, avait pris une petite maison dans la rue du Cygne. La ville n'est pas asseï passante pour que l'industrie dos appartements garnis s'y exerce. Ce ménage n'était pas d'ailleurs assea riche pour vivre dans un hôtel, comme monsieur Michu. La Parisienne avait donc été obligée d'accepter les meubles du pays. La modicité de ses revenus l'avait obligée à prendre cette maison remarquablement laide, mais qui ne manquait pas d'une certaine naïveté de détails. Appuyée à la maison voisine de manière à présenter sa façade à la cour, elle n'avait à chaque étage qu'une fenêtre *ur la rue. La cour, bordée dans sa largeur par deux murailles ornées de rosiers et d'alaternes, avait au fond, en face de la maison, un hangar assis sur deux arcades en briques. Une petite porte bâtarde donnait entrée à cette sombre maison encore assombi i un grand noyer planté au milieu de la cour. Au rez-dechaussée, où l'on montait par un perron à double rampe et à balustrades en fer très-ouvragé, mais rongé par la rouille, se trouvait sur la rue une salle à manger, et de
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l'autre côté la cuisine. Le fond du corridor qui séparait ces deux chambres était occupe par irii escalier en bois. Le premier étape ne se composait que de deux pièces, dont l'une servait de cabinet au magistrat, et l'autre de chambre à coucher. Le second étage en mansarde contenait également deux chambres, une pour la cuisinière et l'autre pour la femme de chambre qui gardait avec elle les enfants. Aucune pièce dans la maison n'avait de plafond, toutes présentaient ces solives blanchies à la chaux, dont les entre-deux sont plafonnés de blanc-en-bourre. Les deux chambres du premier étage et la salle d'en bas avaient de ces lambris à formes contournées, où s'est exercée la patience des menuisiers du dernier siècle. Ces boiseries, peintes en gris sale, étaient du plus triste aspect. Le cabinet du juge éiait celui d'un avocat de province : un grand bureau et un fauteuil d'acajou, la bibliothèque de l'étudiant eu Droit, et ses meubles mesquins apportés de Paris. La chaml re de madame était indigène : elle avait des ornements bleus et blancs , un tapis, un de ces mobiliers hétéroclites qui semblent à la mode et qui sont tout simplement les meubles dont les formes n'ont pas été adoptées à Paris. Quant à la salle du rez-de-chaussée, elle était ce qu'est une salle en province, nue, froide, à papiers de tenture humides et passés.
C'était dans cette chambre mesquine, sans autre vue que celle de ce noyer, de ces murs à feuillage noir et de h rue presque déserte, que passait toutes ses journées une femme assez vive et légère, habituée aux plaisirs, au mouvement de Paris, seule la plupart du temps, ou recevant des visites ennuyeuses et sottes qui lui fixaient préférer sa solitude à des caquetages vides, où le moindre trait d'esprit auquel elle se laissait aller donnait lieu à d'interminables commentaires et envc-
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aimai! sa situation. I ks< ii|
goût que n«iur mettre un intérêt dans sa \ ié presque - Ai- Uûre, elle ne pouvait exercer sa pensée que sur les intrigues qui se nouaient autour d'elle, sur les mené gens de province, sur leurs ambitions enfermées dans i rcles étroits, Aussi pénétrait-elle promptement des mystères auxquels nesongaitpas son mari. hangar plein de bois, où sa femme de chambre faisait lit pas ce qui frappait ses n gards, quand, assise à la fenêtre de sa chambre, idle tenait à la main quelque broderie interrompue : elle contemplait Paris où tout est plaisir, où tout est plein de vit', elle en rêvait les fêtes et pleurait d'être dans cette froide prison de province. Elle se désolait d'être dans un pays paisible, où jamais il n'arriverait ni conspiration ni grandi» affaire. Elle se voyait pour longtemps sous l'ombre de ce noyer.
Madame Camusot est une petite femme, grasse, fraîche, blonde, ornée d'un front très-busqué, d'une bouche rentrée, d'un menton relevé, traits que la jeurend supportables, mais qui doivent lui donner de bonne heure un air vieux. Ses yeux vifs et spirituels, mais qui expriment un peu trop son innocente envie de parvenir et la jalou>ie que lui cause son infériorité présente, allument comme deux, lumières dan- -a figure commune, et la relèvent par une certaine force de sentiment que le succès devait éteindre plus tard. Elle u>ait alors de beaucoup d'industi ie pour sa toilette, elle inventait des garnitures, elle se les brodait: elle méditait Bes atours avec sa femme de chambre, venue avec elle de Paris, et maintenait ainsi la réputation des Parisiennes en province. Sa causticité la faisait redouter, elle n'était pas aimée. Avec cet esprit tin et investigateur qui distingue les femmes inoccupées,
obligées d'employer leur journée, elle avait fini par découvrir les opinions secrètes du Président: aussi eonseiilait-elle depuis quelque temps à Camusot de lui déclarer la guerre. L'affaire du jeune comte était une excellente occasion. Avant de venir en soirée chez monsieur du Croisier, elle n'avait pas eu de peine à démontrer à son mari qu'en cette affaire le premier Substitut allait contre les intentions de ses chefs. Le rôle de Camusot n'était-il pas de se faire un marchepied de c£ procès criminel, en favorisant la maison d'Esgrignon, bien autrement puissante que le parti du Croisier?
— Sauvager n'épousera jamais mademoiselle Duval, qu'on lui aura montrée en perspective ; il sera la dupe des Machiavels du Val-Noble, auxquels il va sacrifier sa position. Camusot, ce te affaire si malheureuse pour les d'Esgrignon et si perfidement entamée par le F résident au profit de du Croisier, ne fera favorable qu'à toi, lui avait-elle dit en rentrant.
Cette rusée Parisienne avait également deviné les manœuvres secrètes du Président auprès de Blandureau, et les motifs qu'il avait de déjouer les efforts du vieux Blondet, mais elle ne voyait aucun profit '; éclairer le fils ou le père sur le péril de leur situation; elle jouissait de cette comédie commencée, sans se douter de quelle importance pouvait être le secret surpris par elle de la demande faite aux Blandureau par le successeur de Chesnel en faveur de Félicien du Uonceret. Dans le cas où la position de son mari serait menacée par le Président, madame Camusot savait pouvoir men;; son tour le Président en éveillant l'attention de l'horticulteui sur le rapt projeté de la fleur qu'il voulait transplanter chez lui.
Sans pénétrer, comme madame Camusot, les moyens
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par lesquels du Croisier et Le Président avaient . le premier Substitut , Chesnel, en examinant ces diverses existences et ces intérêts groupés autour des fleurs de lis du Tribunal, compta -m le Procureur du Roi, sur Camusot et but monsieur Michu. 1 >t*u\ pour le> d'Esgi ignon paralysaient tout. Enfin, le notaire connaissait trop bien les désirs du vieux Blondet pour ne pas -avoir que si sou impartialité pouvait Qécbir, rail pour l'œuvre de toute sa vie, pour la nomination de son 1 ils à la place de Juge-Suppléant. Cbe oel s'endormit plein d'espérance en se promettant d'aller voir monsieur Blondet, pour lui offrir de réaliser les espérances qu'il caressait depuis si longtemps, en l'éclairant sur les perfidies du président du Ronceret. Après avoir gagné le vieux ju&e, il irait parlementer avec le Juge d'instruction, auquel il espérait pouvoir prouver, sinon l'innocence, au moins l'imprudence de Victurnien . et réduire l'affaire à une simple étourderie déjeune homme. Chesnel ne dormit ni paisiblement ni longtemps ; car, avant le jour, sa gouvernante l'éveilla pour lui présenter le plus séduisant personnage de cette histoire, le plu< adorable jeune homme du monde , madame la duche.-se de Maufrigneuse , venue seule en calèche , et habillée en homme.
— J'arrive pour le sauver ou pour périr avec lui, dit-elle au notaire, qui croyait rêver. J'ai cent mille Crânes que le Roi m'a donnés sur sa cassette pour acheter l'innocence de Victurnien , si son adversaire est corruptible. Si nous échouons, j'ai du poison pour le soustraire à tout, même à l'accusation. Mais nous n'échouerons pas. Le Procureur du Roi, que j'ai fait avertir de ce qui ?e passe, me suit ; il n'a pu venir avec moi, il a voulu prendre les ordres du Garde des Sceaux.
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ChesDel rendit Boène pour scène à la duchesse : il s'enveloppa de sa robe de chambre et tomba à ses pieds, qu'il baisa, non Bans demander pardon de L'oubli que la joie lui fawiit commettre.
— Nous sommes sauvés, criait-il tout en donnant des ordres à Brigitte pour qu'elle préparât ce dont pouvait avoir besoin la duchesse après une nuit passée à courir la p
)\ lit un appel au courage de la belle Diane , en lui démontrant la nécessité d'aller chez le Juge d'instruction au petit jour, afin que personne ne fût dans Le secret de cette démarche, et ne pût même présumer que la duchesse de Maufrigneuse fût venue.
— N'ai- je pas un passe-port en règle ? dit-elle en lui montrant une feuille où elle était désignée comme monsieur le vicomte Félix de Yandenes>e . Maitrc des Requêtes et Secrétaire particulier du Roi. Ne sais-je pal bien jouer mon rôle d'homme? reprit-elle en rehaussant les faces de sa perruque à la Titus et agitant sa cravache.
— Ah ! madame la duchesse , vous êtes un ange ! s'écria Chesnel les larmes aux yeux. ( Eile devait toujours être un ange, même en homme ! ) Boutonnez votre redingote, enveloppez-vous jusqu'au nez dans votre manteau , prenez mon bras , et courons chez Camusot avant que personne ne puisse nous rencontrer.
— Je verrai donc un homme qui s'appelle Camusot? dit-elle.
— Et qui a le nez de son nom, répondit Gbesnel. Quoiqu'il eût la mort au cœur, le vieux notaire
jugea nécessaire d'obéir a tous les caprices de la duchesse, de rire quand elle rirait, de pleurer avec elle; mais il gémit de la légèreté d'une, femme qui, tout
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en accomplissant une grande chose, j trouvait néanmoins matière à plaisanter. Que n'aurait-il pas (ail pour >au\er le jeune homme! Pendant que Cfa s* habilla, madame de Maufrigneuse dégusta I
i la crème que Brigitte lui servit, et convint de la supériorité des cuisinières de province sur les Chefs de Paris, qui dédaignent ces menus détails si importants pour les gourmets. Grâce aux prévoyances que nécessitaient les goûts de son maître pour la bonne chère , Brigitte avait pu offrir à la duchesse une excellente collation. Chesnel et son gentil compagnon se dirigèrent vers la maison de monsieur et madame Camui
— Ah î il y a une madame Camusot, dit la duel: l'affaire pourra s'arranger.
— Et d'autant mieux, lui répondit Chesnel, que madame s'ennuie assez visiblement d'être parmi nous autres provinciaux, elle est de Paris.
— Ainsi nous ne devons pa> avoir de secret pour elle.
— Vous serez juge de ce qu'il faudra taire ou révéler, dit humblement Chesnel. Je crois qu'elle sera trèsflattée de donner l'hospitalité à la duchesse de Maufrigneuse. Pour ne rien compromettre, il vous faudra - ins doute rester chez elle jusqu'à la nuit, à moins que vous n'y trouviez des inconvénients.
— Est-elle bien, madame Camusot? demanda la duchesse d'un air fat.
— Elle e?t un peu reine chez elle, répondit le notaire.
— Elle doit alors se mêler des affaires du Palai-. reprit la duchesse. Il n'y a qu'en France, cher monsieur Chesnel, que l'on voit les femmes si bien épouser leurs
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maris qu'elle- en épousent les fonctions, le commerce ou les travaux. En Italie, en Angleterre, en Es| les femme.- ie font un point d'honneurde laisser leurs maris se débattre avec les affaires; elles m< ignorer la même persévérance que nos bourgeoises liant aises déploient pour être au fait des affaires de la communauté. N'est-ce pas ainsi que vous appelés cela judieiairement? D'une jalousie incroyable, en fait de politique conjugale, les Français veulent tout savoir. Aussi, <1 tus ks moindres difficultés de la vie en France, ^entez-vous la main de la femme qui conseille, guide, éclaire son mari. La plupart des hommes ne s'en trouvent pas mal, en vérité. En Angleterre, un homme marié pourrait être mis vingt-quatre heures en prison pour dettes, sa femme, à son retour, lui ferait une scène de jalousie.
— Nous sommes arrivés sans avoir fait la moindre rencontre, dit Chesnel. Madame la duchesse, vous devez avoir d'autant plus d'empire ici, que le père de madame Camusot est un huissier du Cabinet du Roi, nommé Thirion.
— Et le Roi n'y a pas songé ! il ne pense à rien, .- '«'■• cria-t-elle. Thirion nous a introduits, le prince de Cadignan, monsieur de Vandenesse et moi ! Nous sommes
.aîtres céans. Combinez bien tout avec le mari pendant que je vais parler à la femme.
La femme de chambre, qui lavait, débarbouillait, habillait les deux enfants, introduisit les deux étrangers dans la petite salle sans feu.
— Allez porter cette carte à votre maîtresse, dit la duchesse à l'oreille de la femme de chambre, et ne la laissez lire qu'à elle. Si vous ètei discrète, on vous récompensera, ma petite.
La femme de chambre demeura comme frappée de
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la foudre en entendant celte vois de femme et voyant cette délicieuse figure de jeune homme.
— Éveille! monsieur Camnsot, lui dit Chesnel, et dites que je L'ail une affaire iraporl mte.
i f< mme de chambre monta. Quelques instants après, unusot E'élança en peignoir à travers Les i scaliers, et introduisit Le bel étranger après avoir p Camusot, en chemise, dans son cabinet avec t. tements, en lui ordonnant de s'habiller et de V) attendre. Ce coup de théâtre avait été produit par la carte où était gravé : madame la duchesse de maufbigrecse. La tille de l'huissier du Cabinet du Roi avait tout compris
— Eh bien! monsieur Chesnel, ne dirait-on pas que le tonnerre vient de t"inber ici? s'écria la femme de chambre à voix basse. Monsieur Rhabille dans ?on cabinet, vous pouves y monter.
— Silence sur tout ceci, répondit le notaire. Chesnel, en se sentant appuyé par une grande dame
qui avait l'assentiment verbal du Roi aux mesures à prendre pour sauver le comte d'Esgrignon, prit un air d'autorité qui le servit auprès de Camusot beaucoup mieux que l'air humble avec lequel il l'aurait entretenu, s'il eût été seul et sans secours.
— Monsieur, lui dit-il, mes paroles hier au soir ont pu vous étonner, mais elles sont sérielles. La maison
-■ iguon compte sur ^us pour bien in?truire une affaire d'où elle doit sortir sans tache.
— jionsàeur, répondit le juge, je ne relèverai point ce -[Uil y a de blessant pour moi et d'attentatoire à la Ju-tice dans vos paroles, car, jusqu'à un certain point, votre position près de la maison d'Esgrignun L'excuse. Mais...
— Monsieur, pardonnez-moi de vous interrompre, dit
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Chesnel. Je riens voua dire des choses que roa supérieurs pensent et n rouer, mais que les gens d'esprit devinent, et rous êtes homme d'esprit. A supque le jeune homme eût agi imprudemment, k-tous que le Roi, que la Cour, que le Ministère ut flattés de voir un nom comme celui des d'Esgrignon traîné à la Cour d'Assises? Est-il dans l'intérêt, non-seulement du royaume, mais du pays, que les maisons historiques tombent? L'égalité, aujourd'hui le grand mot de l'Opposition, ne tiouve-t-elle pas une garantie dans l'existence d'une haute aristocratie consacrée par le temps ? Eh bien ! non-seulement il n'y a pas eu la moindre imprudence, mais nous sommes des innocents tombés dans un piège.
— Je suis curieux de savoir comment! dit le juge.
— Monsieur, reprit Chesnel, pendant deux ans, le sieur du Croisier a constamment laissé tirer sur lui pour de fortes sommes par monsieur le comte d'Esgrignon.
produirons des traites pour plus de cent mille écus, c-'ii-tamment acquittées par lui, et dont les sommes ont
mises par moi... - dsissez-bien ceci!... soit avant, soit après l'échéance. Monsieur le comte d'Esgrignon est en mesure de présenter un reçu de la somme tirée par lui, antérieur à l'effet argué de faux; ne reconnaitrezfoui pas alors dans la plainte une œuvre de haine et de parti? n'est-ce pas une odieuse calomnie que cette accusation portée par les adversaires les plus dangereux du trône et de l'autel contre l'héritier d'une vieille famille? Il n'y a pas eu plus de faux dans cette affaire qu'il ne s'en est fait dans mon étude. Mandez par devers
madame du Croisier, laquelle ignore encore la
plainte en taux, elle vous déclarera que je lui ai porté
les a gardés pour les remettre à son
mari absent qui ne les lui réclame pas. Interroges du
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Croisier à oe sujet : il \"us dira qu'il ignore ma remise à madame du Croisier.
— Monsieur, répondit le Juge d'instruction, voua pou- ?ez émettre de pareilles assertions dans le salon de monsieur d'Esgrignon ou chez des gens qui ne connaissent pas les affaires, on j ajoutera foi; mais un juge d'instruction, à moins d'être imbécile, ne croira pas qu'une femme aussi soumise à son mari que l'est madame du Croisier, a nserve en ce moment dans son secrétaire cent mille cens sans en rien dire à son mari, ni qu'un vieux notaire n'ait pas instruit monsieur du Croisier de cette remise, à son retour en ville.
— Le \ ienx notaire était allé à Paris, monsieur, pour arrêter le cours des dissipations du jeune homme.
— Je n'ai pas encore interrogé le comte d'Esgrignon, éprit le juge, ses réponses éclaireront ma religion.
— Il est au secret? demanda le notaire.
— Oui, répondit le juge.
— Monsieur, s'écria Chesnel, qui vit le danger, l'iustruction peut être conduite pour ou contre nous; mais vous choisirez ou de constater, d'après la déposition de madame du Croisier, la remise des valeurs antérieurement à l'effet, ou d'interroger un pauvre jeune homme inculpé qui, dans son trouble, peut ne se souvenir de
ienet se compromettre. Vous chercherez le plus croyable ou de l'oubli d'une femme ignorante en affaires, ou d'un faux commis par un d'Esgrignon.
— 11 ne s'agit pas de tout cela, reprit le juge, il s'agit de savoir si monsieur le comte d'Esgrignon a converti le bas d'une lettre que lui adressait du Croisier en une lettre de change.
— Eh! il le pouvait, s'écria tout à coup madame Camusot, qui entra vivement, suivie du bel inconnu.
Monsieur Chesnel avait remis les fonds... Kilo se pencha sers son mari. — Tu seras juge-suppléant à Paiis à la première vacance, Lu sers ' • Roi lui-même dans affaire, j'en ai la certitude, on ne t'oubliera pas, lui
dit-elle à L'oreille. Tu vois dans ce jeune homme la duchesse de Maufrigneuse, lâche «le ne jamais dire que tu l'as vue, et fais tout pour le jeune comte, hardiment.
— Messieurs, dit le juge, quand L'instruction serai! conduite dan- le sens favorable à l'innocence du jeune
le, puis-je répondre du jugement à inter Monsieur Chesnel et toi, ma bonne, uais^ezles
dispositions de monsieur le président.
— Ta, ta, ta, dit madame Camusot, va voir toi-même ce matin monsieur Michu, et apprends-lui l'arrestation du jeune comte, vous serez déjà deux contre deux, j'en réponds. .Michu est de Pari-, lui ! et tu connais son dévouement pour la noblesse. Bon chien chasse de race.
Eu ce moment, mademoiselle Cadet fit entendre sa voix à la porte, en disant qu'elle apportait une lettre pressée. Le juge sortit et rentra, en lisant ces mots :
isieur le vice-président du Tribunal pr\ Camusot de siéger à l'audience de ce jour et des jourt i vbunaisoii au complet pendant I m nsieur le Présid it. Il lui fait ses compli«
— Plus d'instruction de l'affaire d"Esgiignon, s'écria nie Camusot. -Ne te l'avais-je pas dit, mon ami,
qu'ils te jour] aient quelque mauvais tour? Le Président est elle te calomnier auprès du Procureur-général et «la lent de la Cour. Avant que tu puisses instruire l'affaire, tu sera g . L.-t-ce clair?
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— Vous iv~t.iv/. monsieur, dit la duchesse, le Procureur du K<>i armera, je l'espère, à ten
— Quanti le Procureur du Roi viendra, 'lit avec l'eu la petite madame Gamusot, il doit trouver tout fini.
Oui, mon cher, oni, dit elle en regardant son mari stupéfait Ah! vieil hypocrite de Président, tu joues au
[•h'- fin avec nous, tu t'en souviendras! Tu veux nous ; un plat de ton métier, lu en auras deux apprêtes per la main de ta servante, Cécile-Amélie TbirioiL re bonhomme Blondel! il e:>t heureux pour lui que le Président soit en voyage pour nous faire destituer, son grand dadais de il! i mademoiselle Blandureau. Je vais aller retourner les semis au père musot, va chez monsieur Mie lu» pendant que madame la duchesse et moi nous irons trouver le vieux Blondet Attends-toi à entendre dire par toute la vilj'ï que je me suis promenée ce matin avec un amant.
Madame Camusot donna le bras à la duchesse, et l'emmena par les endroits déserts de la ville pour arriins mauvaise rencontre à la porte du vieux juge. Chesnel alla pendant ce temps conférer avec le jeune eomte à la prison, où Camusot le lit introduire en secret. Les cuisinières, les domestiques et autres gens levés de bonne heure en province, qui virent madame Camusot et la duchesse dans les chemins détournés prirent le jeune homme pour un amant venu de Pari-. Commj Cécile-Amélie l'avait prévu, le soir, la nouvelle Je ses déportements circulait dans la ville, et y occasionnait plus d une médisance. Madame Camusot et son amant prétendu trouvèrent le vieux Blondet dans - : serre, il salua la femme de son collègue et son compagnon en jetant sur ce charmant jeune homme un regard inquiet et scrutateur.
• r.s DE la vit: l«l province
— J'ai L'honneur de vous présenter un des cousins
:i mari, dit-ell* i ur Blondet en lui mon-
trant la duchesse, un des horticulteurs les plus djstia- - le Paris qui revient de Bretagne, et ne peut pasie cette journée avec nous. Monsieur a entendu parler de vos fleurs et de vus arbustes, et j'ai pris la liberté de venir de grand matin.
— Ah ! monsieur est horticulteur, dit le vieux juge. La duchesse .-'inclina sans parler.
— Voici, dit le juge, mon cafier et mon arbre à thé.
— Pourquoi donc, dit madame Camusot, monsieur le ident e.-t-il parti ? Je gage que son absence concerne
monsieur Camusot.
— Précisément. Voici, monsieur, le cactus le plus oal qui existe, dit-il en montrant dans un pot une
plante qui avait Pair d'un rotin couvert de lèpre, il vient d" la Nouvelle-Hollande. Vous êtes Lien jeune, monsieur, pour être horticulteur.
— Quittez vos fleurs, cher monsieur Blondet, dit madame Camusot, i! s'agit de vous, de vos espérances, du mariage de votre fils avec mademoiselle Blandureau. Vous êtes la dupe du Président.
— Bah ! dit le juge d'un air incrédule.
— Oui, reprit-elle. Si vous cultiviez un peu plus le monde, et un peu moins vos fleurs, vous saunez que la dot ei les espérances, que vous avez plantées, arrosées, binées, sarclées, sont sur le point d'être cueillies par des mains ruse
— Madame!...
— Ah! personne en ville n'aura le courage de rompre en visière au Président en vous avertissant. Moi, qui ne suis pas de la ville, et qui, grâce à ce brave jeune
U'iMi DES ÀHTH
li"mni.'. liai bientdl \ Paris, je vous apprends que le »seur de Chesoel a formellement demandé la main de Claire ilandnreau pour le petit du Ronceret, à qui ses père et mère donnent cinquante mille écus. Quant à Félicien, il promet de >e faire recevoir avocat p au être nommé ju|
Le vieuj juge laissa tomber le pot qu'il avait à la main, pour le montrera la duché*
— Ah! mon cactus! ah! mon 'il-: M riselle BlandureauL.. Tiens, la Qeor du cactus ea
— Non, tout peut s'arranger, lui dit madame Camusol en riant. Si vous voulez voir votre fils juge dans un mois d'ici, nous allons nous dire comment il faut vous
rendre...
— Monsieur, passes là, vous voirez mes pélargonium, un spectacle magique i la floraison. Pourqu >i, «lit-il à madame Camusot, me parlez-vous de ces ail. lires devant votre cousin ?
— Tout dépend de lui, riposta madame Camusot. La Domination de votre tils est à jamais perdue si vous dites un mot de ce jeune homme.
— Bah!
— Ce jeune homme est une fleur.
— Ah!
— C'est la duchesse de Maufrigneuse, envoyée par le Roi pour sauver le jeune d'Esgrignon., arrêté hier par suite d'une plainte en faux portée par du Croisier. M •■ dame la duche>se a la parole du Garde des Sceaux, il ratifiera les promesses qu'elle nous fera...
— Mon cactus est sauvé! dit le juge, qui examinait sa plante précieuse. Allez, j'écoute.
— Consultez vous avec Camusot et Michu pour étouffer l'affaire au plus tôt, et votre fils sera nomm
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nomination arrivera alors assd à temps pour vous permettre de déj mer les intrigues des du Ronceret aupi - .le> Rlar.dureau. Votre fils sera mieux que jugesu;",. !.'■ nit . i! aura la succession de monsieur Camusot dans l'année. Le Procureur du Roi arrive aujourd'hui, iger sera sans doute forcé de donner sa démission, à cause de sa conduite dans cette affaire. ôari vous montrera des pièces au palais qui établissent L'innocence du comte, et qui prouvent que le st un guet-apens tendu par du Croisicr. Le vieux juge entra dans le cirque olympique de ses àx nulle pélargoniun . et y salua la duchesse.
— Monsieur, dit-il, si ce que vous voulez est légal, cela pourra se faiie.
— Monsieur, répondit la duchesse, remettez votre démission demain à monsieur Chesnel, je vous promet de vous faire envoyer dans la semaine la nominatioi de votre fils, mais ne la donnez qu'après avoir entendi monsieur le Procureur du Roi vous confirmer mes paroles. Vous vous comprenez mieux entre vous autn gens de justice. Seulement faites-lui savoir que la duchesse de Maufrigneuse vous a engagé sa parole. Silem -ur mon voyage ici, dit-elle.
Le vieux juge lui baisa la main, et se mit à cueilli sans pitié les plus belles fleurs qu'il lui offrit.
— Y pensez-vous! donnez-les à madame, lui dit duchesse , il n'est pas naturel de voir des fleurs à homme qui donne le bras à une jolie femme.
— Avant d'aller au palais, lui dit madame Camusot, allez tous informer chez le successeur de Chesnel d( propositions faites par lui au nom de monsieur et madame du Ronceret.
Le vieux juge, ébahi de la duplicité du Président, resta planté sur ses jambes, à sa grille, en regarda
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les deui Géminés, qui se sauvèrent par 1. - chemina détournes. Il voyait crouler L'édifice si péniblement l>àti Jurant dix années pour son enfant chéri. Était-ce possible? Il soupçonna quelque ruse, et courut chez le suc- .i d< Chesncl. A neuf heures et demie, avant l'audience» le vice-président Blondet, lejug i Michu se trouvèrent avec une remarquable exactitude dans la chambre du Conseil, dont la porte fut fermée avec soin par le vieux juge en voyant entrer Camusot et Michu qui vinrent ensemble.
— Eh bien! monsieur le vice-président, dit Michu, monsieur Sauvager a requis un mandat contre un comte d'Esgrignon, sans consulter le Procureur du Roi, pour servir la passion d'un du Croisier, un ennemi du gouvernement du Roi. Cest un vrai sens-dessus-dessons. Le Président, de son côté, part et arrête ainsi l'instruction! Et nous ne savons rien de ce procès? Voulait-on par hasard nous forcer la main?
— Voici le premier mot que j'entends sur cette affaire, dit le vieux juge furieux de la démarche faite par le président chez les Blandurean.
Le successeur de Chesnel, l'homme des duRonceret, venait d'être victime d'une ruse inventée par le vieux juge pour savoir la vérité, il avait avuué le secret.
— Heureusement que nous vous en parlons, mon cher maître, dit Camusot à Blondet, autrement vous auriez pu renoncer à asseoir jamais votre (ils sur les tleurs de lis, et à le mai ier à mademoiselle Blandureau.
— Mais il ne s'agit pas de mon fils, ni de son mariage, dit le juge, il s'agit du jeune comte d'Esgrignon : est-ii ou n'est-il pas coupable?
— Il parait, dit monsieur Michu, que les fonds auraient été remis à madame du Croisier par Chesnel, on a fait un crime d'une simple irrégularité. Le jeune homme
aurait, suivant la plainte, pris un bas de lettre où était la signature de du Croîsier pour la convertir en un effet sur les Keller.
— Une imprudence! dit Camusot.
— M tis h du Croisier rc\ait encaissé la somme, dit Blondet, pourquoi s'est-il plaint?
— 11 ne sait pas encore que la somme a été rem^e à sa femme, ou il feint de ne pas le savoir, dit Caniu-ot.
— Vengeance de gens de province, dit Michu.
— Ça m'a pointant l'air d'être un fuux, dit le vieux Blondet, chez qui nulle passion ne pouvait obscurcir la clarté de la conscience judiciaire.
— Vuus croyez? dit Camusot. Mais d'abord, en supposant que le jeune comte n'ait pas eu le droit de tirer sur du Croisier, il n'y aurait pas imitation de signature. Mai* il s'e^t cru ce droit par l'avis que Chesnel lui a donné d'un versement opéré par lui Chesnel»
— Eh bien! où voyez-vous donc un faux ? dit le vieux juge. L'essence du faux, en matière civile, est de constituer un dommage à autiui.
— Ah ! il est clair, en tenant la version de du Croisier pour vraie, que la signature a été détournée de sa destination afin de toucher la somme au mépris d'une défen e faite par du Croisier à ses banquiers, dit Camusot.
— Ceci, messieurs, dit Blondet, me paraît une misère, une vétille. Vous aviez la somme, je devais attendre peut-être un titre de vous; mais, moi, comte dEgrignon, j'étais dans un besoin urgent, j'ai... Ail. ns donc! votre plainte est de la passion, de la vengeance! pour qu'il y ait faux, le législateur a voulu l'intention de-ou-traire une somme, de se faire attribuer un profit quelconque auquel on n'aurait pas droit. Il n'y a eu
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de Em ni dam les termes de ta toi romaine, ai dans l'esprit de la jurisprudence actuelle, toujours en nous tenant dfns le Civil, car il ne s'agit pas i< i .le foui en écriture publique nu authentique. En matière pi le faux entraîne une intention de voler; mais ici, où i st le vol? Dans quel temps rivons-nous, messieurs) Le Président nous quille pour faire manquer uni' Instruction qui devrait être finie! Je ne connais monsieur h Président qnti d'aujourd'hui, mais je lui payerai l'arriéré de mon erreur; il minutera désormais ses jugements lui-même. Vous devez mettre à ceci la plus grande célérité, monsieur Camusot.
— Oui . Mon avis, dit Michu, est, au lieu d'une mi en liberté sons caution, de tirer de là ce jeune homme immédiatement. Tout dépend des interrogations à poa i à du Croisier et à sa femme. Vous pouvez les mander pendant l'audience, monsieur Camusot, recevoir leurs dépositions avant quatre heures, faire votre rapport cette nuit, et nous jugerons Paflaire demain avant l'audience.
— Pendant que les avocats plaideront, nous conviendrons de la marche à suivre, dit Blondet à Camusot.
Les trois juges entrèrent en séance après avoir revêtu leurs robes.
A midi, Monseigneur et mademoiselle Armande étaient arrivés à l'hôtel d'Esgrignon, où se trouvaient déjà Chesnel et monsieur Couturier. Après une conférence assez courte entre le directeur de madame du Croisier et le prélat, le prêtre alla sur-le-champ chez sa pénitente.
A onze heures du matin, du Croisier reçut un mandat de comparution qui le mandait, entre une heuri et deux, dans le cabinet du Juge d'instruction. 11 y vint, en proie à des soupçons légitimes. Le Président, incapable de prévoir l'arrivée de la duchesse de Maufri-
gneuse, celle du Procureur du R<>i, ni la confédération subite des trois juges, avait oublié de tracer à du Croisier un (dan de conduite au cas où l'Instruction commencerait. Ni l'un ni l'autre ne crurent à tant de célérité. Du Croisier s'empressa d'obéir au mandat, afin de connaître les disposition:) de monsieur Camusot. il fut donc obligé de répondre. Le juge lui adressa sommairement riions suivantes: — L'effet argué de faux ne portait-il pas une signature vraie? — Avait-il eu, avant cet effet, des affaires avec monsieur le comte d'Esgrignon ? — Monsieur le comte d'Esgrignon n'avaitil pas tiré sur lui des lettres de change avec ou sans avis ? — N*a?lit-il pa> écrit une lettre par laquelle il autoi i- lit monsieur d'E-grignon à toujours faire fonds sur lui? — Chesnel n'avait il pas plusieurs fois déjà ,-oidéses comptes? — Yavait-il pas été absent à telle époque?
Ces questions furent résolues affirmativement par du Croisier. Malgré des explications verbeuses, le juge ramenait toujours le banquier à l'alternative d'un oui ou d'un non. Quand les demandes et les réponses furent consignées au procès-verbal, le juge termina par cette loudroyante interrogation : — Du Croisier savait- il que l'argent de l'effet argué de faux était déposé chez lui, suivant une déclaration de Chesnel et une lettre d'avis dudit Chesnel au comte d'Esgrignon, cinq jours avant la date de 1'efïet?
Cette dernière question épouvanta du Croisier. Il demanda ce que signifiait un pareil interrogatoire. S'il était, lui, le coupable et monsieur le comte d'Esgrignon le plaignant? 11 fit observer <\\ii -i le- fonds étaient chez lui, il n'eût pas rendu de plainte.
— Li Justice ^'éclaire, dit le juge en le renvoyant non sans avoir con-taté cette dernière observation de du Croisier.