‹ Les rivalitésChapitre 24 sur 30 · ri \[> DE LA VIL DE l'ROVINCL · texte numérisé non relu

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arrivant le plus profond silence sur la grande affaire, afin que le vénérable marquis n'en sût jamais rien. Le loyal Franc était capable de tuer >on fils ou de tuer du Croisier; dans cette circonstance, il lui aurait fallu un criminel d'un côté ou de l'autre. Par un singulier • I. Le marquis, heureux du retour de son fils à Paris, parla plus qu'à l'ordinaire de Victurnien. Yicturnien allait être placé bientôt par Je Roi, le Roi s'occupait enûn des d'Esgrignon. Chacun, la mort dans L'âme , exaltait la bonne conduite de Victurnien. Mamoiselle Armande préparait les voies à la soudaine apparition de son neveu, en disant à son frère que Victurnien viendrait sans doute les voir et qu'il devait être en route.

— Bah ! dit le marquis debout devant sa chemu.ée, s'il fait bien ses affaires là où il est, il doit y rester, et ne pas songer à la joie que son vieux père aurait à le voir. Le service du Roi avant tout.

La plupart de ceux qui entendirent celte phrase frissonnèrent. Le procès pouvait livrer l'épaule d'un d'Esgrignon au fer du bourreau ! 11 y eut un moment d'affreux siience. La vieille marquise de Ca^teran ne put retenir une larme qu'elle versa sur son rouge en détournant la tète.

Le lendemain, à midi, par un temps superbe, toute la population en rumeur était dispersée par groupes dans la rue qui traversait la ville, et il n'y était question que de la grande affaire. Le jeune comte était-il ou n était-il pas en prison? En ce moment, on aperçut le tilbury bien connu du comte d E>grignon descendant par le haut de la rue Saint-Biaise, et venant de la Préfecture. Ce tilbury était mené par le comte accompagné d'un charmant jeune homme inconnu, tous deux gais, riant, causant, ayant des îoses du Bengale à la

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boutonnière. Ce fut un de ces coups de théâtre qu'il est ûbk ili- décrire. A dix h jugement de

non-lieu, parfaitement motivé, avahYrendu la liberté au jeune comte. !>u Croisierv fut foudroyé par un attendu qui réservai I au comte d'Esgrignon ses droits pour le poursuiTre en calomnie. Le vieux Chesnel remontait, comme par hasard, la Grande-Rue, et disait à qui voulait l'entendre, que «lu Croisier avait tondu le plus infâme des pièges à l'honneur de la maison d'Esgrignon, et que, s'il n\;lait pas poursuivi comme calomniateur, il devait cette condescen lance à la noblesse de sentiment qui animait les d'Esgrignon. Le soir de cette fameuse journ. le coucher du marquis d'Esgrignon, le

jeune comte, mademoiselle Armande et le beau petit qui allait repartir se trouvèrent seuls avec le chevalier, à qui l'on ne put cacher le sexe de ce charmant cavalier, et qui lut le seul dans la ville, honni- les trois juges et madame Camusot, de qui la présence de la duchesse fût connue.

— La maison d'Esgi ignon est sauvée, dit Chesnel, mais elle ne se relèvera pas de ce choc d'ici à cent ans. 11 faut maintenant payer les dettes, et vous ne pouvez plus, monsieur le comte, faire autre chose que vous marier avec une héritière.

— Et la prendre où elle sera, dit la duchesse.

— Une seconde mésalliance, s'écria mademoiselle Armande.

La duchesse se mit à rire.

— Il vaut mieux se marier que de mourir, dit-elle en soi tant de la poche de son gilet un petit tlacon donné parl'apothicairerie du château des Tuileries.

M idemobelle Armande fit un geste d'effroi, le vieux Chesnel prit la main de la belle Maufrigneuse et la lui baisa sans permission.

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— Vous (tes donc fou-, ici? reprit la duchesse. Voua

i quinzièi i [uand nous sora-

: lix-ncus;,.:, iers enfants, il n'y a plus

blcs>e. il n'y a plus que de L'aristocratie. Le Code

civij île Napolé ai a tué les parchemins comme le canon

tué la féodalité. Vous serez bien plus nobles

«a ne L'êtei ; i md vow aurez de l'argent Épousa

Victurnien, vous anublirez votre

ne, voilà le plus solide des | i v ii relent à

- M asieurdeTalleyrand nVt-ilpas

lame Grandi .-ans se compromettre? Souve-

us de Louis XIV marié à la veuve Scàrron.

— Il ne l'avait pas épousée pour son argent, dit mademoiselle Ai mande.

— Si la ' ni était la nièce d'un du

. i iccevriez-vous ? dit Çfcesael.

— 1' ndit la duchesse, mais le Roi, sans ; doute, la verrai! avec plaisir. Vous ne savez donc

pas ce qui .'dit-elle en voyant l'étonnement

;. ot sur tous Les visages. Vitturnieii est venu à Paris,

ii -ait comment y vont les choses. Nous y étions plus

•on. Victurnien, épousez mademoi-

huval, épou-ez qui vous voudrez, elle sera mai-

: jrrignon tout aussi bien que je suis duchesse

Maufrigneuse.

— Tout est perdu, même L'honneur, dit le Chevalier en laisant un geste.

— Adieu, Victurnien, dit la duchesse en l'embra— oit au front, nous ne nous verrons plu-;. Ce que vous, avez de mieux I de \ivre sur vos terres, l'air de Paris ne vous vaut ri. n.

— hiane? cria le jeune comte au désespoir.

— Monsieur, vous vous oubliez étrangement, dit li lidement la duchesse en quittant son rôle d'homme

il ( vi IM ! DES kHTl '-ÏJ'.i

et de mail redevenant non-seulement

mais encore duchesse, non-seulement duch la Célimène de Molièj e.

!.. du b( e de Maufrigneuse salua dignement quatre personnages, et obtint du Chevalier la dernière larme d'admiration qu'il eût an service du

— Gomme aile ressemble à la princes»

j.'eït ia-i-il a *oil bai

Di m ■ r ad disn um. Le fouet «lu postillon disait à Vietnrnienque le beau roman de sa première passion était ti ni. Lu danger, Diane avait encore pu voie dan- le jeune comte son amant; nui-, sauvé, la duchesse le méprisait comme un homme taiblc qu'il i

SU moia après, t tut nommé juge-suppléant

à Paris, et plu- tard. Juge d'instruction. Mu nu devint Procureur du Roi. Le bonhomme Blonde! passa Conseille] à la Corn R yale, \ resta le temps nécessaire pour prendre sa retraite el revint habiter sa jolie petite maison. Joseph Blonçiet eut I le .-on peie au

Tribunal pour le re*A is aucune

chance d'avancement, et lut l'époui de madem - Blandureau, qui -'ennuie aujourd'hui dans cette maison de briques et de fleurs, autant qu'une carpe dans un bassin de marbre. Enfin Mu nu, Camusot reçurent la croix de la Lésion d'hoimeifr. et lf vieux Blondet reçut celle d'officier; Quant au prei S bstitut du Procureur du Roi, monsieur Sauvagti . il lut envoyé en ! contentement de du Croisier, qui.

certes, ne voulait pas lui donner sa înece.

Du Croisier, stimulé par le président du Ronceret, appela du jugement de non-lieu en Cour Royal* et perdit. Dans tout le département, les Libéiaux soutinrent que le petit d'Esgrignon a\ait commis un l'.uix. Les Royalistes, de leur côte, racontèrent lea horribles

trames que la vengeance avait fait ourdir à l'infâme du I /. Dn duel eut lieu entre du Croisier et Victur-

men. Le hasard des armes fut pour l'ancien fournisseur, qui blessa dangereusemcnl le jeune comte et

maintint ses dires. La lutte entre les deux partis fut encore envenimée par cette affaire, que les Libéraux remettaient sur le tapis à t«>ut propos. Du Croisier, toujours repoussé aux Élections, ne voyait aucune chance de faire épouser sa nièce au jeur.e. c»mte,;>uitoutaprèo son duel.

Un mois après la confirmation du jugement en Cour royale, Chesnel, épuisé par cette lutte horrible où ses forces morales et ph piques lurent ébranlées, mourut dans son triomphe comme un vieux chien fidèle qui a reçu les défendes d'un marcassin dans le ventre. 11 mourut aussi heureux qu'il pouvait l'être, en laissant la Maison qua^i-ruinée et le jeune homme dans ïa misère, perdu d'ennui, sans aucune chance d'établissement. Cette cruelle pensée, jointe à son abattement, acheva sans doute le pauvre vieillard. Au milieu de tant de ruines, accjblé par tant de chagrins, il reçut une grande consolation : le vieux marquis, sollicité par sa soeur, lui rendit toute son amitié. Ce grand personnage vint dans la petite maison de la rue du Bercail, il s'assit au chevet du lit de son vieux serviteur, dont tous les sacrifices lui étaient inconnus. Chesnel se dressa sur son séant, et récita le cantique de Sunéon; le marquis lui permit de se faire enterrer dans la chapelle du château, le corps en travers, et au bas de la f «se où ee quasi-dernier d'Esgrignon devait reposer lui-même.

Ainsi mourait l'un des derniers représentants de cette belle et grande domesticité, mot que l'on prend BOUTent en mauvaise part, et auquel nous dormons ici

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m Mortification réelk en lui faisant exprimer I chen.ent Féodal du serviteur au maître. Ce sentiment, qui n'exilait plus qu'an rond de la province el chei quelques vieui serviteurs de la royauté, honorait également el la Noblesse qui inspirait de semblables affections, et la Bourgeoisie qui les concevait. Ce noble el magnifique dévouement e3t impossible aujourd'hui. Le* maisons nobles n'ont plus de serviteurs, de même qu'il n'y > phis de Roi de France ni de pairs héréditaires, ni de biens immuablement fixés dans les mainistoriqucs pour en perpétuer les splendeurs nationale.-. Chesnel n'était pas seulement un de ces grands hommes mc< lavie privée, il était donc

aussi une grai de chose. La continuité de ses sacrifices ne lui donne-telle pas je ne sais quoi de grave et de ime? ne dépasse-t-elle pas l'héroïsme de la bien- - ice, qui est toujours un eflî rt m< mentan vertu de Chesnel app u ti -ut essentiellement aux i placées entre le- misères du peuple et les grandeurs de l'aristocratie, et qui peuvent unir ainsi les mode>tes vertus du Bourgeois aux sublimes pensées du :• en les éclairant aux flambeaux d'une solide in^tructk«n.

Victurnien, jugé défavorablemenl à la Cour, n'y pouvait phtstrouvei ci fille riche tu emploi. Le Roi fusa constamment à donner la pairie aux d'E-i

.!• qui put tuer Victurnien de la misère, bu re, il était impossible de marier le jeune ■ •<• une héritière - se, il dut vivremesmentdans la maison paternelle avec îes souvenirs - deux années de splendeur parisienne et d'amour aristocraliqne. Triste et m rue, il végétait entre son père au désespoir, qui attribuait à une maladie de langueur l'état où il fils3 et ;a tante dévorée de

33S SI l NES DE LA VIE DE PROVINCE

in. Chesnel n'était plus Là. Le marquis mourut en 1830, iprès avoir ru le roi Charles X passant à No-

nancourl où ce grand d'Esgrignon alla, suivi de la noblesse valide du Cabinet des Antiques, lui rendre se> devoirs et se joindre au maigre coriége de la monarchie vaincue. Acte de courage qui semblera tout ;>imple auiourd nui, mais que l'enthousiasme delà Ré volte rendit alors sublime!

Les Gaulois triomphent! fut le dernier mot du marquis.

La victoire de du Croisier fut alors complète, car le nouveau marquis d'Esgrignon, huit jours après la mort de son vieux père, accepta mademoiselle Duval pour femme, elle avait trois millions de dot; du Croisier et sa femme assuraient leur fortune à mademoiselle Duval au contrat. Du Croisier dit, pendant la cérémonie du mariage, que la maison d'Esgrignon était la plus honorable de toutes les maisons nobles de France. Vous voyez tous les hivers le marquis d'Esgrignon, qui doit réunir un jour plus de cent mille écus de rente, à Paris où il mène la joyeuse vie des garçons, n'ayant plus des grands seigneurs d'autrefois que son indifférence pour sa femme, de laquelle il n'a nul souci.

— Quant à mademoiselle d'Esgrignon, disait Bmiie Blondet, à qui l'on doit les détails de cette aventure, si elle ne ressemble plus à la céleste figure entrevue pendant mon enfance, elle est, certes, à »oixante-sept ans, la plus douloureuse et la plus intéressante figure du CabineL des Antiques, où elle trône encore. Je l'ai vue au dernier voyage que. je fis dans mon pays, pour y aller chercher les papiers nécessaires à mon mariage. Quand mon pere apprit qui j'épousais il demeura stupéfait, ne retrouva la parole qu'au momenl où je lui dis que j'étais préfet. — Tu es né préfet ! me répondit-il en sou-

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riant Bu taisant un tour parla fille, je rem ontrai mademoiseUe ArmAnde, qui m'apparut plus grande que jamais! II m'a semble Toir Marius sur les ruini Carlhage. Ne Barrit-elle pas à ses religions, i ses i roi mces détruites Y elle ne croit pins qu'en Dieu. Habituellement triste, muette, elle ne conserve, de son ancienne beauté, «jue des yeux d'un éclat surnaturel. Quand je Pai Nue allant à la messe, son livre à la main, je n'ai pu n'empêcher de penser qu'elle demande à Dieu de la retirer de ce monde.

Au\ Jaidies. juillet 1S37.

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