‹ Les rivaux d'eux-mêmes, comédie en un acte et en prose. Par Pigault Lebrun. Représentée, pour la premìere fois, sur le théâtre de la Cité, le 22 thermidor an VIChapitre 11 sur 20 · SCENE X Y I · texte numérisé non relu

SCENE X Y I

LES PRÉCÉDENS, Mad. D E R V A L.

D E R V A L , à Forville.

Ah! mon ami, la céleste figure! ( il la regarde pendant toute la scèfie , avec le plus vij intJrêt. )

Mad. D E R V A L , du ton le plus décent.

Je n'aurais pas cru , !i;>essieurs, qu'une femme eût à rappeler des officiers français, aux procédés qui les distinguent. Vous vous permettez des éclats..,

FORVILLE

Nous étions loin de penser , madame , que nous pussions déranger quelqu'un qui a droit à nos égards. Mon ami , léger , inconsidéré même, mais aussi décent qu'aimable, quand le* circonstances l'exigent...

LISE

C'est bien flatteur pour moi.

FORVILLE

S'empressera sans doute de réparer sts torts.

Peut-être, madame, m'est-il permis de vous en reprocher un : c'est de ne vous être pas plutôt montrée j je n'aurais pas le désagrément de vous avoir déplu.

Macl. D E R V A L.

C'en est assez , monsieur. Nos manières , votre langai^e dissipent jusqu'au souvenir d'une légèreté bien pardonnable à voire âge.

LISE, à madame Derval.

N'est-il pas vrai qu'il est bien ?

DERVAL, à part.

Je n'ai jamais vu de femme aussi séduisante, (à Forville.) Selon \es apparences , nous ne partirons que tard. FORVILLE, finement.

Tu commences à senlir que j'avais raison tanlôt-

DERVAL

Oui , un peu de repos m'est , je crois , nécessaire. Madame est probablement retenue ici comme nous : permettra-t-el!e qu'on cberche à la distraire du petit chagrin que ce contretems lui fait sans doute éprouver?

Mad. DERVAL, hésitant.

Je ne sais, monsieur, si je dois accepter.

LISE

Hé , madame, où est l'inconvénient? la campagne permet certaines libertés...

DERVAL

Dont nous sommes incapables d'abuser. ( h Dupont. ) Un dîner aussi joli que le permettra le moment. (Dupont sort.) Mon ami , je doute qu'on soit fort bien ici 5 mais le goût supplée à bien des choses, et tu en as tant... FORVILLE, riant.

Que tu me fais l'honneur de me choisir pour ton maîlred'hôtel.

DERVAL

C'est abuser de ta complaisance..

FORVILLE

Au contraire , je te dois des remercîmens : tu me procures le plaisir d'être utile à madamç. (Il salue madame Derval, et sort. )

Page 1