SCENE XXI
LISE, Mad. D E R V A L.
LISE
(Elle fixe sa maltresse les bras croisés , et après un tems.) Hé bien , madame ?
Mad. D E R V A L.
Je suis désespérée.
LISE, vivement.
Du désespoir! fi donc!, c'est la ressource des âu'çes. OseZ vous élever contre l'espèce de violence qu'on vous a faite, et réclamez les droits les plus simples. Ouci î un contrat passé
à un âge où on ne dispose de rien, îl.ne signature arrachée lorsque vous ne vous connaissiez pas encore , vous lieraient pour la vie ! monsieur Derral n'a que le litre de votre époux 5 aujourd'hui on tait tout avec de l'argent ; vous le prodiguerez pour rompre un nœud mal assorti, et si vous n'êtes pas à l'homme qui vous est cher, vous ne serez pas du moins à celui que vous ne pouvez supporter !
Ah ! Lise , quelle cruelle extrémité !
LISE
Point de mots, madame, ce n'est point avec des exclamations qu'on corrige la fortune. Oue le raisonnable, le réfléchi, l'indifférent Derval apprenne le cas que fait une jolie femme d'un sage de vingt ans. Indifférent auprès de vous, c'est étonnant , inconcevable, cela tient du prodige... ( ÂK'ec de'snrdre. ) Ali,... ah,... madame... madame... quel trait de lumière !...
Mad. DERVAL, languis somment.
Aurais-tu quelque chose de consolant à me dire?
LISE, avec la plus s;rande chaleur.
Mes idées se succèdent avec une rapidité... ce Déricourt, qui a été pendant six ans le secrétaire de votre époux , qui pendant cette suite d'années ne l'aurait pas quitté un seul instar.t , qui aurait écrit pour lui dans un tems où Derval ne soupçonnait pas l'avantage de bien écrire , pour Derval, dont les parens n'ont jamais méconnu l'écriture; ce prétendu Derval, qui a, dit-il, reconnu la vfiire, lorsque Déricourt , en la voyant, n'a pas été maître de ses transports; la froideur du premier, qui n'est pas naturelle , la gaîté du second à qui cette rencontre imprévue devait déplaire , qu'elle devait désoler...
Mad. DERVAL.
Je te devine, et je n'ose espérer.
LISE, avec force.
Déricourt est votre époux.
Mad. DERVAL.
Ali , que j'ai besoin de te croire !
LISE
Croyez et punissez -le d'avoir osé ruser. ( Elle appelle t / ■ Mouàeur Derval ! monsieur Derval !
Mad. D E R V A L.
Que vas-tu faire ?
L I s fi.
II vous a fait trembler; qu'il tremble à son tour , quil Se repente , qu'il s'accuse.
IVIad. D E R V A L , tendrement.
Tu es persuadée que c'est lui, et tu veux l'affliger!
LISE
Point de pitié ! Désoler un mari , c'est venger tout un sexe. Monsieur Derval! monsieur Dervall