‹ Les rivaux d'eux-mêmes, comédie en un acte et en prose. Par Pigault Lebrun. Représentée, pour la premìere fois, sur le théâtre de la Cité, le 22 thermidor an VIChapitre 18 sur 20 · LES PRÉCÉDÉES, DERVAL, FOR VILLE · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDÉES, DERVAL, FOR VILLE

L I S E , à Derval.

Moins d'empressement , monsieur ; ce n'est pas vous qu'on demande.

DERVAL

Je ne quitte jamais mon ami.

LISE

Pas même auprès de sa femme? ce serait un peu fort.

DERVAL

Hé, que lui veut madame?

LISE

Et quel compte doit-elle à monsieur?

DERVAL

Je suis le confident, l'agent, le faclotum de Derval,

LISE

Cela n'erapécbera pas madame , qui a réfléchi à ce qui rient de se passer, d'avoir avec monsieur une conversation particulière.

Particulière?

LISE

Où je ne serai pas même admise, moi qai sois son conseii privé.

Et, l'entretien aura lieu?

LISE

Eh ? parbleu dans sa cliainbiv.

D E R V A L , s'^ecriant, Coamient dans sa chambre !

Tn te décèles.

(.."est égal. Je ne pousserai pas l'épreuve jusque-là.

Mais, tu veux que je fasse encore le mari !

Oui , devant moi. " ,

L I s E ; à Mad. Derval.

Que vous ai-je dit.

Mad. DERVAL.

Sa crainte, sa rougeur, son embarras, tout le trahit. Ah! je respire, je renais au bonheur , et je reviens à la gailé.

LISE

Intriguez un peu cet aimable fripon-là.

IVÎad. D E R V A L , à For ville.

Je me reproche sincèrement , monsieur , la manière dont je vous ai reçu tantôt. Uue réserve, bien naturelle à mon âge , m'a empêché de vous répéler ce que je vous ai si sou- \ent écrit: sortes de l'erreur à laquelle j'ai pu donner lieu. J'ai apphr.idi eu v^oiis voyant au choix de mes parens , et je sitns que l'obéissance a quelquefois ses douceurs.

DERVAL

Eu voici bien d'une autre.

F o R v I L L ^ ^ finement .

Je plais , mon ami, je plais , et tu ne t'en doutais pas.

Mad. D E R V A L , « F or ville.

Nous avons à parler d'affaires importantes ; vous voudrc" bien ai'accorder un moment.

DERVAL

Demeure , je t'en prie, je l'exige.

LISE, qui a avancé un siège.

(A Derv'al. ) Asseyez-vous, aïoiisienr, je vous tiendrai coiiipaj^nie. Vous me raconterez la balaille île Fonlenoy , vous nie parlerez du maréchal de Sixe...

Point de mauvaise plaisanterie , mademoiselle , s'il vous plaîi. ( A ForviUe. ) Demeure, te dis-je, ou je me fâche sérieusement.

FORVILLE

Comme tu voudras. Un pareil têfe-à-tête ne peut trop s'acheter. (Présentant la main à madame Derval. ) Je suis à vos ordres , madame , et je vous prouverai , par les soins les plus tendres, combien je suis flatté de l'honneur d'être à vous.

DERVAL

Je jette mon masque ; ceci devient trop vif. (Passant entre ForvUle et safem,me.) Un moment , madame. Vous ne savez pas avec qui vous vous retirez.

Mad. DERVAL.

Avec up homme fort aimable que vous m'avez présenté en qualité d'époux.

DERVAL

Mais c'est qu'il ne l'est pas, madame; il ne Test pas du tout.

Mad. DERVAL.

Ce que vous me dites est-il possible? Ah ! j'en serais au désespoir.

DERVAL

Hé bien, madame, désespérez-vous tout à votre aise. C'est moi qui suis votre mari.

Mad. D E R V A L.

Toujours gai , toujours plaisant.

DERVAL

Je ne plaisante pas, et je n'en ai nulle envie.

Mad. DERVAL.

Rappelez-vous les preuves positivées que vous-même ui'avez données. Mon jugement les adopie, et mon cœur les conhrmc.

Votre cœur ! vous ne me persuaderez pns qu'un cœur s'anime en cinq minutes.

Mad. D E R V A L."

Vous m'avez bien juré , vous , que le vôtre s'ëtait enflammé en une seconde.

C^ela fait votre éloge.

Mad. D E R V A L.

Je fais aussi celui de monsieur,

D E R v A L , après un tems.

Ma chère amie ?

Mad. D E R v A L.

il est familier,

A eus m'avez bien l'air de vous moquer de moi,

Oh ! je n'oserais.

J'ai voulu plaisanter et j'ai eu tort, je le sens. Le plus fia de nous n'est qu'un enfant, même avec la plus ingénue. Mon aimable , ma séduisante amie , vous prétendez me punir; n'estce pas vous punir aussi vous-même : le tems perdu ne se retrouve jamais. (A ses genoux. J Grâce, femme charmante , et pour vous et pour moi.

Mad. D E R V A L , mollement.

Ah ! je suis trop heureuse pour me défendre plus longlems. Il est si doux de céder à ce qu'on aime. (Elle le relève < .": l'embrasse, )

LISE, à part.

Je ne me serais pas rendue ainsi, il eût acheté la vicioire.

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