SCENE v î T L
DUPONT, seul.
En occupant les gens à boire , on les empêche de së mêler des aiVaires dé Icüts mâitres i il faut penser à tout*
Mad. D E R V A L*
Hé, bonjour, mon cher Dupont.'
DUPONT, avec un sérieux comique.
tT’ai Phonnenr de présenter mes respects à madame d’Alîeville.
Mad. D E R VAL.
Bien , très-bien. Voilà le ton qu’il faut prendre.
D U P O N T, toujours gourme. -
Le général d’Alleville n’est plus à plaindre , madame 5 Votre empressement lui fera chérir sa blessure, et voire Seul aspect hâtera sa convalescence.
Mad D E R V A L.
Comment donc , dé la galanterie!
D ü P O N T , ^/e même.
Auprès de vous, madame, on n’est jamais galant.
LISE
On est vrai, et Vous le savez bien. .
Mad. D E R V AL.
De mieux en mieux. Mais laissons cela , et revenons à iios petits arrangemens.
iTout est arrangé, madame, comme vous l’avez desire. Voilà votre chambre, {la porte à gauche.^ celle cl"à-côté Ust pour monsieur; vos gens vont s’énivrer à l’extrémité du bâtiment : je suis discret, mademoiselle est attachée, vous êtes charmante, monsieur Derval est tendre, le reste và de suite. Je vous salue , et je retourne à mes affaires.
Mad.-^D E R V A L, L I S E.
Mad. DERVAL.
L Cet hoiinme est vraiment aimable.*
LISE
Hé , poüvez-vous en trouver d’autres ?
Mad. D’ E R V A L,
ue me flattes pas ?
lo LES rivaux d’ eux - me mes,
LISE
Incapable, madame. ^
* Mad. D E R V A t, ^
Je puis donc espérer que Derval,. .
LISE.'
Daignera vous rendre justice, et sentir tout son bonheur. Mad. DERVAL.
AIî ^ c’ek que le
s maris....
LISE
A la vérité , ils ont quelquefois des torts.
Mad. DERVAL.
On le dit.
LISE
Ils ont aussi leur joli côté.
Mad. DERVAL.
C^est ce qu’on dit encore.
LISE
Vous Jugerez bientôt de l’un et de l’autre.
Mad. DERVAL.
Plus le moment approche, plus je suis inquiète, préoccupée.
LISE
Polie. Hé, tant pis après tout pour monsieur Derval, s’il n’est pas ce qu’il doit être : une jolie femme a tant de mo^^ens de dissipation ...
Mad. DERVAL.
Dise !
L I s E , i-e reprenant.
Da lecture, la promenade, la musique; que sais-je, moi ?
Mad. DERVAL.
{Révqnt.y C’est peu de chose que cela. ( avec dépit') Ces malheureux Bohémiens avoient bien affaire d’arrêter le Courier du ministre de la guerre; il auroit reçu mon portrait , il me connoîtroit , il ne se seroit pas fait une idole..'.,.
LISE, avec impatience.
Qui, à coup 'Sur, ne vous vaut pas.
Ma'd. DERVAL, d^im ton caressant
Tu le crois?
\ L I s E , t/w même ton.
Vous aimez à vous l’entendre répéter. ^
Mad. D E R V A L.
'Oli! ce n’est pas par amour-propre.
LISE
Ah ,^sans doute. ' • - '
’Mad. D E R V A L.
Mais je l’aime tant, ce cher Derval!
vL î s E .
On assure qu’il est si bien. - • ■ ^
Mad. derval.*
Je ne tiens pas essentiellement à la figure.
Heu ! im joli homme en vaut bien un autre ; on peut pardonner à celui-ci^ d’étre grand, bien fait, brave.
Mad. D E R V A L , avec chaleur.
Et il écrit.... il écrit....
lise.
Comme un anp;e, madame .. { finement, ') iln’aiiroit aucun de ces avantages, que vous ‘l’aimeriez de même,
Mad. DERVAL. '
{Hésitant.) Oui {Gaiment.) Mais comme tu l’observes
fort bien, ces a gr émeus....
- LISE
N’ont jamais déparé personne.
Mad. DERVAL.
Enfin, nous allons le voir.
LIS E
Moi, je rp’en fais une fête.
Mad. DERVAL.
J’étudierai son caractère. ^
LISE
H n’aura pas d’intérêt à vous tromper. ' '
Mad. DERVAL.
Je le voiîdrois franc, délicat ,* enjoué....
Tendre, surtout.
Mad. DERVAL.
Tu achèves ma pensée. S’il alloit m’aimer....
les rivaux ï)’eu x-m ê m ê s ^
L is E.
Sans savoir qui vous êtes.
. Mad. D È R V A L,
M^être infidèle.... ^
LISE
Par excès d^amour.
Mad. D E R V A L.
Cela seroit charmant.
LISE
Divin*
Mad. D E R V A L.
C’est bien alors, que je compteroLs sur son cœur.
LISE
Quel plaisir pour une femme, de tenir tout d’elle-même oe ne nen devoir aux bienséances, aux procédé-i. Si
jamaij je me fixe, je veux un homme qui ne coanoisse rien de tout cêla.
Mad. D E R V A L , jouant la frareiir.
Ah ! mon dieu !...
Lise.
Quest-ce ?
Mad. D E R V A L.
Des chevaux ! des voitures ! .
lise.
Avez-vous cru qu’il arriveroit à pied? ( ^ travers les portes du fond , on voit des officiers traverser. )
> ^ Mad. D E R V A L.
Des ^ officiers !
LISE, impatiente»
Héj attendez-vous un prélat ?
Mad. D E R V A L.
Mais, je suis dans un désordre effroyable. ^
LISE
Désordre bien avantageux, à seize ans.
Mad. D E R V A L.
tJn peu d’art ne gâte rien. Je passe dans cette chambre.
LISE
Je vous suis.
j^on, non, reste î tu conuois Puni forme F
LISE
Habit bleu 5 revérs, paremens citron, agrémens eu argent.
Mad. D E R'V A E.
Observe, étudie, et viens me rendre compte de tout.
( Elle sort. ) '
LISE, sur le devant la scène , D E R V A L ^ la manche droite ouverte et rattachée avec des rubans noirs , FOR- VILLE, OFFICIERS différens corps , DUPONT. LISE.
Haurois eu besoin aussi d^m peu de toilette.... Ali , c’est un petit sacrifice (jue je fais volontiers à Madame.
Par ici, messieurs^ par ici.
Des chevaux, vîte^ des chevau?^.
DUPONT
Dans deux heures , j’en aurai trente à votre service.
P E R v A L, s'écriant. ■
Comment dans deux heures!
L I s E , d partp
Voilà l’uniforme.
Je ferai plutôt la route à pied.
LISE
Le joli homme ! si c’étoit lui ?
porville.
Modëre-toi, mon cher Déricourt.
LIS E
Déricourt ! ah quel dommage. ^
■ D E R V AL
Hé modère-toi , toi-même , tu en parles bien à ton aise.
DUPONT
Toutes ces chambres sont prêtes , les clefs sont aux portes, ces messieurs n’ont qu’à choisir,^
I4 LES RIVAUX d’eux-mêmes,
Allons, messieurs, puisqu’il faut attendre , logeons-nous au hasard. ( Les officiers sortent de d if férens côtés ; Derval reste avec ForviLle ^ qui redescend la scène {^A Dupont Dites un peu, l’ami, fait-on bonne chère chez vous?
J’ai un cuisinier de Paris.
DERVAL
Un cuisinier ! des clievaux , des chevaux.
Et vous avez sans doute une espèce de chirurgien , dans ce village ?
DUPONT
Très-savant, à ce qu’il dit.
DERVAL
’Je m’en suis tiré avec un coup de baïonnette dans le bras , et cette aimable enfant , ( montrant Lise ) vaudra tous les chirurgiens du monde. ( // Lui prend la main. ) DUPONT, sortant:
En ce cas , je vous laisse avec elle.