‹ Les rivaux d'eux-mêmesChapitre 7 sur 15 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

EORViiLE, DERVAL*, LISE.

LISE

Einissez donc , monsieur , je ne me connois point en blessures.

Hé ! vous ne faites que cela.

LISE

C’est sans le savoir.

DERVAL

Le mal n’est pas moins cruel.

LISE, d'un petit air prude.

Je ne me charge pas de le guérir.

DERVAL, à For ville.

Elle est aimable.^

, • LISE

Vous êtes indulgent. >

Elle est jolie.

LISE

Ah ! vous êtes connoisseur. ^

Embrassons-nous.

LISE

Quoi , sans se connoître ?

C^est le plus court moyen de faire connoissance.

f LIS E.

Je n*aime pas îes liaisons précipitées.

Ce sont les plus piquantes.

LISE

Et les moins solides,

Refuser un baiser à un homme qui arrive de Eontenoy !

LISE

A ce titre-là , j^en donne deux, ( Elle l'embrasse. ) Et vous les rendrez au maréchal de Saxe.

Il n*est pas dupe ; il aimera mieux: les prendre lui- même.

LISE

Oh! bien à son service. J’aime les héros, moi;

Celui-ci Test de toutes les manières.

LISE

L’heureux mortel !

Mais, Déricourt, tu causes , tu causes , et ces messieurs se logent. Tu oublies auprès de mademoiselle , très-intéressante sans doute , que tu as besoin de repos.

Tu le crois ?, moi je suis sûr du contraire.

FORYILLE, l’ emmenante

Toujours le même. Viens , et cherchons un coin où tu puisses être à ton aise.

Allons donc , puisque mon Mentor le veut. ( Fausse sortie. )

l6 LES RIVAUX L’ E U X-M É M E S,

LISE

S’il m’etoit permis -de vous arrêter encore un moment» D E R V AL, ïKve riant.

Oh ! Je vous dois la préférence.

FORViLLEjZe suivant.

Encore !

J’ai entendu parler avec éinge d'un officier de votre régiment.

Son nom ?

Lis E. (

Eerval. , .

D E R V A L, étonné,

Derval !

LISE

Vous le connoissez ? ^

P E R V AL, souriant.

Beaucoup.

On m’a dit qu’il devoit arriver aujourd’hui,

] derval.

i Et qui vous a dit cela ?

LISE

Une jeune dame que j’ai laissée à Paris....*

DERVAL. I

Et qui ne le connoît pas plus que vous ?

Mais qui brûle de le voir.

DERVAL

li’empressement de Derval est au moins égal au sien.

LISE

Vous croyez donc qu’il arrivera aujourd’hui ?

D E R V AL, souriant. ,

Oh! je vous en réponds.

LISE, saluant.

Mille remercîmens , monsieur.

DERVAL, ^arrêtant. ' .

Et c’est là tout ce que vous vouliez ?

DIS E

Je n’abuse pas de la complaisance de mes amis.'

D E R. V A L . s'approchant pour Vemhrasscr. vous les quittez aussi froidement ?

Pour ne pas Pêtre moi-même.

Au nom du maréchal de Save.

Il né gagne qu’une bataille en un jour.

Et vous ne donnez qu’un baiser par victoire?

LISE, surtanl.

Ils n’ont plus de prix quand ils sont prodigués.

EORVILLE, DERVAL;

Elle est charmante, cette fille-Ià. *

Etourdi , que penseroit ta femme si elle te voyoit ?

DERVAL

Ma foi,’ mon ami, toute fille un peu jolie a droit aux hommages d’un officier français ; un baiser pris sans conséquence n’est pas une inBdéffté , et il n’est pas défendu d’adoucir un peu les tonrmens de l’absence.

ï'ripon 5 je te soupçonne des moyens siirs de les oublier.’ DERVAL, icndrement.

Et cependant j’aime ma fi-mme. ... je l’aime tu le

sais .... ( avec déj)it ) Ce maudit homme ! n’avoir pas seulement deux chevaux à nous donner '... Tiens, laissons ici nos équipages , et gagnons la première poste en nous promenant.

Et ta blessure ? '

DERVAL. ; '

Ma blessure ! c’est bien la peine de penser à cela. forville:

Tu as cependant de bonnes raisons de t’en souvenir. IIil brevet de iieutenaut-colonel . la terre d’Eiicourt

Oh ! SOUS ce rapport tu as raison. li est certain que le maréchal m’a servi chaudemeot.

Et madame Derval sait-elle tout cela ?

Elle sait que j’ai pris un drapeau ; mais je lui ai caché ma blessure pour ne pas l’inquiéter , et je n’ai rien dit de la terre d’Ericourt , pour avoir le plaisir de lui annoncer moi-même cette nouvelle faveur... Et pas de chevaux, pas de chevaux,.^ je suis d’une impatience... Sai^-tu que pour peu que ma femme ait une figure supportable , je serai l’homme du monde le plus heureux : elle ne m’a pas écrit une lettre , qui ne mérite les honneurs de l’impression... et se voir arrêté à six lieues de 'Paris... tu les as lues, ceslettres , et tu crains de marcher un peu pour voir plutôt celle qui les a écrites !

FO R VILLE

Je veux qu’en arrivant à Paris tn n’aies que le cœur de malade.

DERVAL

C’est ton dernier mot ?

FORVI/LLE.

Absolument.

DERVAL

Je partirai 'seul. .

forville.

Je te le défènds.

derval, sortant vivement.

Raison de plus.

forviLle.

Derval , Dérlcouvt , reste , je t’eu prie , je la demande au no.m de l’amitié.

D E R VAL, revenant et avec dépit.

Ce chien d’homme-là fait de moi ce qu’il veut. ( Appelant) holà ! l’ami.

Que desire

Une chambre , puisqu’on ne veut pas que je parte,

DUPONT

Elles sont toutes occupées.

F O R V I L L E 5 montrant sa ^aucliç.

Et de ce côté-ci ? ■ •

DUPONT,

II n’en reste cpi’une. v

Je m’en empare,

DUPONT

Elle est arrêtée.,

Peu m’importe.

DUPONT

Pour un officier.

Eût-ce pour un général.

DUPONT

Mais J monsieur

Paix,

DUPONT

De grâce

D E R V A L , plus haut,

La clei de celte chambre , à la minute , à la secoi ou je jette la porte en^cleclans.

monsieur

vacarme

iit-on iCi :

DUPONT

qui d’autorité veut prendre cette cham-

monsieu:

bre....

Certainement je La prendrai : vojmns , voyons , où estelle cette porte ? { FoiyiUele retient).

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