‹ Les Rives illyriennesChapitre 1 sur 41 · HISTOIRE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

HISTOIRE PRIMITIVE

Si vous jetez les yeux sur une carte, figurant le bassin de la Méditerranée, vous voyez que le bras de l'Adriatique est celui qui se rapproche le plus du centre de l'Europe. Il est par ce fait même appelé à jouer le rùle le plus important sur la scène de l'histoire et de l'économie pohtique. L'Orient, berceau de l'humanité et foyer de la civilisation, l'Egypte, nourricière des peuples, la Grèce, maîtresse dans l'art de chr.rmer par les fictions de la poésie, la force de l'éloquence, les lignes architecturales de ses monuments et les formes idéales de ses statues, entrent en relation avec les fertiles plaines de la Lombardie, les régions tourmentées du Tyrol et les vallées ombreuses de la Save et de l'Ister.

Dès le premier jour, chez les anciens, l'Adriatique devient la grande voie de la colonisation et du commerce. De riches cités se fondent et prospèrent sur ses rives. Quatorze cents ans avant Jésus-Christ, une colonie étrusque s'établit à l'embouchure du Pô et construit Adria. La ville donne son nom à la mer de Saturne.

Quand les aJluvions ont comblé son port et que les contrées limitrophes commencent à être plus connues, Aquilée jette ses fondements à l'extrémité de cette mer, au point oîi aboutissent les chemins du Danube et des Alpes, et commande en souveraine sur l'Adriatique.

Sa puissance croule sous les coups des Barbares. Les mouvements du sul et la retraite des flots mettent son port à sec et achèvent de ruiner son influence. Venise alors s'empare de son héritage, jusqu'à ce que dépouillée à son tour de son autonomie, elle cède une partie de son empireruaritime à sajeune et brillante rivale, àTrieste, devenue l'emporium de tout le littoral illyrien.

La succession et l'antagonisme de ces métropoles attestent l'importance de l'Aelriatique dans les relations des contrées et des peuples.

Mais que de différences dans la nature et le caractère de ses deux rives! L'une est plate, monotone, sans abri et sans havre. L'autre est découpée dans le marbre comme une fine broderie. Elle présente une série ininterrompue de rades, de criques, d'anses et de bassins, protégés contre les vents du large par des bataillons d'ilôts aux contours variés. Elle a même des fleuves, dont le lit largement taillé dans le ro3, permet d'arriver à des lacs intérieurs. Tous ces ports admirables de pro-

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fondeur^ d'un abord facile, d'une défense aisée, sont en même temps les plus rapprochés des pays, où naissent la lumière et la civilisation.

Aussi la rive illyrienne est-elle la première à surgir aux yeux de l'historien, bien que les actes et les mouvements des peuplades aborigènes soient encore perdus dans l'obscurité des siècles évanouis. Les monuments font défaut. La science incertaine balbutie ou hésite à prononcer des noms, à citer des faits. Car les constructions cyclopéennes de Lissa et de Salone ne sont pas une preuve absolue d'une très haute antiquité. Les légendes de la fable peuvent guider le chercheur, comme un autre fil d'Ariane, dans le dédale obscur des événements; elles ne peuvent servir de critérium à la vérité.

Les populations primitives ont exercé la patience des savants par la diversité de leurs caractères ethnographiques. Aucun n'a pu fixer avec certitude leurs origines. Nous trouvons sur les côtes de l'Adriatique des Venètes, des Karnes, des Japides, des Liburnes, des Pélasges. Les Venètes sont-ils Celtes, frères de ceux de Vannes, ou sont-ils, comme le prétendent Polybe et Tite-Live, une colonie médique du centre de la Paphlagonie? Les Karnes sont-ils issus des Carnutes de Chartres, ou sont-ils Slaves? Les Liburnes sont-ils, comme le soutient Ducange, fils des Pélasges? Ne descendent-ils pas plutôt des Ibères et ne viennent-ils pas de THespérie?

De Hahn prétend que les Illyriens sont incontestablement des Pélasges et qu'ils en ont tous les caractères. D'après Bopp, ils sont Aryens. Benloew les lient pour des Finnois. Arbois de Jubainville pèse et discute gravement toutes ces opinions et conclut avec sagesse que

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l'historien ne peut encore rien affirmer avec certitude. Imitons sa réserve.

S'il est parfois difficile de fixer la nationalité et la naissance de nos contemporains, faut-il s'étonner de Tobscurité qui enveloppe les origines des nations?

Un jour peut-être les savants des siècles à venir écriront de formidables thèses sur la colonisation de l'Amérique. Pour les uns, les premiers colons auront été des Anglais; d'autres affirmeront qu'ils étaient Français. Les Espagnols et les Allemands auront sans doute leurs défenseurs.

Ne faisons-nuus pas un travail analogue, quand nous voulons réserver exclusivement à une race l'honneur d'avoir colonisé un vaste territoire'? A une époque où la loi du plus fort et la lutte pour la vie régissaient presque seules l'humanité, des peuplades, diverses d'origine, de caractère et de mœurs, ont dû naturellement se rencontrer et se mêler sur ces rives illyriennes, oii tout les attirait, richesse du sol, douceur du climat, beauté des sites et facilité des communications.

Laissons donc les Pélasges, les Japides, les Liburnes, les Karnes et les Phéniciens s'établir sur les côtes orientales de l'Adriatique. Signalons seulement, en 0i)9, la marche des Gaulois Sénonais qui, sous la conduite de Bellovèse et de Sigovèse, descendent en Illyrie et fondent Tédasto et Segna. Repoussés plus lard par les Macédoniens, ils vont s'établir au pied du Monténégro et prennent Scodra pour capitale.

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