Serbo-Croatey; 501 Italiens; 5 étrangers
Au point de vue religieux, le district relève du diocèse de Raguse et compte :
19 cures; 4 couvents; 21.800 catholiques.
Les grecs orientaux ont neuf adhérents.
Nous côtoyons l'ile de Méléda, nommée en slave Mljet; c'est l'antique Mélita qu'il ne faut pas confondre avec l'ile Mélada de l'archipel de Zara. Celle qui nous occupe termine les franges du littoral illyrien. Elle est peu fertile et possède seulement dans toute son étendue quinze cent neuf habitants.
Elle est remarquable par ses grottes, bien plus belles que celles de Pouzzoles en Italie, et plus encore par les étranges phénomènes qu'on y constate. Comme autrefois la statue de Memnon, qui au premier rayon du soleil rendait un son harmonieux, elles produisent au lever et au coucher de l'astre un mugissement, fréquent surtout pendant les jours d'été. Ce bruit n'est-il pas analogue à la musique des roches échauffées, que les voyageurs racontent avoir entendue dans le désert d'Atacama, dans les sables du Sahara, sur le Sinaï, à la Maladetta et au sommet du Mont-Blanc?
Il proviendrait du passage de l'air, alternativement con-
dense et dilaté, à travers les fissures des cavernes sousjncentes. Durant l'automne de 1825, ces sons mystérieux acquirent une telle puissance que les indigènes effrayés s'enfuirent sur le continent. C'était pour eux la plainte des ûmes du purgatoire trop longtemps oubliées et qui les mo' naçaient d'une catastrophe imminente.
Ces faits que le peuple ne peut s'expliquer agissent sur son imagination ; il regarde les antres de la montagne comme la porte de l'enfer et la demeure de monstres redoutables, de vampires, de démons et de sorciers qui rôdent la nuit pour saisir les enfants et leur manger le cœur!
D'après les Dalmates, c'est sur les côtes de Méléda que saint Paul aurait été jeté par la tempête en l'an 57, et c'est de là qu'il aurait envoyé saint Doïmo prêcher l'Évangile. Enfin, après tous les agréments d'une heureuse navigation, sur une mer tranquille et sous un ciel étoile, nous abordons au port de Gravosa, cà vingt minutes de Raguse, jadis la gloire des rives illyriennes.
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GRAVOSA. — LE JOUR ET LA NUIT. — LA VICTOIRE DU GÉNÉRAL MOLITOR. — RAGUSE. — SAINT BLAISE. — LE 8TRAD0NE. — LA BASILIQUE DU RÉDEMPTEUR. — l'ÉPÉE DE GODEFROY DE BOUIL- LON. — LA CATHÉDRALE. — LACROMA. — LA PIÉTÉ DES RAGUSAINS.— LA STATUE DE ROLAND. — LE MARCHÉ. — LES CANALÈSES ET LES BRE- NÈSES. — UN CHANT SLAVE. — ÉTAT PRÉSENT DU DI.STRICT.
Le port de Gravosa est d'un pittores-iue effet. L'onde salée s'enfonce en forme de langue dans un pli de terrain, aux coteaux boisés d aloè?, de cèdres, de pins, de sycomores, d'orangers, de poiriers, de lérébinthesetde lauriers. Du sein de cette verdure, assez puissante pour donner l'illusion d'un lac alpestre, de blanches maisons laissent apercevoir un pan de muraille et ressemblent de loin à des perles sur un tapis de mousse. La fraîcheur de ce lieu contraste avec les mamelons calcinés des écueils.
Au moment où nous touchons terre, un musicien ambu-
lantjoue de la dipla, sous un large tilleul, et son compagnon chante en slave la romance du Jow et de la nuit :
A la nuit ténébreuse
le jour a demandé :
(( Tendre mère, pourquoi ton visage
est-il toujours enveloppé d'une ombre?
Laisse-moi contempler ton visage,
Mère bien-aimée ! »
Et la nuit de répondre : « Ces paroles
rendent plus cruels mes tourments.
Tu reviens chaque matin
enlever le voile qui me couvre,
mais tu dédaignes, ingrat,
de regarder mes traits décolorés ! »
Ces accents, qu'un nautonnier me traduit mot à mot, laissent deviner le rôle que l'amour de la nature joue dans la poésie slave. Comme autrefois chez les Grecs, contemporains de Pindare, les chants populaires s'exercent sur un nombre de thèmes assez restreint. La dévotion aux saints, gardiens et protecteurs des cités, les malheurs et les gloires de la patrie, les exploits de ses fils, les ruses des guerriers, la tendresse conjugale, filiale et maternelle, la soif de la vengeance et surtout l'inépuisable variété des phénomènes de la nature sont les principales sources de l'inspiration lyrique. C'est aux scènes de la vie physique, aux fleurs des champs, aux aspects de la mer, de la montagne ou du ciel que le poète emprunte ses comparaisons, ses ornements, la forme et le vêtement de sa pensée, et c'est ainsi qu'il arrive à donner à chaque sujet une intensité de vie et de couleur locale véritablement originale et saisissante.
Le village de Gravosa, en slave Gruz, se compose de trois
groupes de maisons, échelonnées sur le bord de la roule, dessinant au bas d'un petit promontoire une courbe gracieuse. Il compte six cent septante-sept habitants, et son port offre aux navires un abri plus sûr que celui de Raguse, ouvert seulement aux barques des pêcheurs et aux cabotiers. Des voitures stationnent à l'arrivée des paquebots et épargnent aux voyageurs la fatigue de vingt minutes de marche pour gagner la vieille cité.
La route, construite par les Français, s'engage dans le val d'Ombla et s'élève insensiblement sur les pentes d'un monticule, que couronnent plusieurs bastions, entre autres, le fort San-Laurenzo. De l'autre côté de la vallée, la montagne se dresse presque perpendiculaire à une hauteur de quatre cent cinquante-six mètres d'altitude et montre à son sommet, le fort Impérial. C'est encore l'œuvre de nos soldats. Il commande le port de Gavosa et la ville de Raguse. On distingue ça et là les ruines des villas et des petits palais, saccagés par les Monténégrins pendant le siège de 180G.
Les Russes retenaient les Bouches de Cattaro. Napoléon, déjà maître'de la Dalmatie, fut mécontent de leur conduite sur ce point et plus encore de la manière dont ils avaient usurpé la souveraineté de Corfou ; il résolut de s'emparer de la petite république de Raguse, qui séparait Cattaro du reste de la Dalmatie. 11 envoya son aide de camp, Lauriston, avec une brigade d'infcnterie, pour s'y établir. Menacée à la fois par les Russes et les Français, la ville ouvrit ses portes à l'envoyé de Napoléon. Les Monténégrins se soulevèrent et soutenus par un corps russe de quelques milles hommes, enveloppèrent la petite troupe. Bloqué parles Anglais du côté
LKS RIVES ILLYRIENNES
de la mer, assiégé du côté de la terre par des montagnards féroces et par une force régulière russe, Laurislon se trouva dans un véritable danger. Il y fit face avec courage. Heureusement le général Molitor, se porta spontanément sur Raguse à marches forcées, avec un corps de quatre mille hommes, attaqua résolument le camp des Russes et des Monténégrins dans les champs que nous avons sous les yeux et l'emporta, quoiqu'il fut solidement retranché. Il dégagea ainsi les Français qui se trouvaient dans la place, passa au fil de l'épée un grand nombre de Monténégrins, et les découragea pour longtemps de leurs incursions en Dalmatie.
Je ne foule pas sans émotion ce sol arrosé de sang français et je regrette que l'effusion de ce sang n'ait pas assuré l'indépendance de la noble cité, qui se confiait à l'honneur et aux armes de ma patrie.
La route, qu'un mamelon séparait tout à l'heure de la mer, surplombe en corniche en approchant de la ville. Le coteau est planté de vignes, soigneusement entourées de murailles ; des rampes d'escaliers conduisent à des villas, adossées aux rochers, comme autant de belvédères sur la rade. Quelques-unes sont enveloppées d'une telle abondance de plantes odorantes, d'arbustes précieux, de massifs et de berceaux de feuillage qu'elles semblent enfouies dans une immense corbeille de fleurs. On laisse à droite, entre la route et la mer un manticule arrondi, aux flancs déchirés par la dynamite, et dont l'aspect gris et pelé rend plus saisissant encore le charme de la végétation et des beaux ombrages.
Enfin, la roule s'élargit, en suivant une pente assez
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douce et devient une splendide avenue, bordée de platanes et de sycomores. A droite et à gauche sont des cafés, des restaurants et des hôtels. Nous tuuchons au faubourg de Pile. Des voitures stationnent sur la place ; là se rassemblent les étrangers; là se traitent les affaires; là se tiennent les longues causeries, les fêtes bruyantes, les danses populaires et les veillées musicales.
En avant, ce sont les hautes murailles qui enserrent la ville et masquent l'iiurizon ; elles sont munies de créneaux, de macliicoulis, de bastions, d'une poleine et d'un pontlevis. Des chemins profonds en diagonale et aux brusques détours, cachés par des ouvrages de défense, circulent près des fossés. Les remparts, d'un côté, partent de la mer et sont dominés par d'énormes tours en saillie, grimpent sur le flanc aride de la montagne qu'ils suivent en ligne parallèle à son arête, pour redescendre, de l'autre côté de la ville, jusfiu'aux rochers battus par les flots.
Raguse est donc enfermée entre un escarpement granitique et la surface liquide. Elle n'a que deux portes, celle de Borgho-Pile et celle de mer, qui mène à Borgho-Ploce. La nécessité de se défendre contre les attaques des brigands de la montagne, des corsaires, des Turcs, des Génois et même des Vénitiens, explique seul le choix d'un emplacement au premier abord si défavorable.
Au lieu du lion ailé que nous avons vu encastré sur les portes de toutes les villes dalmates, nous apercevon'; sur celles de Raguse la statue de saint Biaise, avec la mitre et la crosse, plaquée contre un chùteau-fort. Telles sont les armes de la cité; tel est le sceau de la République, en sou-
LLS RIVi:s ILLYRIENNES
venir de la proleclion que le saint accorda en 971 à sa ville privilégiée. Les Vénitiens méditaient de la surprendre par ruse et de s'en emparer. Un prêtre se présenta au Sénat et déclara que saint Biaise lui était apparu et lui avait révélé les desseins de l'ennemi. Les sénateurs tinrent compte de l'avertissement et firent échouer l'audacieuse entreprise. Depuis, la statue de saint Biaise est l'égide tutélaire des remparts et du port, et les marins la saluent avec une espérance chrétienne au déptrt, avec une douce joie à leur retour, comme les Napolitains saluent et honorent saint Janvier, qui les protège contre la lave du Vésuve. La poterne franchie, nous traversons encore une triple enceinte, avec postes et place d'armes, avant de déboucher, comme si nous sortions d'un souterrain, à la grande lumière du Stradone. Ce Stradone fameux, dont le nom (strada, rue) hantait mon esprit aux. heures solitaires et que je peuplais de personnages de toutes les nationalités, de Slaves, de Tsiganes aux cheveux épars, de Mauresques au front voilé, d'Osmanlis aux larges culottes, d'Albanais, de Bosniaques et de Monténégrins aux ceintures brillantes, garnies de pistolets et de poignards, est une espèce de corso, large environ de quinze mètres et qui va d'un lioutà l'autre de la ville. Je ne crois pas que sa longueur dépasse trois cents mètres. Il se termine à la tour de l'Horloge, par une porte ouvrant sur la mer et sur la roule de l'Herzégovine. Cette tour carrée supporte un dôme. Les maisons du Strailone sont en larges moellons, mais sans ornements et presque sans architecture. Elles sont séparées par des rues, appelées nlica, qui n'ont pas trois mètres de largeur.
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Au rez-de-chaussée sont les boutiques et les ateliers des bijoutiers, des tailleurs et des brodeurs. Ils couvrent de pierreries, de passementeries et de verroteries les vestes des Ragusains et les gilets des montagnards.
Les rues de gauche escaladent les rochers à l'aide de rampes d'escaliers et deviennent, aux jours de pluie, de véritables torrents qui inondent le Stradone. Les maisons grimpent les unes au-dessus des autres ; elles ont les yeux dans les yeux, s'il est permis de nommer ainsi les fenêtres qui s'ouvrent sur leur façade. Quand du fond de lune de ces ruelles, pareilles à un couloir qui descend de la montagne, on regarde le fort, qui de là-haut semble menacer la ville, on se croirait au bout d'un immense télescope, braqué vers le ciel. A des cordes tendues d'une demeure à l'autre, aux étages supérieurs, sont appendus des linges, des étolTes, des vêtements bigarrés. Au-dessous de ces étranges baldaquins, dont le proni dessine sur le sol et sur les murs des ombres mouvantes et grotesques, des groupes d'enfants jouent, pieds nus, sur les marches et le seuil des portes.
Du côté de la mer, les rues perpendiculaires au Stradone sont pianos, bien pavées, propres, riantes, comme dans les meilleurs quartiers de Venise. En dépit de la longue vicissitude des temps, on soupçonne qu'une certaine aisance et des goûts luxueux existent derrière ces murs gothiques, ces cours italiennes et ces portiques byzantins, qui ornent plusieurs habitations.
loi, plus encore que dans le reste delà Dalmatie, le vol paraît être inconnu, et la confiance des Ragusains pour
l'étranger est sans limite. J'ai été surpris de l'empressement que l'on mettait à m'ouvrir toutes les portes, à me laisser maître du logis, dès que je témoignais le désir de m'établir à une fenêtre ou sur une terrasse intérieure, pour photographier un monument ou un point de vue.
Les principaux édifices sont aux deux extrémités du Stradone. Près de l'entrée, à gauche, est la basilique des Franciscains, sous le vocable du Rédempteur. De style Renaissance elle fut élevée par les nobles de la cité, en exécution d'un vœu fait pendant le tremblement de terre de 1520. Elle est très riche, possède de beaux autels de marbre, une spacieuse sacristie. On y montre l'épée de Richard Cœurde-Lion.Je l'ai tenue dans mes mains. Elle ressemble h celle de Godefroy de Bouillon, que j'ai vue dans l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Le couvent des Pères offre à l'admiration du visiteur un cloître splendide à colonnes géminées, d'une rare élégance. Ce que je mets au-dessus du monument et même des manuscrits de la bii)liothèque, c'est Thospitalité avenante, cordiale et simple des religieux. Elle est là telle que nous l'avons déjà trouvée partout, à Jérusalem, à Nazareth, à Tibériade, dans les îles de Gliypre et de Rhodes. La légendaire petite tasse de cofé qu'ils offrent au prêtre étranger, qui a célébré la sainte messe dans leur sanctuaire, est à mes yeux comme le symbole réconfortant de leur charité chrétienne et de leur inépuisable bienveillance!
En face de l'église, sur un espace ménagé à dessein, une belle fontaine de caractère espagnol ou plutôt mauresque, verse son eau par plusieurs rolVmets dans des
vasques de marbre. Elle date du commencement du seizième siècle et n'est pas sans analogie avec les fontaines arabes (jne nous avons souvent admirées à Byzance, au Caire, à Damas, dans les cours intérieures des palais et des mosquées.
Alentour se groupent les oisifs de la cité, et parfois, dans le calme des nuits sereines, au clair de la lune ou sous le feu scintillant des étoiles, des chœurs populaires sont improvisés. Les voix humaines se mêlent au murmure de l'onde et aux sons de la guzla; alors les oreilles se tendent pour écouter et les lèvres s'entr'ouvrent pour redire le nom du guerrier, dont on évoque les exploits !
A l'extrémité opposée du Stradone, trois monuments forcent l'attention, le Municipe, la Douane et le Palais du Recteur. A droite, le Municipe, de style Renaissance, est précédé d'un large perron. La façade et le faîte sont décorés de personnages de grandeur naturelle. Une colonne carrée se dresse près de l'entrée et sert d'appui à la statue colossale de Roland, qui debout, la main sur sa fidèle Durandal, semble prêt à accomplir de nouveaux faits d'armes. N'est-ce pas une chose propre à flatter notre amour-propre national que ce culte des Slaves pour l'un de nos héros légendaires ?
Roland passe dans l'imagination populaire pour le plus vaillant défenseur de la liberté et du christianisme des Dalmates contre les Musulmans de Stamboul et les suppôts du diable. R joue le rôle de l'Hercule antique qu abat tous les monstres ; c'est l'Antar des Orientaux, un autre Adamastor, et l'amphithéâtre romain de Pola est
encore appelé la maison de Roland. Car il a longtemps bataillé sur les côtes de l'Adriatique et se trouve d'être l'auteur de tous les événements glorieux dont l'histoire locale a conservé le souvenir, sans retenir le norn du héros véritable.
Cette facilité de notre Roland à conquérir partout le droit de cité et particulièrement chez les Slaves du sud provient de ce que ses vertus et ses défauts, en un mot, ses qualités épiques répondent à leurs aspirations ; il n'est pas étranger à leur tempérament national ; il en possède la généreuse bravoure, l'intrépidité aventureuse; il a comme eux la haine de l'infidèle et a subi comme eux les rudes coups de l'adversité. Sa renommée dépasse celle de Lazare le Serbe et de Marco Kraljévic.
La Douane fait honneur à la petite République, qui- doit tout au commerce, même ses arts et sa littérature. C'est un palais de style vénitien ; un portique orne la façade au rez-de-chaussée et, au premier étage, une grande baie ogivale à trois vantaux sépare deux autres baies plus simples de caractère. Une galerie à colonnes circule autour de la cour intérieure, et sous les arcades s'ouvrent les magasins, distingués par le vocable des saints qui les protègent. On y lit aussi des maximes et des sentences chrétiennes ; « Rendez à César ce qui est à César. » Ailleurs :
Pondéra cum merces, pondéral ipse Deus.
Quand je pèse des marchandises, Dieu lui-même tient la balance.
Au même local est contigu l'iiùtel delà Monnaie, où l'on fondait et frappait le métal à l'effigie de la République. Le palais du Recteur et celui des Seigneurs sont perpen-
diculaires au Stradone et forment l'un des côtés de la rue qui mène à la cathédrale. Des piliers massifs portent des voûtes en ogive. Un perron auquel on accède par quatre marches est entouré d'une balustrade de marbre. La galerie romane du palais des Seigneurs repose sur des colonnes qui ressemblent à celles du palais des Doges à Venise. Les sculptures dos chapiteaux sont finies et toutes différentes. Au premier, les fenêtres sont gothiques avec des meneaux et des rosaces. Les cours de ces deux édifices sont élégantes et dans l'une se dresse la statue de Michel Prazzato, citoyen de l'île de Mezzo, qui, à sa mort en 1G38, légua à la cité deux cents mille sequins d'or. Il était plébéien de naissance ; le sénat ne voulut pas que le monument, élevé à sa mémoire, se dressât sur la place publique.
La cathédrale est dédiée à saint Blaisp ; elle est ornée dans le goût italien, comme l'église du Gésu, à Rome; mais elle n'a rien qui mérite une mention spéciale, à part la chapelle des reliques.
Raguse est la ville du monde qui possède la plus riche collection d'ossements et d'objets sacrés, en vénération dans l'église catholique, si j'en excepte toutefois les catacombes et les principales basiliques de liome.
Aux jours prospères de la cité, chaque voyageur, qui revenait de l'Egypte, de la Palestine ou de l'Italie, se faisait une gloire de rapporter à sa patrie ou aux siens un ossement ou un lambeau d'étolTe de quelque illustre serviteur de Dieu. Au moment des croisades, quand les tombeaux chrétiens des premiers siècles furent livrés à nos pères, les Ragusains. par lardeurde leur foi et l'importance
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de leurs navires et de leurs relations, furent au premier rang pour s'adjuger la meilleure part.
Les rois et les reines de Bosnie et les vaillants protecteurs de la République, qui revenaient des Lieux Saints, lui firent présent de plusieurs reliques insignes. D'autres furent achetées des Turcs, après qu'ils eurent dépouillé les sanctuaires chrétiens des pays conquis par leurs armes. Les infidèles étaient heureux d'échanger contre de l'argent et des objets de prix dos ossements ou des étoffes, inutiles entre leurs mains ; ce désir du lucre protégea contre la profanation plus d'une tombe vénérée. Les habitants de Raguse se trouvaient les plus proches voisins des Osmanlis et, par leurs bons rapports avec le Sultan, les plus aptes à rentrer en possession des restes des martyrs, des vierges et des confesseurs.'
L'historien Appendini, le P. Cerva et le mathématicien Natale, qui ont également écrit l'histoire de leur patrie, ont scrupuleusement dressé le catalogue de tous ces monuments de la piété chrétienne. Les trésors religieux de Raguse l'emportent sur ceux de Spalato, de Zara et même de Venise, qui sont elles aussi de véritables reliquaires.
Les crânes, les bras, les côtes, les phalanges, les vêtements des plus augustes personnages que l'Église honore sur ses autels sont soigneusement enchâssés ou déposés dans des cassettes, des calices, des boîtes en or, en argent, en pierres précieuses ; ces parcelles des corps des saints, que la Providence a dérobées à la corruption du sépulcre et aux outrages des Barbares, le souvenir de leurs vertus, l'assurance de leur protection forment un héritage inesti-
mable, mille fois préférable à la valeur matérielle des vases et des ostensoirs.
J-e culte de ces ossements a poussé les Ragusains à fonder uulour d'eux des monastères et des institutions de bienfaisance. Chaque citoyen riche, en possession d'une relique insigne, voulut avoir une chapelle où elle serait honorée, et même des religieux, chargés de veiller sur le précieux dépôt. II en est résulté que les édifices consacrés au culte catholique sont très nombreux.
Les Ragusains n'ont jamais erré dans la foi ; ils ont toujours résisté victorieusement aux attaques du schisme et de l'hérésie. Leur dévotion est même devenue proverbiale^ Pas une seule expédition véritablement civilisatrice et chrétienne n'a été entreprise dans la Méditerranée, sans recevoir leur concours. N'est-ce pas cet attachement de la République auxleçons de l'Évangile qui l'a rendue si hospi" talière envers les princes, détrônés et fugitifs, si équitable envers ses alliés, si forte en face de ses ennemis, si respectée de tous, si florissante dans le commerce, les arts et la littérature '!
Tandis que l'orgueillcuss Venise est toujours prête à dépouiller ses protégés, à trahir ses alliés, à immoler à son égoïsme quiconque n'a plus assez de force pour lui résister, Raguse vit en paix avec les Empires, protège les faibles et place dans l'équité et la modération le fondement de sa grandeur !
Aussi n'a-t-elle pas cessé d'être le joyau de l'Adriatique, le foyer le plus lumineux du littoral illyrien, une nouvelle Athènes, unissant dans un même amour les intérêts de la
patrie, le culte de la religion et des lettres. Chaque mois, le peuple entier, assemblé dans la cathédrale, faisait monter vers le ciel la prière traditionnelle, qui appelait sur le nouveau Recteur les bénédictions de Dieu :
« Domine, Pater omnipotens, qui elegisti hanc Rewpublicam ad serviendum tibi, quœsumiis, gubernnlores nostros secundum voluntatem tuam et necessit atem noslvcun, et te timeant et tua sancta prœcepta cuslodianl, et nns vera ravitate dlligant (t dirigant. Amen. »
« Seigneur, Père tout puissant, qui avez choisi cette République pour vous servir, choisissez aussi, nous vous en prions, nos gouverneurs, selon votre volonté et selon nos besoins; choisissez-les tels qu'ils vous craignent, qu'ils observent vos saints préceptes, qu'ils nous aiment et nous dirigent avec une sincère affection. Amen. »
Le clergé indigène est nombreux, assez instruit, dévoué aux œuvres catholiques. Son action se fait sentir là, comme dans le reste delà Dalmatie,parune diminution progressive des Grecs orientaux.
Le costume des chanoines est brillant, plus somptueux que celui de nos évêques français. Les ecclésiastiques échangent volontiers le chapeau à larges bords contre une autre coiffure plus moderne; plusieurs même endossent sur la soutane un pardessus laïque. Tous portent une canne et gardent, dans leur tenue et leurs rJlures, une certaine distinction aristocratique.
Les habitants de Raguse conservent encore aujourd'hui un cacliet d'alïabilité, d'honnêteté, de politesse aimable, de droiture et même de piété, qui les fait aimer et les rend supérieurs aux autres rameaux du peuple slave.
Les .Ti'-suitPs ont longtemps gardé dans la Répuijliquo le
JJALMATIi; 'JJ<5
monopole de réducation et de renseignement. Ils sont toujours les directeurs du grand séminaire et les auxiliaires dévoués de l'évêque. Leur chapelle date de '17'i5. Elle s'élève, près de la cathédrale, sur un monticule dominant la mer et une partie de la ville. Comme laplupart des édifices qui leur appartiennent, elle est surtout remarquable par la profusion des ornements, le choix, et l'opposition des couleurs dans les marbres des autels, des rétables et des volutes.
A l'école des pères Jésuites se sont formés des savants, des érudits, des histoi-iens, des poètes qui ont illustré Raguse. Marine Ghetaldi (1500-1627), le premier avant Descartes, appliqua l'algèbre à la géométrie. 11 vo^'agea pendant six ans à travers l'Italie, la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Il enseigna dans sa patrie, et le peuple le surnomma le magicien. Il se retira dans une caverne isolée de l'ile de Lacroma, où il avait installé pour ses expériences un grand nombre de machines et d'appareils. Il y renouvela avant iJulTon le problème physique d'Archimède et embrasa, à l'aide de miroirs concaves, plusieurs barques amarrées dans le port. La superstition populaire s'émut de ce phénomène; on appelle encore aujourd'hui la grotte du savant la caverne du magicien. Georges Baglivi (1669-1709) enseigna avec éclat la médecine au collège de la Sapience à Rome, et laissa des œuvres ijui sont encore consultées; le célèbre numismate Anselme Banduri (1671-1743) fut en France le bibliothécaire du Régent; le physicien et l'astronome Roger-Joseph- Boscowich (1711-1787) fut également apprécié des Anglais, des Français et des Italiens.
Au-dessus de tous brille Francesco-Giovanni Gondola
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(1588-1638), le poète de Proserpine et d'Ariane, le traducteur de la Jérusalem Délivrée, l'auteur de VOsmanide. Ce poème épique a vingt chants et roule sur les malheurs du jeune Osman Je'", dans sa lutte contre les Polonais, conduits par l'héroïque Wladislas.
De l'église et de la maison des pères Jésuites le panorama est splendide; on domine le rocher que la vague frappe de son éternel murmure et que l'incessant passage de l'étranger polit au pied des murailles.
Des voiles animent le petit port, et plus loin l'île de Lacroma, s'élevant à une altitude de quatre-vingt-neuf mètres, ressemble à une immense larme, tombée du ciel sur l'azur de la plaine liquide.
Ses bosquets merveilleux, ses vignes jaunissantes, les pommes d'or de ses orangers nous reportent en rêve au jardin des Hespérides.
L'archiduc Maximilien, pendant qu'il commandait la flotte autrichienne, avant de ceindre la fatale couronne du Mexique, l'a enrichie de plantes exotiques, d'arbustes odorants, de buis, de myrtes, de rhododendrons. On se croirait transporté dans une oasis de la zone tropicale.
L'ancien monastère, transformé en l)abitaticn de plaisance, n'offre qu'une longue galerie sur laquelle s'ouvrent des deux côtés des chambres à coucher et des salons de repos. Les collections que le prince avait accumulées dans cette résidence ont été transférées à Miramar, où elles font le ravissement des visiteurs. Cependant de nombreux objets évoquent encore le souvenir navrant de l'éphémère et malheureux empereur!
IJALMATIK 287
Celte île miiiuscule, de soixanle-dix-neuf imbitanls, est célèbre par le passage d'un autre souverain, de Richard Cœur-de-Lion, à son retour de Terre-Sainte. L'ami du tendre Blondel, le fougueux capitaine de la milice bretonne, assailli par une tempête, à son départ deCorl'ou, fit vœu de bâtir une église à la sainte Vierge, sur la première terre où il aborderait. Le flot mugissant le jeta sur le territoire de Raguse, dans l'île de Lacroma. Les moines Bénédictins l'accueillirent dans leur monastère avec tous les égards et les honneurs, dus au rang et à la réputation de l'intrépide guerrier. Ils reçurent de sa main cent mille marcs pour construire une église, en exécution de sa promesse.
Les magistrats de Raguse, informés de sa présence, vinrent le saluer, l'engager à visiter leur capitale et lui firent une pompeuse réception. A leur demande, il modifia ses premières dispositions et leur permit d'employer les cent mille mares à la construction d'une cathédrale dans leur cité hospitalière. Ilymit seulement cette condition que l'abbé elles religieux de Lacroma viendraient chaque année, à la fête de la Purification, y célébrer une messe. Le tremblement de 1667 a renversé la basilique élevée par la munificence du prince; les moines ont disparu du territoire de l'ile; mais les indigènes sont toujours fidèles à leur pèlerinage du 2 février.
Comme les autres villes du littoral, Raguse ressemble beaucoup à Venise; elle a en plus une certaine coquetterie d'élégance, de propreté, d'aisance et de distinction patriciennes.
J'ai parcouru la place du Marché, au moment où elle était
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remplie de femmes et de marchands, ijui de la montagne et des îles appoi tant chaque joui- leurs denrées, leurs fruits, leurs volailles et viennent s'y jioui-voir d'épices, de vêtements et d'autres objets indispensables. De même qu'à Zara, j'ai pu en faire la photographie du haut d'une terrasse, où la maîtresse du logis daigna me conduire avec un aimable empressement.
Le spectacle de ce marché est des plus curieux. Je n'ai rien vu de plus vivant, ni de plus coloré. On y distingue deux catégories de femmes, nettement tranchées, les Canalèses et les Bvcnèscs, sans parler des Ragusaines qui s'habillent à la mode de Paris, mais avec des nuances plus vives. Les Brenèses habitent la région comprise entre la mer, l'idyllique vallée de l'Ombla, les collines de l'Herzégovine et le golfe de Brène. Cette région compte treize villages et deux mille sept cents habitants, tous catholiques et d'une activité industrieuse. Elle forme le territoire même de la commune de Raguse, que les Slaves appellent Zupa.
Les Canalèses (voir la gravure page 275) viennent du Konavlje, commune du canton de Ragusavecchia. C'est une vaste plaine, qui relevait aussi de la République, et s'étend, depuis le Brène jusqu'aux Bouches de Cattaro, entre le littoral et l'enclave de la Sutorina. Elle a huit mille quatre cent soixante habitants, tous catholiques et répandus dans vingt-six villages.
Les costumes des Brenèses et des Canalèses sont diflerents, sans que je puisse préciser en quoi consiste cette différence. Elles ont en général les unes et les autres le teint frais et clair, la démarche légère, les mouvements
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harmonioux et une extrême vivacité dans le feu du regard. Ce n'est plus cette fixité et cette étonnante placidité que nous avons observées chez les femmes Morlaques de Zara.
Leurs fichus sont d'une éclatante blancheur et leurs robes en étoffes noires sont semées de fleurs rutilantes. Elles ont pour coilTure un foulard à dessins qu'elles jettent sur leurs tètes et nouent avec élégance sous les nattes de leurs cheveux. Un chàle à franges ou un voile de lulle couvre le buste; le cou et la poitrine sont chargés de colliers, de croix et de camées ; une ceinture à raies blanches et jaunes ou rouges, relevée par des filigranes d'argent, serre la taille ; des bracelets ornent les poignets, et les doigts sont munis de bagues.
Une rivalité constante anime les Brenèses etlesCanalèses, et Raguse profite, pour ses achats, de cette concurrence entre des voisins de types divers. Il existe entre elles des oppositions et des contrastes analogues à ceux qui distinguent la montagne abrupte, aux vais féconds, de la plaine aux abords faciles, aux perspectives monotones.
Un spectacle plus curieux nous attire hors de la porte de Plocce. Là, près du Lazaret, où aboutit la route de l'Herzégovine, trois ù quatre cents cavaliers turcs arrivent de Trébinjé et des environs et campent trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi, sous les yeux de la police, comme une troupe de bohémiens. On les voit descendre ou monter par des sentiers étroits sur les lianes de la montagne. Bien que l'Herzégovine soit affranchie du joug actuel du Sultan, les habitudes et les mœurs n'ont pas
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encore changé. Quelle scène pittoresque offre celte Ionique caravane de guerriers à demi sauvages, à la physionomie hâve et bronzée, aux regards farouches, et qui pourtant sont timides et dociles comme des enfants. Ils sont armés de carabines, et leur ceinture est fournie de pistolets et de poignards. Mais ils déposent sans résistance ce formidable arsenal;, dès qu'ils arrivent à la porte de Raguse.
Comment ces peuples ont-ils pu rester étrangers aux progrès de la civilisation dans le voisinage d'une cité remarquable par l'urbanité et la cuUure de ses habitants? Pour comprendre ce phénomène social et géographique, il faut se rappeler que le territoire de Raguse se bornait à une lisière de terrain, à peine large en maints endroits de deux kilomètres. Deux enclaves de l'Empire ottoman le fermaient au nord et au sud et ne lui laissaient de contact qu'avec les Etats du Sultan. Celle de Klek, au-dessus de Sabbioncello le détachait de la Dalmatie, et celle de la Sutorina, à l'entrée des Bouches de Cattaro, le séparait de l'Albanie. La Sublime Porte était comme la gardienne de la République, et ses soldats pouvaient de la frontière bombarder les Hottes de l'Adriatique, par-dessus les possessions de Raguse ; mais en même temps ses sujets, même les plus voisins, échappaient à l'influence de la cité et restaient courbés sous le joug abrutissant du Padischa.
Si les gens de Trébinjé apportent à Raguse des mœui's et des allures presque asiatiques et des costumes pittoresques, sans se polir au frottement des citadins, ces derniers, comme pour rendre l'opposition plus vive, recherchent tout ce que l'art et la civilisation ont de plus élégant et de plus
Un gentilhomme de Ragise; daprès une pliolograpliie de M. laLUg P. Dauron voir page 293;.
raffiné. Leurs vêtements sont d'une richesse et d'un luxe inouïs. Comme les Turcs (voir la gravure page 291), ils ont la culotte large, nouée au mollet par des bas de soie, une ample et fine ceinture, garnie de pistolets et de kandjars à poignets ciselés, un gilet orné de dessins délicats et un veston, à manches étroites, brodé et festonné. Le turban est remplacé par un fez à longue flamme. Il est vrai de dire, pour l'éternel regret de tous les amateurs, que les modes et les habits français tendent à faire disparaître le costume national.
Presque tous les jours le port est le théâtre de scènes pleines de couleur et d'harmonie. Quand les Rrenèses et les Canalèses, les filles de Blato, de Kupari, de l'antique Epidaure et de Malonla ont vendu leurs denrées, terminé leurs achats, au lieu de regagner leur gîte par la route de terre, longue, poudreuse et brûlante sous les feux du soleil, elles partent, comme elles sont venues, par la voie de mer.
Voyez-les s'entasser dans de grandes felouques. Elles se tiennent debout, serrées les unes contre les autres, les mains occupées à une broderie. La barque s'éloigne lentement du rivage et emporte non pas des ombres, comme celle de Charon sur les bords obscurs du Styx, mais des personnes joyeuses et vivantes, sous la belle lumière du ciel illyrien. Tout à coup l'une d'elles entonne, et un chœur de voix fraîches nous envoie du large, sous une forme poétique, ces enseignements de haute philosophie. Il est regrettable que la traduction n'en rende pas la beauté originale ;
291 LES RlVliS ILLYRIENNES
LA MAMMOLETTA
A une belle qui cueillait des fleurs la violette tint ce langage :
« Viens, gentille, approche-toi « et place-tnoi dans ton bouquet.
« J'aime mieux n'y briller qu'un moment
« que de rester ici cent ans parmi les pierres. »
La jeune fille la met parmi ses fleurs, et du bouquet orne son front.
L'orgueilleuse en est toute souriante et croit être dans l'Elysée.
Mais quand le soleil monte dans le ciel, il devient brûlant pour les lleurs.
Et doucement elle incline la tète et se dit couverte de honte :
« Insensée! il valait bien mieux rester « oubliée du monde dans l'herbette!
« Ma beauté vite se fane ;
« J'ai désiré. — Je suis parvenue. » Elle dit et meurt!
Le sort vous a-t-il mis dans la vallée?
Ne cherchez pas à paraître sur la montagne !
Raguse a plus varié dans se? appellations que dans sa polilique. Bâtie sur un rocher par les fugitifs d'Epidaure, elle se nomme A««; du mot grée signifiant rocliei' on du mot illyrien désignant un écueil. Les liabitanls soid les Laiisei, les hommes du rocher. Mais la prononciation s'altère par l'usage; Lausinin, devient Lnhusa, liacusa, Uufjusium. D'autre part, de vastes l'orvl-ts l'environnent, et les Slaves l'intitulent dans leur idiome Duhrownik, la ville d('s bois.
Aujourd'hui, son territoire n'est pas aussi nu que celui de Sehénico ou de Lésina, ol ses collines ne resseml>lent
pas à des monceaux de cendre. Pourtant elles n'ont pas échappé à la dévastation des pirates, qui mettaient le feu aux bois de la montagne pour signnler l'approche d'une Hotte ennemie. Ils croyaient en outre que les courants aériens, se précipitant de toutes parts en orages vers le foyer de l'immense conflagration, chassaient au loin les vaisseaux redoutés.
A diverses reprises, les Turcs ont obtenu de faire des coupes pour se procurer les carènes, les mâts et les agrès de leurs galères. Enfin, les bergers et les chèvres ont achevé le déboisement. S'il n'a pas été aussi complet que dans le reste de la Dalmalie, c'est que la République a défendu ses domaines contre la rapacité de Venise.
Chef-lieu d'un district politique, Raguso embrasse trois cantons judiciaires et neuf communes.
l']n voici le tableau :
'' Giuppana 1 .Mi! habitants.
i Maifi ;'..88r.