‹ Les Rives illyriennesChapitre 22 sur 41 · Italiens · texte numérisé non relu

Italiens

10 étrangers.

L'évêché de Lésina compte :

0 chanoines ; 28 paroisses ; 14 chapelles curiales;

5 couvents d'hommes ;

i couvent de Bénédictines.

Les Grecs orientaux n'ont que sept adhérents sur tout le territoire.

Le sol est d'une fertilité inépuisable. Les figues de Lésina rivalisent avec celles de Smyrne. On recherche son romarin, son huile, ses olives, ses amandes, son miel, et ses vins sont renommés. Les aloès, les orangers, les caroubiers et les palmiers y sont communs. La douceur du climat, la fraîcheur des brises marines, les plantes aromatiques qui parfument les vallons et les coteaux, la proximité du continent et la facilité des communications font de cette île la station la plus agréable de l'Adriatique.

La petite ville, qui succède à l'ancienne capitale, fondée par les Grecs de Paros, s'étage en amphithéâtre au fond d'une baie, sur le versant d'une colline grise (voir la gravure page 255). Le fort de Spagnuolo la protège. Il fut élevé par les Espagnols, dont il garde le nom, quand ils s'associèrent aux Vénitiens pour combattre les Osmanlis. Ses murs crénelés descendent jusqu'au rivage. Une tour carrée, surmontée d'une loggia byzantine à colonnes élancées, attire les yeux par son élégance. On voit aussi plusieurs vestiges de la domination des doges, un portique gracieux de Sanmichiéli et l'inévitable lion, aux ailes ouvertes, au mu file aigu, aux griffes puissantes, tel qu'il se montre à Zara, à Sebénico, partout où Venise a posé sa main rapace.

Les maisons sont disposées de telle manière que toutes les fenêtres ont vue sur le port et la mer. Un large qua sert de promenade au bord de l'eau, que sillonnent les barques de pécheurs et les cabotiers aux nombreux agrès et aux larges voiles.

A peine notre paquebot paralt-il en face de la cité, que des flots d'harmonie nous arrivent de terre. Les fenêtres

sont pavolsées et deux chalands s'avancent à notre rencontre avec symétrie et nous accostent dès que nous stoppons. L'un porte la fanfare des pompiers en grand costume; l'autre a sa tente tendue ; sur le pont, couvert de tapis et embarrassé de fauteuils, siègent des personnages de distinction, se faisant de mutuels salamalecs. Au premier rang, nous remarquons des ecclésiastiques et des chanoines à la ceinture de moire rouge et aux bas violets. Toute la population, descendue sur le quai, bat des mains, agite des étoffes et pousse des vivats. Ces lionneurs civils et religieux, prodigués avec tant de bruit et d'empressement, s'adressent au député du district à la diète de Vienne. Plus tard, à Pisino, j'ai le plaisir de retrouver ce nouveau compagnon de bord.

Les parages de Lésina et de Lissa sont prédestinés aux batailles navales, et la plupart des Hottes de l'univers s'y sont donné rendez-vous pour y remporter des victoires ou y subir des défaites.

Avant Jésus-Christ, en 384, au combat de Lissos, les Syracusains y détruisent complètement les navires liburnicns. En 229, la reine Tenta y attaque et coule à fond les vaisseaux italiens. Pompée et César soutiennent tour à tour sur ces rives de rudes assauts. Après Jésus-Christ, les batailles se succèdent sans interruption entre les pirates, les Vénitiens et les Turcs. En 1298, les Génois capturent la Hotte du provéditeur, André Dandolo.

Dans ce siècle les faits maritimes ne le cèdent pas aux luttes du passé et les rivages de Lésina et de Lissa sont encore animés du souvenir des matelots français. Après la

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bataille d'Austeiiitz, l'Autriche nous cède la Dalinatie. Le 29 avril 1807, un vaisseau russe, escorté de plusieurs autres bâtiments de guerre, entre dans le port de Lésina et somme la place de se rendre. Nos soldats, qui n'ont pour se défendre que le fort de Spagnuolo et une batterie, obligent cependant les troupes da Tsar à se retirer.

Les Anglais à leur tour s'établissent à Lissa, s'y fortifient et de là harcèlent nos troupes et capturent nos navires. Nos valeureux marins aspirent à détruire ce nouveau repaire de pirates et ils parviennent à les déloger par leur victoire navale de 1810. Mais les Anglais reviennent avec une autre Hotte, commandée par Iloste, on mars 1811, et le capitaine Dubourdieu, emporté par son ardeur à engager le combat, compromet nos intérêt^, se laisse tuer h son banc et notre escadre subit un désastre.

C'est à ce même endroit que, le 20 juillet 1866, l'amiral TégéthofT coule le Re d'Italia et remporte une éclatante victoire sur l'amiral Persano, dirigeant l'escadre italienne.

Lissa, en slave Yis, est connue des anciens sous le nom d'Issa comme une des îles les plus remarquables de l'Illyrie, bien qu'elle ne soit pas au nombre des plus étendues. D'après Dlodore de Sicile (XX. 13), elle reçut une colonie de Syracusains, sous le règne de Denys l'Ancien, et cette colonie devint elle-même la métropole de deux autres fondations à Epetiumet Tragurium, dont nous avons parlé à propos de Stobréc et de Traii.

L'île avait deux villes, Issa et Méo. Les vestiges de la première se bornent à des mosaïques sur la grève ; la seconde, appelée maintenant Comisa et Koniza, est située à

l'extrémité occidentale du territoire, dans une anse commode. Elle possède deux mille six cent septante-neuf habitants. On y trouve des vases antiques, qui ont la forme et le vernis des urnes étrusques, et aussi quelques inscriptions grecques et latines. Deux médailles représentent sur un côté la tête de Pallas armée, et sur le revers l'une porte une cruche et l'autre une chèvre. Est-ce un emljlème du courage guerrier des Lissiens et de la fertilité du sol, abondant en troupeaux et en vins d'une qualité supérieure?

Lissa est la Malte de l'Adriatique. Son liavre, enfoncé dans les terres, est pour les vaisseaux un abri sûr contre la tempête. La ville s'étend sur le rivage; elle est d'un aspect assez riant et forme une agglomération de trois mille cinq cent trente-cinq habitants.

De l'autre côté de la rade, sur une presqu'île érigée en Campo-.Santo, des cyprès, des tombes et un monument funéraire indiquent la place où dorment, réconciliés dans la mort, près du même sanctuaire les marins autrichiens et italiens. La vue de ce cimetière inspire l'horreur de la guerre. On met vingt ans à former un homme, à le dresser à la manoeuvre, à élever son courage, et trois minutes suffisent pour le couler au fond de la mer!

Nous cherchonus un hôtel; on nous indique la maison d'un marin, qui tient table ouverte. Il nous sert une excellente langouste, pêchée le matin même. Avec la tail le d'un géant, il a le verbe sonore et une allure martiale. Il a combattu sous le pavillon autrichien et nous montre avec fierté la blessure qu'un biscaïen lui fit au tibia. Je ne mets pas en doute ses qualités de matelot; mais

ses manières vaniteuses et sa rudesse hautaine me font involontairement penser au soldat fanfaron de Plaute.

Lissa n'a pas de forêts et son territoire ne dépasse guère en superficie celui de Lagosta, qui compte seulement mille cinquante indigènes. Son sol inégal et bouleversé et ses roches éruptives font considérer cette dernière île comme le sommet d'un volcan, qu'un bouleversement de la croûte terrestre aurait amené à la surface des eaux. Les géographes de l'antiquité paraissent en ignorer l'existence. Battue par les flots du large, elle sert de digue à sa voisine.

Mais quel contraste entre les rochers de l'une, et les coteaux boisés, les anses gracieuses et les vertes campagnes de l'autre! Au charme de la perspective et aux trésors d'un sol inépuisable, Curzola unit l'activité et l'industrie de sa population, qui rivalise avec Lussin-Piccolo et Trieste pour la constiuction et l'armement des navires.

Le paquebot navigue entre l'île et la longue péninsule de Sabbioncello, jusqu'à la hauteur d'Orébic, qui fait face sur le continent à la ville de. Curzola. Comme on a constamment les deux rives sous les yeux, on pourrait se croire dans un lac de l'Italie. Des forêts de pins, de cyprès, de lentisques et de térébinthes embaument l'atmosphère et couronnent les collines au pied desquelles s'abrite la petite capitale. Tandis que la chaîne de soixante-douze kilomètres, qui forme la péninsule, la garantit de la Bora, elle tourne le dos à l'Adriatique et n'a rien à craindre du sirocco.

Quelques auteurs font remonter sans preuve certaine sa colonisation aux Phéniciens. On l'appela Corcyre î-'oiic, Corcym Melaina, à cause de ses forêts, pour la dislingucr de

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Corfou. L'abondance et la belle qualité de ses bois de construction portèrent de bonne heure les hommes de la côte à fabriquer des navires. Encore aujourd'hui elle garde sa vieille réputation, bien qu'elle ne trouve plus sur son sol la matière première et qu'elle soit obligée de faire venir de ristrie et de l'Albanie les sapins et les chênes. Une nouvelle cité, active, inlelligente, composée d'ingénieurs, de charpentiers, de forgerons et de voiliers, s'élève peu à peu sur les contours de la rade, auprès de la ville antique, étouffée dans ses murs comme un enfant dans ses langes.

La disparition des forêts est l'œuvre de Venise. Les doges étaient contraints de demander aux provinces de Trévise et de Bellune les bois de charpente et de les payer assez cher ; une fois maîtres de Curzola, au commencement du onzième siècle, ils la mirent en coupe réglée, sans souci de l'avenir, jusqu'à son complet déboisement et les historiens du temps racontent naïvement que l'exploitation de la forêt de Curzola fit baisser le prix du bois aux lagunes. L'île fournit aussi en grande quantité du marbre, de la chaux, de la résine, du chanvre, du vin, de l'huile, du miel, du safran et des plantes aromatiques.

La ville dut constamment se tenir en garde contre les attaques simultanées et successives des empereurs grecs, des Hongrois, des Turcs, des Génois et des Vénitiens. Au seizième siècle, elle faillit devenir la pi oie des corsaires algériens. Uluz-Ali s'était emparé déjà d'Antivari et de Rudua ; à son approche le commandant militaire s'enfuit avec ses soldats et l'ennemi se disposait à opérer sa descente, quand les femmes, inilignées de la conduite de leurs maris, sai-

sirent l'épée et parurent sur les remparts le casque en tête. A la vue de celte multitude do cimiers qui s'agitaient audessus des créneaux, Uluz-Ali, s'imaginanl que la garnison était nombreuse et n'attendait que son débarquement pour fondre sur ses troupes ot les jeter à la mer, se retira promp' lement sans coup férir.

Maintenant encore les femmes de Curzola pourraient défendre leurs foyers en un jour de péril, tant ces vaillantes chrétiennes sont robustes et agiles. En l'absence de leurs maris, qui sont h la mer, elles manient avec une égale dextérité l'aviron et le gouvernail, la voile et le filet. Elles se distinguent aussi par les verroteries, les rubans et les paillettes de leurs chapeaux et la couleur noire de leurs robes. Elles unissent ainsi le deuil de l'absence à l'espérance du retour, qu'il s'agisse d'un frère, d'un époux ou d'un père que la mer impitoyable retient sur des plages lointaines!

Curzola sert de chef-lieu à deux cantons judiciaires et à sept communes politiques, dont voici le tableau :

' Blatta 6.951 habitants.

Curzola Curzola 5.437 «

Lagosta 1.050 »

ToTAi 13,438 habitants.

Janjina 2.430 habitants.

Kuna 2.320 »

Sabbioncello.

I Orebic 2.150

\ Trappano 1.474 »

Total 8.374 habitants.

Ce qui donne pour tout le district .... 21 .812 habitants.

Ces habifanLs se divisent ainsi :

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