ÉPOQUE ROMAINE
La première guerre de Rome contre rillyrio s'ouvre à la demande des colonies grecques. En 230, le sénat envoie les frères Caius et Lucius Coruncanus à Scutari, avec mission d'obtenir de la reine Teuta un acte de réparation. Teuta déclare avec insolence qu'elle ne connaît pas les Romains. « — Ils sauront bien se faire connaître,» réplique Lucius. La reine le fait mettre à mort.
Aussitôt les consuls Fulvius et Postumius traversent l'Adriatique et s'emparent de toute la côte orientale, depuis Dyrrachium jusqu'à Sebénico. La reine quitte Scodra et se réfugie à Risano dans les Bouches de Cattaro.
La conquête se ralentit durant les revers de la seconde guerre punique. En 22J, la presqu'île que les anciens ont appelée Istrie, parce qu'ils croyaient qu'un bras de rister, la Save, dé])0ucliait dans l'Adriatique, est soumise aux aigles romaines et déclarée province de la République. En même temps, Tergeste est agrandie pour tenir en échec les Rlyriens.
Leur roi Gentius, petit-fils de la reine Teuta, s'attire des ennemis par ses vices et ses brigandages. 11 emprisonne les ambassadeurs romains Peipenna et Petilius, qui formulent des plaintes contre les actes arbitraires de
son administration. Le préteur Amicius se saisit de sa personne et l'expédie à Rome avec d'autres illyrienspour reliausser l'éclat de son triomphe.
Les terres de l'illyrie sont partagées en trois classes : terres romaines, terres tributaires et terres indépendantes. Le calme règne pendant douze ans; mais en 159, sous prétexte que les Dalmates sont hostiles aux villes de Pr;etoiium, Epetium et Tragurium, amies des Romains, Cornélius Nasica détruit de fond en comble Delminium, leur capitale.
Les vaincus établissent à Salone le centre de leur gouvernement. De nouvelles querelles amènent le siège et enfin la prise de cette ville. César est nommé, en 59, consul d'Illyrie. Les Dalmates se déclarent contre lui, en faveur de Pompée, et résistent à ses lieutenants. Mais après la victoire de Pharsale ils acceptent son autorité.
On sait enfin qu'à la bataille d'Actium, les vaisseaux liburnes opèrent un mouvement remarquable qui décide du succès. Octave achève de réduire les îles qui tiennent encore à l'ancien parti. Il détruit Promena, accepte la soumission des lUyriens et des Dalmates et les oblige ù fournir sept cents otages à son triomphe.
Voici la liste des principales villes qui ont suivécu ù la conquête et dont on reconnaît l'emplacement presque toujours sous une appellation nouvelle.
Noms anciens
Noms modernes.
Noms slaves
Ciclodium.
Almissa.
Omis.
Batua.
Budua.
Budva.
Ascrivium.
Cattaro.
Kotor.
Anderion.
Glissa.
Klis.
Olcinium.
Dulcigno.
Dulcigne.
Dyrracliium.
Durazzo.
Duriz,
pni';i'ACE
Noms anciens
Noms modernes
Noms slaves
Chermania.
Imoski,
Imotski.
Delminium.
Duovno.
Duovno.
Ninia, Arduba.
Knin.
Knin.
Pityeia, Pharia.
Lésina.
Hvar.
Issa.
Lissa.
Vis.
Raitinon.
Macarsca.
Makarska.
Metulum.
Motlin.
Motlin.
Nadinium.
Xadin.
Nadin.
Anona, Xinia.
Xona.
Xin.
Argyrouton.
Obbrovazzo.
Oljrovac.
Lausa.
Uaguse.
Dubrovnik.
Epitauron.
Ragusavecchia.
Cavtat.
Rhizon.
Risano.
Risan.
Salo.
Salone.
Solin.
Shardon.
Scardona.
Skradin.
Tariona, Prretorium.
Sebénico.
Sibenick.
Epetium.
Stobrec.
Stobrec. •
Tragurium.
Traiï.
Trogir.
Tergestum.
Trieste.
Terst.
Arauzona.
Vrana.
Vrana.
Urania.
Vrarjica.
Vranjica.
Derba.
Verlia.
Vrba
Idassa, Tadera.
Zara.
Zadar.
Blanona.
Zaravecchia.
Biograd.
Je ne signale pas les appellations intermédiaires par lesquelles ces villes ont passé avant d'arriver à leur nom actuel. Aujourd'hui encore le même village et le même lieu se désignent par des termes très différents. Pour éclairer le lecteur, j'en cite deux exemples, l'un relatif à une ville et l'autre à une contrée. Lave, Lausa, Lausium, Labusa, Laljuda, Raugia, Pausa, Rhausium, Rhacusa, Ragusium, Dubrovnik se rapportent à Raguse. Monténéro, Tsernagora, Zêta supérieure, '/enta s'appliquent au Monténégro.
Beaucoup d'autres cités romaines et grecques ont disparu ou avaient un emplacement que nous ne connaissons pas.
Après la pacification, Auguste fait de la Dalmatie une province sénatoriale, c'est-à-dire sans garnison. Mais les luttes incessantes qui troublent les peuples de la montagne obligent l'empereur à intervenir. Le chef militaire, le légat, finit par rester à la place du chef civil, le proconsul. II réside à Salone.
L'an 10 après Jésus-Christ, la Pannonie est réduite en province et la Dalmatie devient plus tranquille. Les documents officiels, Dion Cassius, Tacite, Velleius Paterculus écrivent Delmalia, et ce nom tend à prévaloir sur celui d'IUyrie. Ce dernier a une acception beaucoup plus étendue et comprend tous les peuples situés à l'est des Alpes, entre l'Adriatique, le Danube et la mer Noire. Appien y fait même entrer la Rhétie et la Dacie.
La province de Dalmatie se compose de deux districts : au nord, la Liburnie avec Scardona pour capitale ; au sud du Titius qui marque la division, la Dalmatie proprement dite. KUe se partage en deux couvents, celui de Narona et celui de Salone.
Le procurateur administre les finances avec le titre de ducenariua^ signifiant qu'il perçoit deux cent mille sesterces d'émolument, soit environ quarante mille francs. Il fait en outre exploiter d'abondantes mines d'or, près de Salone sur le Mosor, mom aureus, et dans la Dacie,
Le légat impérial gouverne militairement la province et commande aux légions. Il en possède six dans les premiers temps. Elles forment avec les auxiliaires une force de cinquante mille hommes. La pj'ésence d'une telle