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LES CROATES ET LES SERBES

Les plaines du Danube deviennent le rendez-vous de tous les Barbares, et la Dalmatie est d'abord ravagée par les Goths, qui détruisent Epidaure, par les Huns,

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qui saccagent Trieste, par les Hérules, qui renversent Salone en 481.

Théodoric relève les ruines, fonde les évêchés d'Istrie et construit le magnifique dôme de Parenzo. Les Avars arrivent après lui. Sous la conduite de leur terrible chef P>ajan ou Chagan, ils anéantissent complètement plusieurs villes et passent au fil de l'épée un tel nombre de citoyens que le pays en est dépeuplé. C'est alors que l'empereur d'Orient, Héraclius, appelle sur les régions désertes de la Save et de l'Adriatique les Croates, puis les Serbes. Les nouveaux venus sont les ennemis naturels des Avars qui, domptés par Charlemagne en 705, finissent par disparaître. La langue slave garde le souvenir de leur nom sous la forme Obr, synonyme de géant.

La pré.sence des Slaves à l'intérieur du pays chasse sur la cote l'élément romain, qui plus tard facilitera la domination vénitienne, et se concentre à Zara, Spalato, Traii, Raguse.

Alors commence la rivalité fâcheuse des Croates et des Serbes. Le prince des Croates, Porga, demande à l'empereur Constantin Pogonat des missionnaires. L'empereur s'adresse au Pape qui, en G70, envoie des prêtres pour évangéliser et baptiser le prince et son peuple. Le Souverain Pontife prend sous sa tutelle ces nouveaux chrétiens, modère leurs habitudes de rapines et de pillages aventureux, leur fait jurer de ne pas nuire à autrui et, à cette condition, si l'on en croit Constantin Porphyrogénète, menace de malédiction quiconque attaque les Croates. Les Croates de Dalmatie ont donc reçu l'Evangile de Rome. Ils ont été un moment sujets de Charlemagne, puis de Venise et enfin de l'Autriche et ont pu,

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grâce à ces rapports constants avec des hommes et des puissances catholiques, garder pure leur foi primitive.

Les Serbes entrent dans l'église par les ordres d'Héraclius, qui les contraint au baptême. Leur conversion n'est pas durable, parce qu'elle n'est pas fondée sur la persuasion. Ils se séparent de Constantinople, en 827, et relournent au paganisme. L'empereur Basile les soumet, en 868, et les christianise de nouveau, mais en leur donnant la langue et le rite de l'Orient. Ils suivent naturellement dans le schisme leurs protecteurs, restent sous linfluence des potentats de Byzance et passent en dernier lieu sous la tutelle de la -Russie.

Telle est la fatale origine de la division profonde qui sépare aujourd'hui les Croates et les Serbes.

Sous l'invasion des Croates, la Dalmatie s'écarte de plus en plus de l'Orient, en même temps qu'elle prend un caractère slave bien accentué. La domination de Byzance est éphémère, intermittente et n'exerce plus aucune autorité dès le onzième siècle. Constantinople est si loin !

Du côté de l'Occident, au contraire, les Croates subissent d'abord le sceptre de Charlemagne. La Sirmie reçoit le nom de Francochonon, région des Francs, et l'on parle encore en Slavonie de la Frouclika Gora, montagne des Francs.

Le grand Joupan Zwonimir, en 799, se proclame seigneur des Croates par la grâce de Dieu. Ses successeurs ne laissent qu'une histoire obscure. Sédeslav ceint la couronne et régne de !)14 à 940. L'Empereur Constantin Porphyrugénète lui décerne le titre de consul de Dalmatie.

Vers cette époque a lieu le concile de Spalato, qui consomme la séparation entre les Croates de la liturgie

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latine et les Serbes du rite slave- L'auguste assemblée, pour préserver les âmes des erreurs du schisme oriental, interdit la liturgie slave dans tout le royaume et proclame l'évêque de Spalato métropolitain de la Croatie.

Les décisions du concile sont rigoureusement exécutées et la langue nationale est condamnée et poursuivie à outrance comme un instrument d'hérésie. Le pape Nicolas II veut la bannir de l'Église. Elle se réfugie dans quelques îles de l'Adriatique où elle subsiste encore.

Léon XIII, dans un dessein providentiel que l'avenir montrera,, vient d'accorder l'usage non pas de la liturgie proscrite, mais de la langue de celte liturgie aux catholiques du Monténégro. N'est-ce pas un indice que les temps sont proches, où le schisme d'Orient disparaîtra dans quelque bouleversement polititjue et où les peuples qu'il infecte de son venin morbide rentreront dans le sein de l'Église '/

En i076 Zvonimir se fait sacrer, au nom du pape Grégoire VII, dans la basilique de Saint-Pierre, à Spalato. Il lui jure fidélité et obéissance, promet un tribut annuel de deux cents ducats et la surveillance morale sur le clergé de ses États. Son règne marque l'apogée de la puissance croate, et le peuple en célèbre encore les bienfaits :

« Sous le bon roi Zvonimir, le pays était eu joie ; les « villes pleines d'or et d'argent. Le pauvre n'appréhendait K point que le riche lui fit tort ; le serviteur ne redoutait « point les iniquités de son maitre. Le roi le défendait. « Le pays n'avait rien à craindre, sauf la colère de « Dieu. »

PRÉFACE xXIli

Zvonimir meurt sansentants.Lanoblesseélit Etienne II, son parent, qui règne peu et termine la dynastie nationale desDerrislavic.

La connaissance de la langue latine, devenue l'organe unique de la liturgie, se développe et prépare la domination de Venise. Sous l'influence de Rome, les monastères et spécialement ceux des Bénédictins se multiplient et usent de toute leur autorité, pour empêcher la Dalmatie de tomber jamais sous le joug des Orientaux.

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