‹ Les Rochelais et le Canada [microforme]Chapitre 2 sur 20 · LES · texte numérisé non relu

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Les premiers navigateurs qui aient pris terre sur le sol de l'Amérique septentrionale furent Jean et Sébastien Cabot, vénitiens au service de l'Angleterre. En 1497 ils RER 7 Labrador, tentative qui resta infructueuse. Après eux vinrent Jean Denis d’Harfleur, Thomas Aubert, Verazzani, et surtout Jacques Cartier qui, en 1534, remonta le Saint-Laurent jusqu'à l'endroit dit Hochelaga et y fonda Montréal. Il prit possession de tout le pays au nom du roi de France.

D'après Thévet, historiographe de Henri If, les Rochelais naviguaient dans les eaux de Terre-Neuve dès 1488, c'est-à-dire deux ans avant le voyage de Christophe Colomb. Ce fait ne paraît pas invraisemblable, quand on sait que dans tous les temps et principalement au XV: siècle, les Rochelais se livraient à la pèche de la baleine ; pêche qui dut les entrainer dans les mers septentrionales.

En 1534, Cartier, accomplissant un voyage au Saint-Laurent, dit avoir rencontré dans les eaux de ce fleuve, un navire rochelñis cherchant son lieu de pêche.

Dès le XII: siècle, la Rochelle était une viile maritime très

importante, si l'on en croit la légende d'Auffrédy, riche bourgeois et armateur, le fondateur de l'aumônerie qui est devenue depuis l'hôpital militaire de la Rochelle. Dès cette époque, les Rochelais passaient pour les marins les plus hardis et les plus audacieux.

En 1542, Jean-François de la Roque sieur de Roberval, nommé par François [*, gouverneur et lieutenant général du Canada et Hochelaga (Montréal), partit de la Rochelle avec trois navires, deux cents colons et plusieurs gentilshommes, ayant pour pilote général Jehan Alfonse, tixé à la Rochelle, qui remplaçait Jacques Cartier, choisi d'abord pour accompagner de Roberval.

Cette expédition partant de la Rochelle, il est bien permis d'admettre que des Rochelais durent en faire partie et qu'ils doivent compter au nom des premiers émigrants qui arrivèrent au Canada ; surtout si l’on tient compte du caractère des Rochelais, signalés comme fendant les mers, gourmandant les orages et, en dépit des vents, voyageant au-delà du soleil. |

Il nous faut attendre l’année 1603 pour trouver trace de notre établissement dans le Canada, par la concession octroyée à Pierre du Gua, sieur de Monts, que le roi Henri IV nomma lieutenantgénéral de la Nouvelle-France, nom donné par Cartier au pays dont il s'empara.

La société formée par de Chastes, prédécesseur de de Monts, fut augmentée de plusieurs marchands de la Rochelle et quatre navires furent équipés, deux pour faire la traite à Tadoussac, visiter les côtes et saisir les bâtiments surpris à trafiquer avec les sauvages, deux pour transporter les colons et chercher un lieu propre à leur établissement ; ces navires partirent du Hävre-de- Grâce, dans le mois de mai 1604, et se dirigèrent vers l’Acadie, que de Monts préférait au Canada, parce que le climat y était plus doux. C'était d'ailleurs la contrée la plus fréquentée par les

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pêcheurs de Normandie, de Bretagne, de la Rochelle et des pays Basques qui, depuis près d'un siècle, n'avaient pas cessé d’être comme les éclaireurs des grandes découvertes.

Au nombre des marchands rochelais associés à de Monts, citons Georges et Maquin : ceux-ci durent favoriser le commerce de la colonie par la Rochelle.

A cette époque, le Commerce n'était pas libre, il fallait s'adresser à ceux qui, munis d’un privilège, avaient seuls le droit de trafiquer avec les sauvages. Le privilège de de Monts s’étendait du 40° au 46° degré pour peupler, cultiver et faire habiter ces terres le plus promptement..... à la condition d'y planter la foi catholique, et permettant de laisser vivre chacun dans sa religion.

Les marchands de la Rochelle, principalement, formèrent une grande opposition au privilège accordé à de Monts, qui ne persévéra pas moins dans la réalisation de sa concession. Il confia à Poutrincourt le commandement d'une nouvelle expédition et des ordres furent donnés pour l’affrètement du navire le Jonas, de 150 tonneaux, qui fut armé et équipé à la Rochelle. Le 11 mai 1606, ce navhe partait ayant à son bord plusieurs artisans et des gentilshommes, entre autres Marc Lescarbot, avocat parisien, un érudit et un gai compagnon.

Quand Lescarbot arriva à la Rochelle, au commencement du mois d'avril, il fut reçu à bras ouverts, et, avant son départ, il composa, en vers, ses adieux à la France.

Le Jonas mit à la voile une première fois vers le milieu d'avril, mais en sortant du havre il alla se frapper sur l’une des tours de la Chaine, et se fit des avaries qui retardèrent son départ d'un mois. Le capitaine Foulques fit radouber son navire avec la plus grande diligence et, le 11 mai, le Jonas reprit la mer pour ancrer à Chef-de-Baie attendre des vents favorables.

Le 27 juillet, le Jonas entrait à Port-Royal, bannière déployée. Cette expédition partie de:la Rochelle devait assurément compter des Rochelais parmi les émigrants ?

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La page où Lescarbot raconte ses impressions de départ mérite

d’être reproduite.

« Arrivez que nous fûmes à la Rochelle, nous y trouvâmes les sieurs de Monts et de Poutrincourt qui y étoient venus en poste, et notre navire, appelé le Jonas, du port de cent cinquante tonneaux, prêt à sortir hors les chaines de la ville pour attendre le vent..... Mais les ouvriers, parmi la bonne chère (car ils avoient chacun vingt sols par jour), faisoient de merveilleux tintamarres au quartier de Saint-Nicolas, où ils étoient logez. Ce qu’on trouvait fort étrange en une ville si réformée que la Rochelle, en laquelle ne se fait aucune dissolution apparente : il faut que chacun marche l’œil droit, s’il ne veut encourir la censure soit du maire, soit des ministres de la ville. ....

» Et puisque j’entreprends une histoire narrative des choses en la façon qu'elles se sont passées, je dirai que ce nous est une chose honteuse que les ministres de la Rochelle priassent Dieu chaque jour en leurs assemblées pour la conversion des pauvres peuples sauvages et même pour notre conduite, et que nos ecclésiastiques ne fissent pas le semblable. De vérité nous n'avions prié ni les uns ni les autres de ce faire, mais en cela se reconnoît le zèle d’un chacun. Enfin, peu auparavant notre départ il me souvint de demander au sieur curé ou vicaire de l'église de la Rochelle, s’il ne pourroit point trouver quelque sien confrère qui voulût venir avec nous : ce que j’esperoy se pouvoir aisément faire, pource qu'ils étoient là en assez bon nombre, et joint qu’étant en une ville maritime, je cuidoy qu'ils prinssent plaisir de voguer sur les flots ; mais je ne peu rien obtenir. Et me fui dit pour excuse qu’il faudroit des gens qui fussent poussez de grand zèle de piété pour aller en tels voyages et seroit bon de s'adresser aux pères jésuites. Ce que nous ne pouvions faire alors, notre vaisseau ayant presque sa charge. A propos de quoy, il me souvient avoir plusieurs fois ouy dire au sieur de Poutrincourt qu'après son premier voyage étant en court, un jésuite de court lui demanda ce qui se pourroit espérer de la conversion des peuples de la Nouvelle-France et s'ils étoient en grand nombre. A quoy il répondit qu’il y avoit moyen

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» d'acquérir cent mille âmes à Jésus-Christ, mettant un nombre » certain pour un incertain. Ce bon père faisant peu de cas de ce » nombre, dit là-dessus par admiration: N'y a-t-il que cela ? » Comme si ce n’étoit pas un sujet assez grand pour employer un » homme.....»

A ce sujet, dit M. Eug. Réveillaud, les jésuites étaient beaucoup moins occupés à convertir les sauvages qu'à frustrer de Monts et Poutrincourt des concessions qui leur avaient été accordées et à se les faire adjuger sous le couvert d’une dame de qualité, la marquise de Guicherville, très accréditée à la cour de Marie de Médicis.

A la mort de Henri IV, la liberté de la traite, au Canada, formellement annoncée, détermina de Monts à abandonner ses projets et, avec Champlain, il s’occupa de mettre le Canada sous la protection d'un haut personnage. Le prince de Condé accepta cette mission et nomma Champlain son lieutenant, lui ordonnant de saisir tout bâtiment faisant la traite sans permission. Il chercha, alors, à former une société dans laquelle tous les marchands auraient le droit d'entrer. Les Rochelais refusèrent d'en faire partie ; ils continuèrent à faire, par contrebande, une traite considérable sans qu'on put les en empêcher, par suite de l'impossibilité de surveiller toutes les côtes.

La traite fut toujours un sujet de discorde au Canada.

Les Etats-généraux assemblés en 1618 réclamèrent la liberté du commerce des pelleteries, mais Champlain s’employa de toutes ses forces pour empêcher l'adoption d'une mesure où il entrevoyait la ruine de la colonie et il y réussit.

En 1628, le cardinal de Richelieu fonda la compagnie des cent associés, suivant édit donné au camp devant la Rochelle, compa-

gnie qui devait être assez puissante et posséder assez de capitaux pour être en état de soutenir les dépenses de l'émigration et, au besoin, celle de la guerre.

Outre le monopole du commerce, au profit de la société, de la traite du castor, des cuirs et pelleteries, pour encourager l'essor de l’industrie dans la colonie, il fut décidé que les ouvriers qui y auraient pratiqué un métier quelconque pendant six ans seraient libres de l'exercer à leur retour en France sans lettres de maitrise. Un article assimilait aux Français régnicoles, non seulement les Français qui s'établiront au Canada et leur postérité, mais encore les sauvages qui embrasseront le christianisme ; les protestants étaient exclus de la colonie.

Le Canada passa du régime royal au régime commercial limité, la traite n’étant permise qu'à certains privilégiés. C’est ainsi qu'on entendait la colonisation de la Nouvelle-France, en arrêtant tous rapports entre marchands et sauvages ; alors que les premiers savaient s'attirer la confiance et l’amité des seconds.

Cette compagnie dut abandonner ses droits en 1663 et, alors, Colbert dota la colonie d’une constitution et y établit un conseil souverain.

Louis XIV s’appliqua, à l'exemple de Henri IV et de Louis XIIT, à donner aux gouverneurs et commandants qu'il nommait au Canada, le privilège d’y trafiquer par eux-mêmes et par les personnes qu'ils s’associaient.

Tel fut l’objet des lettres patentes du mois de février 1647, par lesquelles « en confirmant le sieur Charles de Menou, chevalier » seigneur de Charnisez, gouverneur et son lieutenant général » ès-pays et côtes de l’Acadie et confins d’icelles en la Nouvelle- » France, à commencer dès le bord de la rivière de Saint-Lau- » rent, tout le long de la côte de la mer et des îles adjacentes, » qu'au dedans de la terre ferme jusqu'aux Virginies, lui accorda » pour récompense de services le privilège exclusif du trafic de la » traite des pelleteries avec les sauvages et habilants dans toute

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» l'étendue des dits pays. » Et cela indépendamment des compagnies qui subsistaient encore.

Malheureusement l'engouement de colonisation se ralentit vite. La compagnie des cent associés, ne trouvant pas sans doute dans la traite des pelleteries et dans l'exploitation du sol les ressources qu’elle comptait en retirer, se désintéressa de la colonie. Les émigrants, à qui l'on demandait un brevet de bon catholicisme, se firent de plus en plus rares.

On peut voir ici la faute commise par Richelieu, car les huguenots eussent pu peupler en grand nombre la Nouvelle-France, s'ils y avaient trouvé, selon les vues de Henri IV, une nouvelle patrie plus hospitalière que l’ancienne.

Le Canada avait besoin d'artisans et de laboureurs, hommes prêts à l’occasion à se transformer en soldats.

Ce fut pour retirer la traite des mains des compagnies particulières, qu’en établissant la compagnie des Indes occidentales, au mois de mai 1664, le roi lui confia à elle seule le négoce du castor, privilège qu’elle conserva jusqu’à sa suppression survenue en 1674. Puis ce commerce passa aux mains des adjudicataires de la ferme du domaine d'Occident, jusqu’en 1700, que ce commerce sortit de leurs mains.

On voulait avant tout favoriser l'entrée en France des castors de la Ferme. Tandis qu'elle jouissait de l'exemption des droits, l'entrée des castors étrangers fut restreinte par les ports du royaume.

Colbert ayant décidé Louis XIV à faire un sérieux effort pour établir en Amérique la puissance de la France, le marquis de Tracy y fut envoyé à la tête d'une escadre avec Talon, nommé intendant de justice, police et finance en Canada, un homme de grand mérite. Avec eux arrivèrent pas mal d’émigrants. En cette année 1665, le Canada vit sa population presque doubler.

Talon adressa à Colbert, sur l'état général de la Nouvelle-France,

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ses vues sur les réformes à y introduire, insistant surtout pour que le roi prit directement en mains les affaires de la colonie et retirât le monopole qu'il venait de concéder à la compagnie des Indes occidentales : « 3i le Roi, écrit-il, a regardé la Nouvelle- » France come un beau pays dans lequel on peut fonder un » grand royaume, je ne puis me persuader qu'il réussisse dans » son dessein, laissant en d’autres mains que les siennes la sei- » gneurerie, la propriété des terres et même le commerce, qui » fait l'âme de l'établissement. Depuis que les agents de la » compagnie ont fait entendre qu'ils ne souffriront aucune liberté » de commerce, non seulement aux Français qui avaient coutume » de passer en ce pays pour le transport des marchandises de » France, mais encore aux pauvres habitants du Canada, jusqu'à » leur disputer le droit de faire venir pour leur compte des » denrées du royaume, tout le monde a été révolté. La compagnie, » par cette conduite, profitera beaucoup en dégraissant le pays ; » elle lui ôtera le moyen de se soutenir et fera un obstacle essen- » tiel à son établissement et, dans dix ans, il sera moins peuplé » qu'il ne l’est aujourd’hui. » Talon insistait donc pour qu'on donnât à la colonie la plus grande mesure possible de liberté commerciale. Il est regrettable que ces vues si sages n'aient pas été mieux accueillies à la cour de Versailles.

Il arriva que les Canadiens comprirent que, si le commerce du castor demeurait plus longtemps aux mains du fermier du domaine d'Occident, ce serait la ruine du Canada. Le fermier, en 1699, proposa aux habitants de prendre leurs castors à des prix trop modiques qui ne purent être acceptés. Ceux-ci voyant leurs propositions rejetées et qu'il n’y avait point de sûreté pour eux d'envoyer leurs castors en France, ils se décidèrent à passer une transaction avec le fermier, transaction à Ja suite de laquelle le roi révoqua la faculté accordée au fermier de recevoir seul tous les castors du Canada, de les vendre et trafiquer dans le royaume et dans les pays étrangers, et permit aux Canadiens de vendre

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tant en France qu’à l'étranger les castors provenant des traites, en payant en espèces, le quart du prix des castors, au fermier du domaine d'Occident. A ceteffet le roi ordonna que tous les castors seraient apportés d'année en année à la Rochelle, ainsi que de coutume, et que ceux qui seraient vendus pour les pays étrangers pourraient y être transportés par mer sans payer aucun droit.

On conçoit combien ces dispositions furent favorables au commerce rochelais : tout le commerce de la Nouvelle-France se faisait alors par la Rochelle.

En conséquence, la colonie du Canada se chargea de tout le castor qui était en France, et elle prit la ferme particulière du pays. Mais cette colonie, qui avait attribué la cause de sa ruine à la négligence du fermier, s’aperçut elle-même qu’elle n'y avait pas remédié. Le débit qu’elle én fit ne put la mettre en état de satisfaire à ses engagements. Les pertes qu'elle fit la ruinèrent. Les sieurs Aubert, Neret et Gayot, qui se sourairent à payer ses dettes, furent subrogés à ses droits et privilèges, par arrêt du 24 juillet 1706, pour en jouir pendant douze ans à partir du 1* octobre 1705.

Les droits des sieurs Aubert, Neret et Gayot sur le point d'expirer, le roi se disposa à leur donner pour successeurs la compagnie d'Occident dont le crédit devint si puissant.

Alors, l'organisation du gouvernement colonial était remplie de défauts qui mettaient obstacle au progrès. Un des plus graves était de suppléer à la modicité des salaires par des congés de traite ; les fonctionnaires devenaient par ce système des spéculateurs privilégiés, avec lesquels il était impossible aux simples marchands de soutenir longtemps la concurrence.

Il est difficile d'établir avec précision la valeur annuelle des exportations de pelleteries à cette époque. On sait seulement qu'elle était en 1667, selon l’auteur du Mémoire sur l'état présent du Canada, de 550,000 francs et qu’elle augmenta graduellement

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