‹ Les roches et leur éléments minéralogiques, descriptions--analyses microscopiques--structures--gisementsChapitre 143 sur 197 · PL. IV · texte numérisé non relu

PL. IV

Fig. 290. — granulite (protogine de la bérarde, isère).

(Page 516 )

Grossissement = 2i diamètres. Lumière polarisée, niçois croisés.

L’échantillon a été recueilli parmi les blocs erratiques du hameau des Etages, près la Bérarde. Il provient de la zone de contact entre la granulite (protogyne éruptive) et les gneiss appelés à juste titre granitoïdes par M. Lory.

Le dessin représente les minéraux suivants :

I. — Mica noir (19) en partie transformé en mica blanc, hornblende (21) probablement arrachée à des micaschistes amphiboliques, orthose (3), oligoclase (6).

IL — Partie des feldspaths précédents, microdine (4), quartz (1), mica blanc (2).

(D'après MM. FOUQUÈ et MICHEL- LÉVY, Minéralogie micrographique. — Atlas, PL II, fig. 1 .)

ROCHES MASSIVES

intermédiaires [gneiss granitiques) . Ils traversent les terrains anciens et sont remplacés dans le dévonien par des granités porphyroïdes, souvent à deux micas. A l’île d’Elbe, en Algérie, ont apparu de véritables roches granitiques pendant la période tertiaire. Dans celui de l’ile d’Elbe, qui se relie d’ailleurs à des porphyres, l’orthose est fendillé, souvent transparent, comme dans les trachytes.

Protogine. — C’est un granité dans lequel le mica appartient à la variété séricite.

Dans la protogine du Mont-Blanc, le feldspath est blanc ou d’un blanc grisâtre, mat et lamellaire, souvent en gros cristaux à contours assez réguliers ; le quartz en grains d’un gris de fumée ou violacé ; la séricite en lamelles plus ou moins froissées, d’un vert émeraude, céladon, tendres et onctueuses au toucher, surtout lorsqu’elles sont réduites en poudre; un autre mica, très ferrugineux, y forme des lamelles vertes. La schistosité y augmente avec la proportion de mica. Daubrée attribue cette schistosité à la pression qu’exerçait sur la protogine éruptive la roche encaissant au moment de son soulèvement.

D’après Delesse, la silice peut entrer pour 76 0/0 dans la roche.

Pegmatite ( Pegmatit ). — Assemblage de feldspaths lamellaires, blancs, jaunes, verts, rouges, etc., offrant les clivages rectangulaires caractéristiques de Yorthose et du microcline , souvent nettement cristallisés, et de quartz également cristallisé, tantôt en prismes allongés, à six pans inégaux, comme cannelés dans la cassure transversale et terminés par des pyramides à six faces plus ou moins régulièrement développés. Dans les pegmatites à gros éléments ou à grandes parties, le quartz, en cristallisant, semble avoir été forcé de remplir la place que lui laissait le feldspath. Les cristaux des individus essentiels de la pegmatite sont quel quefois d’un volume énorme.

Dans d’autres variétés, pis se réduisent à la taille ordinaire aux éléments du granité. Ils peuvent même ne pas dépasser les dimensions microscopiques des microgranites. C’est ce qu'on observe dans les micropegmatit.es (fîg. 29^).

DESCRIPTION DES ROCHES

Dans la variété de pegmatite appelée graphique , les cristaux de feldspath sont traversés par ceux du quartz. Ceux-ci sont bacillaires, parallèles et dessinent dans la masse feldspatliique où ils sont encastrés des figures assez régulières, qui ressemblent aux caractères de l’écriture cunéiforme.

Cette roche renferme jusqu’à 78 0/0 de silice. Elle ne contient ordinairement que peu de mica; les variétés graphiques en manquent même tout à fait.

Haüy et plus lard Cordier ont défini la pegmatite comme essentiellement composée de feldspath et de quartz. Le feldspath est en général celui que Des Cloizeaux a séparé des autres, à cause de ses caractères optiques, sous le nom de microcHne. Il offre d’ordinaire une masse quadrillée traversée souvent par des filons ou des bandelettes d’albite hémitrope : Loucrup (Hautes-Pyrénées); La Bellière près Vire (Calvados); Saint-Malo: Sibérie; Leppfield ; Connecticut; Cayenne (Guyane française). Aujourd’hui les lithologistes tendent plutôt à réserver le nom de pegmatites à une structure, celle des roches où le feldspath et le quartz ont pris un certain arrangement régulier en cristallisant simultanément. La pegmatite n’est plus, dans ce cas, qu’une variété de granité.

Les éléments accidentels sont :

Tourmaline , topaze , albite, béryl , grenat , apatite , gadolinite , orthosef colombite , et beaucoup d’autres.

La pegmatite forme des filons dans le gneiss, le granité, le leptynite. Le feldspath y est souvent altéré. C’est alors le plus précieux gisement de kaolin (Saint-Yrieix, près Limoges). Le feldspath intact est employé pour la couverte de la porcelaine.

Pl. V

Fig. 291. PEGMATITE DOAK-CREEK, COLORADO.

(Page 518 )

ZHC

Microcline (4), quartz (1). Le Microine taillé parallèlement à p, traversé par des filonnets d’albite (5).

ROCHES MASSIVES

Microgranulites, micropegmatites. — Granulites et pegmatites à magma cristallin, dont les éléments sont si petits, qu’il n’a pu être compris qu’à de très forts grossissemenls et que cette pâte d’apparence homogène les a fait longtemps assimiler aux porphyres.

Granulites, microgranulites récentes. — Celles dont l’éruption est postérieure au crétacé.

Microgranulites récentes à amphibole, à mica noir, à pyroxène, à diallage, celles dans lesquelles les feldspaths alcalins et le quartz

sont associés, soit à l’amphibole, soit au mica, ou au pyroxène, ou enfin à la diallage.

Brèches et conglomérats granitiques. — Gros blocs anguleux' ou arrondis de granité, auxquels se mêlent quelquefois des fragments de schistes argileux, ou d’autres roches, englobés par un ciment granulitique, pulvérulent.

2° Type porphyroïde.

Le mot de Porphyre implique une couleur rouge de feu. Rubet porphyriles in Ægypto, disait Pline. La matière citée par Pline

Fig. 293. — Plaque de porphyre.

est celle que nous appelons aujourd’hui porphyre rouge antique, et que les Égyptiens ont fréquement employée pour leurs cuves sé-

mo

DESCRIPTION DES ROCHES

pulcrales, leurs statues ou leurs obélisques. Les Romains ont beaucoup utilisé les matières travaillées avant eux en Égypte. Les modernes ont recueilli à leur tour les œuvres des uns et des autres, mais souvent ils ont dénaturé les acceptions des noms anciens. Ajourd’hui le nom de porphyre est appliqué à des roches qui peuvent bien, en général, servir de marbres durs, mais qui sont d’une couleur quelconque et qui ont pour caractère d’offrir, sur un fond ou pâte à éléments indiscernables, des cristaux à formes plus ou moins régulières, séparés du chaos général où restent confondus les autres éléments de la roche (fig. 293).

Cette pâte forme quelquefois la roche à elle seule. Lorsqu’elle est de nature feldspathique, on l’appelle pétrosilex, parce qu’elle ressemble au silex, dont elle se distingue par sa fusibilité au chalumeau. Dubuisson l’appelait eurite, bienjju’elle eût déjà reçu, de Kirwan, le nom de felsite.

Cette pâte d’un blanc grisâtre, jaunâtre, verdâtre, rougeâtre, noirâtre, brune, a une couleur parfois d’un bleu lavande; elle a une cassure ordinairement esquilleuse et se rapproche de celle de certaines agates ou du silex corné; mais l’eurite est toujours fusible, tantôt avec autant ou plus de facilité que l’orthose elle-même (eurite proprement dite), tantôt plus difficilement (eurite sursilicée de Cordier). L’émail que donne la fusion est tantôt d’un blanc pur et tantôt pointillé de noir ou de vert. L’eurite chargée de silice prend quelquefois l’aspect un peu vitreux, devient plus dure que le feldspath et passe aux rétinites, ou bien elle reste lithoïde. Elle est difficilement rayée par le silex.

Elle devient généralement plus ou mois porphyrique; certaines variétés renferment un peu de mica très ténu. Dans les variétés auxquelles on a donné le nom de porphyres, on observe des cristaux de feldspath et même de quartz. Le rapport de l’oxygène des bases à celui de la silice oscille entre 0,16 et 0,259. Les cristaux de quartz sont bipyramidés : ceux d 'ortkose sont blancs, jaunes, d’un rouge de chair. Ils ont la forme de rectangles plus ou moins allongés, quelquefois leurs sections se terminent par des biseaux

ROCHES MASSIVES

obliques à côtés inégaux (voy. feldspaths) ; ils ont l’éclat nacré sur les faces de clivage; ils sont de couleur plus claire que la pâte; ils deviennent si nombreux que l’on n'y distingue plus facilement la pâte. Celle-ci est souvent colorée en verdâtre par de la chlorite, qui s’y trouve intimement mélangée; elle renferme souvent aussi de la hornblende , qui a peut-être donné naissance à la matière verte en s’altérant.

Résumé des études microscopiques récentes. — Nous ne pouvons que présenter dans leur ensemble tous ces travaux de Vogelsang, de MM. Rosenbusch et Zirkel, et plus récemment, en France, de MM. Fouqué et Michel Lévy, qui ont jeté déjà une grande lumière sur la composition élémentaire et la structure des porphyres. On reporte aujourd’hui, aux roches granitoïdes, sous la dénomination de microgranitoïder, comme il a été dit plus haut, toutes celles dont la masse est résoluble en éléments, qui malgré leur petitesse peuvent être tous distingués à la loupe.

Au microscope, le quartz est plus pauvre en inclusions que celui des granités. Ces inclusions consistent en fluides, en matières vitreuses, en micro! ithes. Souvent la matière vitreuse est dévitrifiée. Le feldspath a les allures de Tadulaire, mais il est en partie kaolinisé; il est souvent groupé, suivant la loi de Carlsbad; ses fentes, ses faces de clivage sont remplies ou couvertes d’infiltra tions secondaires : mica, kaolin, épidote. Le mica magnésien a le même aspect que dans les granités. On rencontre assez fréquemment des cristaux de sphène et de pyrites, quelquefois de la fluorine et des grenats.

La pâte des porphyres a été le sujet d’un grand nombre d’observations et de discussions. Delesse les regardait comme l’eau-mère où les éléments cristallins se sont consolidés, se trouvant en quelque sorte dans un état semi-cristallin, intermédiaire entre l’état cristallin et l’état vitreux; Naumann les considérait comme un mélange homogène de matière feldspathique et de silice. Plus tard, M. Zirkel a distingué les pâtes qui se résolvent au microscope en leurs éléments cristallins, et celles qui conservent aux

DESCRIPTION DES ROCHES

plus forts grossissements le faciès d’un corps amorphe et homogène. Il a donné aux premières le nom de magma , aux secondes celui de base ( basis ). La base peut être compacte, vitreuse, et, dans ce cas, dévitrifiée ou non; elle n’est jamais cristalline. M. Zirkel a réservé le nom de base micro felsiiique aux bases vitreuses dévitrifiées.

Vogelsang a distingué trois sortes de pâte.

L’une consiste en un pnélange d’éléments cristallins, mais si petits qu’cn n’arrive à les distinguer que peu à peu, au fur et à mesure que les instruments de grossissement se perfectionnent.

Une seconde variété de pâte très abondamment répandue se compose d’une substance qui se rassemble en bandes, en stries, en membranes, qui reste toujours obscure pour toutes ses positions entre des niçois en croix, bien qu’elle soit à peu près incolore, qui n’a aucune structure et qui n’est autre chose qu’un verre. Ce verre agit quelquefois par places sur la lumière polarisée, mais parce qu’il est plus ou moins dévitrifié.

Enfin, une troisième variété de pâte, peut-être encore plus fréquente que la première, ne se présente qu’en membranes des plus minces; incolore ou colorée en gris, en jaunâtre, etc. Elle n'est pas sans structure : on y aperçoit des filaments, des granules; mais elle est, comme la précédente, inactive vis-à-vis de la lumière polarisée. C’est ce que Yogelsang appelle base microfelsitique; il l’a regardée comme une matière qui n’est pas parvenue, pour ainsi dire, au dernier stade de sa cristallisation.

En résumé, le plus grand nombre de porphyres a pour fond une matière pétrosiliceuse, tantôt insensible à la lumière polarisée, tantôt active. MM. Fouqué et Michel Lévy reconnaissent à cette malière, finement nuageuse, les propriétés optiques d’une calcédoine à grains fins, chargée d’opale et comprenant en outre les éléments chimiques d’un feldspath. Elle s’est constituée pendant la seconde période de consolidation de la roche qui, pendant la première, ne diflérait pas sensiblement d’une roche granitoïde c omidérée, elle aussi, dans la même phase de son évolution. Mais

Pl. VI

Fig. 294. — porphyre pétrosiliceux de gratadis (varJ ( Page 522)

Un des porphyres permiens les plus récents de l’Esterel.

Sphérolithes à croix noire (53), magma fluidal (55), veinules de calcédoine (32).

(Allas de MM. FOLQUÉ et MICHEL LÉVY, PL XV, fig. F)

Le gisement de cette roche a été étudié par M. Potier.

( Bullet . Soc. géol. de France. Réunion extraordinaire, 1877.)

ROCHES MASSIVES

pendant la seconde, s’est établi le type de structure qui est spécial aux porphyres, adjonction du magma amorphe et développement normal de la structure dite fluidale.

Structure fluidale . — Lorsqu’une pâte est vitreuse ou cryptocristalline, on voit ordinairement ses particules constituantes disposées suivant des modes réguliers. Dans un grand nombre de variétés, les éléments se sont alignés parallèlement à des directions linéaires ou suivant certaines surfaces planes ou courbes, comme si elles avaient coulé dans ces directions. C'est ce qu’on nomme la structure fluidale .

Porphyres à structure globulaire. — D’autres variétés de porphyres présentent, en nombre quelquefois infini, des corpuscules que Yogelsang appelait globulites ou margarites et Longu lites, d’après leur configuration plus ou moins sphéroïdale ou plus ou moins allongée. Ces corpuscules peuvent se grouper les uns avec les autres sous les formes les plus complexes. Ces groupes, d’après Yogelsang, seraient les uns sans action sur la lumière polarisée [crystallites), les autres actifs [erg stailo ides).

M. Zirkel, auquel on doit des travaux remarquables sur les porphyres et les basaltes, distingue le grain globulitique (grains, disques uniréfringents), le pêle-mêle trichitique (margarites et longulites de Vogelsang) et la dévitrification felsitique. Il nomme microlithes , comme beaucoup d’auteurs à son exemple, les cristaux d’une extrême ténuité.

Dans certains porphyres, la matière qui en fait le fond, ou la base ou la pâte, est vitreuse; Vogelsang les appelle vitrophyres , et M. Rosenbusch pechsteinporphyres .

Dans la masse vitreuse se sont consolidés des cristaux analogues à ceux du granité. Mais c’est surtout dans les porphyres renfermant de l’augite et de la hornblende qu’on rencontre ces variétés vitreuses.

Enfin, il y a des eurites qui deviennent vitreuses comme les porphyres et qui font partie des pechstein.

En France, on adopte maintenant la classification de MM. Fou-

DESCRIPTION DES ROCHES

qué et Michel Lévy, présentée dans le tableau synoptique des roches cristallines, Tableau 1.

Les roches de type porphyroï le se distinguent de celles du granitoïde par les dimensions différentes ou les différents faciès des éléments de la roche. Dans le type porphyroïde, les éléments qui se sont consolidés souterrainement, avant l’apparition à la surface du globe de la masse éruptive, ont cristallisé lentement avec des formes assez régulières et des dimensions microscopiques , visibles à l’œil nu ; mais la plus grosse portion du magma, encore liquide ou pâteuse, lorsqu’elle est arrivée au jour, s’est consolidée brusquement, de plusieurs manières; au microscope, le magma se montre formé tantôt uniquement de cristaux très petits sinon à contours très réguliers, au moins à structure cristalline bien apparente (magma nolocristallin), tantôt de cristaux empâtés dans une masse vitreuse.

Dans le cas où il est liolocristallin, le magma peut offrir les

mêmes arrangements que le granité, quartz informe, moulant les

autres éléments [micro granités) ou quartz bipyramidé à formes nettes ( microgranulites ) ou quartz orienté ( micr ope g matités ); les microgranulites et les micropegmatites correspondent aux anciens porphyres quartzifères.

Dans le cas où le magma est semi-cristallin (fig. 294 et 295), le quartz y présente des sphérolithes donnant la croix noire entre des niçois croisés qui indiquent ici une structure régulière due au retrait produit pendant le refroidissement; c’est le cas des porphyres globulaires , à structure fluidale dans l’ensemble; enfin MM. Fouqué et Michel Lévy appellent porphyres pétrosiliceux, les porphyres où la matière vitreuse mêlée aux cristaux reste inactive sur la lumière polarisée et montre souvent par sa structure fluidale la direction de la coulée.

Physionomie des masses porphyriques. — Les porphyres se* dressent en montagnes d’aspect sauvage, à parois raides, à cimes déchirées, souvent hérissées de pyramides aiguës.

Variétés déstructuré et de texture. Porphyres quartzifères pro-

Page 1